Le jeudi 13 mars 2003, dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, l’Institut d’Etudes Augustiniennes, en partenariat avec l’Archevêché d’Alger, l’Institut Catholique de Paris et l’Université de Paris IV Sorbonne, nous a conviés à un colloque sur saint Augustin, faisant suite à celui du Haut Conseil Islamique d’Algérie en avril 2001 sur le thème : « Saint Augustin, africanité et universalité ».
La première étape se déroule à l’église Saint-Germain des Prés, où la visite commentée d’une exposition organisée par l’Université de Fribourg nous remet en mémoire les grandes étapes de la vie d’Augustin.
L’africanité d’Augustin est tout d’abord signifiée. Saint Augustin naît à Thagaste (Souk-Ahras-Algérie) en 354. Il étudie et enseigne à Carthage. Après sa conversion et son baptême à Milan, il revient à Thagaste où il mène une vie monastique consacrée à la prière et l’étude (388-391). Evêque d’Hippone (Annaba-Algérie) en 395, seconde ville d’Afrique à l’époque, il y reste jusqu’à sa mort en 430, à l’âge de 76 ans. Saint Augustin séjourne donc longtemps sur cette terre nord-africaine, qui reste profondément marquée par sa pensée, même si les aléas de l’histoire l’ont un peu fait oublier.
L’évocation de l’universalité termine cette exposition avec un « catalogue » très fourni de ses multiples œuvres et les nombreuses citations de penseurs qui s’en sont inspirés, Pascal, Luther, Calvin, Rousseau, Voltaire pour ne citer qu’eux.
Après cette riche entrée en matière, le colloque s’attache à montrer
l’africanité de saint Augustin. Mme Sabah Ferdi, directrice du
musée de Tipasa, nous emmène à travers la Numidie, région
que notre Africain a parcourue tout au long de sa vie. A l’aide de diapositives,
elle nous présente avec finesse et passion les lieux et itinéraires
d’Augustin. Nous avons pu suivre les voyages d’Augustin à cheval
ou à pied, à travers de douces collines, encore si attachantes
aujourd’hui.
De son côté, le professeur Kamel Malti, recteur honoraire de l’université d’Alger,
souligne l’originalité du latin d’Augustin. Enfin, Nacera
Benseddik, archéologue, présente la « Thagaste antique »,
ville natale d’Augustin, cité païenne romaine, où la
vénération de Jupiter et le culte impérial étaient à l’honneur.
Peu à peu le christianisme s’y implante: on a découvert
les traces de plusieurs monastères, églises, chapiteaux avec
croix datant du 5ième et 6ième siècles. Quel symbole que
ce soit notamment deux Algériennes qui nous fassent les honneurs d’un
retour aux sources !
Plusieurs interventions traitent ensuite de l’universalité d’Augustin. Monseigneur Teissier et le Professeur Goulven Madec, assomptionniste, montrent que le christianisme occidental n’est pas né qu’en Europe mais bien aussi au sud de la Méditerranée. L’Eglise d’Afrique avait en effet un poids démographique important au temps d’Augustin (279 évêques donatistes/286 évêques catholiques). Les plus anciennes traductions latines des livres bibliques viennent d’Afrique du Nord. Un pape Victor(189-198) était même d’origine africaine. Autant d’exemples qui démontrent tout ce que nous devons à l’Eglise d’Augustin dans les fondements du christianisme occidental. L’africanité a bien été source d’universalité.
En somme, une belle journée, où nous avons passé un moment agréable avec ce grand homme, où nous avons voyagé sur ses traces. Peut-être pourrions-nous lancer un appel pour finir ? La collection du musée de saint Augustin de Thagaste est en train de se volatiliser depuis 1965. Ne pourrions-nous pas nous organiser pour sauvegarder cette mémoire, qui a tant apporté à l’humanité ?
Agnès Fernez et Marie-Françoise Bideaux
Atelier augustinien de l’Espace d’Alzon (Paris)