Louange à jamais !


Un siècle s'en est allé, un autre est né. La page est tournée. Une nouvelle page est à écrire. Quels que soient les événements qui vont s'y inscrire, elle resterait vide s'il y manquait la louange. C'est par la louange que l'homme relie les événements à Dieu qui seul peut leur donner un poids d'éternité.
Si Augustin a écrit ses Confessions, c'est pour louer le Seigneur : " Te louer, voilà ce que veut un homme, parcelle quelconque de ta création ! " Le motif qui inspire sa louange n'est autre qu'un sentiment de dette. " Mon bien, c'est toi qui l'as formé, toi qui me l'as donné ; mon mal, c'est moi qui l'ai commis, toi qui le juges " (X, 4, 5). S'il raconte sa vie, ce n'est ni pour se complaire en soi, ni pour satisfaire les curieux, mais pour entraîner dans sa louange l'âme fraternelle.
La louange est comme la respiration de son âme. Elle vient spontanément sur ses lèvres. Elle vient tout aussi naturellement dans sa parole ou dans ses écrits. Nous en avons croisé le thème à plusieurs reprises, notamment dans le n° 6 sur la prière, le n° 9 sur le Notre Père, le n° 21 sur les Psaumes. Il restait à l'aborder pour lui-même : c'est chose faite grâce au présent numéro.
Sans viser à être exhaustif, nous avons choisi l'un ou l'autre texte majeur, tiré des Confessions, de la Trinité, des Commentaires des Psaumes… Nous n'avons pas oublié de solliciter quelques témoignages afin de saisir la place et la pratique de la louange dans la vie actuelle. Ces différentes approches, tout fragmentaires qu'elles soient, montreront, on l'espère, que la louange est le foyer de la pensée d'Augustin comme de sa vie, et qu'elle garde sa raison d'être en nos vies.
Augustin aurait souhaité que la vie de ses auditeurs soit un chant d'action de grâce. Non qu'il voudrait les voir chanter sans interruption. La vraie louange s'identifie avec la vie. Nous lisons au psaume 33 : " Je bénirai le Seigneur en tout temps. Sa louange sera toujours en ma bouche. " Il serait absurde de prendre ce verset à la lettre. " Quelle langue pourrait chanter tout le jour les louanges du Seigneur ? " Tout le jour : cela se réalise quand la vie elle-même devient louange, quelles que soient ses occupations.
D'où l'insistance presque obsédante d'Augustin à dénoncer la dissonance toujours menaçante entre la vie et la langue. " Que non seulement ta voix chante les louanges de Dieu, mais que tes œuvres s'accordent avec ta voix " (In ps 146, 2). " Quand tu auras chanté avec ta voix, tu te tairas ; chante avec ta vie de manière à n'être jamais silencieux " (In ps. 146, 1).
La louange, c'est la vocation même de l'homme. " Là-haut, louange à Dieu, et ici-bas, louange à Dieu. Mais ici au milieu des soucis, et là dans la paix " (Sermon 256, 1.3). Ce n'est pas qu'elle augmente la gloire du Seigneur. C'est à nous qu'elle est utile, c'est nous qu'elle enrichit, c'est notre cœur qu'elle nourrit comme d'un pain quotidien dans son désir de la patrie.

Marcel NEUSCH
Augustin de l'Assomption

 

 

 Page réalisée par D. Remiot

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