EMMANUEL D’ALZON
LECTEUR ASSIDU DE SAINT AUGUSTIN

« Saint Augustin, notre patriarche,
sera notre guide principal. »
(Emmanuel d’Alzon, ES. p. 140)

Le Père Emmanuel d’Alzon a-t-il, oui ou non, lu saint Augustin ? Certains ont voulu mettre ce point en doute. Il aurait simplement recouru, comme beaucoup l’ont fait, à ce qu’on appelle des « chaînes patristiques » : ce sont des recueils thématiques donnant des citations des Pères pour les principaux sujets de théologie et de spiritualité.

Mais outre qu’on n’a jamais trouvé de « chaîne » dans sa bibliothèque, nous savons que les Orantes de l’Assomption du Vigan conservent précieusement les onze volumes des œuvres complètes de saint Augustin, éditées par les Bénédictins Mauristes, de 1679 à 1700. Le P. d’Alzon fait allusion à cette édition dans ses lettres. Et je le montrerai : il l’a consultée et même inlassablement compulsée.

Il faudrait qu’au préalable, je signale les travaux antérieurs consacrés à cette question. Récemment encore, Jean-Paul Périer-Muzet, archiviste de la Congrégation, a consacré un article à la même question : Le Père d’Alzon, un familier de saint Augustin . Sans ces prédécesseurs, je ne me serais jamais hasardé à entreprendre le présent travail.

Mais alors, pourquoi en parler une nouvelle fois ? C’est que j’ai eu accès à deux outils dont ils ne pouvaient disposer, d’une part la banque de données des écrits du P. d’Alzon, et d’autre part le CD-Rom des écrits de saint Augustin. Il suffit de connecter ces deux outils pour obtenir le corpus imposant de 330 citations augustiniennes contenues dans les écrits du P. d’Alzon.

Familiarité du Père d’Alzon
avec l’œuvre d’Augustin

Le P. d’Alzon a lu saint Augustin durant toute sa vie, depuis l’âge de vingt ans, quand il était étudiant en droit à Paris, jusque dans les derniers mois de sa vie. Saint Augustin est l’auteur qu’il cite le plus, plus que saint Thomas d’Aquin. Il ne semble pas avoir lu la totalité de ses écrits. Faut-il s’en étonner ? Sur les 103 écrits recensés par Portalié, dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, il en a lu sans aucun doute un très grand nombre. Nous en avons relevé 33, qui correspondent aux œuvres les plus connues.

Les œuvres d’Augustin les plus citées.

Sur ce nombre, un peu plus du quart proviennent des Homélies sur l’Evangile de saint Jean. Après cela vient le Commentaire des Psaumes, puis les Confessions, les lettres, les sermons. Un autre écrit est fréquemment cité : la traité de la virginité. Il y a relativement peu de références à la Cité de Dieu. Mais des textes essentiels du Père d’Alzon exprimant le dernier état de sa pensée, notamment sur le plan politique, sont profondément imprégnés des vues augustiniennes de la Cité de Dieu, sans que celle-ci soit citée. Je parle des derniers écrits du Père d’Alzon, des 17 articles parus dans La Croix mensuelle en 1880.

Quand nous passons en revue les écrits du Père d’Alzon, nous constatons qu’il n’existe pas de texte important dans lequel il ne cite pas saint Augustin. Je dirais, sur un mode vulgaire, qu’il le met à toutes les sauces. Ses « écrits directifs » puisent dans saint Augustin quelques-unes des idées-source qui ont été à la base de sa fondation.

Idées-source puisées chez Augustin

Pour en donner un rapide aperçu, je vais me risquer à résumer en peu de mots la conception alzonienne de la vie spirituelle, très proche, sur plus d’un point, de celle de saint Augustin.

Exemple : une méditation sur l’oraison

Le P. d’Alzon puise ses références dans les textes les plus variés de son maître. Un exemple typique de cette méthode nous est fourni dans la Méditation sur l’oraison (ES p. 427). Le Père ne nous en avait donné que le texte latin, qui est une espèce de pot-pourri de citations augustiniennes, transcrites par le Frère Maxime Viallet. Par la suite, les éditeurs des Méditations y ont ajouté en bas de page la traduction française. Je vous signale les diverses sources augustiniennes auxquelles le P. d’Alzon a puisé pour composer cette Méditation.

