L’Assomption, Les Pèlerinages, de Lourdes à Jérusalem  depuis 1882

Circonstances

L’année 2008 va être marquée par les célébrations du 150ème anniversaire des apparitions de Lourdes (1858-2008), la fameuse cité mariale devenue l’un des grands centres mondiaux de pèlerinages, mais également par le 125ème anniversaire du premier pèlerinage N.-D.-S. à Jérusalem (1882), ce qui est l’objet propre de notre communication.

Terre Sainte au XIXème siècle

Le christianisme qui ne peut oublier ses origines orientales, aime aussi mettre les pas des fidèles sur ceux du Christ et des Apôtres en les dirigeant vers la Terre bénie et toujours meurtrie de Palestine, aux lieux sources de la foi de Galilée et de Judée, principalement Nazareth, Bethléem et Jérusalem. Sans remonter à l’Antiquité et au Moyen-Age, disons que les ‘lieux saints’ par excellence sont redevenus plus largement au XIXème siècle des lieux privilégiés de pèlerinage pour les chrétiens de toutes confessions. Dans ce domaine, la Congrégation de l’Assomption (les Augustins de l’Assomption) et l’Association Notre-Dame de Salut qu’elle a fondée en janvier 1872 ont joué un rôle de premier plan pour les catholiques d’Occident[1].

Il n’est pas question de limiter à l’Assomption seule la redécouverte par eux et par les pèlerins qu’ils ont mobilisés à partir de 1882, de la terre du Christ. Des personnalités individuelles de premier plan comme Chateaubriand en 1806 (Itinéraire de Paris à Jérusalem, paru en 1811), de Lamartine en 1832 (d’où Gethsémani, paru en 1834), de Gérard de Nerval en 1843 (Voyage en Orient, relation en 1851), d’Ernest Renan en 1860-1861 (d’où Histoire des origines du christianisme, parue en 1863, retravaillée jusqu’en 1882, suivie de la fameuse Vie de Jésus en 1863), de Saulcy en 1863, de Warren en 1865 et de tant d’autres sans doute qui n’ont pas laissé de nom ou de mémoire de voyage à la postérité.

L’Orient turc à la mode

            Si l’Orient est à la mode chez les littérateurs, les peintres romantiques et les archéologues, c’est qu’il est devenu depuis la fameuse expédition militaire de Bonaparte en Egypte et en Palestine en 1799 une proie politique controversée et convoitée par bien des  puissances, notamment la France et l’Angleterre qui se disputent la voie des mers, mais aussi la Russie dont l’ennemie traditionnelle, la Turquie, empêche l’accès aux mers chaudes. L’immense empire ottoman, considéré comme l’homme malade, travaillé par des forces politiques antagonistes (réformateurs et absolutistes), constitue un amalgame de peuples, de religions, de traditions s’étendant jusqu’à l’Europe centrale, dont beaucoup aspirent à la liberté politique et religieuse, notamment les chrétiens orthodoxes de Serbie, de Roumanie, de Bulgarie et de Grèce. La France, depuis les Capitations de 1536 sous François Ier, re-confirmées en 1856 à l’issue de la guerre de Crimée, exerce un rôle de protectorat sur les minorités catholiques du Levant (Latins et Maronites) et elle entend bien faire respecter en Palestine, alors province turque[2], les droits de la minorité chrétienne présente surtout à Jérusalem, sous la garde vigilante des Pères Franciscains (Custodie). Dans la même logique, le tsar cherche à protéger les intérêts des chrétiens orthodoxes, pèlerins, et à favoriser l’implantation de communautés et d’institutions chrétiennes orientales. En 1840 , un évêché anglican a été fondé à Jérusalem, en 1847 le pape Pie IX a rétabli un Patriarcat latin, en 1898 une église luthérienne y est fondée. De nombreux couvents se sont développés dans les principaux sites religieux du pays. En Orient, se mêlent traditions religieuses, mais aussi appétits et influences politiques. Une nouvelle dimension s’ajoute à la fin du XIXème siècle avec la création d’un mouvement à la fois nationaliste et religieux, le sionisme, l’idée d’un retour et de la possible création d’un foyer national juif sur la terre de ses ancêtres.

