HERITIERS DE L'EVANGILE

couvertureC'était une des initiatives envisagées pour le 150e anniversaire de la congrégation des Augustins de l'Assomption. C'est maintenant un livre. Encore un livre, dira-t-on peut-être ? Celui-ci a un avantage : il se compose de trente textes, écrits par trente Assomptionnistes. On peut le lire en pièces détachées, une pas jour, pendant trente jours ou plus. Les textes ne sont pas longs : trois ou quatre pages. La curiosité aidant, et la variété des signatures, même si on n'aime pas lire, on devrait y arriver... Il ne s'agit pas seulement de lire. Nous sommes invités à la prière. Chacun des auteurs devient un guide, un inspirateur, à partir d'un passage de lEcriture. Là se trouve la vraie originalité du recueil. Pierre Gallay, le maître d'Oeuvre, qui est parvenu à surmonter les difficultés bien connues dès lors qu'on organise un livre collectif - trente personnes - a choisi lui-même les passages des Evangiles, des lettres de Paul, de l'Apocalypse ; il les a réparties entre les auteurs, et on obtient cet ensemble qui, à ma connaissance, n'a pas son pareil chez nous. Les pages de l'Ecriture sont parmi les plus chargées de sens ; on peut les dire " fondatrices ", et il faut saluer la qualité de la sélection. Conçu d'une autre manière, un autre livre aurait pu, par exemple, prendre appui sur des textes du Fondateur. Ce n'est pas ici le cas. Le titre est donc juste : "Héritiers de l'Evangile ". On est allé à l'essentiel, et c'est bien le moins pour une Congrégation qui a pour devise une demande du Notre Père. Restait àvoir comment les religieux sollicités allaient mettre noir sur blanc la prière que leur inspirait l'Ecriture. Le résultat est varié dans la forme, le langage, la tonalité religieuse, la nature du commentaire, le degré de subjectivité, visible chez certains, affiché parfois. La notion de prière étant extensible, on trouve les explications de l'exégète, la réflexion intellectuelle du théologien, la démarche proche de l'homélie, l'interprétation personnelle, parfois très personnelle, du passage biblique, et ce qu'on appellera prière, si on fait la distinction entre parler de... et parler à... Parler de Dieu, de Jésus, de la Nativité, de Marie, des Béatitudes, de la vocation des disciples, de l'Eucharistie, du commandement de l'amour, etc ; parler de soi et à soi selon qu'on dévoile les dispositions intérieures, qu'on se met en cause en disant " je " ; ou parler àDieu, au Christ, pour une relation intime qui laisse entrevoir un souci de contemplation. Il n'y a pas de " genre littéraire " de la prière. Cela me rappelle Julien Green qui, ayant reçu un ouvrage intitulé Technique de la prière, notait dans son Journal qu'un tel titre " éloigne àjamais du sujet ". Ces trente prières relèvent de la méditation. Quand nous disons " méditer ", nous entendons déjà que c'est prier, parce que la foi et l'amour vont au-delà de l'intelligence. Mais en quoi sont-elles Assomptionnistes ? Jésus est au centre, Marie est présente, l'Eglise aussi, l'Eglise naissante, l'Eglise de la mission première. Des activités apostoliques propres aux Assomptionnistes y apparaissent : la péniche de Conflans, le journalisme, l'Oecuménisme, la proximité avec les laïcs, les jeunes en particulier. L'internationalité est visible : Roumanie, Russie, Italie, Vietnam, Terre Sainte. Et, bien entendu, le Père d'Alzon n'est pas oublié : plusieurs le citent. On se réfère àla Règle de Vie. Ce genre de livre n'est pas un objet pour critique littéraire. On ne va pas se mettre à juger le style d'une prière, à faire des comparaisons entre le style de l'un et celui de l'autre. Les religieux ont pris le risque d'une parole en public. Au lecteur de réagir, selon les affinités. On nous offre de quoi alimenter notre vie de prière, on vient en aide ànos pauvretés, et c'est ce qui importe. Ce recueil est une pièce versée au dossier d'une spiritualité assomptionniste, telle qu'elle se disperse dans la diversité des sensibilités et des expressions. On étudiera peut-être cela comme un témoignage de l'histoire intérieure de l'Assomption.

Lucien GUISSARD

 

Voici les noms des collaborateurs : Alain Marchadour, Pierre Gallay, Benoît Bigard, Guy Clerc, Jean-François Petit, Jacques Nieuviarts, Pierre Tran Van Khue, Dominique Lang, Filippo Belli, Xavier Triaire, Claude Maréchal, Bruno Chenu, Noë‘l Le Bousse, André Sève, Daniel Blaj, Didier Remiot, Sergueï Trophimov, Lucas Chuffart, Marie-Bernard Kientz, Michel Zabé, Marcel Neusch, Henri Caro, André Antoni, Benoït Gschwind, Michel Kubler, Jean-Paul Perier-Muzet, Jean Potin, Sylvain Gasser, Alex Le Borgne, Bernard Le Léannec.

Bayard Editions Centurion, 1999, 98FF

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