Augustin agenouillé pour laver les pieds de l’hôte : la scène n’est pas originale. On y reconnaît l’imitation du geste accompli par le Christ à l’égard de ses disciples. Que Augustin l’ait reproduit à son tour est probable. Mais la scène veut surtout illustrer une pratique instituée par les ordres hospitaliers vivant sous la règle de saint Augustin, et pour qui le geste d’Augustin était plus évocateur que tout discours.
Du temps d’Augustin, l’hospitalité n’était pas encore une pratique institutionalisée dans les monastères. Augustin la jugeait même incompatible avec la vie monastique, à telle enseigne que, devenu évêque, il quittera ses frères du monastère pour s’établira dans la maison épiscopale, avec ses clercs. Il voulait ainsi tout à la fois éviter de perturber la vie des frères et honorer le devoir d’hospitalité qui s’imposait à l’évêque.
L’hospitalité n’est pas seulement un service social destiné aux pauvres ou aux gens de passage. Certes, elle serait vide de sens si elle ne se faisait pas accueillante aux détressses humaines, en particulier à l’étranger et à tous les gens de passage. Mais pour Augustin, elle comporte en outre une dimension mystique, à laquelle devaient le rendre sensible les trois visiteurs reçus par Abraham (Genèse 18, 1-15), ainsi que les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13).
Ce numéro des Itinéraires Augustiniens s’est voulu attentif aux divers aspects de l’hospitalité, social et mystique, horizontal et vertical. Réalité sociale, qui donnait parfois lieu à des abus. Augustin ne l’ ignorait pas. Déjà l’Ecriture avait mis en garde : « N’introduis pas n’importe qui dans ta maison » (Si 11, 34). Mais il en mesurait surtout l’enjeu mystique : « Ne savez-vous pas qu’en recevant un chrétien, c’est Jésus-Christ lui-même que vous recevez ? » ( Sermon 236, 3).
En réalité, c’est dans l’hospitalité la plus ordinaire que se vérifie la dimension mystique. Alors qu’au début de la Règle, Augustin avait mis l’accent sur la dimension verticale — la recherche de Dieu —, dès la fin du chapitre premier, il renvoie au frère : « Honorez les uns dans les autres ce Dieu dont vous êtes les temples ! » Dieu venu dans notre condition humaine a choisi d’être à demeure dans le plus humble des humains.
Quelle que soit la forme qu’elle revêt, l’hospitalité est l’expression concrète de la miséricorde, et donc le seul chemin vers Dieu. « Mes frères, dira Augustin, exercez la miséricorde. Elle est le lien ( vinculum) de la charité, elle est le seul char ( vehiculum) sur lequel nous puissions passer de cette vie dans la céleste patrie… » ( in Ps. 102, 14).
Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption