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Des miracles à profusion |
Qu'est-ce qu'un miracle ? La définition qu'en a donnée Augustin est classique. « J'appelle miracle, écrit-il, tout événement insolite qui manifestement surpasse l'attente ou les capacités de celui qu'il étonne » ( De l'utilité de croire XVI, 34). S'il était simplement attentif au cours ordinaire des choses, l'homme y verrait le spectacle d'un miracle permanent : il serait « écrasé de miracles ». Mais son regard est émoussé. Il ne s'étonne plus de rien. Par leur côté inhabituel, les miracles éveillent l'attention. Ils orientent le regard vers les réalités spirituelles, à commencer vers l'auteur de toutes ces merveilles.
A l'époque de sa conversion, Augustin ne prêtait guère attention aux miracles. Lors de la découverte à Milan des corps des saints Gervais et Protais, découverte qui s'était accompagnée de nombreux miracles, il resta à l'écart de l'engouement populaire ( Conf. IX, 7, 16). Ces miracles, qu'il rappelle dans la Cité de Dieu (XXII, 8, 2), il dit les avoir « oubliés ». A cette époque, il exigeait en toute chose une « certitude qui fut du même ordre que celle de 7 et 3 font dix. » ( Conf. VI, 4, 6). En tous les cas, les miracles n'ont exercé aucune influence sur sa conversion.
Quand il rédigera la Cité de Dieu , trente ans plus tard, il ne manifeste plus le même désintérêt. Au livre XXII, il relève avec une minutie de notaire les nombreux miracles contemporains, tous sollicités au bénéfice de la foi chrétienne. S'ils sont moins connus que les miracles du Christ, ces miracles récents ne sont pas moins réels. La conclusion s'impose : « Il se produit donc maintenant encore de nombreux miracles et le Dieu qui les accomplit par ceux qu'il veut et comme il veut est le même qui a accompli les miracles que nous lisons » dans les Evangiles (XXII, 8, 22).
Pourquoi tous ces miracles ? Il convient de ne pas se tromper sur leur portée. Augustin ne les tient pas pour indispensables au regard de la foi, d'autant plus que la foi étant largement répandue dans le monde, le miracle comme argument en sa faveur lui semblait superflu. Le vrai miracle, c'est la foi elle-même, répandue dans le monde entier. De toute façon, le miracle reste ambigu, car en tant que signe, il requiert la foi pour être reconnu comme venant de Dieu et interprété correctement.
Augustin n'est pas plus crédule que nos contemporains. Sa réserve à l'égard du miracle rejoint celle dont fait preuve aujourd'hui l'Eglise. Les miracles sont des signes de la sollicitude de Dieu, et comme le dit Augustin, ils doivent tout au plus offrir dans la catéchèse « une entrée en matière heureuse ».
Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption
Encyclopédie saint Augustin
Encyclopédie saint Augustin. La Méditerranée et l'Europe IV e -XXI e siècle. de Allan D. Fitzgerald (dir.) pour l'édition anglaise. Ed. française de Marie-Anne Vannier (dir.). Cerf. 1489 pages. 120 €. 465 rubriques : personnages historiques (Augustin, ses amis, ses adversaires) ; œuvres (120 écrits !) ; thèmes, etc. (On cherchera en vain… le miracle). C'est l'événement éditorial de l'année augustinienne 2005. On y trouvera un bon fil conducteur pour chaque sujet, avec une bibliographie.
Le firmament de l'Ecriture
Isabelle BOCHET, Le firmament de l'Ecriture. L'herméneutique augustinienne . Institut d'études augustiniennes. 564 pages, 69 €. Le firmament est une figure de l'Ecriture. Celle-ci est la « matrice » de l'œuvre d'Augustin, le critère pour juger de la vie personnelle comme du destin de l'histoire. L'Ecriture est la médiation nécessaire, dans sa condition de créature, pour établir l'homme dans une relation vraie avec Dieu. Un livre magistral, érudit, d'une écriture claire, donc lisible.
Les virtuoses et la multitude
Jean-Marie SALAMITO, Les virtuoses et la multitude. Aspects sociaux de la controverse entre Augustin et les pélagiens . Editions Jérôme Million, 350 pages. 28 €. Pélage : défenseur de la liberté, et Augustin : champion de la grâce. Le premier prêche une morale en affinité avec l'aristocratie romaine (les virtuoses), et le second trace un chemin de sainteté pour le petit peuple d'Hippone (la multitude). L'auteur met ainsi en évidence le clivage social sous les oppositions théologiques. Une approche originale du conflit.
Le monde de la Bible
Le monde de la Bible (Bayard, juillet - août 2005. 9 €). Un dossier: Saint Augustin évêque d'Afrique , le bibliste (G. Madec), sa carrière (Cath. Salles), ses combats (P.-E. Dauzat), la mise au pas de la religion païenne (Y. Modéran), l'héritage spirituel (L. Devillairs). De belles synthèses, riche ment illustrées.
Quelques parutions récentes sur les Pères de l'Eglise.
- Bernard POUDERON, Les apologistes grecs du IIe siècle . Cerf, 355 pages, 35 €. Une vue sur les premiers intellectuels chrétiens et des thèmes qu'ils développent pour défendre le christianisme.
- Jacques de Saroug, Homélies sur la fin du monde . Introd., trad. de Isabelle Isebaert-Cauuet. Pères dans la foi 91, Migne. 225 pages. 15 €. Ecrivain de langue syriaque, Saroug médite sur la fuite du temps et la vanité des gloires humaines (VIe siècle).
- Maxime le Confesseur, Mystagogie . Introd., trad. de Marie-Lucie Charpin-Ploix. Les Pères dans la foi 92, Migne. 202 pages. 17,50 €. Commentaire de la liturgie eucharistique (VIIe siècle).
M. N.
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