Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

ROUMANIE

Fondation de l'Assomption en Roumanie, 1923.

C'est en 1923 que l'Assomption répondit aux demandes de l'épiscopat de Transylvanie, région qui avait fait retour à la Roumanie à la fin de la première guerre mondiale par démantèlement de l'Empire austro-hongrois. Les contacts avaient été établis avec l'Assomption par les PP. Romuald Souarn (1872-1948), aumônier militaire, et Gervais Quenard (1875-1961) lequel s'était réfugié en Moldavie durant la première guerre mondiale, après son expulsion de la Bulgarie. Ce dernier traita en particulier avec Mgr Vasile Suciu (1873-1935), alors métropolite de Blaj, de l'Eglise gréco-catholique de rite byzantin et avec Mgr Valeriu Traian Frentiu (1875-1955), évêque d'Oredea-Mare, du même rite. Le P. Gervais, devenu jeune Supérieur général de l'Assomption en 1923, n'eut aucune peine à faire valoir près du Provincial de Lyon(1) de l'époque, le P. ElieBicquemard (1863-1950) l'urgence et le bien-fondé de cette aide pastorale à apporter en faveur de l'Eglise roumaine de rite oriental. La guerre de 1914-1918 avait accumulé de vastes ruines sur le champ oriental de l'Assomption, notamment en Turquie : n'était-ce pas là un signe manifeste de la Providence qui permettait de redéployer la vocation œcuménique de l'Assomption, en faveur d'une jeune Eglise à reconstruire au moment de la constitution d'une grande Roumanie ? C'est dans ce contexte que furent envoyés les deux premiers artisans de la mission assomptionniste en Roumanie, les PP. Evrard Evrard (1878-1960) et Adhémar Merckx (1889-1953)(2) : ils débarquèrent à Blaj en septembre 1923 et passèrent au rite gréco-roumain à Pâques 1925. Trois alumnats furent fondés : en 1925, à Blaj, Casa Domnului, et, en 1926, à Beius, le Christ-Roi, puis Lugoj également en 1926. Dix ans plus tard, cette fois, à Bucarest, fut ouverte, rue Cristian Tell, la maison Saint-Augustin où fut transféré de Kadi-Keuï l'Institut des Etudes byzantines en 1937(3). Le pape Jean XXIII choisit un religieux roumain, le P. Vasile Cristea (1906-2000) en 1960 pour le placer comme évêque à la tête des roumains-unis de la diaspora.

On sait ce qu'il advint de la mission roumaine en 1948 avec l'avènement du communisme et le rattachement forcé de l'Eglise gréco-catholique à l'Eglise orthodoxe : cinquante ans de silence et de vie clandestine. La chute du régime de Nicolae Ceaucescu (1918-1989) marqua le réveil de cette Eglise et sa sortie de la clandestinité. En 1991, l'Assomption put reprendre vie en Roumanie, à Margineni(4) en Moldavie, près de Bacau, où furent construits de nouveaux bâtiments en 1992, mais également à Blaj en 1990, puis dans une nouvelle résidence communautaire en 1994(5). Les Oblates de l'Assomption, présentes dans le pays depuis 1925, forment une province en Roumanie.

Sources documentaires :
Jean-Noël Grandhomme, Aux origines de l' Assomption en Roumanie (1862-1919) dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 133-203 (collection « Recherches Assomption » n° 1. Didier Rance, Courage et fidélité. L'Eglise gréco-catholique unie en Roumanie, collection AED témoignages, 1994, 332 pages. Edward G. Farrugia, Dizionario enciclopedico dell'Orient cristiano , Milan, 2000, 830 pages. [Bernard Stef], Notre présence asssomptioniste en Roumanie depuis les origines par un témoin direct, s.d . [1980], livret de 26 pages. Georgiana Vatajelu, Les Assomptionnistes en Roumanie 1923-1950, 2005, 19 pages. Bernard Stef et Ionel Antoci, Vie Imparatia Ta Augustinieni Asumptionisti 1850-2004. 80 de ani de presenza in Romania 1923-2003 , Blaj, 2004, 115 pages. Bulletin Missions des Augustins de l'Assomption.

Roumanie, année 1810.

