L’accompagnement spirituel fait l’objet régulier de rencontres
et de réflexions. Pour qu’on puisse véritablement parler
d’accompagnement, disait Guy Le Bouëdec lors d’une session,
trois fonctions doivent être remplies : « Accompagner quelqu’un,
c’est l’accueillir et l’écouter ; c’est participer
avec lui au dévoilement du sens dans ce qu’il vit et recherche
; c’est cheminer à ses côtés pour le confirmer dans
le nouveau sens où il s’engage ». Voici l’écho
partiel d’une rencontre organisée pour jeunes en formation.
L’homme est un être de relation ! Sa vie s’inscrit dans un
processus de dépendance où tour à tour, il est sollicité et
sollicitant. Dans la tradition grecque, Socrate invitait son interlocuteur à examiner
son action, à raisonner et à bien penser. Ses questions étaient
du genre : « Où vas-tu ? Que fais-tu ? Pourquoi ? Que cherches-tu
? » Ainsi, au fil de la conversation, un échange pouvait s’établir.
Que nous soyons religieux, chef d’entreprise, DRH, parent, ami, épouse,
prêtre …, nous sommes pris dans un réseau de relations où des
personnes nous demandent un conseil, un avis ou des réponses à des
questions plus graves en lien avec l’orientation de leur vie. Quel temps
accordons-nous aux personnes pour les écouter avant toute réponse
?
Le degré d’implication affective diffère selon notre « qualité » (autorité spirituelle,
hiérarchique, professionnelle…). Notre position influence nécessairement
nos réponses et nos attitudes. Dans un souci de respect et de cohérence,
il est nécessaire de savoir se situer en assumant pleinement la position
qui est la nôtre.
La mise en œuvre du respect de l’autre dans la rencontre exige un
minimum de formation. En terme d’accompagnement, plusieurs « méthodes » coexistent,
la plus connue étant la méthode ignatienne. A vrai dire, il n’y
a pas méthode parfaite, aussi n’est-il certainement pas pertinent
de chercher à en élaborer une à tout prix.
La formation commence par un travail de l’écoutant sur lui-même.
Avant toute démarche d’accueil, il est essentiel qu’il se
connaisse pour éviter de projeter ses propres angoisses sur la situation à laquelle
il est confronté. Il faut donc prendre conscience des obstacles qui
s’opposent en nous à la rencontre, ainsi que des limites culturelles
et psychologiques héritées de notre histoire.
Voici une « grille d’alertes » inspirée des travaux de Carl Rogers. Elle veut permettre d’anticiper et d’agir sereinement, et éviter ainsi d’ « expulser » la personne de sa propre vie, avec le risque de nous substituer à elle en la dépouillant de son esprit critique. Cette grille développe un certain nombre d’attitudes, seule la dernière étant « correcte » :
Un tel accompagnement nécessite une grande disponibilité et
souvent beaucoup de temps. Comme il est impossible, ici, d’observer et
d’étudier de manière objective une évolution d’accompagnement
dans la durée entre un accompagnateur et un accompagné, on peut
l’illustrer à partir du film de Tim Robbins sorti en 1996 : La
dernière marche.
Ce film fut réalisé d’après l’histoire vraie
de sœur Helen Prejean, une religieuse américaine qui accompagna
un condamné à mort : Matthew Poncelet. Tenaillée entre
sa découverte des faits criminels, la personnalité étroite
de Poncelet, et la douleur des familles des victimes, elle a essayé de
comprendre chacun. Elle a su être présente jusqu’à l’exécution
où elle osa cette parole inouïe de confiance et de respect envers
Matthew : « tu es le fils de Dieu ! ».
Ce film suggère que toute personne est à considérer non
pas à partir de ce qu’elle a fait de bien ou de mal, mais en lui
faisant découvrir qu’elle est de manière irrévocable
un fils, une fille aimé(e) de Dieu.
Le film exclut toute attitude de jugement. Il invite plutôt à faire
de la relation d’accompagnement une occasion pour aider l’autre à creuser
sa propre humanité. Cela conduit finalement chacun à redécouvrir
cette relation de fils/fille, offerte par Dieu. Tel est le but ultime de tout
accompagnement !
Pour un chrétien, cette relation retrouvée avec Dieu devient
un bonheur libérant, et permet à terme d’adorer le Maître
intérieur en vérité.
L’horizon de la vérité, la rencontre du Maître Intérieur
et l’adoration constituent l’axe essentiel d’un accompagnement
de type augustinien. Une telle démarche est toujours colorée
par l’expérience, où la vie de l’individu ne souffre
pas d’être confrontée à un modèle extérieur
qu’il lui faudrait imiter. Il s’agit plutôt pour chacun de
reconnaître au cœur de son cœur le Maître Intérieur
qui lui donne, par pure grâce, de vivre en fils.
En prenant en compte tous ces paramètres, nous vérifions qu’il
n’y a pas de méthode parfaite pour accompagner. On peut seulement
se donner une série de « garde-fous » qui permettront d’éviter
les effets destructeurs. Il s’agira toujours pour l’accompagnateur
et l’accompagné de vivre d’un seul cœur, tournés
vers Dieu (Règle). L’accompagnement d’une personne demeure
un lieu où l’accompagnateur doit faire l’apprentissage de
la compassion, sans donner le change !
Sébastien ANTONI
Augustin de l’Assomption
Toulouse