Aux Religieuses de l’Assomption

AUG 1861 Auteuil RA
Informations générales
  • Aux Religieuses de l'Assomption
  • Retraite aux Religieuses de l'Assomption d'Auteuil en août 1861
    Quatrième instruction - Les abaissements de la crèche
  • Cahiers d'Alzon, XI, pp. 48-62.
  • CZ 92, pp. 14-19 (Cop. dactyl. des notes de Soeur M.-Antoinette d'Altenheim).
Informations détaillées
  • 1 ACTION DE DIEU DANS L'AME
    1 AMBITION
    1 AME EPOUSE DE JESUS CHRIST
    1 AMITIES PARTICULIERES
    1 AMOUR-PROPRE
    1 ANEANTISSEMENT
    1 ANEANTISSEMENT DE JESUS-CHRIST
    1 AUGUSTIN
    1 CHARITE ENVERS DIEU
    1 CHRIST CENTRE DE LA VIE SPIRITUELLE
    1 CRECHE DE JESUS-CHRIST
    1 DESOBEISSANCE
    1 DESSEIN DE SALUT DE DIEU
    1 DETACHEMENT
    1 EGOISME
    1 EMPLOIS
    1 ENVIE
    1 FLATTERIE
    1 FOI BASE DE L'OBEISSANCE
    1 FRANCHISE
    1 GLOIRE DE DIEU
    1 GRACE
    1 HUMILITE DE JESUS-CHRIST
    1 HUMILITE FONDEMENT DE VIE SPIRITUELLE
    1 IMITATION DE JESUS CHRIST
    1 JESUS CHRIST VIE DU RELIGIEUX
    1 JOUISSANCE DE DIEU
    1 NATIVITE
    1 ORGUEIL
    1 OUBLI DE SOI
    1 PUISSANCE DE DIEU
    1 PURIFICATIONS SPIRITUELLES
    1 RECHERCHE DE DIEU
    1 REFORME DU COEUR
    1 SIMPLICITE
    1 TENTATION
    1 THOMAS D'AQUIN
    1 TRIPLE CONCUPISCENCE
    1 VERTU D'OBEISSANCE
    1 VERTU DE FORCE
    1 VIE CACHEE DE JESUS-CHRIST
    1 VIE SPIRITUELLE
    2 ALTENHEIM, MARIE-ANTOINETTE D'
    2 DAVID, BIBLE
    2 FRANCOIS D'ASSISE, SAINT
    2 HERODE I LE GRAND
    2 JOSEPH, SAINT
    2 MICHOL
    3 BETHLEEM
  • Religieuses de l'Assomption
  • RA
  • Du 17 au 23 août 1861
  • AUG 1861
  • Auteuil
La lettre

« Il s’est anéanti lui-même(1). »

Le Fils de Dieu, qui possède l’être et par qui tout a été fait, voulant sauver la portion intelligente de la création s’est anéanti lui-même. Il a fallu cet anéantissement pour réparer certains ravages faits par le péché: ce degré d’abaissement était nécessaire pour guérir l’orgueil de l’homme. Il faut aller chercher Notre-Seigneur dans cet anéantissement de la crèche… un Dieu enveloppé de langes et posé dans une crèche… Que se proposait Notre-Seigneur? – Etudions ensemble cet anéantissement profond.

Voyons d’une part les obstacles qu’il renverse et de l’autre, les notions qu’il apporte au monde.

I. Obstacles que détruit Jésus anéanti dans sa crèche.

Le Fils de l’homme, le Fils de Dieu s’est proposé de ramener le genre humain vers son principe, vers Dieu. Il fallait combler un abîme immense et comment? en faisant disparaître le principe qui l’avait creusé. Il y en a trois qui peuvent être réduits à un seul.

Si nous envisageons l’homme par rapport à lui-même, nous trouvons en lui un principe d’égoïsme et d’orgueil;

par rapport à ses semblables, nous trouvons l’amour de l’estime, de la domination;

par rapport à Dieu, c’est l’indépendance, l’amour de la plénitude de l’être. Tels sont les obstacles que Jésus-Christ avait à détruire.

1° Il détruit notre égoïsme.