L’intérêt de l’Assomption pour l’Orient

            L’histoire de l’implication des Assomptionnistes en Orient n’a pas commencé par les pèlerinages. C’est un colon, publiciste et homme d’œuvres catholiques, Louis de Baudicour (1815-1883) qui en 1860 a proposé à Mère Marie-Eugénie de Jésus (1817-1898), la fondatrice des Religieuses de l’Assomption (proclamée sainte le 3 juin 2007 par Benoît XVI) une fondation à Beyrouth, province syrienne de l’Empire ottoman à l’époque. Le P. d’Alzon (1810-1880), le fondateur des A.A. ami et guide spirituel de la R.A, venait de donner son concours à l’œuvre des Maronites persécutés par les Druzes. Il conçut en septembre  1861 le projet d’établir de préférence les R.A. et les A.A. à Jérusalem, premier centre historique du christianisme, les Religieuses à la Dormition et les Religieux au Cénacle[3]. Ces deux lieux offraient l’opportunité d’être disponibles selon des sources locales. Ce projet ébauché en 1861 va prendre forme pour l’Assomption en 1862, non pas à Jérusalem, mais en Bulgarie, avec le P. Galabert[4].

C’est après la mort du P. d’Alzon que deux de ses premiers disciples, le P. François Picard (1831-1903), son première successeur à la tête de la Congrégation, et le P. Vincent de Paul Bailly (1832-1912), le génial créateur de la Bonne Presse à Paris, que la question d’une implantation des Assomptionnistes à Jérusalem prit corps progressivement. Il s’agissait au départ, dans le cadre de l’Association NDS (mouvement de prières publiques sous forme d’expiation et de pénitence pour les péchés d’une France catholique repentante contre une France officielle laïque, d’où pèlerinages nationaux et presse catholique[5]), de réaffirmer les droits des catholiques sur le sol public, d’ériger des centres de prières (basiliques du vœu  national), d’affirmer une piété ultramontaine contre les empiètements faits à la puissance spirituelle et temporelle de la papauté (congrès eucharistiques, denier de Saint-Pierre, corps des zouaves pontificaux) et de manifester la force du lien religieux des couches populaires (régénération de la société chrétienne) par toutes sortes de manifestations, de processions, de monuments et d’initiatives publiques.

Sources documentaires : Revues Echos de Notre-Dame de France, Jérusalem et Croisés du Purgatoire. Dominique Trimbur, Une présence française en Palestine : N.-D. de France, dans Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem, automne 1998, n. 33-58. Dominique Trimbur, Les Assomptionnistes à Jérusalem, les Juifs de Jérusalem et le Sionisme, 1999, 28 pages. Sébastien Franken, Saint-Pierre en Gallicante dans La Terre Sainte (revue franciscaine), juillet-septembre 1964, p. 206-216 ; octobre 1964, p. 258. M. Chalendard, A Jérusalem Notre-Dame de France (1882-1970), aujourd’hui Notre-Dame de Jérusalem, Téqui, 1984, 109 pages. D.H.G.E., tome XXVII (1999), fascicule 160, col. 1102-1103. P. Gervais Quenard, L’Assomption à Jérusalem, dans Pages d’Archives, nouvelle série n° 13, avril 1961, p. 415-430. Bible et Terre Sainte et Le Monde de la Bible (Bayard Presse). L’Assomption et ses Œuvres, automne 1994, n° 659, p. 30-33 ; été 1998, n° 674, p. 12-14 ; juillet-septembre 2004, n° 698, p. 4-7.

Le mouvement des pèlerinages ‘nationaux’ : Lourdes, Rome, Jérusalem

Avant 1872, Lourdes n’a connu que la forme des pèlerinages locaux ou diocésains. C’est N.-D. S. qui lança la formule des pèlerinages nationaux avec la création en 1872 du fameux ‘pèlerinage des bannières’ et en 1873 du premier ‘pèlerinage national’ proprement dit. A la fin de la décennie 70, un premier affrontement anticlérical vif qui a opposé les forces ecclésiales de sentiment politique monarchiste avec les chambres républicaines, s’est conclu par de vigoureuses mesures dirigées contre l’enseignement privé (article 7 de la loi de 1879) et les congrégations religieuses non autorisées (expulsions de 1880). Mais suite à la chute du ministère Ferry en 1882 et à l’arrivée au pouvoir des républicains modérés, la législation anti-congrégationnelle en France a marqué le pas ; les différents gouvernements jusqu’en 1899 préférèrent une application vigilante du dispositif concordataire et des Articles organiques qui contrôlent les activités de l’Eglise, à une politique d’affrontement trop marquée.

