« La sagesse a conduit les saints
sur un chemin de merveilles
»
(Sagesse 10, 17)
Comme Religieuses de lAssomption, nous héritons du charisme de la bienheureuse Marie-Eugénie Milleret, fondatrice de la congrégation. Sa mémoire vivante inspire aujourdhui encore nos choix, notre apostolat, notre style de vie consacrée. Ses écrits nous invitent sans cesse à convertir notre cur pour être toujours davantage femmes de Dieu. Méditer son chemin dadolescente, rejointe un jour par la Grâce, son chemin de femme décidée à tout faire pour que Jésus-Christ soit mieux connu et mieux aimé, son chemin de fondatrice, cest un moyen de comprendre toujours mieux son message. Elle est pour la congrégation la « première en chemin ».
Anne-Eugénie Milleret est née à Metz en 1817, dans un immeuble du centre ville dont elle se souvient peu puisque sa famille déménage en 1820/1821 dans une autre maison, proche de léglise Sainte-Ségolène, où elle fait sa première communion à Noël 1829, seule, « sans les préparations ordinaires ». Elle reçoit alors une grâce spéciale, saisie par la grandeur de Dieu, et fait lexpérience dun enracinement en Christ et en son Eglise.
« Jai senti aussi profondément que jamais jaie pu faire depuis, une séparation silencieuse de tout ce à quoi javais alors quelque lien, pour entrer seule en limmensité de Celui que je possédais pour la première fois En linstant où je reçus Jésus-Christ, ce fut comme si tout ce que javais jamais vu sur terre, et ma mère même, nétait quune ombre passagère » (1841).
Cette expérience reste fondamentale pour Anne-Eugénie qui, à lépoque, dit à peine quelquefois une prière. Sa relation à Dieu en reste profondément marquée : plus tard, elle entrera par toute sa vie dans ce mouvement dadoration du Père initié par le Christ. Elle se persuadera que « tout se fait au pied du Saint Sacrement ». Cest cet esprit dadoration, cette conviction de la présence eucharistique de Dieu en nous et parmi nous que nous demandons à Sainte-Ségolène.
Preisch, cest le domaine familial, à la campagne, le lieu de lenfance. Anne-Eugénie y joue avec son frère Louis, se promène dans le parc autour de la petite chapelle où elle a été baptisée le 5 octobre 1817. Image dune enfance heureuse et insouciante, le domaine sera vendu en 1833, trois ans après la ruine de Monsieur Milleret. Il devient alors symbole de la rupture, de la séparation davec Louis. Marie-Eugénie y reviendra plusieurs fois, jusquen 1894, quatre ans avant sa mort. Elle écrit en 1837 à labbé Combalot :
« Jai revu Metz avec une profonde émotion, je ny étais pas retournée depuis le premier voyage que jy avais fait avec ma mère, et dans ces derniers jours de sa vie Ce pays-ci devrait avoir pour moi de graves enseignements. Jy ai vu passer devant moi toutes les vicissitudes de la fortune ; mon père y a été riche et puissant, puis en un jour, tout cela a disparu Jai vu passer entre des mains étrangères la terre où javais été élevée et que jaimais dun amour enfantin »
Visiter Metz et Preisch, cest faire mémoire dune enfance heureuse, dune adolescence éprouvée, dun âge mûr qui permet de tirer leçon du passé. Riche denseignements pour Marie-Eugénie, cette terre de Lorraine lest aussi pour nous. Cest une invitation, comme pour Marie-Eugénie, à une relecture de notre histoire, marquée dès lorigine par la grâce du baptême.
A Paris, après la mort de sa mère en 1832, Marie-Eugénie est une adolescente troublée, insatisfaite de la vie tour à tour trop mondaine ou trop étriquée des personnes qui laccueillent. Elle se sent seule, dans « un amer isolement dâme ». Cest une porte ouverte à la grâce. Au cours du carême 1837, elle suit à Notre-Dame les conférences du Père Lacordaire : il répond aux pensées de la jeune fille. Elle lui écrira plus tard : « Jétais réellement convertie et javais conçu le désir de donner toutes mes forces ou plutôt toutes ma faiblesse à cette Eglise qui, seule désormais à mes yeux, avait ici-bas le secret et la puissance du bien. » Le pèlerinage parisien commence donc à la cathédrale dans laction de grâce pour sa vocation qui « date de Notre-Dame ».