Le moins que l’on puisse dire de ce genre de traitement du modèle augustinien, c’est que le P. d’Alzon a une très grand familiarité avec les écrits de son maître, au point de les traiter avec une aisance parfaite.

Thèmes théologiques
avec citations augustiniennes.

Au delà de la familiarité du P. d’Alzon avec l’œuvre d’Augustin, c’est toute sa théologie qui est imprégnée de la pensée augustinienne, ce que l’on peut vérifier en relevant les citations puisées dans l’œuvre d’Augustin à l’appui des thèmes qu’il est amené à développer.

Qu’êtes-vous donc, ô mon Dieu ?

Au centre de la vision théologique du Père d’Alzon, il y d’une part Dieu et ses perfections, et d’autre part, la sainte Trinité. Sur Dieu, je vous citerai un texte tiré des Méditations destinées aux Augustins de l’Assomption, un texte directement tiré des Confessions (1, 3-4) : « Comment s’unir à Celui que rien ne peut contenir ? An ubique totus es et res nulla te totum capit ? N’êtes-vous pas tout entier partout, s’écrie saint Augustin, et nulle part vous n’êtes contenu tout entier ? Et, poursuivant son idée : Qu’êtes-vous donc, ô mon Dieu, qu’êtes-vous ? Quid ergo es, Deus meus ? Quid, rogo, nisi Dominus meus ?»

Texte analogue sur la Trinité. « Saint Augustin, dans le traité de la Trinité, parlant de l’amour, dit : amor est junctura quædam duo aliqua copulans vel copulare appetens, l’amour est comme un lien qui unit ou s’efforce d’unir deux êtres. » Ce texte, éminemment augustinien, est tiré des Méditations sur la perfection religieuse (II, p. 378-379. Ed. Bonne Presse, p. 181). Le Père d’Alzon s’appuie sur le traité de la Trinité (VIII, 10, 14) qu’il cite approximativement, probablement de mémoire.

C’est à la suite d’Augustin qu’il tente encore d’établir une analogie entre l’âme humaine et les trois personnes de la Trinité (L’Assomption, 1er décembre 1876, p. 181) : « Or, dit encore saint Augustin, l’homme a trois facultés : la mémoire, l’intelligence et l’amour, qui correspondent au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Et si vous me demandez comment l’homme, dans le plus intime de son être, ressemble à Dieu : l’âme, poursuit ce grand Docteur, se souvient d’elle-même, se comprend et s’aime. Ecce mens meminit sui, intelligit se, diligit se » (Cf. De Trinitate XIV, 8, 11).

La grâce, source de tout mérite

Je ne m’arrête pas aux textes sur le Christ, sa personne, l’Incarnation, la Rédemption. Je retiens quelques textes sur la grâce et sur la prédestination, où se révèle une fois encore un profond accord entre d’Alzon et Augustin. En ce qui concerne la grâce, Augustin lui accorde toujours la priorité, si bien qu’il écrit : « Tout mérite en nous est l’œuvre de la grâce, et Dieu, en couronnant nos mérites, ne couronne que ses dons » (Lettre 194, 19). Mais cette grâce ne nous est pas donnée « pour ne rien faire », mais pour nous faire agir.

En disciple d’Augustin, le Père d’Alzon développe le même thème, par exemple dans le Pèlerin (26 janvier 1878, p. 55) : « Dieu, par sa grâce, nous donnera sa couronne, dit saint Augustin, si nous marchons conformément à la première grâce qu’il nous a accordée. Coronat in nobis Deus dona gratiæ suæ, si in ea gratia quam primum accepimus, perseveranter ambulemus. » (Homélies sur l’Ev. de saint Jean III, 10) Ici, pareillement, il cite approximativement son modèle. Vous remarquerez aussi que le P. d’Alzon, à la grande consternation du Père Vincent de Paul Bailly, émaillait de citations latines même ses prônes destinés aux braves lecteurs du Pèlerin…

La prédestination, insondable mystère

Tout comme Augustin, le P. d’Alzon est préoccupé par le mystère de la prédestination. Voici, à ce propos, un texte sur les deux larrons en croix. Il s’adresse aux Tertiaires féminines de l’Assomption (Instruction de novembre 1863) : « Je vais vous parler aujourd’hui, mes filles, du bon larron ; c’est une des circonstances les plus touchantes de la Passion, que cette conversion d’un condamné mourant à côté de Jésus, et comme dit saint Augustin : élu avant d’être appelé. » Le P. d’Alzon poursuit dans une autre instruction aux Tertiaires (année 1879, sous le titre : Les deux Larrons, Bonne Presse, 1930, p. 171) :

