Édito

Christ est ressuscité

La fête de Pâques donnait lieu à quinze jours de « vacances » : sept jours avant, sept jours après. Procès et affaires étaient suspendus. On se pressait dans les églises plus que d'habitude. « Tout le monde court à l'église aujourd'hui », observe Augustin. « Il y a grande foule ici, ceux qui n'ont pas l'habitude de venir sont venus » ( En. in Ps . 21). C'est à cet auditoire disparate qu'il s'adresse, pour l'ouvrir à l'intelligence de la fête. Ces vacances de Pâques étaient souvent épuisantes pour sa faible santé.

Commencé avec le carême, le cycle pascal s'achevait à la Pentecôte. Avant Pâques, explique Augustin, c'est le temps de la souffrance, après, c'est le temps de la joie. Parce que dans le Christ, le passage s'est déjà accompli de l'un à l'autre, l'Eglise peut chanter  Alleluia, mot qui signifie : louez Dieu.

Ce n'est cependant pas encore la « véritable louange », car l'Eglise vit encore sous le signe de la passion. « Si nous multiplions dans l'Eglise les louanges à Dieu après la Résurrection , c'est pour figurer la louange éternelle qui suivra notre résurrection : la Passion du Sauveur exprime notre temps à nous, le temps de nos larmes » ( Sermon 254, 5).

Dans la théologie d'Augustin, ce temps des larmes, figuré par la Passion , est inséparable du temps de la joie. Le signe distinctif du chrétien, ce n'est pas la foi en la Passion du Christ, signe d'une condition humaine pleinement assumée, mais la foi en sa Résurrection, promesse de notre propre résurrection. Ce qui s'est accompli pour la Tête se réalisera aussi pour le Corps.

« Par sa passion le Seigneur est passé de la mort à la vie ; et il nous a ouvert la voie, à nous qui croyons en sa Résurrection, afin que nous passions, nous aussi, de la mort à la vie. Ce n'est pas grand-chose de croire que le Christ est mort, cela les païens et les juifs et tous les iniques le croient. Tout le monde croit qu'il est mort ; la foi des chrétiens, c'est la Résurrection du Christ » ( En. in Ps 120, 6).

Pâques revêt un caractère d'autant plus important pour Augustin qu'à la différence de Noël, on y célèbre non un simple souvenir, mais un « sacrement ». La Résurrection du Christ est pour lui un événement indiscutable. « Que le Christ soit ressuscité des morts le troisième jour, pas un chrétien ne le met en doute » ( Sermon Guelf . 5, 4). Au-delà de l'événement historique, Augustin cherche à en faire comprendre le sens sacramentel, notre propre passage de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, symboliquement célébré au cours de la veillée pascale.

Augustin ne cesse de s'étonner devant le mystère pascal, mystère qui nous est connu grâce à ceux qui ont vu et entendu. Notre étonnement devrait être au moins à l'égal du leur au matin de Pâques. « Nous croyons leur parole, eux n'en croyaient pas leurs propres yeux » ( Sermon 231, 1).

Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption

Le temps pascal Sermon 254 

Ce temps 1 que nous passons dans les souffrances et les gémissements est figuré par les quarante jours qui précèdent Pâques, et le temps de la joie qui viendra ensuite, le temps du repos, de la félicité, de la vie éternelle, du règne sans fin, mais à venir, est signifié par les cinquante jours pendant lesquels résonnent les louanges de Dieu…Le temps de la joie, du repos et du règne que représentent ces jours est exprimé par l' alleluia . Mais ce temps des louanges n'est pas encore venu pour nous. En ce moment nous soupirons vers cet alleluia.

Que signifie alleluia  ? Louez Dieu. Nous ne pouvons encore formuler la véritable louange. Si nous multiplions dans l'Eglise les louanges à Dieu après la Résurrection , c'est pour figurer la louange éternelle qui suivra notre résurrection : la Passion du Seigneur exprime notre temps à nous, le temps de nos larmes…

La laideur de ce temps est donc un signe : mais que cette laideur soit pour nous un signe de fertilité.

Demandons-nous donc ce que signifie ce mot : « Nous l'avons vu ! » En quel état l'avons-nous vu ? «  Il n'avait ni beauté ni éclat. » (Is 53, 2) Pourquoi ? Interrogeons un autre prophète : « Ils ont compté tous mes os » (Ps 21, 18). On a compté les os de ce pendu ! Quelle vue repoussante que celle du Crucifié ! Mais de cette laideur est sortie sa beauté. Quelle beauté ! Celle de sa résurrection : il était alors le plus beau des enfants des hommes (Ps 44, 3).

Louons donc le Seigneur, frères, nous attachant à la fidélité des promesses dont nous n'avons pas reçu encore l'accomplissement. Est-ce donc peu de chose d'avoir pour débiteur Celui qui nous a engagé sa parole ? Cette garantie que Dieu nous donne sur sa parole nous la tenons de sa bonté, et nous n'avons de nous-mêmes aucun titre à l'exiger.

Saint Augustin

Les plus beaux sermons de saint Augustin . Réunis et traduits par Georges Humeau . Etudes Augustiniennes, 1986, tome III, p 118 s.

 

 

 

 

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