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Le sens du miracle
dans la pensée d’Augustin |
« Etonne-toi donc ! Réveille-toi !
Parce qu'une chose est insolite, tu l'admires
sans songer que celles que tu as coutume de voir
sont plus étonnantes encore. »
(Sermon 126, 4)
Qu'est-ce qu'un miracle ? Voici la définition qu'en donne un catéchisme pour enfants : « Un miracle, c'est une action qui sort de l'ordinaire et qui étonne. En plus, c'est un signe de Dieu. » Cette définition réunit trois sens distincts, le plus souvent dissociés, qui étaient déjà familiers à saint Augustin : un sens physique, un sens psychologique et un sens théologique. Au sens physique, le miracle est ce qui sort de l'ordinaire, ce qui se produit apparemment, dit Augustin, « contre le cours ordinaire de la nature »[1]. Au sens psychologique, c'est un phénomène qui suscite l'étonnement du spectateur par son côté insolite, rare, merveilleux : « J'appelle miracle, écrit Augustin, tout événement insolite qui manifestement surpasse l'attente ou les capacités de celui qu'il étonne[2] ». Enfin, le miracle revêt un sens théologique, pour autant qu'il est un signe de Dieu (admonitio) qui tend à réveiller l'homme de sa torpeur spirituelle et à susciter en lui un regard de foi.
Chez saint Augustin, ces trois sens sont en étroite corrélation[3]. Mais il convient de les hiérarchiser. Augustin ne s'attache guère à l'aspect physique, sinon pour souligner que la nature offre le spectacle d'un miracle permanent, sauf que nous n'y sommes plus attentifs. « Les miracles accomplis journellement par Dieu ne te frappaient pas, non pas que Dieu cessât de les faire avec une prodigieuse facilité, mais parce qu'il continuait de les faire » (Sermon 126, 4). C'est parce que nous sommes devenus insensibles à ces miracles « naturels », si l'on peut dire, que Dieu en a fait de nouveaux, mais le but est le même : ce sont des signes qui doivent d'abord nous conduire à « reconnaître l'artisan des merveilles ordinaires » (ib.). Autrement dit, tout est signe. Au-delà de la matérialité des faits miraculeux, il faut surtout percevoir leur sens spirituel. Les phénomènes naturels, tout comme les miracles plus spectaculaires, doivent faire l'objet d'une interprétation.
I Le miracle permanentde la nature
Ce qui, dans le miracle, paraît le plus évident pour nos contemporains, c'est l'aspect physique : le miracle leur apparaît comme une dérogation aux lois naturelles. Augustin n'ignore pas cet aspect. Ainsi qu'il se plaît à le reconnaître, « certaines lois sont naturelles », en ce sens que le « cours ordinaire de la nature » leur obéit[4]. « Un grain de blé ne vient pas d'une fève ni une fève d'un grain de blé ; une bête ne vient pas d'un homme ni un homme d'une bête » (ib.). Que les êtres soient soumis à des lois naturelles se traduit par deux traits : ils portent en eux un certain dynamisme, « une force vitale », qui les oriente dans leur existence ; mais aussi ils sont limités dans leur expansion. « Ces lois, "sources primordiales" (primordia) des êtres, commandent leur durée de vie et leur succession »[5]. D'une certaine façon, le miracle vient perturber ces lois naturelles.
Mais il ne faut pas se laisser égarer par les apparences. Si le miracle apparaît comme une intervention de Dieu dans le cours naturel des choses, cette intervention n'est pas hors normes. D'abord, la puissance de l'ordre naturel (lex naturæ ) n'est pas indépendante du pouvoir divin. Celui-ci est posé au-dessus du pouvoir de la nature, le Créateur se gardant la possibilité de « tirer de tous ces êtres d'autres effets que ceux qui sont inclus en ces sortes de raisons séminales » (ib). Autrement dit, les « raisons séminales» que Dieu a mises dans les choses pour les gouverner ne les déterminent jamais de façon absolue, au point de les soustraire à la puissance de Dieu, et de limiter son pouvoir sur elles. Il n'y a pas de nature véritablement autonome. Quand, dans le cours naturel des choses, on voit se produire des effets extraordinaires, miraculeux, ces effets relèvent du même pouvoir de Dieu qui a institué les lois de la nature. Si le miracle constitue, selon les apparences, une « exception » aux lois naturelles, Augustin se refuse d'y voir une « contradiction ».