« Arrêtons-nous à cette parole effrayante de saint Augustin : in cruce, tres homines, unus Salvator, alius salvandus, alius damnandus (sur la croix, il y a trois hommes, l’un est le sauveur, l’autre est sauvé, l’autre damné) (Enarr. in Ps. 34, 2, 1). Peut-on dire que le Sauveur n’ait pas voulu le salut des hommes ? Pourquoi donc est-il mort ? Et pourtant deux voleurs sont, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, condamnés au même supplice. Pourquoi l’un est-il sauvé, l’autre est-il condamné ? »

Le P. d’Alzon s’appuie sur le commentaire de saint Augustin sur les Psaumes. Ils sont de même fascinés l’un et l’autre par le sort de Judas, sur lequel ils reviennent plus d’une fois. Je ne résiste pas à l’envie de vous citer en latin ce texte évocateur, digne du rhéteur Augustin, et dont d’Alzon continue à sa façon la veine, sans même se donner la peine de le traduire (Conférence aux Religieuses de l’Assomption d’Auteuil, 30 août-7 septembre 1863 ) :

« Saint Augustin donne trois caractères à Judas : Jam talis venerat ad convivium, explorator Pastoris, insidiator Salvatoris, venditor Redemptoris. » Ce qui peut se traduire, en un français bien plat : « C’est ainsi qu’il vint au festin pour espionner le Pasteur, pour tendre des pièges au Sauveur, pour vendre le Rédempteur. » (Homélies sur l’Ev. de Jean 55, 4). Comme Augustin, le P. d’Alzon s’arrête devant l’insondable mystère du dessein de Dieu.

O charité, mon Dieu, embrase-moi !

Une autre doctrine centrale de saint Augusin trouve un écho chez le P. d’Alzon : les vertus théologales. Dans une instruction donnée à des dames sur l’Immaculée Conception (du 4 au décembre 1879), il souligne, à la suite de saint Augustin (Confessions X, 29, 40), le lien entre les vertus théologales et la prière : « Saint Augustin, après que saint Jean dit que Dieu est amour, s’écrie : Caritas, Deus meus, accende me ! Ainsi fut Marie, ainsi devons-nous nous efforcer de venir dans la prière par la foi, l’espérance et la charité. » Le même thème se trouve développé dans une circulaire sur l’oraison (ES p. 292) où Augustin cite la fameuse Lettre 130, 18, adressée à Proba :

« Après avoir établi que par la foi, l’espérance, la charité, nous prions avec un désir continu, saint Augustin fait observer que l’âme doit chercher cet état habituel de prière, et il ajoute : “Dignior enim sequetur effectus, quem ferventior præcedit affectus, ac per hoc et quod ait Apostolus : Sine intermissione orate, quid est aliud quam beatam vitam, quæ nulla nisi æterna est, ab eo qui eam solus dare potest, sine intermissione desiderare ? Plus noble suivra l’effet que précède une plus intense ferveur ; aussi, comme dit l’Apôtre : Prier sans cesse, qu’est-ce autre chose que désirer sans cesse de celui qui peut seul la donner cette vie bienheureuse qui ne peut être qu’éternelle ?” »

La place éminente de la charité est soulignée dans la treizième Méditation, où abondent les références augustiniennes, tantôt au commentaire de l’Evangile de saint Jean, tantôt aux lettres, tantôt au traité de la doctrine chrétienne. Je vous cite un des passages de cette méditation (ES p. 415-416) :

« Oui la charité peut croître sans cesse, et nul ne peut dire, parmi ceux qui ont le bonheur de croire : en voilà assez ! “Nemo fidelium, etsi multum profecerit, dicat : sufficit mihi” » , s’écrit saint Augustin (Lettre 186, 10). Et le P. d’Alzon poursuit : « Oui, la charité peut croître sans cesse … disons donc avec le Docteur de la charité : “Caritas meretur augeri, ut aucta mereatur perfici” : la charité mérite d’être augmentée, afin qu’en s’accroissant, elle mérite de devenir parfaite…»