C’est une des raisons qui explique les initiatives des catholiques ultramontains, dont les Assomptionnistes forment un fer de lance, à grand renfort de manifestations, de pétitions, de processions, de congrès, de réveil de pèlerinages locaux et de création de pèlerinages nationaux et d’organes de presse, avec cette idée obsédante pour eux d’occuper le sol public et de ne pas le laisser aux anticléricaux de tout poil. 

C’est bien en 1882 que naît l’épopée des ‘pèlerinages de pénitence’, aux temps des PP. Picard et Bailly, lesquels font adopter l’idée de déplacements de masse, à la portée des bourses populaires et non plus seulement élitaires, comme ceux de la rue de Furstemberg nés dans la mouvance des Conférences Saint-Vincent de Paul[6]. Il faut dire qu’à Jérusalem comme à Lourdes, les Assomptionnistes ont su travailler de concert ou en partenariat avec le clergé diocésain et que, grâce à la générosité de laïcs influents, des hommes d’œuvres de l’aristocratie et des hautes professions libérales, leurs initiatives sur le terrain sont relayées par toutes les formes et tous les mouvements d’Action catholique de l’époque : cercles d’œuvres  ouvrières, comités catholiques diocésains, nationaux, électoraux, amicales d’anciens élèves, associations et confréries de défense religieuse, congrès et congrégations, unions et bureaux des œuvres… Il existe un fort vivier potentiel de laïcs-fidèles, de religieux, de clercs, prêts à vibrer aux accents d’une France catholique militante, mobile et démonstrative sur les chemins modernes des pèlerinages qu’a ouverts la vapeur utilisée sur mer et sur rail. C’est aux laïcs que le P. Picard a l’idée de demander dès 1881 un service supplétif pour le soin et l’accompagnement des pèlerins-malades, l’Hospitalité N.-D.-S. qui va être la matrice de l’Hospitalité des sanctuaires de Lourdes.

Déroulement du pèlerinage de 1882 à Jérusalem

Le déroulement de ce premier pèlerinage d’avril 1882, étonnante caravane restée fameuse sous le nom des Mille pionniers, nous est connu dans le détail grâce aux relations publiées régulièrement dans les colonnes d’une revue Souvenirs[7] et dans celles du Pèlerin[8], puis celles de la Croix quotidienne à partir de 1883, enfin dans la revue L’Assomption et ses Oeuvres[9] : embarquement le 28 avril à Marseille sur des navires, le Picardie et la Guadeloupe avec 1013 inscrits, réunion inaugurale à la Major le 27 avril avec le fameux serment d’obéissance, célébration de 400 messes à Notre-Dame de la Garde, 8 jours de traversée sur les bateaux-chapelles, débarquement à Caiffa (Haïffa), montée au Carmel (logements en dortoirs et à la belle étoile : ‘si encore on était au temps d’Elie’), on prépare un troupeau de moutons en train de paître en karouf, division en trois groupes : 300 avec le P. Emmanuel Bailly reprennent le Guadeloupe pour rejoindre Jaffa et Jérusalem ; 200 vont à Nazareth puis reprennent leur navire avec le P. Hippolyte Saugrain ; les 500 autres, guidés par le P. Picard, traversent la Samarie en une chevauchés mémorable (mulets, chevaux, chameaux). On loge sous des tentes, on se répartit en escouades, on organise campements et repas grâce à Casa Nova chez les Franciscains, entrée solennelle des 1000 pèlerins au Saint-Sépulcre, banquet solennel avec les autorités civiles et religieuses (consul de France, le gouverneur de la ville, patriarche Branco, le custode franciscain). L’artisan de cette réussite fut le comte Amédée de Piellat, le fondateur de l’hôpital Saint-Louis, que nous allons retrouver à Notre-Dame de France. Il acheta dès 1883 et 1885 les deux premiers terrains de Notre-Dame de France et de Saint-Pierre en Gallicante (caveau pour les pèlerins défunts). Jamais on n’avait vu un tel spectacle depuis les croisades ! Le pèlerinage dura 40 jours comme le Carême. Des chroniques parurent en librairie dont celle de Léonie de Bazelaire, la tante du futur archevêque de Chambéry (Ma chevauchée en Palestine). On chante avec émotion au moment du départ le cantique du P. Chicard : Il faut partir, tel est le cri d’alarme. Reçois, chère Sion, une dernière larme. Il faut partir, tel est le cri d’alarme. Encore une prière. En quittant le saint lieu, plutôt que t’oublier s’éclipse la lumière, Jérusalem. Adieu (bis). Une croix de chêne de 7 m. est emportée, portée par 10 hommes au chant du Vexilla Regis. La première fut remise au Vatican. On en offrit par la suite à tous les grands sanctuaires : Montmartre, Mont Saint-Michel, La Salette, Lourdes, Paray-le-Monial, Montligeon. Le pèlerinage devint annuel jusqu’à la guerre de 1914, d’une moyenne de 400 pèlerins. Vincent de Paul Bailly fit 28 fois le pèlerinage de Jérusalem[10], dont celui de 1883 baptisé le pèlerinage des tempêtes. L’ermite des Clarisses de Nazareth, le futur P. de Foucauld, lui doit la décision de sa vocation sacerdotale.

