Augustin n’a pas inventé le discernement. Il n’en a pas
fait la théorie, comme d’autres avant ou après lui. Il
ne s’est jamais donné la peine d’en fixer les règles.
Il ne l’a pas moins exercé, soit quand il s’est agi de voir
clair dans son propre avenir, soit quand il s’est trouvé face à des
situations qui exigeaient un choix. Sa conception du discernement se dégage
de son expérience.
Qu’est-ce donc que le discernement pour Augustin ? Non pas une science
apprise dans les livres, mais un art qui relève pour l’essentiel
d’« un sentir spirituel », où l’on doit se laisser
guider par l’exigence de vérité. « Discernez ce qui
plaît au Seigneur ! », écrivait saint Paul (Ep 5, 10). C’est
aussi la règle qui guidait Augustin.
L’unique objectif qu’il se fixait en toute chose était d’être
vrai devant Dieu. C’est cet objectif qui le guidait en écrivant
les Confessions, immense exercice de lucidité pour débusquer
le mensonge et se présenter sans faux fuyant, à la fois devant
Dieu et devant ses contemporains. « Je veux faire la vérité dans
mon cœur, devant toi, par la confession, mais aussi dans mon livre, devant
de nombreux témoins » (Confessions X, 1, 1).
Le présent numéro des Itinéraires Augustiniens sur le
discernement cherche, comme d’habitude, à recueillir d’abord
l’essentiel des intuitions d’Augustin sur le sujet, telles qu’elles
affleurent dans ses écrits comme dans son expérience. On a aussi
sondé d’autres traditions spirituelles, notamment en provenance
de l’Orient. Et puis, on n’a pas oublié de solliciter plusieurs
témoignages sur la pratique actuelle du discernement, enrichie grâce à l’apport
de la psychologie, qui est loin de démentir Augustin. Au contraire,
elle le confirme.
Pour Augustin, le discernement n’était pas une affaire de technique.
Il n’est pas réservé aux spécialistes : chacun peut être
sollicité, un jour ou l’autre, à recourir à une
aide fraternelle ou à risquer une parole de discernement. Il écrit
dans son commentaire des Béatitudes : « Personne n’est capable
de se dégager soi-même des embarras de ces misères : et
c’est un judicieux conseil, que d’aider un plus faible pour s’assurer
le secours d’un plus puissant.»
A vrai dire, en matière de discernement, il n’est pour Augustin
qu’un seul maître : l’Esprit Saint. C’est aussi l’Esprit
Saint qui, par le don de conseil, accorde en dernier ressort la véritable
aptitude au discernement à qui doit l’exercer.
Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption