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Le mystère pascal |
« Le
Seigneur Jésus-Christ, en se faisant chair,
a donc donné à notre chair
l’espérance. Il a pris ce que nous connaissons
si bien sur cette terre : la
naissance et la mort.
Ressusciter et vivre éternellement y était inconnu. »
Enseigner la parole de Dieu, célébrer la liturgie avec
les fidèles sont des missions importantes de l’évêque. Augustin les prenait très à cœur. « Pendant 40
ans, il a prêché régulièrement non seulement à Hippone, dans sa propre église...
mais encore dans beaucoup d’autres villes et villages : à Carthage, à Tagaste, partout où le portaient ses nombreux voyages à
travers l’Afrique du Nord. » Il prêche le Dimanche, mais aussi en semaine. Au
cours de la semaine de Pâques, qui est particulièrement solennelle, il va
prêcher tous les jours.
L’année
liturgique fournit le cadre habituel de sa prédication. Pendant le Carême et
jusqu’à
1. Sur le Verbe de Dieu
Le mystère pascal se profile dès l’Incarnation, dans l’abaissement, la kénose du Fils, lui qui s’est fait pauvre. « O pauvreté ! Voilà le chef des pauvres que nous cherchions : le pauvre dont est membre le vrai pauvre que nous avons trouvé » (Sermon 14). Fils de Dieu, fils de l’homme : saint Augustin se plaît à en souligner le paradoxe :
« Pour sa naissance humaine, il voulut avoir un jour, alors que sans son ordre divin ne se déroule aucun jour. Il est auprès du Père avant la série des siècles ; mais en ce jour, né de sa mère, il est entré dans la suite des années. Il s’est fait homme, lui qui fit l’homme ; il suce le lait, lui qui régit les astres. Lui le pain, il a faim ; source, il a soif ; lumière, il dort ; chemin, il est fatigué du chemin ; vérité, il est accusé par de faux témoins ; juge des vivants et des morts, il est jugé par un mortel ; justice, il est condamné par des injustes.. .La force est affaiblie, le salut blessé, la vie mise à mort » (Sermon 191).
Admirable échange où le Fils prend la totalité de la condition humaine dans sa propre naissance et sa mort pour la conduire à la vie :
« Le Seigneur Jésus-Christ, en se faisant chair, a donc donné à notre chair l’espérance. Il a pris ce que nous connaissons si bien sur cette terre, ce que nous y trouvons en abondance : la naissance et la mort. Naître et mourir, voilà ce qui abonde ici-bas ; ressusciter et vivre éternellement y était inconnu. Il a trouvé ici ces viles marchandises de la terre, mais celles du ciel il les a fait aussi passer par cette terre. Tu crains la mort, aime la résurrection » (Sermon 124, 4).
Saint Augustin explique ainsi aux nouveaux baptisés la nature de ce Verbe de Dieu qui vient les illuminer :
« Quelle est la grandeur de ce Verbe ? Quelle est la nature de ce Verbe ? Tout a été fait par lui. O Seigneur, écoutez-nous : vous nous avez faits ; faites-nous encore. Faites-nous bons puisque déjà vous nous avez faits lumineux ; les voici, en vêtements blancs, ces baptisés resplendissants de lumière, qui par moi, écoutent votre Verbe. Illuminés par votre grâce, ils se tiennent tout près de vous. C’est vraiment le jour que le Seigneur a fait. Mais fassent leurs efforts, fassent leurs prières, qu’au lendemain de ces fêtes pascales, elles ne deviennent plus ténèbres, ces âmes qui sont devenues lumière par un miracle et un bienfait de Dieu ! » (Sermon 120, 3).
2. La préparation au baptême
Juste avant le début du Carême, saint Augustin appelle les catéchumènes (déjà marqués du signe de la croix) au baptême. « Que chaque chrétien qui est encore catéchumène, travaille à la rémission de ses péchés... Viens à la grâce. Toi qui étais mauvais serviteur, prépare-toi à être fils » (S.Bibl.Cas II, 114,3-4). On chante le psaume 41 : « Comme le cerf aspire après les sources vives, ainsi mon âme aspire après toi, mon Dieu.» Augustin commente : « On comprend bien que c’est le cri de ceux qui, n’étant encore que catéchumènes, se hâtent vers la grâce du saint baptême.» Commence alors un temps de pénitence et d’enseignements quotidiens à l’église. Il les instruit sur la foi, la prière, le baptême. Il les exhorte d’abord à la communion fraternelle.