Tout bien considéré, le miracle n'est pas en effet une exception aux lois de la nature. Car, dans la nature même, tout est déjà miracle, à telle enseigne que la frontière entre l'ordre naturel et le miracle est assez artificielle. En tous les cas, le miracle ne perturbe cet ordre naturel qu'en apparence. Estimer que certains faits miraculeux dérogent à « l'ordre des causes naturelles », c'est faire preuve de myopie, car ces faits, loin de contredire l'ordre naturel, s'y intègrent sans solution de continuité. L'exemple qu'invoque Augustin est la transformation de l'eau en vin, aux noces de Cana. Où est le miracle ? Comparant le miracle accompli par le Christ au processus naturel de la pluie qui produit le raisin qui, pressé, donnera le vin, Augustin conclut que le Christ ne fait qu'introduire une accélération à un processus tout aussi miraculeux dans la nature. Celle-ci est un miracle permanent.
« Qui ne sait en effet que l'eau mêlée de terre, aspirée par les racines de la vigne, nourrit le bois et y prend une qualité nouvelle qui provoque le progressif surgissement de la grappe ? qu'à mesure que celle-ci grandit, ce jus devient un vin qui s'adoucit en mûrissant [.] ? que ce vin prend force en vieillissant et devient une boisson utile et agréable ? Pourtant le Seigneur eut-il besoin de cep ou de terre ou de ces laps de temps, lorsque par un admirable raccourci il changea l'eau en vin et en vin de telle qualité que les convives, bien que légèrement ivres, en vantèrent le mérite (Jo 2, 9) ? Le créateur du temps eut-il besoin du concours du temps ? [.] Or, ces prodiges, lorsqu'ils arrivent, n'arrivent pas contre les lois de la nature, si ce n'est pour nous qui ne connaissons de la nature que son cours normal, mais non pour Dieu pour qui la nature est ce qu'il a fait. [6]»
Aux yeux d'Augustin, il n'y a donc pas de véritable discontinuité entre ce qui relève de la nature et ce qui relève du miracle au sens courant. D'un côté comme de l'autre, c'est la même action divine qui se manifeste. Il suffit de bien ajuster le regard pour s'en rendre compte. S'appuyant sur le même exemple de l'eau transformée en vin, et d'autres exemples bibliques (la pluie obtenue par la prière d'Elie, le bruit « inaccoutumé » et « désordonné » de l'orage sur le Sinaï, etc.)[7], Augustin met chaque fois en évidence la continuité qui existe entre ces phénomènes miraculeux et les phénomènes naturels. « La nature est pleine de miracles que l'assiduitas a dévalorisés, et les hommes ne sont frappés que "de faits et de paroles miraculeuses", qui sortent de l'administratio courante de la nature ». Inversement, on doit dire que les miracles ne diffèrent des phénomènes naturels que par leur caractère « insolite ». La différence n'est donc pas du côté de Dieu, mais uniquement du côté de la subjectivité humaine trop émoussée.
II L'esprit de l'homme mis en éveil
Dans le miracle, c'est l'aspect psychologique qui est le plus souvent mis en valeur par Augustin. Au regard de l'ordre de la nature, « le miracle est un fait inhabituel plutôt qu'un événement incompréhensible »[8]. D'une certaine façon, dans la nature, le miracle est partout, mais nous ne savons plus nous en étonner, notre regard s'étant atrophié. La visée des miracles, en sortant de l'ordinaire, est d'abord d'aiguiser notre regard. Si Dieu produit des miracles, c'est-à-dire des phénomènes qui nous surprennent et nous étonnent, c'est pour produire en nous une insomnie, un réveil. Miraculum : le terme « dénote l'effet d'étonnement provoqué chez le spectateur. Augustin l'utilise comme terme générique regroupant toute la typologie des prodiges ». Si « cet aspect subjectif du "miracle" est fondamental à ses yeux »[9], c'est non pas en raison de la différence entre miracle et phénomène naturel, mais en raison de leur efficacité sur l'esprit humain.