Jésus vient s’anéantir: c’est un pauvre petit enfant, faible, chétif, oublié, méprisé, repoussé de la ville de ses ancêtres; nous voyons qu’il ne se fait pas centre, mais qu’il est un objet de rebut: « il n’y avait point de place pour lui dans l’hôtellerie(2). » Un aubergiste avait dit à ses parents: je vous logerai dans une étable, si vous n’êtes pas contents, tant pis pour vous… Le mépris de ses parents retombe sur lui; quant à lui, il ne vaut pas la peine qu’on s’en occupe… Et, rappelez-vous que les circonstances de sa naissance avaient été préparées… Saint Thomas fait observer que les hommes naissent dans des lieux et à des époques indépendantes d’eux… mais que le Fils de Dieu, Maître des temps et des lieux, est né au moment et dans le lieu choisis par lui, avec sa puissance et sur les lieux et sur les temps. Et voyez comme les moindres détails de l’Evangile sont des leçons pour nous: c’est par son choix que l’Enfant-Jésus est repoussé dans la personne de Joseph et de Marie.

Examen de la religieuse égoïste.

Qu’est-ce que cette créature qui, se renfermant en elle-même, se fait centre?… égoïsme… Je vous parlais hier de la vie cachée… Au fond de cette vie cachée vous vous portez vous-même… Vous êtes à vous-même un cher objet de préoccupation… Dans le secret de la cellule, dans la vulgarité des exercices communs… on se fait centre; tant est grande cette disposition à vous occuper de vous… Vous tournez les choses pour arriver à vos fins… on se croit quelque chose… et ce quelque chose songe à soi!… Ce n’est pas là le principe sanctifiant de la vie cachée que Notre-Seigneur avait quand il choisit le lieu et le temps dans lequel son anéantissement pouvait se manifester… Voyez dans quelle mesure vous pouvez l’imiter, vous, pauvre religieuse trottant comme une souris que l’on n’entend pas et pensant à vous… Je vais vous dire une insulte, je vous en demande pardon, car c’est sans mauvaise intention… Vous ne vous occupez pas du monde parce que vos yeux ne sont pas assez étendus pour voir bien loin… Qu’est-ce que le monde? qu’il y ait des révolutions… un président de la République… que la guerre soit dans le nouveau ou dans l’ancien monde… qu’est-ce que cela me fait? pourvu que je m’occupe de moi. Je garderai une règle assez austère extérieurement, mais au fond de moi, je rapporterai tout à moi. Vous êtes trop bonnes, vous, mes chères Soeurs, pour en être là; mais, prenez-y garde, c’est une grave tentation de la vie religieuse: on se fait centre. Je me servirai de ma maîtresse des novices parce qu’elle m’est agréable, je parlerai avec elle sans manquer à la règle, ce que je ne puis pas faire avec d’autres… j’ai besoin de me faire porter, je me ferai porter… j’ai besoin d’aimer quelqu’un, que voulez-vous?… j’aimerai ma Supérieure Générale, il n’y a pas grand mal à cela… je mettrai là-dedans un certain degré d’intensité, sans me donner de trop grandes émotions… les émotions nuisent à la santé, elles donnent des attaques de nerfs… Tout cela n’arrive pas ici, encore une fois, je le sais fort bien, mais le diable pourrait à notre grand détriment l’apporter ici… Si je parlais dans un autre auditoire, je peindrais l’orgueil sous d’autres couleurs, mais dans cet auditoire si saint, si délicat, il faut bien parler des misères que le démon glisse.

2° Il détruit notre amour de la louange.

Notre-Seigneur vient renverser un second obstacle: il permet qu’on ne s’occupe pas de lui… Lui, pauvre petite créature, le comptera-t-on parmi les sujets de l’empire romain ou ne le comptera-t-on pas? l’enregistrera-t-on ou ne l’enregistrera-t-on pas?… cela dépend du commis chargé de faire le recensement… il passera comme un mouton à l’octroi… il n’était pas né avant l’enregistrement, il naquit après, en voyage… Quelle est celle d’entre vous qui peut me dire si on enregistre Jésus-Christ? Marie et Joseph, oui: mais l’Enfant-Jésus… on n’en sait rien; Notre-Seigneur, il ne vaut pas la peine d’en parler. Il va combattant cet orgueil vers lequel nous rapportons toutes choses, en détruisant l’amour de l’estime, des applaudissements, l’amour de la domination… Voyez votre situation vis-à-vis des autres… qui n’aime pas les compliments? ils ne sont pas vrais, mais ils font plaisir, disait un chanoine de ma connaissance. Qui préfère un mauvais compliment à un bon?… Notre-Seigneur est maltraité dans la personne de ses parents: vous, qui avez eu des difficultés à entrer au couvent, vous savez qu’il en coûte plus à faire souffrir ceux qu’on aime, qu’à souffrir soi-même.