Le scandale de l’Eglise divisée

Le thème de l’Eglise est traité chez l’un et chez l’autre tantôt comme un sujet théologique, tantôt comme un sujet spirituel. Le P. d’Alzon puise ici dans l’imposant arsenal de la controverse antidonatiste de saint Augustin pour étayer ses propres conceptions en matière d’ecclésiologie. Dans un article du Bulletin de la Société Saint-François de Sales pour la défense et la conservation de la foi, 1866 (pages 231-240), il remonte à saint Augustin en passant par le cardinal Wiseman, pour illustrer la doctrine de l’unité et de la catholicité de l’Eglise :

« Le docteur Wiseman … établissait … la plus frappante analogie entre les donatistes des IVème et Vème siècles et les anglicans du XVIème… Wiseman répétait contre les anglicans, avec saint Augustin : “quapropter securus judicat orbis terrarum bonos non esse, qui se dividunt ab orbe terrarum in quacumque parte terrarum” » (Cf.Contre la Lettre de Parménien, trois livres III, 4, 24 : « En toute sûreté l’univers juge donc qu’ils ne sont pas bons, ceux qui se séparent de l’univers en quelque contrée de l’univers que ce soit. » (BA 28, p. 457)

Thèmes spirituels
Convergence entre d’Alzon et Augustin

Le P. d’Alzon est le témoin d’une théologie pratique. Son objectif est de conduire ses auditeurs à la perfection chrétienne. Aussi, est-ce sur ce terrain qu’il rencontre souvent Augustin et s’en inspire. Sans prétendre fournir un éventail complet des thèmes spirituels qu’il a traités, je m’arrête d’abord à la pratique des vertus, dont les plus importantes sont, aussi bien pour d’Alzon que pour Augustin, l’humilité et la chasteté.

Le Christ, exemple d’humilité.

J’ai déjà fait allusion au lien que le P. d’Alzon établit entre ces deux vertus, à la suite de son maître. Sur l’humilité, il a de très beaux textes inspirés de saint Augustin. Dans une retraite sur la connaissance de Jésus-Christ, il écrit (ES p. 889) :

« Dieu nous donne l’humilité. “Ipse vobis ostendat gratiam humilitatis, qui cœpit habitare in cordibus vestris”, s’écrie saint Augustin, et certes, qui a été plus humble que le divin Sauveur et quelle preuve d’humilité ne nous donne-t-il pas quand il vient habiter dans nos cœurs souillés par tant de passions, esclaves de tant de péchés ? » (Homélies sur l’Ev. de saint Jean III, 15).

Dans ce contexte, il faut aussi relever le fameux passage de la Cité de Dieu sur les deux amours, que le P. d’Alzon cite plus d’une fois. Voici ce qu’il écrit dans les Méditations sur la perfection religieuse (t. II, p. 244) :

« Il est une autre humilité (l’humilité surnaturelle) qui part de Dieu pour descendre jusqu’à l’homme. Elle nous est indiquée par notre patriarche saint Augustin quand, dans son traité de la Cité de Dieu, il dit : “Deux amours ont fait deux cités : l’une, Babylone, la cité de Satan, repose sur l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ; l’autre, Jérusalem, la cité de Dieu, repose sur l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi.” » (Cf. Cité de Dieu XIV, 28)

Tressaillez de joie, vierges saintes !

Sur la virginité, le P. d’Alzon suit saint Augustin dans le parallèle que celui-ci établit entre Marie et l’Eglise, et entre la vierge consacrée et Marie. Dans le Pèlerin du 17 janvier 1880, page 874, il adresse cette prière à la Vierge Marie :

« O Marie, l’ange dans sa réponse vous a révélé le mystère de la Vierge devenue Mère d’un Dieu, et cette réponse s’applique aussi à une autre mère et épouse comme vous, l’Eglise, ainsi que l’enseigne saint Augustin : “Ecclesia quoque virgo et mater est” » Ce passage cite librement le traité de la virginité, où saint Augustin dit : « Nam Ecclesia quoque et mater et virgo est » (Car l’Eglise aussi est vierge et mère), en inversant l’ordre des termes ( De la sainte virginité II, 2. BA 3, p. 113).

Sur le thème de la virginité consacrée (Instruction aux Religieuses d’Auteuil, août 1861), il cite un sermon de saint Augustin :

« Saint Augustin, le jour de Noël s’adressant aux vierges qui se trouvaient dans l’église où il prêchait, félicite les vierges saintes : “Tressaillez de joie, vierges saintes, parce que la Vierge a enfanté Celui que sans corruption il vous est permis d’épouser, Celui que vous pouvez concevoir et enfanter sans perdre ce que vous aimez” » .