« Comme tous ces miracles (naturels) ne te frappaient plus, il est venu lui-même pour en faire d'inaccoutumés, et t'obliger ainsi à reconnaître en lui l'artisan des merveilles ordinaires. Il est venu Celui à qui il a été dit : "Renouvelle les signes". "Fais éclater davantage ta miséricorde". Certes, il les répandait ces miséricordes, il les versait à flots et personne n'y faisait attention ; et il est venu, petit, vers les petits ; médecin, vers les malades.» (Sermon 126, 4)
Dans la Cité de Dieu, Augustin parle d'une « exubérante forêt de miracles » (XXI, 8, 5). Dans cette « forêt », il distingue quatre sortes de miracles : les monstra, terme qui désigne moins les monstres que les prodiges, ainsi dénommés « parce qu'ils montrent quelque chose tout en le signifiant ». Viennent ensuite les ostenta, de ostendere, terme dont le sens est immédiat, signifiant simplement « montrer ». Augustin y rattache les portenta, terme qui viendrait de præ-ostendere, c'est-à-dire « indiquer par avance ». Enfin, les prodigia (de porro-dicere, selon l'étymologie douteuse d'Augustin), qu'il interprète ainsi : « dire de loin, c'est-à-dire prédiction des choses futures ». Quoi qu'il en soit de ces étymologies, tous ces phénomènes ont la même fonction : « signifier, montrer, prédire et annoncer par avance que Dieu réalisera tout ce qu'il a prédit de faire à l'avenir concernant les corps des hommes ». Ces phénomènes exceptionnels manifestent chacun à sa manière le pouvoir de Dieu, un pouvoir capable non seulement de créer les natures, mais encore de les « changer en tout ce qu'il voudra ».
Le seul avantage du miracle par rapport aux phénomènes naturels, c'est donc qu'il suscite l'étonnement. La différence n'est pas du côté du pouvoir de Dieu. Dire que les miracles sont des phénomènes qui se produisent « contre nature », c'est ignorer ce pouvoir de Dieu, qui n'est limité par « aucune loi de la nature » (Cité de Dieu, XXI, 8, 5). La différence n'est pas non plus du côté de la nature. Il n'y a pas plus de merveilleux dans un miracle que dans la nature. Car le miracle est partout dans la nature[10]. La différence est du côté du sujet percevant. Il ne faut d'ailleurs pas trop vite voir dans le miracle une action de Dieu. Le miracle en tant que prodige étonnant est ambigu. Qui nous garantit qu'il est d'origine divine ? Les magiciens du Pharaon accomplissaient des prodiges comparables à ceux de Moïse. Les miracles sont donc susceptibles d'abuser les esprits. Un travail de discernement s'impose, c'est-à-dire qu'il faut scruter les intentions de ceux qui les accomplissent.
« Lors donc que les magiciens font des choses pareilles à celles que les saints font parfois, elles ont bien l'air , à ce qu'on voit, d'être pareilles, mais elles sont accomplies dans une autre intention et à un autre titre. Car les premiers agissent en cherchant leur propre gloire, les seconds en cherchant la gloire de Dieu[11].»
III Les miracles Un appui à la foi en Dieu
A quoi sont destinés les miracles, sinon justement à mieux percevoir la gloire de Dieu qui se reflète dans la création ? Ce sont des signes que Dieu adresse à l'homme. L'étonnement doit éveiller l'esprit à la réalité par rapport à laquelle le miracle n'est qu'un signe dans la nature qui doit orienter le regard vers le Créateur. Augustin écrit : les miracles sont des signes dont la « mission est de transmettre à nos sens quelque message divin » (de Trin. III, 10, 19). Si Dieu fait des « miracles » qui transgressent le cours habituel des choses, c'est d'abord pour remédier à la faiblesse de notre foi. Dieu est « toujours partout et tout entier », sauf que nous y sommes devenus insensibles[12]. Le miracle a comme première fonction de nous éveiller à cette présence universelle de Dieu comme Créateur.
« Mais, parce que les hommes, occupés ailleurs, ont cessé de considérer les ouvres de Dieu qui devraient chaque jour leur faire louer le Créateur, Dieu s'est pour ainsi dire réservé d'accomplir des ouvres extraordinaires afin de réveiller les hommes qui s'étaient comme endormis et de les exciter par des merveilles à l'adorer. Un mort est ressuscité, les hommes sont étonnés ; il y a tant de naissances chaque jour, et nul ne s'étonne ! Pourtant, si nous y regardons avec plus de discernement ; il faut un plus grand miracle pour faire être qui n'était pas que pour faire revivre qui était[13]. »
Augustin s'intéresse en particulier aux miracles du Christ, dont la fonction est double[14]. Si le Christ accomplit des miracles, c'est en premier lieu, afin d'ouvrir les yeux de l'homme à la présence agissante de Dieu dans l'univers. « Puisque tout cela avait pour toi perdu de sa valeur, (le Christ) est venu faire des choses insolites pour que tu reconnaisses ton Créateur même dans les choses accoutumées » (Sermon 88, 1, 1). Les miracles du Christ ont en outre comme seconde fonction de prouver sa divinité, comme les souffrances devaient prouver son humanité[15]. Les miracles sont donc des signes, qui doivent conduire à ce qu'ils attestent. Tel est le sens des miracles du Christ : ils attestent au cour de son humanité sa nature divine.
