Au péril des voyages

Les voyages sont dans l’air du temps. On se déplace beaucoup aujourd’hui, à des vitesses jamais atteintes, et pour toutes sortes de motifs : voyages d’affaires, visites familiales, pèlerinages, déplacements professionnels, tourisme, goût de l’ailleurs, etc. Pour les uns, les voyages sont une nécessité, liée à la mobilité de la vie sociale. Pour d’autres, de plus en plus nombreux, ils procurent le charme du dépaysement.

Augustin a lui aussi beaucoup voyagé, pour toutes sortes de motifs, rarement par plaisir, tellement les routes étaient inconfortables et les dangers multiples. Le présent numéro d’Itinéraires Augustiniens a d’abord voulu l’accompagner dans ses différents déplacements, par terre et par mer. A cet égard, il ressemble à une sorte de guide touristique pour voyager avec Augustin, selon les moyens de l’époque.

Mais là n’est pas l’essentiel. De son expérience des voyages, Augustin s’est forgé une spiritualité du voyage, symbole de la condition humaine, un voyage qui conduit de l’exil à la patrie, ce qu’il traduira par l’expression : une « pérégrination en ce siècle ». Ce voyage existentiel ressemble à une route où surgissent à chaque tournant tribulations et tentations. Une route semée d’embûches, ce qui lui fait écrire : « Lorsque nous sommes en pérégrination, nous soupirons ! » Nous n’avons alors qu’une hâte : arriver au but.

L’homme est un voyageur : Homo Viator ! Au sens métaphorique, les déplacements auxquels il est convié s’opèrent moins par un mouvement de ses membres que par un élan de son cœur : Moto corde, non moto corpore (In Jo Ev. 22, 3). Ailleurs, il précise : « Le corps voyage en changeant de lieux ; l’âme voyage en changeant de sentiments. Si vous aimez la terre, vous voyagez loin de Dieu, si vous aimez Dieu, vous montez vers Dieu . » (En in Ps 119, 8)

Où trouver la force d’opérer un tel déplacement tout intérieur ? Cette force n’est pas d’ordre physique, mais spirituelle. « Par la charité vous montez, par la négligence vous descendez » (En. in Ps 85, 6). Mais comme toujours, Augustin alerte sur l’illusion de compter sur soi-même. Seul le Christ peut refaire ce que l’homme a défait. « Le Christ est descendu avec celui qui était tombé, pour le faire monter ! » (En in Ps 119, 8). La montée vers Dieu est l’œuvre de la grâce.

Ce numéro des Itinéraires fait largement écho à l’actualité, en s’interrogeant sur la pratique du pèlerinage aujourd’hui. Quand on se met en pèlerinage « sur les pas » d’Augustin, ou d’un fondateur d’Ordre, que signifie une telle démarche ? Augustin pourrait fournir un mode d’emploi, en nous évitant de faire du simple tourisme spirituel !

A travers la métaphore du voyage, il nous rappelle que les périls les plus redoutables comme les joies les plus claires se logent au creux du cœur.

Marcel NEUSCH
Augustin de l’Assomption

 

 Page réalisée par D. Remiot

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