En contrepartie, dans la 21ème Méditation destinée aux Augustins de l’Assomption, sur les vœux, il place la virginité consacrée à sa vraie place (ES p. 495) :

« Faire des vœux est un acte de religion, de culte, d’adoration… Ce n’est pas tel ou tel acte qui est bon ou mauvais en lui-même, c’est l’intention avec laquelle il est accompli qui en fait la bonté ou la malice : “Ne ipsa virginitas, quia virginitas est, sed quia Deo dedicata est honoratur” » (Sur la sainte viriginité, VIII, 8 : Traduction : « Car ce n’est pas d’elle-même, mais d’être consacrée à Dieu que la viriginité tire son honneur. »)

Voici comment le P. d’Alzon se laisse encore inspirer par saint Augustin, quand celui-ci présente plus généralement les vœux de religion. Celui-ci avait voulu souligner que dans la profession des vœux, celui qui les prononce a tout à gagner. Il écrit à son correspondant : « Quod autem redditur, reddens ipse servatur » (Lettre 127, 6), ce qui, sous la plume du P. d’Alzon, devient ceci : « Quod Domino redditur, reddens ipse servatur », et il traduit librement : « Ce qui est donné à Dieu est surajouté comme un bien de plus à celui qui donne. » (21ème Méditation ES p. 495).

Joies du ciel et beauté de Dieu

Qui, plus que saint Augustin, a rêvé des joies du ciel ? Le P. d’Alzon rêve dans le sillage du patriarche. Ce sont chez l’un et l’autre des textes admirables d’aspiration au bonheur. Dans un article de la revue L’Assomption, janvier 1877, p. 198, le P. d’Alzon évoque ainsi le bonheur du ciel :

« Or le bonheur est comme infini dans notre désir. Il est infini dans son terme : ce terme est Dieu qui nous as faits pour lui : “Fecisti nos ad te, Domine, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te” (Confessions I, 1, 1 : « Tu nous as faits orientés vers toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi » ).

Un autre thème commun aux deux auteurs : l’aspiration à la beauté. Le P. d’Alzon a d’admirables développements sur le beau ; et son grand souci, c’est d’amener ses jeunes collégiens à l’amour de la beauté incréée, dont il s’efforce de leur faire percevoir des reflets ici-bas :

« Qui ne peut se plaire que dans une seule beauté, non pas celle dont vous me parlez, mais celle qu’avait trouvée saint Augustin. Lui aussi avait cherché les beautés de votre genre. Lassé de toutes leurs misères, de leur ancienneté, il en trouva à la fin une qu’il appelait toujours ancienne et toujours nouvelle. » (Lettre à d’Esgrigny 9/1/1831, dans Lettres d’Alzon, t. I, p. 181, Ed. Bonne Presse, 1923). Ce texte est une allusion transparente à la fameuse page d’Augustin dans les Confessions X, 27, 38 : « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! »

Dans une allocution à des premières communiantes (ES p. 1222), il dit ceci : « Les êtres tirent leur beauté de la lumière. Vous avez sous les yeux le plus magnifique spectacle. Si aucun rayon ne l’allume, vous ne voyez rien : c’est beau, mais ce ne sont que des ténèbres. C’est donc la lumière qui donne aux êtres leur beauté. Et, ajoute notre Docteur : “Est-ce que le soleil, dont la lumière donne la beauté aux êtres, n’est pas dans la nature le plus beau des êtres ? Mais qu’est que le soleil auprès de la lumière qui est Dieu, la splendeur de la gloire divine ?” » Là encore, l’allusion à saint Augustin est nette. On y trouve l’écho des Confessions VII, 10, 16 : « Je vis… la lumière immuable, non pas celle qui est ordinaire et visible à toute chair… Non, ce n’est pas cela qu’elle était, mais autre chose, bien autre chose que toutes nos lumières. »

En conclusion, comme je l’ai affirmé d’entrée, le P. d’Alzon a été un lecteur assidu de saint Augustin. Je pense l’avoir démontré. A d’autres de montrer à quel point il fut non seulement un lecteur d’Augustin, mais un disciple et un continuateur.

Charles Monsch
Augustin de l’Assomption

 Page réalisée par D. Remiot

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