Notre-Seigneur veut éprouver cette sorte de douleur… Qu’elles sont admirables les recherches de Notre-Seigneur pour nous montrer son amour! L’hospitalité qui est une vertu si grande en Orient, lui est refusée… elle n’existe pas pour Jésus-Christ, c’est un bouleversement de moeurs. Je sais bien que Notre-Seigneur eut les applaudissements des anges: oui; que l’on vint l’adorer; mais qui? des bergers, et dans leurs hommages se trouvait peut-être cette grossièreté qui fait plus souffrir que l’absence de louanges… Ne vous a-t-on jamais fait des compliments qui vous ont plus froissées que le silence?… Nous ne sommes donc pas indifférents par rapport aux compliments; ils ont certains résultats… c’est un choc doux… heureux encore si nous ne sommes pas surpris, attristés, de mauvaise humeur quand arrive un mauvais compliment et qu’il n’en faille pas un bon pour nous remettre de bonne humeur… Ces compliments entre vous, c’est agréable…

Il détruit notre amour de la domination.

L’amour de la domination. Je connais un couvent, bien loin d’ici, où les évêques ont perdu leur latin… Il y avait deux partis: trente ou quarante religieuses, ce n’est pas bien difficile à gouverner, mais il y en avait cinq ou six qui avaient envie de commander; il n’y avait pas de paix possible. Enfin un évêque se résolut à ne plus laisser recevoir de novices jusqu’à ce que l’ordre fût rétabli… je ne sais pas si on peut en recevoir maintenant… Il y a des religieuses, en dehors des abbesses d’autrefois, qui ont de l’ambition, et de quoi? on ne sait pas. Je n’entre pas dans les détails, examinez vous-même; et si je me trompe, je l’admets fort bien… On répond à l’occasion: Oh! ma Mère, je ne suis pas capable de remplir cette charge, cet emploi… vous avez fort bien dit; mais le sentiment vrai!… je vous dis de grandes brutalités, mais c’est au pied du berceau de Notre-Seigneur… je suis abrité derrière la paille de la crèche, sans cela, comment le pourrais-je?… Notre-Seigneur est adoré par les bergers: mais un enfant est censé ne pas comprendre les louanges… et d’ailleurs, les mépris des habitants de Bethléem, l’humiliation des langes, la fureur d’Hérode le font penser peu aux adorations qu’il vient de recevoir…

3° Il détruit notre amour de l’indépendance.

Je passe au troisième obstacle que je vous ai indiqué: l’indépendance. Est-ce que nous ne la portons pas essentiellement en nous? – Vous êtes obéissantes, vous gardez la règle de point en point; vous devinez même les ordres, car vous êtes des personnes intelligentes… et cependant, je vous demande: êtes-vous obéissantes? – Il y a dans certaines circonstances, une obéissance machinale…

Je vous permets d’établir que vous êtes parfaitement régulière, une religieuse modèle extérieurement et je me permets de vous dire que vous n’êtes ni obéissante, ni humble, selon cette dépendance intérieure. J’aurais préféré qu’il y eût quelque imperfection extérieure et un plus grand effort à vous courber sous la volonté supérieure… Notre-Seigneur n’a voulu développer sa raison que peu à peu… cette dépendance que j’appellerai maladresse, dépendance insensible, est la plus admirable! C’est cruel à penser!

II. Notions d’humilité apportées au monde par Jésus-Christ.

Jésus-Christ nous apprend: 1° à nous mépriser nous-mêmes.

