Périer-Muzet, Lettres, Tome XV, p. 184

1867-jul-15 Le Vigan CHAPONAY Comtesse

Elle est dans la bonne voie où il faut avancer – Tirer parti de la privation de commu-nion involontaire – La liberté de cœur selon saint François de Sales – Accomplir avec per-fection le quotidien déjà dans l’intention.

Informations générales
  • PM_XV_184
  • 3049 a
  • Périer-Muzet, Lettres, Tome XV, p. 184
  • Orig. ms. Fonds Chaponay Archives Départementales du Rhône, 44 J 154. Photoc. ACR BZD 8/20. Transcription ACR BG 224/20.
Informations détaillées
  • A MADAME LA COMTESSE DE CHAPONAY
  • CHAPONAY Comtesse
  • Le Vigan, 15 juillet [18] 67
  • 1867-jul-15
  • Le Vigan
La lettre

Je reçois votre lettre. Madame, au moment de retourner à Nîmes et je ne puis vous dire le plaisir qu’elle me cause. Vous êtes dans la bonne voie, avancez toujours, cherchez Notre Seigneur. Que la privation de le recevoir vous soit un aiguillon pour l’aimer encore plus, le désirer avec une ardeur plus grande et quand vous le retrouverez pour vous unir à lui avec un sentiment encore plus intime. Les privations de la communion quand elles sont involontaires, développent merveilleusement l’esprit de foi. Ce n’est certes pas une raison de vous abstenir quand vous pouvez commu-nier, mais c’est un moyen de tirer parti de tout comme font ceux qui ai-ment vraiment Dieu. Je persiste à croire que, pour le moment du moins, vous devez vous interdire les austérités. Quant aux contradictions que vous ressentez au-dedans de vous-même pour la pratique de certaines ver-tus, qui n’en est pas là? Et qui peut bien fixer la limite entre le trop et le trop peu? St François de Sales estime qu’il faut s’en tirer par une certaine liberté de cœur. Il suppose qu’il s’agit d’actes qui ne sont pas des péchés. Vous ne les faites pas, restez tranquille. Vous les accomplissez, vous faites à merveille. L’essentiel est de ne pas se troubler, d’aimer tous les jours un peu plus et d’aller sans trop de préoccupation selon les forces qu’inspire cet amour. Je crois que vous avez moins à vous préoccuper de ce que vous faites que du sentiment avec lequel vous le faites. Dans votre état d’âme, le plus simple est de faire aussi parfaitement que possible les actions les plus simples, sans tant rechercher ce qu’il y a de plus parfait en soi; il y aurait pour vous des difficultés inextricables et dont l’obéissance, comme il vous est impossible de la pratiquer, pourrait seule vous tirer. Puisque cela n’est pas possible, je crois que Dieu qui manifeste sa volonté par les événe-ments, vous demande surtout la perfection dans l’intention de vos actes et non dans vos actes en eux-mêmes.

Veuillez, Madame, agréer l’hommage de mes plus dévoués et res-pectueux sentiments en N.-S.

E. D'ALZON.
Notes et post-scriptum