« Fais attention à ce que tu vois, et crois à ce que tu ne vois pas. Les créatures te semblaient des signes négligeables ou de trop faibles indices pour t'élever au Créateur. Il est venu en personne ; il a fait des miracles ; tu ne pouvais pas voir le Dieu, mais tu pouvais voir l'homme, et le Dieu s'est fait homme et il t'a présenté dans le même être de quoi satisfaire et tes yeux et ta foi » (Sermon 126, 5).
Tout compte fait, dans les miracles, Augustin est surtout sensible à leur sens spirituel. Les miracles transmettent un enseignement, ce sont des « ouvres qui parlent », déclare-t-il à propos de la multiplication des pains (sermon 95, 3). En rester à l'aspect matériel, c'est se comporter comme celui qui ne sait pas lire et se contente d'admirer dans un manuscrit la beauté des lettres : « Le sens lui en reste fermé » (Sermon 98, 3). Les miracles sont des signes qui renvoient à un sens spirituel : le moindre détail y fait sens. Il faut donc constamment passer de la matérialité des faits, qui ne sont pas négligeables, au sens spirituel, c'est-à-dire à ce qu'ils donnent à penser. Ainsi, les trois résurrections visibles opérées par le Christ sont le signe des milliers de morts invisibles qu'il a ressuscités et continue de ressusciter :
« Jésus-Christ voulait qu'on entendît dans un sens spirituel les miracles qu'il opérait sur les corps. Il ne faisait pas des miracles pour les miracles seulement, mais il voulait qu'en excitant l'admiration de ceux qui les voyaient, ils fussent encore pleins de vérité pour ceux qui en comprennent le sens. [.] Ainsi, ceux qui ont été les témoins oculaires des miracles de Jésus-Christ, et qui n'ont point compris le sens et la signification mystérieuse qu'ils révélaient, ont admiré le fait matériel du miracle; d'autres, non contents d'admirer les faits extérieurs, ont compris ce qu'ils signifiaient. Voilà ce que nous devons être à l'école de Jésus-Christ » (Sermon 98, 3)
Sans nier la réalité matérielle des miracles accomplis par le Christ, Augustin ne leur accorde qu'une faible valeur apologétique. D'abord, ses miracles font l'objet de contestation dans les milieux juifs et païens. De plus le Christ n'a pas eu l'exclusivité du pouvoir d'accomplir des miracles, quelle que soit la manière dont on s'explique les miracles accomplis par d'autres. Enfin, les miracles n'ont qu'un faible intérêt pédagogique, dans la mesure où l'auditeur risque de se laisser fasciner par l'aspect merveilleux au lieu d'y voir un signe vers autre chose. Certes, les miracles, « ceux que le Christ fit lui-même et qu'il fit par ses serviteurs », rendent crédible sa parole. Ce sont des signes de la sollicitude de Dieu, mais dans la catéchèse, ils doivent tout au plus offrir une « entrée en matière heureuse ». On devra amener l'auditeur très vite à en saisir la portée spirituelle. « Il faut, bien sûr, faire passer son attention des miracles et des songes de ce genre à la voie plus solide des Ecritures[16] .»
Si les miracles ont été utiles pour enraciner la foi en ses débuts, Augustin estime qu'ils sont devenus aujourd'hui inutiles puisque la foi est partout répandue dans le monde. C'est ce qui explique leur rareté. Les miracles pourraient même devenir un obstacle à la vraie foi, laquelle ne s'attache pas au visible, mais doit regarder vers l'invisible. C'est ce qui lui avait fait écrire : « Une fois l'Eglise catholique répandue et établie par toute la terre, Dieu n'a pas laissé ces miracles continuer jusqu'à nos jours, par crainte que notre humanité ne s'arrêtât au visible et que, s'habituant à eux, l'humanité ne perdît l'ardeur que, nouveaux, ils lui avaient communiquée[17]. » Relisant cette observation au moment des Retractationes, Augustin ajoute cependant un rectificatif : « Il ne faut pas entendre ce que j'ai dit de manière à penser que maintenant il ne se fait plus de miracles au nom du Christ » (I, 13, 7). Et de rappeler tout ce qu'il sait au sujet des miracles contemporains, impossibles à « énumérer ».