Notre-Dame de France[11]

Pour recevoir les pèlerins, l’Assomption décida de construire grâce à une souscription la grande hôtellerie de Notre-Dame de France en 1887, popularisée par un bulletin de quête Echos de Notre-Dame de France. Le nom fut donné par Mgr Poyet, vicaire général du Patriarche, les plans dressés par un premier architecte, l’abbé Brisacier. On réussit à faire percer une nouvelle porte (Porte Neuve) dans les murailles pour faciliter les mouvements. En 1892 est inaugurée la première locomotive du chemin de fer reliant Jaffa à Jérusalem ; l’année 1893 fut celle du Congrès eucharistique (1.000 pèlerins sur deux navires). On acheta un steamer anglais, rebaptisé la nef de Notre-Dame de Salut qui devint l’Etoile en 1900 pour éviter la confiscation comme bien religieux. Les itinéraires des pèlerinages à Jérusalem varièrent : Hippone, Egypte, Syrie, Chypre, Rhodes, Istanbul-Constantinople, Grèce, Naples, Civitavecchia, Rome. La grande chapelle de Notre-Dame de France fut bénite en novembre 1894 par Mgr Appodia, décorée progressivement grâce au P. Boubet[12] et à Paul Flandrin, le fils d’Hippolyte . A partir de 1891 le bâtiment servit de maison d’études pour les jeunes religieux assomptionnistes qui suivent les cours d’Ecriture sainte et des langues orientales du P. Lagrange à l’école biblique Saint-Etienne des Dominicains. Des Assomptionnistes se font un nom dans l’archéologie palestinienne (tel le P. Germer-Durand[13]). Les professeurs du scolasticat assomptionniste mirent au point un Guide de la Palestine qui connut un beau succès avec plus de 8 éditions. Une Association des Croisés du Purgatoire dont le siège était la chapelle du Sacré-Cœur dans la grande église, fut créée en 1896, cette fondation qui doit beaucoup à un bienfaiteur insigne M. Bontoux, permit de trouver les sommes énormes englouties dans les constructions : Association de prière pour les âmes du Purgatoire. Notre-Dame de France fut le premier édifice de Jérusalem à être éclairé à l’électricité grâce à une dynamo importée de Marseille. En 1914 la première guerre mondiale mit fin une première fois au mouvement continu des pèlerinages et à la maison d’études, réquisitionnée comme local pour l’état-major turc. Le P. Boniface Moitroux, hollandais, put rester sur place et éviter la déprédation totale des lieux. L’activité des pèlerinages put reprendre entre les deux guerres. En mai 1948, suite aux événements liés à la guerre d’indépendance israélienne, le bâtiment N.D. de France fut gravement endommagé. Le P. Mamert Vionnet trouva la mort au cours des combats. Malgré les efforts du P. Brunet, il fallut en 1970-1971 se rendre à l’évidence, aliéner Notre-Dame de France pour conserver et fortifier Saint-Pierre en Gallicante[14] ; mais l’activité des pèlerinages, hormis les années d’intifada, put continuer à se développer sous l’égide bien rôdée de N-D.-S. en lien avec les publications de Bayard-Presse[15].

