Édito

Votre santé, c'est le Christ !

Pour l'Antiquité, la santé était comprise comme un état d'équilibre et d'harmonie. Tout l'art médical visait à rétablir l' harmonie troublée. Quand la médecine échouait, les païens recouraient à des remèdes plus douteux. Pour guérir d'une migraine, ils plaçaient sous la tête des bandelettes magiques. Ces bandelettes, les chrétiens les remplaçaient par l'Evangile, ce qui, au dire d'Augustin, était sans doute préférable, mais ne témoignait pas moins d'une superstition persistante.

Du moins, ces pratiques témoignent du prix que l'homme accorde à la santé corporelle. Mais Augustin ne s'étonnait pas moins de voir les chrétiens, si légitime que soit cette préoccupation, faire si peu de cas des pathologies spirituelles dont ils souffraient sans même s'en inquiéter. Or, dans ce domaine spirituel , nous avons un médecin incomparable, dont l'art médical n'est jamais pris en défaut.

« Le médecin du corps guérira-t-il son client ? C'est chose incertaine. Au contraire [.] : quelque profonde que soit la blessure de l'âme, elle sera guérie,et si cette âme est morte sous le nombre de ses péchés, elle sera ressuscitée. D'où vient donc qu'on recherche la santé des corps à si grands frais et au prix de tant de souffrances, quand bien des hommes refusent d'accepter la santé de l'âme qui leur est offerte comme un don ? » ( Sermon 301, 5)

Augustin n'a aucun mépris pour la santé du corps. Ce numéro des Itinéraires Augustiniens le montre assez. A lire la Règle, on est même étonné de voir l'intérêt constant qu'il porte à la santé de ses compagnons au monastère. Mais en même temps, il se préoccupe toujours en priorité de leur santé spirituelle, et là, il n'y a qu'un médecin qui puisse nous guérir : le Christ. C'est donc vers lui qu'il invite à se tourner.

« O homme, si ton état de langueur te prouve que tu es malade, pense d'abord à ta santé. Ta santé ( salus ), c'est le Christ, pense donc au Christ. O âme, relève-toi, voilà ce que tu vaux. Il a racheté ta vie de la corruption. »

( In Ps 102, 6).

Les deux versants, corporel et spirituel, sont donc inséparables, mais l'enjeu n'est pas le même. Si la santé corporelle doit requérir nos soins, à plus forte raison le salut de l'âme, car il y va de notre destinée éternelle. Et que nul ne dise : « Je suis trop malade pour être guéri » ! L'art médical du Christ n'est mis en échec par aucune maladie, si grave soit-elle. Encore faut-il avoir le désir de guérir :

Car, si « Dieu guérit parfaitement tout malade, il ne le guérit pas malgré lui » .

Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption

Etre en bonne santé - Qu'est-ce à dire ?

Toutes les définitions de la santé tournent autour de l'idée d'harmonie : fonctionnement harmonieux de l'organisme, équilibre et harmonie de la vie psychique. Chaque société a ses modèles de santé, variables en fonction des valeurs qu'elle entend privilégier. Voici trois définitions, les deux premières exprimant l'idéal de santé qui règne dans nos sociétés occidentales, la troisième étant la seule qui soit acceptable.

1. Freud définit la santé comme « l'aptitude au travail et à la jouissance » . « Si un homme, commente Moltmann, est atteint dans sa capacité de travail et inhibé dans son aptitude à la jouissance, il passe pour un malade. » Dès qu'il a retrouvé ces deux capacités, les médecins l'estiment « guéri ». Cette définition reflète les deux « valeurs » de la société industrielle : la production et la consommation.

2. Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS). « La santé est un état de bien-être complet, physique, spirituel et social, et pas seulement l'absence de maladies et d'infirmités. » Un tel idéal « fait croître à l'infini les exigences des individus vis-à-vis du système de santé et les soins médicaux d'une société ». C'est « l'utopie d'une vie sans souffrance, d'une joie sans douleur et d'une communauté sans conflits ».

3. Selon une définition récente, plus juste : « La santé est la capacité de vaincre de façon autonome la souffrance, la maladie et la mort » (I. Illich), ou encore : « La santé n'est pas l'absence de trouble, la santé est la force de vivre avec eux » (D. Rössler) (J. Moltmann, p. 345). La santé n'est pas un état de bien-être général, mais la « force de vivre humainement ».

« Le culte moderne de la santé produit exactement ce qu'il veut surmonter, à savoir l'angoisse devant la maladie. Au lieu de vaincre la maladie et les infirmités, il met en avant un état de bien-être dont sont exclus les malades, les infirmes et les personnes âgées, proches de la mort . La raison pour laquelle la définition de l'OMS prête tellement à malentendus, c'est qu'elle ne parle que de maladies et d'infirmités, mais pas de la mort. Si on écarte la pensée de la mort, toute définition de la santé est illusoire. » (Cf. Jürgen Moltmann, Dieu dans la création . Cerf, 1988, p. 347).

M.N.

 

 

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