Marie écoutait la parole
(Augustin, Sermon 104)

Ecoute ! Dieu ne se donne qu’aux oreilles qui écoutent. Il s’agit donc d’ouvrir les oreilles du cœur (aures cordis), seules capables de discerner la voix du Verbe parmi toutes les rumeurs humaines. « Il faut que nous l’écoutions, mais de l’oreille du cœur…Tous avaient des oreilles, et bien peu en avaient : ils n’avaient pas tous les oreilles pour entendre, c’est-à-dire pour obéir » ( S 17, 1). Marie est la figure d’une telle écoute1 .

Marie s’abandonnait tout entière à la suavité de la parole divine. Marthe n’avait qu’un souci : comment nourrir le Maître ; Marie n’en avait qu’un : comment être nourrie par lui. Marthe préparait un festin au Seigneur ; un autre festin faisait déjà les délices de Marie. Si ravissante était pour elle la douceur de cette parole, si grande son avidité du pain céleste, qu’elle se souciait peu de l’interpellation de sa sœur…

Ecoute donc bien : « Tu t’inquiètes de beaucoup de choses, quand une seule est nécessaire : Marie a choisi la meilleure part.» Ce n’est pas que la tienne soit mauvaise, mais la sienne est meilleure. Pourquoi meilleure ? parce que tu t’occupes de beaucoup de choses et elle, elle est absorbée par une seule.

Ces deux femmes sont la figure de deux vies, la vie présente et la vie future, la vie laborieuse et la vie tranquille, la vie de misère et la vie de bonheur, la vie temporelle et la vie éternelle. Oui, ce sont deux vies distinctes…

Aussi, dans cette maison qui recevait le Seigneur et dans le cœur de ces deux femmes, il n’y avait place que pour deux vies, toutes deux innocentes, toutes deux louables : l’une de travail, l’autre de loisir… Il y avait donc dans cette maison deux vies et la fontaine de vie elle-même : en Marthe, l’image des choses présentes ; en Marie, l’image des choses futures.

Le rôle de Marthe, c’est le nôtre ici-bas ; celui de Marie, nous espérons le remplir un jour ; accomplissons donc le premier exactement afin de posséder l’autre pleinement.…

En ce moment même, nous faisons quelque chose de l’office de Marie, quand, loin des affaires, affranchis pour un temps des soucis domestiques, vous vous réunissez ici, vous tenant debout devant cette chaire, attentifs à ma parole. Oui, dans la mesure où vous faites cela, vous ressemblez à Marie, vous êtes plus près du rôle de Marie que moi qui vous parle.

C’est la parole du Christ que je vous fais entendre ; c’est donc le Christ qui vous nourrit ; du reste, ce pain nous est commun. J’en vis avec vous…


  1. Sermon 104, traduction Georges Humeau, Les plus beaux sermons de saint Augustin, Etudes Augustiniennes, Paris, 1986, t. II, p. 147-152. On pourra lire aussi les pages de Jean-Louis Chrétien, Saint Augustin et les actes de paroles. PUF, 2002, p. 25-35 : « Ecouter ».

 

 

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 Page réalisée par D. Remiot