2.1 La charité fraternelle
« Les jours saints que nous passons présentement dans l’observance du Carême nous invitent à vous parler de la bonne entente fraternelle. Que quiconque a un grief contre un autre (Col 3,13) y mette fin sinon comment prier le Notre Père ? » (Sermon 211, 1)
« Voilà. J’ai achevé de vous dire ce que ...spécialement en ces jours où vous vous adonnez au jeûne, aux exercices de piété, à la continence - ce que vous avez à faire pour vous réconcilier avec vos frères (Sermon 211, 6). L’apôtre dit : Il arrivera que tout homme qui invoquera le nom du Seigneur sera sauvé (Rm 10,13). C’est vers ce salut que vous vous hâtez, vous qui vous êtes fait inscrire parmi les candidats au baptême. Ce salut n’est pas pour un petit moment mais pour l’éternité » (Sermon 213).
Quinze jours avant Pâques, la nuit du Samedi au Dimanche, se déroule une veillée de prière avec chants des psaumes, où les « aspirants » renoncent à Satan : « Que nul ne regarde en arrière. Approchez-vous du Seigneur avec un cœur contrit. Lui- même vous sauvera si vous êtes humbles d’esprit » (Sermon 216).
2.2 Le symbole des Apôtres
L’évêque leur donne le Symbole, qu’ils doivent apprendre par cœur pour le réciter huit jours après, le samedi de la « reddition du Symbole ».
« Recevez la règle de la foi, qu’on appelle le Symbole. Et lorsque vous l’aurez reçu, gravez-le dans votre cœur et redites-le à vous-même chaque jour. Avant de dormir, avant de sortir, munissez-vous de votre Symbole. Ce que vous allez entendre, c’est ce que vous allez croire, et ce que vous aurez cru, votre langue doit le redire. Tout ce que vous entendez dans le Symbole est contenu dans les divines lettres des Saintes Ecritures. Lorsqu’on entend dire le Symbole, on ne l’écrit ni sur des tablettes, ni sur un autre matériau, mais dans son cœur » (Sermon 212)
Saint Augustin, qui leur commente phrase par phrase le Credo, souligne l’importance de la communauté qui accompagne les aspirants :
« Dans huit jours vous rendrez ce que vous avez reçu aujourd’hui. Vos parents qui vous reçoivent, qu’ils vous instruisent pour que vous soyez prêts (Sermon 213, 11). Personne ne peut être sauvé, s’il n’a prié; personne ne peut prier, s’il n’a d’abord cru. Si l’ordre des choses est tel qu’il faut d’abord croire, ensuite prier, aujourd’hui vous recevez le symbole de foi qui définit ce qui est à croire ; dans huit jours, la prière grâce à laquelle vous pourrez invoquer » (Sermon 213, 1).
2.3 La prière du Notre Père
Le samedi suivant, une semaine avant Pâques, ils réciteront le Credo et l’évêque leur donnera le Notre Père à apprendre par cœur pour le prier avec la communauté lors de la vigile pascale. « Vous avez rendu le symbole qui contient le résumé de la foi. Je vous ai déjà dit ce que l’apôtre affirme : comment peut-on prier celui en qui on ne croit pas ? (Rm 10, 14) Or vous avez reçu, retenu et rendu ce qu’il faut croire de Dieu ; recevez donc aujourd’hui comment le prier » (Sermon 58, 1) Et saint Augustin commente le Notre Père. Dans un langage imagé et très concret il parle des deux ailes de la prière :
« Que les péchés soient pardonnés... Par les petites fentes du navire s’infiltre l’eau, se remplit la cale. Si l’on n’en tient pas compte, le navire sombre. Mais les matelots y veillent sans cesse, leurs équipes s’activent chaque jour pour vider la cale. Qu’ainsi s’activent aussi tes mains. Qu’elles donnent, qu’elles fassent de bonnes œuvres. Fais-le autant que tu le peux, fais-le avec ce que tu peux, fais-le joyeusement ; et ta prière obtiendra sûrement son effet. Elle aura deux ailes. Une de ces aumônes est celle du cœur, quand tu pardonnes à ton frère une offense ; l’autre est celle de tes mains, quand tu donnes au pauvre du pain. Fais l’un et l’autre, afin que ta prière ne reste pas avec une seule aile. Cette prière vous encourage, non seulement à apprendre à demander à votre Père qui est dans les cieux ce que vous désirez, mais à apprendre aussi ce que vous devez désirer. Cette prière, vous devez la dire tous les jours une fois que vous serez baptisés » (S. 58, 10).