Du joug ottoman à l'indépendance :

L'unité politique de la Roumanie, vassale de l'Empire ottoman dès 1417, fut constituée à partir de 1856 par l'union des provinces de Valachie et de Moldavie, scellée au Congrès de Paris, avec l'élection d'Alexandre Cuza (1820-1873) qui abdiqua en 1866 et fut remplacé par Charles de Hohenzollern-Sigmaringen (1839-1914). L'indépendance complète du pays fut reconnue au Congrès de Berlin (1878) qui céda la Bessarabie méridionale à la Russie en échange de la Dobroudja, celle-ci annexée complètement en 1913 au traité de Bucarest. L'effondrement des Habsbourg en 1918 permit la création de la Grande Roumanie avec l'acquisition de la Bucovine, de la Bessarabie et de la Transylvanie. L'adhésion de la Roumanie au pacte tripartite en novembre 1940 lia le sort du pays au destin du IIIème Reich d'abord victorieux jusqu'en 1942, puis stoppé à Stalingrad. En 1947, la Roumanie dut renoncer à la Bessarabie, à la Bucovine du Nord cédées à l'U.R.S.S. et à la Dobroudja méridionale rendue à la Bulgarie. Sous la pression soviétique, le roi Michel (1921-) abdiqua en 1947 et partit en exil. Le parti communiste prit le pouvoir pour cinquante ans, sans partage, jusqu'à la chute de Ceaucescu en 1989, mais les néo-communistes réussirent à se maintenir au pouvoir grâce à des jeux d'alliance et à l'habileté d'Ion Iliescu. La Roumanie vient d'entrer dans l'Union européenne en janvier 2007.

Les Eglises roumaines, foyers d'espérance oecuménique :

La Roumanie est un pays à majorité orthodoxe dont l'autocéphalie fut reconnue par Constantinople en 1885, autocéphalie transformée en patriarcat en 1925. L'orthodoxie roumaine composa avec le régime communiste au point que le patriarche Théoctiste Arapas, né en 1915, élu en 1986, dut donner temporairement sa démission en 1989. Le patriarcat roumain contrôle 23 diocèses (éparchies) et 14 facultés de théologie sur le territoire de la République, 4 diocèses et 2 vicariats à l'étranger. La vie monastique est florissante.

L'Eglise catholique en Roumanie comprend la branche gréco-catholique, unie à Rome en 1698, que le pape Pie IX détacha en 1853 du siège primatial hongrois d'Esztergom pour constituer la province métropolitaine autonome de Fagaras-Alba Iulia (avec résidence à Blaj jusqu'en 1737) et trois évêchés suffragants, puis cinq en 1950. Le pape Jean Paul II en mars 1990 restaura la hiérarchie gréco-catholique (Fagaras-Alba Iulia avec résidence à Blaj élevé en décembre 2005 au rang d'archevêché majeur, Cluj-Gherla avec résidence à Cluj, Muramures avec résidence à Baia Mare, Oradea Mare, Lugoj). L'Eglise catholique en Roumanie comprend aussi une branche latine : 1 archevêché (Alba Iulia), la métropole de Bucarest dont dépendent 4 évêchés (Iasi, Oradea Mare, Satu Mare, Timisoara) et un ordinariat pour les Arméniens. Un concordat a été signé en mai 1927, dénoncé par Bucarest le 17 juillet 1948 ; de même pour les relations diplomatiques avec le Saint-Siège, établies en 1920, rompues en 1950 avec l'expulsion du nonce, Mgr Gérald O'Hara. L'Eglise gréco-catholique qui a retrouvé sa liberté en 1990, est toujours dans l'attente en ce qui concerne la récupération de ses biens remis à l'Eglise orthodoxe en 1948. L'Etat roumain a refusé de se mêler aux discussions entre les deux Eglises pour la rétrocession de l'immobilier, ce qui ne construit pas un état d'esprit favorable à l'œcuménisme entre gréco-catholiques et orthodoxes. L'Eglise gréco-catholique doit également adapter et réorienter son rite, d'après le Code de droit canonique des Eglises orientales de 1990.

Le pape Jean Paul II a accompli une visite pastorale en Roumanie, en mai 1999, qui fut marquée d'un réel esprit œcuménique, un voyage que lui a rendu en 2202 à Rome le Patriarche Teoctist. Les relations diplomatiques ont été rétablies avec le Saint-Siège en 1990 (actuel ambassadeur de Roumanie près du Saint-Siège : M. Marius Gabriel Lazurca).

Source documentaire :
Esprit et Vie, septembre 2005, n° 133, p. 38-39.