Sens permanent du pèlerinage à Jérusalem

            Depuis le XXème siècle, bien des évolutions se sont produites en Terre Sainte :

De 1917 à  1947, la Palestine est sous mandat britannique ainsi que la Transjordanie. L’immigration juive est rapide, amplifiée par la vague antisémite que le IIIème Reich appuie d’une violence terrifiante, encore inouïe. L’O.N.U. propose un plan de partage en novembre 1947. L’Etat d’Israël est créé le 14 mai 1948, proclamé par David Ben Gourion (1886-1973), provoquant en contrepartie la formation de camps de réfugiés palestiniens. De 1948 à nos jours, l’antagonisme israélo-arabe ne cesse d’alimenter des conflits armés (1948, 1956, 1967, 1973, première intifada  de 1987 à 1993, deuxième intifada de 2000 à 2002, actes d’un terrorisme exacerbé), sans cesse espacés de tentatives de paix désespérément cherchés. Jérusalem, totalement investie en 1967, est déclarée par l’Etat hébreu en 1980 ‘capitale éternelle d’Israël’. Une autorité palestinienne voit le jour en 1994 pour les territoires de Gaza et de Jéricho, mais le terrorisme n’est pas éradiqué de cette terre où se concentrent et se répercutent toutes les tensions qui agitent le Proche-Orient. Il est évident que cet environnement politique a aussi changé la donne des pèlerinages, de plus en plus d’ailleurs internationaux. Jérusalem, centre mondial pour les trois grandes religions monothéistes, est au cœur aujourd’hui de ce que l’on appelle le dialogue inter-religieux. Les pèlerins ne cherchent plus seulement à visiter des lieux symboles de la foi chrétienne mais à rencontrer des communautés de vie et de foi dont les visages sont très variés selon les confessions.

Le Saint-Siège n’a cessé de revendiquer le caractère sacré de Jérusalem, de demander l’internationalisation de la Ville sainte et de revendiquer le libre accès de tous les Lieux Saints pour les pèlerins chrétiens, ce du moins jusqu’aux récents processus de paix israélo-arabes. La France a joué jusqu’en 1917 son rôle de protectorat des catholiques latins, qui lui avait été reconnu depuis les Capitulations de 1536 sous François Ier (1494-1547), re-confirmées en 1856, mais Jérusalem offre aussi le spectacle le plus irritant de toutes ses divisions historiques et de toutes les interférences de ses juridictions confessionnelles (pas moins de 14 !).

Dans les actuelles frontières de l’Etat d’Israël, l’Eglise catholique[16] bénéficie depuis décembre 1993 d’un Accord fondamental, renforcé par l’établissement de relations diplomatiques normalisant une situation jusque-là provisoire (juin 1994). Mais l’exode des communautés chrétiennes, activé par le contexte de violence politique et de fondamentalisme religieux,  fragilise de plus en plus cette minorité chrétienne, tous rites confondus, d’où l’appel de plus en plus fréquent des autorités religieuses d’Orient en direction des occidentaux pour des relations de communion et de solidarité. Ce sont les Franciscains qui ont depuis le XIIIème siècle la garde des Lieux Saints (Custodie).

Je vous souhaite un excellent pèlerinage-125ème anniversaire 2008.

P. Jean Paul Périer-Muzet.
(Conférence sur le bateau 11 octobre 2007)



[1] Philippe Boutry, L’Assomption et les pèlerinages dans Deux siècles d’Assomption. Le regard des historiens (Paris, 2000-2001), Université d’Eté Assomptionniste, Paris, 2003, pages 25-41. Jean Paul Périer-Muzet, Les pèlerinages et l’Assomption, 2000, 10 pages. Articles souvenirs dans L’Assomption et ses Œuvres, hiver 1972, n° 572, page 4. Le P. d’Alzon et les pèlerinages par Jean Patinot dans L’Assomption et ses Œuvres, été 1980, n° 602, p. 19-21

[2] Pour la géographie de la Bible selon les données testamentaires, voir Cahiers Evangile n° 122 par Olivier Artus, décembre 2002. Le public cultivé français est documenté sur la Terre Sainte par les travaux et les publications de l’archéologue Victor Guérin (1821-1891), qui fut chargé de plusieurs missions archéologiques au Proche-Orient dont la Palestine en 1854, en 1863 et en 1870 : Description géographique, historique et archéologique de la Palestine, 1868-1880, 7 volumes ; La Terre Sainte, 1882-1884, 2 volumes. Jérusalem, son histoire, sa description, ses établissements religieux, 1889.

