Quand Augustin veut justifier la vie commune, c'est toujours à la première communauté chrétienne qu'il se réfère, en Actes 4, 32-35 : " La multitude des croyants n'avait qu'un cur et qu'une âme. Entre eux, tout était commun. On distribuait à chacun suivant ses besoins " . Tel est l'idéal, proposé à tous ceux qui viennent au monastère.
Il va de soi que cet idéal évangélique a d'autres lieux de réalisation que les monastères, et d'abord le mariage, à propos duquel Augustin écrit : " La première alliance scellée par la nature dans la société humaine est l'union de l'homme et de la femme. Dieu ne les a pas créés séparément, ni unis l'un à l'autre comme des étrangers, mais il a tiré la femme de l'homme, marquant même la force de leur union par la côte Car c'est unis côte à côte qu'on marche de pair, les yeux fixés sur le même but. "
Que ce soit chez les moines ou dans les couples, la réalité est parfois loin de l'idéal. Ceux qui se présentaient aux portes des monastères n'avaient pas tous la trempe d'Augustin. Et puis, dès qu'un idéal doit s'inscrire dans la durée, il s'expose à des relâchements, sinon à des compromissions. Augustin doit bien le constater : le monastère, comme la vie dans le monde, est un " mélange de bons et de méchants ".
A vrai dire, une communauté humaine, si parfaite soit-elle, ne sera jamais qu'un pâle reflet de l'idéal. " C'est, en effet, d'une multitude d'âmes que doit se former l'unique Cité de l'avenir, la Cité de ceux qui n'auront en Dieu qu'un cur et qu'un esprit ; et cette unité ne sera parfaite qu'après ce pèlerinage terrestre, quand les pensées de tous n'auront de secret pour aucun, et qu'aucun dissentiment ne s'élèvera entre eux. " Un rêve de transparence qui peut paraître utopique.
Ici-bas, l'opacité dans les relations est inexpugnable. Elle tient sans doute à cette part de soi qu'on refuse de mettre en commun, mais aussi à la finitude humaine. En dépit de ces limites, Augustin ne transige pas sur l'idéal. Habiter ensemble, ce n'est pas seulement cohabiter, c'est tendre vers l'unité des curs, unité qui reste l'horizon de toute rencontre.
Ce numéro des Itinéraires s'attache surtout à la vie monastique. " Par le feu de l'amour, les moines ne sont plus qu'une âme et qu'un cur en quête de Dieu. " Si marqué d'imperfection qu'il soit, leur mode de vie devrait avoir valeur de préfiguration et d'appel pour tous, et d'abord pour les couples qui, au-delà de la passion qui attire l'un vers l'autre un homme et une femme, et de la procréation qui est la finalité de leur rencontre, ont eux aussi l'amour comme bien le plus précieux.
Marcel
NEUSCH
Augustin de l'Assomption
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