3. La vigile pascale et le jour de Pâques
On arrive ainsi à la vigile pascale, au cours de laquelle les catéchumènes seront baptisés. Lectures, récitation du Symbole, baptême par immersion en trois fois, onction, imposition des mains... Les néophytes sont revêtus de vêtements blancs qu’ils porteront toute la semaine. Puis, pour la première fois, ils entendent la prière eucharistique, prient le Notre Père avec la communauté et communient.
3.1 La vigile pascale
La nuit… nuit de l’Incarnation, nuit de
« En cette nuit le monde entier veille en l’honneur du Christ en une vigile particulièrement sainte et sacrée. A l’heure de son sommeil provisoire, nous célébrons la vigile, afin que maintenant que lui veille pour nous, nous restions infatigables en vue de la vigile éternelle du Ressuscité. Il a dormi pour que nous veillions, lui qui est mort pour que nous vivions. Veillons dans le souvenir de sa mort ; réjouissons-nous dans l’accueil de sa résurrection. Cette nuit, comme on le sait, se rattache au jour suivant que nous considérons comme le jour du Seigneur. Il devait évidemment ressusciter de nuit, puisque par sa résurrection il a illuminé nos ténèbres » (S. 223 B).
Dans un des sermons de la veillée
pascale, saint Augustin commente le passage de
3.2 Le jour de Pâques
Le jour de Pâques célèbre le passage des ténèbres à la lumière. L’Eglise laisse éclater sa joie, avant-goût de la joie dans la cité d’en haut :
« Vous avez devant vous des hommes qui viennent de naître : il leur a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu. A qui ? A ceux qui croient en son Nom. La première naissance vient de l’homme et de la femme, mais la seconde naissance de Dieu et de l’Eglise. Merveilleux échange ! Il était Fils de Dieu et il est devenu fils d’homme. Vous étiez fils d’homme et vous êtes devenus fils de Dieu. Il a partagé avec nous nos malheurs pour nous donner son bonheur.Voici la joie, mes frères, la joie de votre assemblée, la joie dans les hymnes et les psaumes, la joie dans le souvenir de la passion et de la résurrection du Christ, la joie dans l’espérance de la vie future » (Sermon 229 B).
Augustin
revient sur le sacrement de l’eucharistie et le déroulement de la
liturgie. « Je vous avais promis à vous
qui avez été baptisés, un entretien sur le sacrement de la table du Seigneur
que vous voyez maintenant encore et auquel vous avez pris part dans la nuit
dernière. Vous devez savoir ce que vous avez reçu, ce que vous recevez, ce que
vous devriez recevoir chaque jour. Il vous est prouvé avec ce pain combien vous
devez aimer l’unité » (Sermon 227).Saint
Augustin compare les catéchumènes à des grains de blé qui ont été broyés par
« Vous avez été broyés.. .et vous avez commencé à être moulu par les jeûnes et les exorcismes. Ensuite, vous êtes venus vers les eaux, vous en avez été baignés, et vous avez été faits un. La chaleur de l’Esprit Saint a fait lever la pâte et vous êtes devenus le pain du Seigneur. Voilà ce que vous avez reçu. En voyant l’unité qui est la vôtre par ce qui a été fait pour vous, conservez précieusement cette unité en vous aimant les uns les autres et en restant attachés à la même foi, à la même espérance et à l’indivisible charité » (Sermon 229).
C’est aux nouveaux baptisés que je m’adresse maintenant et je leur demande d’être de bons grains et de ne point suivre la paille que le vent emporte, pour se perdre avec elle, mais de demeurer dans l’aire retenus par le poids de la charité, pour arriver au royaume de l’immortalité. Vous donc, plantes nouvelles de l’Eglise, je vous conjure, par ce que vous avez reçu, de tenir les yeux fixés sur Celui qui vous a appelés, qui vous a aimés, qui vous a cherchés lorsque vous étiez perdus, qui vous a éclairés après vous avoir retrouvés » (S. 228).
4. La semaine pascale
Durant la semaine pascale, les nouveaux baptisés vont se retrouver deux fois par jour pour la messe, des lectures et commentaires bibliques. « Suivant l’usage, nous lisons en ces jours la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ dans chacun des livres du saint évangile ». Un jour est réservé à Matthieu, un à Marc, un à Luc et trois jours à Jean.