Conclusion
Augustin n'a pas été de son vivant un faiseur de miracles, comme d'autres saints. Possidius fait mention de deux cas : un exorcisme qui n'a rien de spectaculaire, et la guérison d'un malade. Celui-ci vint trouver Augustin pour qu'il lui imposât la main pour sa guérison. Augustin, lui-même déjà malade et alité, répondit que, « s'il y pouvait quelque chose, il se la fût certainement appliquée en premier ». Mais l'autre prétendit qu'il avait entendu en songe une voix qui lui avait dit : « Va trouver l'évêque Augustin pour qu'il lui impose la main et il sera guéri. » Augustin intercéda, et le malade fut guéri sur le champ[18]. S'agit-il d'un miracle ? On peut en douter. Van der Meer ajoute ce commentaire : « Deux miracles seulement : ce qui signifiait autant que rien pour le cinquième siècle. »
Il ne semble pas d'autre part que Augustin ait été lui-même le témoin direct de miracles accomplis en son temps. A Milan même, où il a entendu parler des miracles qui accompagnèrent la découverte des corps des saints Gervais et Protais, il n'a connu ces faits, semble-t-il, que par ouï-dire[19]. En tous les cas, les miracles qu'il relate dans la Cité de Dieu (au nombre de vingt-cinq) proviennent d'archives ou lui furent racontés par des témoins plus ou moins fiables. A ceux qui lui objectent l'absence ou la rareté des miracles en nos jours, il répond simplement qu'ils sont devenus inutiles, l'argument décisif en faveur de la foi chrétienne étant, non pas les miracles, mais son universalité.
« Pourquoi n'arrivent-ils plus de nos jours, ces miracles (évangéliques), dont vous dites qu'ils ont eu lieu jadis ? Je pourrais répondre qu'ils étaient nécessaires avant que le monde crût, pour l'amener à croire. Quiconque réclame encore des prodiges, pour croire, est lui-même un grand prodige pour ne pas croire malgré la foi du monde ! » (Cité de Dieu XXII, 8, 1)[20]
Marcel NEUSCH
Augustin de l'Assomption
[1] De Gen. ad litt. VI, 14, 25. BA 48, p. 483.
[2] De util. Cred. 16, 34. BA 8, p. 293.
[3] Ces trois sens sont bibliques. Cf. Jean-Pierre Charlier, Signes et prodiges. Les miracles dans l'Evangile. Cerf, 1987.
[4] De Gen.ad litt. IX, 17, 32. BA 49, p.139.
[5] Cf. Anne-Isabelle Bouton-Touboulic, L'ordre caché. La notion d'ordre chez saint Augustin. Inst. d'Etudes Augustiniennes, Paris, 2004, p. 193.
[6] De Gen.ad litt. VI, 13, 24. BA 48, p.481. Cf. Bouton-Touboulic, op. cit. p. 195.
[7] De Trin. III, 5, 11. BA 15, p. 291.
[8] Voir note : Le miracle dans la théologie augustinienne. BA 37, p. 795.
[9] Cf. Anne-Isabelle Bouton-Touboulic, op. cit., p. 194.
[10] De Trinitate , III, 10, 20. BA 15, p. 313.
[11] De div. quæst. 83. Question 79, 4.
[12] Cf. De civ. Dei, XXII, 4.
[13] Tract. in Jo. 8, 1. BA 71, p. 467.
[14] Cf. M.-F. Berrouard, Les miracles du Christ et leur double fonction religieuse, BA 72, p. 771.
[15] Tract. in Jo. 8, 12. BA 71, p. 501.
[16] De catech. rudibus 27, 53 et 6, 10. BA 11/1, p. 225 et p. 77.
[17] De vera religione, XXV, 47. BA 8, p. 89.
[18] Possidius, Vita 29.
[19] Cf. Confessions IX, 7, 16. BA 14, p. 99.
[20] Cf. Cité de Dieu, BA 37, note complémentaire 51, p. 820 : L'argumentation apologétique de saint Augustin.
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