Les pas du pèlerin le conduisent alors à suivre étape par étape la réalisation de cette vocation. A Saint-Eustache, Anne-Eugénie rencontre labbé Combalot quelle prend pour confesseur. Il lui parle dune nouvelle congrégation religieuse, consacrée à léducation des jeunes filles, sous le vocable de lAssomption, et lui demande den être la fondatrice. Malgré son ignorance de la vie religieuse, elle accepte, convaincue par une phrase de labbé : « Cest Jésus-Christ qui sera le fondateur de notre Assomption, et entre les mains de Dieu, les plus faibles sont les plus forts ». Comment ne pas rendre grâce à Saint-Eustache pour la promptitude dans sa réponse, pour sa confiance en Jésus-Christ. Avec elle, en ce lieu, nous faisons mémoire de nos propres vocations, et de ceux et celles qui les ont accompagnées. Avec elle, nous nous rendons disponibles de nouveau pour la mission.
Après quelques mois de noviciat chez les bénédictines dabord, puis à la Visitation de la Côte Saint-André, Marie-Eugénie sinstalle avec son unique compagne, sur Marie-Augustine, dans un petit appartement de la rue Férou, proche de Saint-Sulpice, léglise où elle avait entendu pour la première fois labbé Combalot. Cest là que, le 30 avril 1839, est fondée la congrégation : un début modeste, dans un petit appartement de létroite rue Férou. Cette rue, ce lieu, sont une belle leçon dhumilité et de confiance. Tout ce qui naît grandit avec la grâce de Dieu. Nous lui confions ici nos projets, ce qui commence, ce qui est appelé à recommencer.
Les autres lieux parisiens où la communauté sinstallera correspondent chacun à une étape importante. Rue de Vaugirard, cest la première messe à lAssomption, les premières prises dhabit, les premiers vux des trois «fondatrices », Marie-Eugénie, Thérèse-Emmanuel, Marie-Augustine et larrivée de la première élève ! A limpasse des Vignes, Marie-Eugénie fait ses vux perpétuels avec les premières surs. De la rue de Chaillot se décident les premières fondations hors de France. Dun lieu à lautre, cest une expérience de la fidélité de Dieu. « Cest Dieu qui conduit toutes choses et jamais main plus amoureuse ni plus sage ne saurait conduire nos destinées. » Cette itinérance assez longue, puisque ce nest quen 1857 que la communauté sinstalle à Auteuil, est signe dune confiance absolue en Dieu, signe dune congrégation bâtie sur le Christ et se laissant mener par Lui. Elle dira :
« Dans notre uvre, tout est de Jésus-Christ, tout est à Jésus-Christ, tout doit être pour Jésus-Christ Nous étions quelques pauvres filles sans un lieu sur la terre. Dieu a tout donné. Tout vient de Lui Que tout soit donc pour Jésus-Christ. » ( 2 mai 1884).
Le pèlerinage sachève à Auteuil, dans la chapelle de la maison généralice, devant la tombe de Marie-Eugénie. En parcourant les lieux qui ont marqué sa vie, cest sa recherche de Dieu et son expérience de Jésus-Christ que le pèlerin a partagées. Il a pris le temps de faire grandir son propre amour pour Dieu, le Christ, lEglise. Il aura mesuré limportance des racines, la valeur du passé. Il aura appris la Foi et le don inconditionnel dune vie pour le Royaume. En 1878, Marie-Eugénie dira à ses surs :
« Il ne faut pas séparer de notre dévotion et de notre amour les membres de Jésus-Christ déjà triomphants dans le ciel, et qui sont la partie de lEglise la plus belle, la plus noble Nous devons avoir une grande dévotion pour tous ceux qui ont répandu la foi chrétienne, qui en ont rempli le monde, qui lont rendue intelligible - les docteurs qui ont enseigné la vérité, et les fondateurs dOrdres religieux, qui ont reçu de Dieu des grâces toutes particulières pour la vie religieuse. En les invoquant, on devrait apprendre de chaque saint la vertu dans laquelle il a excellé. Or chaque fondateur dOrdre religieux est le type dune vertu qui appartient à son Ordre. Cherchez et vous trouverez là des principes sûrs et solides pour votre dévotion. »
Le pèlerinage sur les pas de Marie-Eugénie nous est donné pour chercher ces vertus dont elle est le type. Quand sachève le chemin et que continue le pèlerinage de notre vie, cest vers Dieu et vers son Fils que lon se tourne. Avec Marie-Eugénie.
« Seigneur Jésus Christ,
Tu as donné à Marie-Eugénie
la grâce dêtre toute à Toi,
et Tu as mis en elle un ardent désir
de te connaître et de te faire connaître,
de taimer et de te faire aimer
Accorde à nous tous
de vivre comme elle dans la sainteté de lamour
et dans la fidélité à notre propre vocation,
pour la gloire et le salut du monde. Amen.»
Sur
Véronique THIEBAUT
Religieuse de lAssomption
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