« La passion du Seigneur et sa résurrection nous montrent deux sortes de vies, l’une que nous supportons, l’autre que nous désirons. Nous faisons cette double expérience : naître et mourir. C’est notre lot commun dans ce monde qui est nôtre. Or, notre Seigneur Jésus-Christ est venu dans notre monde nous apporter ses biens et porter avec patience nos maux » (Sermon 229 - Guelf 9).
Durant cette semaine, saint Augustin centre son enseignement sur le Christ mais il peut s’en prendre aussi à telle ou telle erreur et dénoncer les hérétiques. Dans un de ses sermons, il explique le sens de l’Alleluia :
« Deux époques ont été instituées pour nous : avant Pâques et après Pâques. L’époque antérieure à Pâques symbolise l’épreuve où nous sommes maintenant ; et ce que nous célébrons en ces jours qui suivent Pâques symbolise la béatitude qui sera plus tard la nôtre. Avant Pâques, nous célébrons donc ce que nous sommes en train de vivre ; après Pâques, ce que nous célébrons symbolise ce que nous ne possédons pas encore. C’est pourquoi, dans la première époque, nous nous entraînons par le jeûne et la prière ; mais dans l’époque présente, nous abandonnons le jeûne et nous vivons dans la louange. Tel est le sens de l’Alleluia que nous chantons.
Nous le louons maintenant quand nous sommes rassemblés dans l’église ; lorsque chacun s’en va chez soi, il semble cesser de louer Dieu. S’il ne cesse pas de bien vivre, il loue Dieu continuellement. Ta louange ne cesse que lorsque tu te détournes de la justice, et de ce qui plaît à Dieu. Louez-le par tout vous-mêmes : c’est-à-dire que votre langue et votre voix ne doivent pas être seules à louer Dieu ; louez-le aussi par votre vie, par vos actions » (En in Ps 148, 1-2).
Le Dimanche dans l’octave de Pâques, les baptisés fêtent encore la joie de leur baptême. Ils vont quitter leur vêtement blanc et être intégrés, mêlés définitivement à la communauté.
« C’est à vous que je m’adresse, enfants nouveaux-nés, vous qui êtes
des tout-petits dans le Christ, la nouvelle génération mise au monde par l’Eglise,
le don du Père, la fécondité de
Vous serez aujourd’hui mêlés à la masse du peuple. Choisissez vos modèles, ne les prenez pas parmi ceux qui se perdent et avec qui vous vous perdriez. Regardez les bons pour imiter le bien.Je veux aussi dire un mot à vous, baptisés de l’an passé, baptisés des années précédentes. Parcourez la route qui ne conduit pas à la perte, car ceux-ci veulent vous y suivre » (Sermon Guelf 18).
5. Ascension - Pentecôte
Deux
autres fêtes sont rattachées par Augustin au temps de Pâques : l’Ascension et
« La vraie victoire de notre Seigneur Jésus-Christ est donc celle de sa
résurrection et de son ascension au ciel. Désormais combien grande est sa
gloire d’être monté aux cieux et de siéger à la droite du Père. Il n’est pas
absent quand on le tient par le cœur. Crois en lui et tu le vois. Il ne se
tient pas devant tes yeux et pourtant il possède ton cœur.
Nous avons reçu comme arrhes une certaine effusion du Saint Esprit dans nos cœurs. Quand on sent cette rosée, on en désire la source. Pourquoi avons-nous reçu des arrhes, sinon pour ne pas défaillir de faim et de soif au cours de notre voyage. Nous sommes tous nés voyageurs; notre patrie est dans le ciel » (Sermon 378).
Pèlerin, voyageur, notre vie chrétienne, ici-bas, s’enracine dans le mystère pascal. Celui-ci est « la première expression de la vie chrétienne ».
« Ce salut qui a passé en pèlerin sur la terre, parce qu’éternel,
reconnaissons-le, mes frères, aimons-le et vivons nous-mêmes en pèlerins dans
ce monde » (Sermon 124,4).
- Tout ce qui s’est passé à
La vie chrétienne se trouve récapitulée en sa totalité dans l’année liturgique, en particulier dans le mystère pascal. La passion est le signe de la vie ancienne, la résurrection de la vie nouvelle. En revivant ces mystères dans la liturgie, nous sommes invités, en tant que baptisés dans la mort et la résurrection, à nous laisser réconcilier, à vivre dans la charité avec les frères, et à nous laisser recréer.
Sœur
Nicole RAIMBERT
Orante de
l’Assomption
Bonnelles
Bibliographie
- Saint
Augustin, L’année liturgique - Mgr Victor Saxe. Les
Pères dans la foi, DDB, 1980.