Voyons les notions que Jésus-Christ apporte au monde. Reprenant les choses au point de vue établi par rapport à vous, au prochain et à Dieu, je vous fais observer que Jésus-Christ vient vous donner la notion de l’anéantissement, du mépris que vous devez avoir pour vous-mêmes. Si vous êtes chrétienne, vous devez être une personne très méprisable à vos yeux; et avec les yeux de la foi, plus vous avancerez à la lumière de ce flambeau divin, plus vous vous mépriserez. Saint François d’Assise se regardait comme le plus méprisable des hommes. Au lieu de nous faire centre ayons ce sentiment profond que nous ne sommes bons à rien, que nous sommes méprisables et pas autre chose… Peu importe qu’avec des airs plus ou moins humbles vous acceptiez le mépris, si vous ne vous méprisez pas vous-mêmes. Cela nous mène à un mot de saint Paul: « Le Christ n’a pas eu de complaisance pour lui-même(3). » Comment? Notre-Seigneur ne s’est pas plu, et vous, sa chère épouse, vous vous complairiez en vous-même! Ce caractère d’épouse implique des sentiments semblables à ceux de votre Epoux. Lui, la sainteté même, ne s’est pas plu; et vous, un ramassis de péchés, vous vous complairiez dans la multitude de ces péchés! A mesure que vous participerez aux lumières que votre Epoux vous communiquera, vous trouverez en vous ce que vous avez de commun avec la race humaine, les trois concupiscences: « La concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l’orgueil de la vie(4). » Avec ce triple foyer de concupiscence, il est tout simple que vous ressentiez des maux infinis; si les effets en sont arrêtés, c’est par la grâce de Dieu: « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis(5). » Si je suis fervente, c’est à Dieu seul que je le dois… dès lors, je ne prendrai aucune complaisance en moi-même… Jésus-Christ s’est anéanti. Si je veux m’anéantir d’une manière pratique, quelle série de retranchements à faire, afin de mettre au lieu de ma propre estime, l’estime de Notre-Seigneur et son amour au lieu du mien! « Je m’humilierai encore plus et je serai vil à mes propres yeux(6) », répondait David à Michol; c’est cela, je serai bas à mes propres yeux. J’y trouverai mon bonheur… dans la mesure que Dieu le voudra.

2° à nous mépriser sincèrement devant le prochain.

Pour les actes d’humilité extérieurs, ils doivent être réglés pas la prudence des Supérieurs et par votre obéissance. Quelle espèce d’actes d’humilité pratiquerez-vous aux yeux de vos Soeurs? peut-être que la meilleure humilité pour vous consistera dans un simple oubli de vous… il y a des gens qui sont satisfaits d’être humiliés en public… c’est un aliment à l’amour-propre… Je demande de vous un amour sincère de l’anéantissement, semblable à celui qu’avait Notre-Seigneur. En tant que Dieu, Jésus-Christ est vérité, tout en lui est véritable, sincère… voilà un mot terrible: la sincérité dans la simplicité et dans l’humilité!… Se mépriser soi et accepter sincèrement et véritablement le mépris, sentez-vous que c’est là la grande leçon donnée par la vérité même? Peut-il y avoir autre chose que l’humilité la plus vraie en Jésus-Christ? Le coeur humain se tourne et se retourne pour se retrouver, pour se complaire… c’est un cheval fougueux: on le met sous le joug et il est fier d’être attelé à un bel équipage… nous tirons vanité même de l’esclavage…

3° à nous anéantir devant Dieu.

Anéantissement par rapport à Dieu: ici, redoublez d’attention, je vous prie. L’autre jour, là, aux pieds du Saint Sacrement, je me demandais comment il se fait que notre orgueil soit d’une espèce telle que tout lui sert d’aliment, surtout le bien. Saint Augustin le dit: l’orgueil s’attache aux bonnes oeuvres, afin qu’étant faites, elles périssent. Vous êtes appelées à la vie religieuse qui est une vie de perfection d’abord, mais il y a une vie opposée à la vie de Dieu: c’est la vie du péché. Sans avoir précisément cette vie opposée, il y a une vie à côté: vous êtes bonnes, vous allez bien… mais à côté du Bon Dieu. Si vous ne l’avez pas senti, moi je l’ai senti… et je demandais à Dieu comment il fallait s’y prendre pour mépriser certaine estime, pour mépriser les louanges… et voici, je crois, la réponse. Ne s’appuyer que sur Dieu seul. Je ne vois qu’un moyen: l’amour de Dieu, de Dieu anéanti… c’est surtout quand nous adorons le Saint Sacrement, que nous devons dire à Notre-Seigneur: mon Dieu, je veux me vider de moi-même, dépendre de toute créature afin d’appartenir à vous seul… Si je pouvais venir à bout d’entrer uniquement dans cette vie de Dieu!