[3] Lettres du P. d’Alzon, t. III, édit. D. Deraedt, Rome, 1991, p. 510-511, 516.

[4] Les débuts de la mission assomptionniste d’Orient par Louis-Armel Pelâtre dans L’Assomption et ses Œuvres, 1979, n° 600, pages 28-29. ; 1980, n° 601, pages 22-25 (L’Assomption en Orient par Xavier Jacob) ;

[5] Bonne présentation d’ensemble dans la revue Partance, mai-juin 1978, n° 11, intitulé Vers Lourdes, Rome et Jérusalem.

[6] Thèse de Bertrand Lamure, Les pèlerinages catholiques français en Terre Sainte, Lyon, 2005-2006, 410 pages et annexes.

[7] Souvenirs, année 1882, les numéros ont consacré de nombreuses pages de préparation, de chroniques.

[8] Le Pèlerin, année 1882, avril,  n° 276 , pages 250-251 (Heureux pèlerins) ; n° 278, pages 281-283 (Le Carmel) ; mai, n° 279, pages 298-302 (En mer) ; n° 280, pages 318-322 (Le pèlerinage de pénitence) ; n° 281, pages 330-331 (Le voyage miraculeux) ; n° 282, pages 349-350 (Le voyage miraculeux) ; juin, n° 283, pages 362-366 (Le voyage miraculeux), pages 367-372 (Sur l’eau, débarquement) ; n° 284, pages 381-383 (Le voyage miraculeux), pages 385-387 ; n° 285, pages 398-404 (Le voyage miraculeux) ; n° 286, juillet, n° 287, pages 435-436, 438, 440-443 (Le voyage miraculeux).

[9] L’Assomption et ses Œuvres : la revue créée en 1897 est revenue à plusieurs reprises sur le pèlerinage de 1882 pour en faire ressortir le caractère épique, audacieux et merveilleux : été 1982, n° 610, pages 20-23 (L’Odyssée des Mille) ; été 1990, n° 642, pages 18-19 (Le premier pèlerinage AA à Jérusalem) ; printemps 1996, n° 665, pages 12-14 (1882, les premiers pèlerins s’embarquent pour Jérusalem). Comment la presse de l’époque a-t-elle présenté cette entreprise ?  Les Annales catholiques de Chantrel en donnent un écho sympathique dans le tome  XXXIX, 11 mars 1882, n° 536, pages 625-633 (Pèlerinage de pénitence).

[10] Liste des 55 pèlerinages N.-D.-S. en Terre Sainte de 1882 à 1925, soit au total 13 270 pèlerins, d’après L’Association de Notre-Dame de Salut au Cinquantenaire de sa Fondation, Paris, 1925, pages 433-445 :

