Michel
Kubler nous propose un ouvrage très concis
sur les premiers pas de Benoît XVI. Cette brièveté est
une forme d’honnêteté et un service rendu au lecteur.
L’élection de Joseph Ratzinger sur le siège de Pierre est
trop récente pour autoriser l’élaboration d’une vaste
théorie. Mais il peut être fructueux de regarder cette
ouverture de pontificat et d’en tirer quelques anticipations.
Le livre est construit en trois chapitres. Michel Kubler dresse d’abord le portrait de Joseph Ratzinger; il analyse ensuite les conditions de son élection et ses tout premiers discours (leur texte intégral figure en annexe); il formule enfin des hypothèses sur les évolutions possibles. À chaque étape, l’auteur confirme qu’il est, sur ces sujets, un expert très scrupuleux mais aussi un vrai journaliste, qui sait mettre en lumière, de quelques mots, les lignes de force d’une situation. Ainsi lorsqu’il évoque sans irénisme ce qui s’est passé au conclave: cette très rapide conjonction des suffrages sur la personne de Joseph Ratzinger, y compris de la part des prélats «d’ouverture », convaincus qu’à tout prendre, il valait mieux «avoir un pape assez intelligent pour éviter les extrêmes et rester à l’écoute de tous».
Ce jugement, on le sent bien, est aussi celui de Michel Kubler. Son portrait du cardinal bavarois détruit le pesant cliché du «panzerkardinal», collé à l’un des esprits les plus subtils qui se puisse rencontrer. Il n’entérine pas non plus l’idée des deux Ratzinger, c’est-à-dire l’audacieux théologien de Vatican II qui aurait définitivement «viré sa cuti» après la tempête universitaire de 1968 pour se transformer en réactionnaire borné.
Benoît XVI, pape de contre-réforme? Cette question est une perche tendue à ceux qui, précisément, craignent un pontificat de fermeture. L’habileté de Michel Kubler est de nous rappeler que la «Contre- Réforme», au sens historique du terme, a été moins une fermeture qu’une profonde réforme de cette Église dans laquelle la Réforme protestante avait révélé de terribles manquements.
L’hypothèse du livre est que le pontificat de Benoît XVI pourrait être un pontificat de réforme en vue d’une meilleure mise en oeuvre du concile Vatican II (tout comme la Contre-Réforme avait été la mise en application du concile de Trente). Aux yeux du nouveau pape, il faut sans doute corriger certains excès qui ont suivi Vatican II et rechercher «un nouvel équilibre après les exagérations d’une ouverture sans discernement au monde», ainsi qu’il l’avait déclaré en 1985. Cela pourrait se traduire, notamment, par un ajustement de la réforme liturgique.
En revanche, rien ne laisse présager une remise en cause des grands
engagements issus du concile, au contraire: Benoît XVI s’est exprimé en
héraut de la collégialité épiscopale, de l’unité des
chrétiens, du dialogue
interreligieux. Peut-être le pontificat de Benoît XVI opérera-t-il
la synthèse
entre les deux Ratzinger. ●
Guillaume Goubert
(Cet article est paru dans La Croix du jeudi 15 septembre 2005)
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