(Mt 21.1-17)
Messianisme et accomplissement des Ecritures en Matthieu.
Collection LECTIO DIVINA n°176
Ce livre présente une lecture d'un récit de Mt 21. 1-17, attentive en particulier à la façon dont Matthieu, en un art accompli, trame son récit et le tisse à partir des Ecritures anciennes. Cette écriture intertextuelle de son récit fait ici l'objet d'une étude minutieuse. On ne peut que reconnaître partout des allusions a la Bible. des critères assez précis sont établis au départ de l'analyse qui permettent de passer ensuite en revue l'ensemble du récit. L'étude montre en particulier comment des pages importantes du Premier Testament s'appellent ici mutuellement et se conjuguent; Dès lors la notion elle-même d'accomplissement des Ecritures trouve dans cette lecture un éclairage singulier. Matthieu est saisi dans son geste d'écriture organisant en véritable polyphonie les Ecritures. Il les montre trouvant en Jésus leur plénitude. Citations d'accomplissement, appel de Jésus aux Ecritures ou à leur lecture, acclamation des foules ou des enfants dans le temple sont autant de ressources qui se mêlent aux simples allusions (soigneusement vérifiées ici) pour dire en Jésus la plénitude des Ecritures et tracer ainsi de lui un portrait christologique assez saisissant. Cette étude lie de façon originale une approche diachronique et synchronique. La lecture intertextuelle à laquelle elle mène éclaire finalement le récit et met en relief de façon nouvelle l'art de Matthieu, le "scribe avisé" (Mt 13.52), dont la plume trace en lettre de lumière le visage du Ressuscité.
Dans la collection-phare de l'exégèse en France,
"Lectio divina", voici qu'après deux de ses prédécesseurs
aa, Jacques Nieuviarts fait une entrée remarquée.
L'ouvrage de Jacques a comme origine une longue recherche, menée
depuis 1987, au moment de son arrivée à Toulouse
et de son entrée à l'Institut Catholique.
Il y a soutenu deux thèses de doctorat, l'une, à
la Faculté de Théologie de Toulouse, puis, sous
une forme remaniée, une seconde, en lettres, à l'Université
du Mirail. Voici, remaniée, une partie de sa recherche.
C'est dire qu'on y trouvera la double marque propre à la
science théologique et aux recherches littéraires
. L'ensemble est constitué de deux grandes parties: le
récit dans sa trame intertextuelle (p. 19-198), et l'enracinement
juif de l'exégèse de Matthieu et de sa narration,
la naissance du récit (p. 199-299). L'ouvrage a gardé
les traits propres au genre littéraire des thèses
: analyse minutieuse, références multiples aux autorités,
apparat critique chargé, argumentation démonstrative.
Il ne faut donc pas s'attendre à un ouvrage de lecture
facile. Même les exégètes classiques auront
besoin d'une attention soutenue pour accompagner l'auteur dans
la Jérusalem plus sémiotique qu'historique ou géographique
qui leur est proposée ici. Pourtant la question qui traverse
l'ensemble de l'ouvrage est importante et elle intéresse
tous ceux qui étudient les rapports entre les deux testaments.
C'est la fonction des citations de l'Écriture dans le chapitre
21 de Matthieu. « La présence des Écritures
anciennes est la raison principale du choix que nous faisons de
cet épisode comme objet de la présente étude
», dit l'auteur. La problématique est classique puisqu'elle
concerne les citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau.
L'approche est moderne, car elle intègre les recherches
actuelles de la linguistique sur l'intertextualité, c'est-à-dire
« le phénomène d'écriture d'un texte
à partir d'éléments d'un ou de plusieurs
autres textes ». Cela vaut en particulier d'excellents développements
sur l'intertextualité et sur l'effet de sens que cela produit
pour le récit de l'entrée de Jésus à
Jérusalem.
Voilà une entrée remarquée dans la Jérusalem
des biblistes. Jacques a emprunté la monture éprouvée
de l'exégèse. Il est désormais dans la maison
du savoir exégétique à pied d'oeuvre pour
de futures oeuvres qui permettront à des lecteurs moins
spécialistes que les biblistes de le suivre au coeur des
Ecritures.
Alain Marchadour
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