I : 27 avril – 8 juin 1882 ; II : 7 mars – 27 avril 1883 ; III : 24 avril-11 juin 1884 ; IV : 24 avril-3 juin 1885 ; V : 14 mai – 23 juin 1886 ; VI : 28 avril – 18 juin 1887 ; VII : 12 avril – 30 mai 1888 ; VIII : 2 mai – 18 juin 1889 ; IX : 18 avril- 3 juin 1890 ; X : 10 avril – 28 mai 1891 ; XI : 27 avril- 14 juin 1892 ; XII : 12 avril – 30 mai 1893 ; XIII : 15 décembre 1893 – 24 janvier 1894 ; XIV : 7 décembre 1894-16 janvier 1895 ; XV : 24 avril – 11 juin 1896 ; XVI : 11 mai – 23 juin 1897 ; XVII : 17 décembre 1897 – 22 janvier 1898 ; XVIII : 21 avril – 2juin 1899 ; XIX : 18 août – 29 septembre 1899 ; XX : 25 avril – 31 mai 1900 ; XXI : 26 avril – 7 juin 1901 ; XXII : 28 août – 20 septembre 1901 ; XXIII : 21 mai – 26 juin 1902 ; XXIV : 20 août – 25 septembre 1902 ; XXV : 2 mai – 13 juin 1903 ; XXVI : 1er septembre – 2 octobre 1903 ; XXVII : 11 mai – 21 juin 1904 ; XXVIII : 18 août- 26 septembre 1904 ; XXIX : 10 mai-20 juin 1905 ; XXX : 8 septembre-16 octobre 1905 ; XXXI : 24 mars –26 avril 1906 ; XXXII : 2 septembre – 11 octobre 1906 ; XXXIII : 15 mai-24 juin 1907 ; XXXIV : 5 septembre-17 octobre 1907 ; XXXV : 25 mars –29 avril 1908 ; XXXVI : 13 août – 25 septembre 1908 ; XXXVII : 23 mars –2 mai 1909 ; XXXVIII : 3 septembre-15 octobre 1909 ; XXXIX : 15 mai-26 avril 1910 ; XL : 19 août – 30 septembre 1910 ; XLI : 28 mars – 9 mai 1911 ; XLII : 5 septembre – 17 octobre 1911 ; XLIII : 23 avril – 5 juin 1912 ; XLIV : 20 août – 1er octobre 1912 ; XLV : 23 avril – 5 juin 1913 ; XLVI : 19 août – 30 septembre 1913 ; XLVII : 19 mars – 7 mai 1914 ; XLVIII : 22 mars – 6 mai 1922 ; XLIX : 23 août – 28 septembre 1922 ; L : 21 mars –12 mai 1923 ; LI : 17 août – 1er octobre 1923 ; LII : 7 avril-22 mai 1924 ; LIII : 6 août – 16 septembre 1924 ; LIV : 31 mars – 15 mai 1925 ; LV : 19 août – 27 septembre 1925.

[11] Notre-Dame de France avait été lourdement endommagée lors du conflit israélo-arabe de 1948. L’aile Sud, face à la Vieille Ville, fut rendue inhabitable par l’explosion de deux mines et devint un poste de garde israélien à la frontière du ‘no man’s land’. L’aile Nord-Ouest et les maisonnettes du jardin abritèrent de nombreux réfugiés. Même après la réouverture de la frontière, la situation ne s’améliora guère à Notre-Dame, les charges de l’entretien devenant trop lourdes pour la Congrégation. La situation étant intenable, celle-ci décida en 1970 de vendre la propriété à la société hébraïque Hamenouta, branche du ‘Fonds National Juif’, qui en donna la totalité à l’Université Hébraïque de Jérusalem pour y créer une résidence d’étudiants. Cependant, d’après le Droit canonique, la Congrégation n’avait pas le droit de vendre la propriété sans en avoir obtenu la permission du Saint-Siège qui, en toute probabilité, ne l’aurait pas accordée, même si elle avait été sollicitée, étant donné que subsistaient encore tant de problèmes non résolus en Terre Sainte au sujet des propriétés foncières de l’Eglise. La transaction fut donc contestée par le Saint-Siège. Article du P. Alex Le Borgne dans L’Assomption et ses Œuvres, été 1985, n° 622, pages 15-18 : Cent ans à Jérusalem. Notre-Dame de France. Notre-Dame de Jérusalem.

[12] La figure de ce religieux est évoquée par le P. Treamer dans l’article ‘La pierre a gardé son empreinte’ dans L’Assomption et ses Œuvres, automne 1982, n° 611, pages 16-18.

[13] Souvenirs, décembre 1887, n° 55, p. 363. Le P. Germer-Durand faisait paraître les chroniques de ses découvertes archéologiques dans la revue de la Bonne Presse, Le Cosmos. Pour les besoins des pèlerinages, on fit ouvrir en 1889 dans les remparts de la vieille ville qui datent de Soliman le Magnifique, une porte de communication entre Notre-Dame de France et le Saint-Sépulcre, la Porte Neuve entre celle de Jaffa et celle de Damas : « Les Franciscains se sont battus à coups de pierres avec les ouvriers. En Orient, cela fait bien. C’est ce qu’on appelle, en diplomatie, la fièvre de Jérusalem. On y est plus ou moins sujet, selon les tempéraments » : Souvenirs, décembre 1889, n° 60, p. 446.