L’humilité nous vide de nous-même pour nous remplir de la vie de Dieu.

Nous avons à nous vider de nous-mêmes. A mesure que nous ôterons quelque chose de nous-mêmes, nous rapprochant de ce Dieu anéanti dans l’Eucharistie, nous serons peu à peu plus remplis de cette vie de Dieu… nos actions prendront un caractère divin: « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi(7). » Ayant fait disparaître le tout de nous-mêmes, nous aurons mis le tout de Dieu… Il faut enlever de soi-même tout ce qui est égoïste, l’orgueil, la tendance à se faire centre, l’amour de la domination pour y mettre à la place la plénitude de la Divinité; c’est là le terme de l’humilité: l’amour. Notre-Seigneur s’est anéanti pour arriver à mon néant; dans l’amour je trouverai la possibilité d’acquérir la plénitude de l’être à Dieu. Ce n’est pas le panthéisme: vous serez toujours vous-mêmes, mais vous-mêmes transformées. Après que vous vous serez anéanties, il y aura plus de place pour Dieu. Cette vie de sainteté, de préoccupation de Dieu rencontre des obstacles extérieurs: l’amour des applaudissements, de la domination, de la propre estime; il faut qu’ils soient détruits et que vous n’ayez plus qu’une seule pensée: Dieu; que vous puissiez dire avec saint François d’Assise: Mon Dieu, vous m’êtes toutes choses. Quand une fois vous arriverez au dépouillement complet de vous-mêmes, vous verrez comment par là, l’humilité est un grand et merveilleux moyen de purification. En effet, tout ce qui est créé contracte une certaine souillure, quand ce n’est pas dirigé vers le ciel; cette souillure se contracte par les trois concupiscences, quand nous suivons la pente de notre nature corrompue. Il faut détruire notre vie propre, pour y mettre la vie de Jésus.

L’humilité nous fait participer à la puissance d’action de Dieu.

Que la conséquence pratique de tout ceci soit de prendre une à une chacune de nos actions et de nous demander: Est-ce de l’anéantissement ou de l’orgueil, de l’amour-propre, de la personnalité? et de n’accepter que les actes marqués de ce cachet. Il me semble que voilà un assez beau, un assez grand combat… voulez-vous faire plus? Voulez-vous mettre en vous l’amour de Notre-Seigneur? voulez-vous que Dieu soit votre centre? Dans cette disposition à enlever l’amour-propre se trouve le principe de cette disposition à chercher la gloire de Dieu: si vous ôtez l’amour de la puissance, la puissance et la force même de Dieu viendront en vous. Si vous n’êtes fortes que de votre force, vous tomberez… si vous avez la force de Dieu, vous aurez la domination sur vous-mêmes et une domination de sainteté sur les autres, dans la mesure que Dieu voudra…

à sa plénitude d’être.

Dans l’oubli complet de vous-mêmes, dans ce sacrifice d’amour, vous participerez à la vie de Dieu: « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être(8). » Cela s’accomplit dans l’ordre de la nature, et cela s’accomplit aussi dans l’ordre de la grâce d’une manière merveilleuse. En vous anéantissant, demandez à Notre-Seigneur de réaliser pour vous ces paroles: « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. » Que, dépouillée de ma vie personnelle, Jésus-Christ soit le principe de ma vie, de tous mes mouvements, non pas seulement physiques, mais de tous les mouvements de mon coeur, de mon esprit… que Jésus-Christ soit mon principe et mon être et que j’arrive enfin à cette plénitude de l’être à laquelle j’aspire! Quand on est enfant, qu’on est jeune, on sent le bonheur de vivre, mais qu’est-ce que cette vie divine dont le terme est la gloire dans le ciel, à laquelle je vous invite! Vous arriverez à cette suprême félicité que Dieu communique par la grâce sur la terre et par la gloire dans le ciel. Ainsi soit-il.

Notes et post-scriptum
1. Philip., II, 7.
2. Luc, II, 7.
3. Rom. XV, 3.
4. I Jean, II, 16.
5. I Cor., XV, 10.
6. II Rois, VI, 22.
7. Gal., II, 20.
8. Act., XVII, 28.