[Lettre 33 à Proculianus
(Hippone), en 396]
Proculianus était l'évêque donatiste d'Hippone. Augustin, qui est évêque depuis peu, saisit au bond le désir que ce dernier avait manifesté d'organiser une conférence « en présence de quelques hommes de bien ». L'enjeu, c'est l'unité de l'Eglise et le salut de tous. Cette lettre exprime avec une particulière véhémence sa passion de l'unité :
« Qu'avons-nous àfaire de toutes ces anciennes querelles ?Assez et trop longtemps ont duré les blessures que l'animosité d'hommes orgueilleux ont infligées à nos membres. Ces blessures sont tellement envenimées qu'elles nous ont fait perdre jusqu'au sentiment de la douleur qui nousfait implorer le secours du médecin.
Voyez quelle misère et quelle honte ont jeté le trouble dans les maisons et les familles chrétiennes. Les maris et les épouses vivent d'accord sous le même toit, et sont en désunion quand il s'agit de l'autel du Christ. Ils jurent par le Christ d'avoir entre eux la paix, et cette paix, ils ne peuvent l'avoir en lui. Les fils habitent avec leurs parents une seule et même maison, et n'ont pas la même maison pour adorer Dieu. Ils espèrent leur héritage et sont en dispute avec eux sur l'héritage de Jésus-Christ. Les serviteurs et les maîtres ne reconnaissent pas le Maître commun, qui a pris la forme d'un serviteur pour les délivrer tous de l'esclavage, en se faisant esclave lui-même. ...
Lorsque des hommes désirent terminer leurs discussions temporelles, ils s'adressent à nous, et quand nous leur sommes nécessaires, ils nous appellent des saints et des serviteurs de Dieu, pour que nous arrangions leurs affaires terrestres. Occupons-nous donc enfin de l'affaire de leur salut et du nôtre. Il ne s'agit là ni d'or, ni d'argent, ni de biens-fonds, ni de troupeaux, toutes choses pour lesquelles ils nous saluent humblement en courbant la tête, et cela pour que nous terminions leurs dissensions humaines, mais il s'agit de Jésus-Christ, notre chef sur lequel règne entre nous une division aussi honteuse que dangereuse. Qu'ils baissent aussi humblement qu'ils le voudront la tête pour nous saluer afin que nous les mettions d'accord sur la terre ; ils ne s'abaisseront jamais autant que le divin chef en qui nous ne sommes pas d'accord, lui qui s'est abaissé jusqu'à descendre du haut du Ciel sur la croix.... » (§ 5).
« Je vous en prie, je vous en conjure, s'il y a en vous cette humanité que chacun aime à reconnaître, laissez-la éclater..., consentez à discuter avec nous sur toutes ces choses dans un esprit de paix et de conciliation ... » (§ 6).
Saint
Augustin
Lettre 33 (éd. Vivès, revu)
|
|
|