[14] Ce n’est que justice de rendre au P. Robert Fortin le mérite d’avoir ‘sauvé’ pour la Congrégation la propriété de Saint-Pierre en Gallicante qui, sans son intervention, aurait sans doute connu, à un moment ou autre, le même sort que celui de Notre-Dame de France. Ces implantations à Jérusalem relevaient en effet de la juridiction de la Curie généralice depuis leur fondation, comme l’atteste encore la visite du P. Henri Moquin, économe général, à Jérusalem en juin 1967 : B.O.A., 1968, n° 6, vol. IV, page 264. Au premier Conseil de Congrégation, tenu à Rome en juin 1969, il fut décidé de proposer et de prévoir une nouvelle organisation (B.O.A., novembre 1970, n° 1, volume V, pages 121, 124-125). L’apostolat à Notre-Dame de France passa alors à la nouvelle Province de France et à la province des Pays-Bas. C’est au Conseil de Congrégation, tenu à Londres en avril 1971, que fut approuvée la vente de Notre-Dame de France (B.O.A., mars 1972, n° 2, vol. V, pages 154-155). Quant à l’implantation de Saint-Pierre de Gallicante dont l’administration fut confiée par le Conseil général à la Province des Pays-Bas jusqu’en 1970, puis à partir de 1970 à la nouvelle Province de France, elle connut également une période d’incertitude : l’Etat hébreu détacha après la guerre de 1967 une pointe de la propriété pour y faire passer une route et une autre partie fut concédée en 1984 au mouvement des Focolari. Le P. Amarin Mertz (1907-1985), religieux français nommé Supérieur de 1973 à 1981, à la place du P. Theodoor Van de Langenberg, religieux néerlandais, n’avait pas les moyens de faire face à la situation, pas plus d’ailleurs que son successeur, le P. Adrien Masson (1981-1989). Le 15 avril 1990, le P. Robert Fortin, religieux américain, fut nommé Supérieur de Saint-Pierre en Gallicante (1990-1999). Il releva le défi d’assurer un avenir assomptionniste au lieu et, sous son impulsion énergique, le sanctuaire et le couvent furent entièrement rénovés grâce à la  prospection de fonds de plusieurs provenances. Il chercha à obtenir le concours d’une communauté de moniales de Saint-Gervais de Jérusalem, acquit celui d’une communauté R.A. en 1991. Pour les travaux  de rénovation : A.T.L.P., 1992, n° 88, p. 9-10 ; 1993, n° 94, p. 4-6 ; n° 101, p. 13 ; 1994, n° 110, pages 13-15 ; 1997, n° 134, pages 14-20 (dédicace du sanctuaire). En juillet 1999, le P. Alain Marchadour prenait la relève du P. Fortin comme Supérieur et une communauté d’Oblates celle des R.A. en 2003. Sur Saint-Pierre en Gallicante : L’Assomption et ses Œuvres, été 1987, n° 630, pages 3-5 (article de François Haas) ; automne 1994, n° 659, p. 30-33 (St Pierre en Galicante, deux communautés de l’Assomption oeuvrent ensemble) ; été 1998, n° 674, pages 12-15 (Le renouveau de Saint-Pierre en Gallicante);été  2004, n° 698, pages 4-7 (Vivre à Jérusalem).

[15] Depuis les origines quasi, la maison de presse Bonne-Presse, devenue en 1969 Bayard-Presse, s’est intéressée à la Terre Sainte et a contribué plus largement à sensibiliser par ses publications les Latins occidentaux aux questions des Eglises d’Orient, grâce notamment aux Religieux de l’Assomption impliqués dans les Missions d’Orient : Revue des Echos d’Orient, née en 1895-18936, devenue depuis 1947 Revue française des Etudes Byzantines ; Missions des Augustins de l’Assomption, depuis 1887 jusqu’en 1965 ; Echos de Notre-Dame de France à Jérusalem, de 1889 à 1938; Jérusalem, de 1904 à 1936 ; Partance (1977-1979), Bible et Terre Sainte, revue créée en 1957 et remplacée en 1977 par Le Monde de la Bible.

[16] Il est plus que juste de relever, même brièvement ici, le rôle important qu’a joué un religieux assomptionniste, le P. Jean Roger Héné (1918-1979) dans la fondation d’une communauté hébraïque catholique sur la terre d’Israël. Nous ne pouvons ici que renvoyer à la notice que nous lui avons consacrée dans le tome III des Notices Biographiques des Religieux de l’Assomption, Rome, 2001, pages 1475-1476. Voir aussi l’article nécrologique dans Partance, novembre 1979, n° 22, page 4.

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