- Saint Augustin, Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous, de Suzanne Poque,
Cerf, 1986.
- Les plus
beaux sermons d’Augustin, de Georges Humeau. Etudes Augustiniennes,
1986.
- Homélies de
saint Augustin sur les psaumes, de Georges Humeau. Beauchesne, 1942.
- Gustave BARDY, Saint Augustin. DDB,
1940.
Goulven MADEC, Le Dieu d’Augustin,. Cerf, 1998
Augustin et le mystère pascal |
oulven Madec, assomptionniste, est membre de l’Institut des Etudes
augustiniennes, professeur honoraire à
A
peu près comme maintenant depuis
Au
sujet des rites : là aussi les
choses se passaient à peu près comme aujourd’hui, sauf que le Credo n’était pas
proclamé. Les catéchumènes devaient l’apprendre par cœur et le garder dans leur
cœur. Par contre le « Pater » était déjà dit au temps d’Augustin. Ce qui était le plus frappant dans la
liturgie baptismale, c’est que le baptême était perçu comme le « sacrement
des fidèles ». Et « fideles » en latin signifiait «
baptisés ». Deux « états de vie » se laissaient
facilement percevoir : d’un côté, les baptisés qui devaient mener une vie
« radicale » et de l’autre, les catéchumènes qui étaient renvoyés après la liturgie de
Je
n’ai pas abordé cette question en tant que telle. Mais si on regarde dans les Sermons
240, 241 et 242, on trouve que ce sont des sermons prêchés durant la semaine
pascale contre les païens sur le problème de la résurrection. C’est donc dans ces sermons qu’Augustin
traite de la question de la résurrection de la chair. On peut voir aussi dans
le livre XIX de
Il
faut éviter les séparations assez simplistes qu’on fait souvent entre le Jésus
pré-pascal et le Christ post-pascal, entre la christologie d’en-bas et la christologie d’en-haut. Augustin ne se pose
pas la question de cette façon. Le Verbe qui s’incarne ne fait pas de théologie
scolastique. Le mystère du salut est mystère total. Ce mystère-là, c’est le
Christ, le Verbe,
Je
ne crois pas que la question se pose dans les mêmes termes. Mais il convient de
noter que les païens avaient eux aussi, au temps d’Augustin, des problèmes avec la question de la
résurrection de la chair. Porphyre (233-300 ?), « l’ennemi le plus
décidé du christianisme », se moquait de ceux qui croyaient en la
résurrection de la chair. Une chose est claire : la formule « je
crois en la résurrection de la chair » est au centre du mystère chrétien.
Ce que traduit Suzanne Poque de la manière suivante : « La
résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ est l’élément essentiel (forma) de notre foi chrétienne… Qu’il soit né, qu’il ait
accepté d’être un tout petit, qu’il ait dépassé l’enfance, qu’il soit parvenu à
l’âge d’homme, qu’il ait conduit cet âge d’homme à la mort, tout cela
travaillait pour la résurrection » (Augustin d’Hippone, Sermons
pour
La
résurrection est donc au centre de la vie chrétienne et celle-ci n’est autre
chose qu’une adhésion à une personne, la personne même du Christ.
Il faut se situer au-delà de la perspective scolastique. Généralement les théologiens et les philosophes s’interrogent sur la double nature de Jésus comme Homme et Dieu. Augustin a le souci de partager avec ses fidèles. La résurrection maintenant est une résurrection spirituelle, c’est-à-dire une nouvelle naissance par le baptême. Le chrétien s’engage à acquérir l’intelligence de la foi dans l’adhésion totale au Christ des Evangiles, c’est-à-dire au Verbe incarné qui s’entretient avec ses disciples.
Le récit des disciples d’Emmaüs fait partie des récits de la résurrection lus durant les jours de la semaine après Pâques, l’un après l’autre, selon Luc, selon Matthieu etc. Les Sermons 232 à 236 d’Augustin font allusion à ce récit. C’est « in fractione panis » que les disciples reconnaissent Jésus. Pourquoi ? Pour que nous reconnaissions le Christ dans l’Eucharistie. C’est vraiment dans l’Eucharistie que nous reconnaissons le Christ[1].
0
[1] Cf. Goulven Madec, Le Christ de saint Augustin. La patrie et la voie. Nouvelle édition. Coll. Jésus et Jésus-Christ 36. Desclée, 2001.
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