L’examen pour le Règne
Cinq variations sur un thème

« Le Royaume de Dieu est déjà parmi nous, le Royaume de Dieu avance dans nos vies », aimons-nous chanter de tout cœur à l’unisson de notre grande famille augustinienne de l’Assomption. Cela est certes bien joli et bien gentil, mais comment le reconnaître concrètement dans l’épaisseur ou la légèreté de nos journées ? Comment reconnaître et laisser jaillir sa petite musique au creux de nos vies ?

L’examen pour le Règne, mis en points et en mots par Edgar Bourque, pratiqué par beaucoup d’entre nous depuis de longues années nous indique un chemin. Pratiqué à un moment de la journée, souvent en fin de journée, il ne se sépare pas du reste de nos vies : c’est tout au long du jour que nous voulons louer Dieu, nous tenir en sa présence, faire mémoire de son amour pour nous.

1e point : la confession de louange

Que mon âme te loue, Seigneur, pour t’aimer
et te confesse tes miséricordes, pour te louer !
(Confessions V, 1, 1)

Louer Dieu, c’est reconnaître qu’il est à l’origine des dons, des réalités que nous admirons, c’est un peu plus qu’un cri d’émerveillement, c’est une prière.
« Nous te louons, Seigneur, pour la beauté de la nature…» : non pas seulement « merci pour la beauté de… », mais louer le Seigneur, oser mettre l’accent sur Dieu, la Source. Il s’agit d’un acte de foi, tout simplement.

Les motifs de louer Dieu sont multiples et le fait de le louer nous entraîne à le louer davantage encore. Nous le louons pour sa bonté, sa beauté, sa tendresse, son amour prévenant, sa miséricorde, sa patience, sa présence transformante dans le monde, pour son appel, pour l’Eglise, les sacrements, le monde…

2e point : l’illumination

« Toi, Seigneur, tu me retournais vers moi-même, me ramenant de derrière mon dos où je m’étais mis pour ne pas porter les yeux sur moi ; et tu me plaçais bien en face de moi, pour me faire voir combien j’étais laid, combien j’étais difforme et sordide, couvert de taches et d’ulcères » (Confessions VIII, 7, 16).

Nous demandons à Dieu de ne pas fuir la vérité, d’apprendre de lui ce qu’est la vérité de notre être, dans sa lumière qui est à la fois exigence et douceur. Ne soyons pas de ceux qui « aiment la vérité quand elle brille, mais la haïssent quand elle accuse » (Confessions X, 23, 34).

Nous savons et nous confessons avec la joie de la liberté aimante, que nous ne nous connaissons pas, que nous ne sommes pas à même de dire de nous-mêmes ce qui est bon en nous et ce qui n’est pas de Dieu, si son Esprit ne nous aide à déchiffrer ses chemins.

« Qui peut démêler l’entortillement et l’infinie complexité de ces nœuds ? » (Confessions II, 10, 18).
« Je veux faire la vérité dans mon cœur, devant Toi, par la confession… » (Ib. X, 1, 1)

Nous acceptons de laisser modifier par Dieu la perception que nous avons de nous-mêmes. Nous refusons le « c’est toujours pareil » pour accepter d’être changés par le regard que Dieu porte sur nous… Et nous acceptons d’avance, sans crainte, que notre péché soit peut-être pire que ce que nous pensions !
C’est une attitude qui dit à la fois la volonté d’être dans la vérité et que la vérité est hors de notre portée. C’est un acte de foi, d’abandon, d’amour.

3e point : les deux Royaumes

« Je n’étais pas pleinement à vouloir, ni pleinement à ne pas vouloir. C’est pourquoi j’étais en lutte avec moi-même et dissocié d’avec moi-même. Cette dislocation se faisait contre mon gré… » (Confessions VIII, 10, 22).

L’unique réalité, c’est le Royaume, en nous et autour de nous. Le Royaume est notre lieu, il nous entoure et nous dépasse. L’Esprit sans cesse en nous agit et agit dans le monde. C’est le mystère de notre liberté qui tantôt consent, tantôt refuse cette action. Nous sommes pris dans le combat incessant entre la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge… Ce combat qui nous est propre et singulier nous précède et nous dépasse…

« Ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais » (Rm 7, 15).

Les deux cités sont mêlées l’une à l’autre comme l’ivraie au bon grain ; il faut se garder de vouloir trop vite séparer l’une de l’autre.

Il s’agit de se rendre compte des différents mouvements qui nous habitent pour reconnaître ceux qui viennent de la grâce et ceux qui viennent du péché. Nous cherchons à voir comment la grâce réussit à augmenter notre amour, notre zèle, notre paix ; comment l’esprit de Dieu nous a rendus davantage capables d’écouter, d’aimer Dieu et les autres. Cet examen est une sorte de reconnaissance et de célébration de la présence de Dieu.

Nous découvrons aussi que bien souvent notre péché est une absence, une dispersion, une négligence, une superficialité, et que les défauts que nous nous connaissons ne sont pas toujours ceux qui font le plus obstacle à l’action de Dieu.
Sans cesse Dieu nous assure de sa présence prévenante et aimante, que nous pouvons accueillir ou refuser.


4e point : l’humilité

« Les confessions de mes fautes passées, que tu as remises …tiennent le cœur éveillé dans l’amour de ta miséricorde et la douceur de ta grâce, car cette grâce fait la force de tout être faible qui par elle prend conscience de sa faiblesse » (Confessions X, 3, 4).

L’homme naît de la prise de conscience de l’amour de Dieu et de sa prévenance. Lorsque nous voyons la tendresse de Dieu, lorsque nous repérons les signes de sa vie, de son amour, du Royaume… jaillit en nous comme une confusion devant tant de grandeur et de bonté — confusion faite d’amour et de reconnaissance comme Pierre après la pêche miraculeuse qui précède son appel. L’humilité peut être difficile, comme à Pierre avec Jésus devant lui, à genoux à ses pieds… Plus nous acceptons l’humilité de Dieu, plus nous pressentons son amour, plus nous découvrons la joie d’être aimés au-delà de nos mérites. L’humilité rend aimant et l’amour rend humble.

Augustin nous rappelle deux raisons essentielles à notre humliité : la grandeur de Dieu qui se dit dans l’amour qu’il nous porte et la conscience de notre finitude et de notre péché. Se voir petit face au dessein de Dieu nous rend humbles, et peut fortifier notre assurance intérieure par le confort que met en nous l’expérience d’être aimés. L’humilité nous rend « stables en Dieu », selon l’expression d’Augustin.

5e point : l’incarnationmystique

« Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c’est là que je te cherchais…
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi…
Tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix
» (Confessions X, 27, 38).

Tel est le type particulier de sainteté qui nous est propre à l’Assomption : laisser le Christ régner en nous.
Nous demandons au Christ de continuer à s’incarner en nous, à croître en nous, à prendre place en nous : en nos yeux pour qu’il mette son regard, en nos mains, en nos intelligences pour qu’il les convertisse, pour qu’il les christianise.

L’examen pour le Royaume n’est pas plus compliqué qu’une petite mélodie qui nous ramène à la source de notre désir, de notre élan… Nous serons heureux si nous laissons notre vie s’accorder à sa musique !

Sœurs Thérèse Agnès (Lubeck)
Catherine Marie (Villecresnes)
Religieuses de l’Assomption

 

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 Page réalisée par D. Remiot