Fiche d'identité de la Roumanie 1810.

Population  : En 1831, les deux provinces de Moldavie et Valachie regroupaient 2 millions 100.000 habitants ; en 2000 : 22 millions 272.000 habitants.

Superficie  : Le pays compte 238.391 km2 dans ses frontières actuelles. Il a une ouverture sur la Mer Noire (225 km de côtes). Les Carpates forment une barrière, séparant les régions de Moldavie-Valachie de la Transylvanie montagneuse. Frontières avec la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l'Ukraine et la République de Moldavie de Chisinau (ex-soviétique).

Langue  : Le roumain. Une forte minorité en Transylvanie parle la langue hongroise.

Départements  : Le pays est divisé en 41 judete avec un régime spécial pour Bucarest qui forme un municipe. Les régions historiques sont : Moldavie, Valachie, Dobroudja et Transylvanie. A l'époque romaine, le pays était appelé Dacie-Mésie.

Régime politique  : Au XIXème siècle, monarchie constitutionnelle, de 1947 à 1989 république populaire ;

Constitution  : En 1923 fut adoptée une nouvelle Constitution, suspendue en 1948, remplacée en 1965 et encore en 1991.

Monnaie  : Le leu.

Capitale  : Bucarest. Autres villes : Iasi, Constanta, Cluj-Napoca, Galati, Timisoara, Brasov, Craiova, Ploiesti, Braila.

Fête nationale  : Le 1 er décembre (en souvenir de l'union de tous les roumains en un seul Etat en 1918). Drapeau adopté en 1989. Hymne : Desteapta-te romane !



(1) En raison du découpage territorial de l'Assomption en 1923, toute la Mission d'Orient est passée sous la juridiction de la Province de Lyon qui désigna habituellement un vicaire délégué pour l'Orient. On sait qu'en 1876, le P. d'Alzon avait institué la province d'Andrinople ; après lui, le P. Picard avait redonné vie à la formule d'un Institut très centralisé. La Mission d'Orient était placée dès ses origines sous la responsabilité d'un 'Supérieur de la Mission d'Orient'. Le P. Victorin Galabert (1830-1885) qui établit sa résidence à Andrinople en 1867, en fut tout naturellement le premier titulaire jusqu'à sa mort en 1885. Il fut alors remplacé jusqu'en 1892 par le P. Alexandre Chilier (1843-1900), en poste à Philippopoli. La charge fut ensuite assumée, de 1892 à 1903, par le P. Alfred Mariage (1859-1903), résidant à Kadi-Keuï, lequel mourut sur la brèche comme le P. Galabert. En 1903, le P. Emmanuel Bailly désigna le P. Félicien Vandenkoornhyuyse (1864-1943), également en résidence à Kadi-Keuï, qui exerça cette responsabilité jusqu'en 1915. Expulsé de Turquie, le P. Félicien s'établit à Marseille-Procure, laissant sur place le P. Clément Laugé (1870-1957), non mobilisable. Les années de guerre furent particulièrement difficiles, conflit et expulsion multipliant les ruines et amoindrissant les implantations. En 1923, le Provincial de Lyon, le P. Elie Bicquemard (1863-1950), un ancien d'Orient, désigna comme premier vicaire provincial de la Mission d'orient le P. Saturnin Aube (1875-1947) qui allait rester huit ans à ce poste jusqu'en 1930 .

(2) On doit à ce religieux d'origine belge l'introduction en Roumanie du culte de la Vierge inspiré du centre de pèlerinage de Banneux et la création d'un sanctuaire dédié à Notre-Dame des Pauvres, à 3 km de Blaj, à Carbunari.

(3) La carte d'implantation assomptionniste est ainsi tracée jusqu'au déclenchement de la seconde guerre mondiale : Blaj (arrivée en 1923 ; fondation de l'alumnat Casa Domnului en 1925 ; noviciat de rite byzantin) ; Beius (arrivée en 1924 ; fondation en 1926 d'un second alumnat roumain, celui du Christ-Roi, puis d'un noviciat roumain) ; Lugoj (fondation en 1926 ; enseignement à l'internat diocésain). En 1933, un terrain fut acheté à Bucarest où put être fondée la communauté de la rue Cristian Tell avec le P. Alype Barral (1894-1966) qui accueillit un foyer d'étudiants dans un local loué dès 1934 et en 1937 l'Institut byzantin transféré de Kadi-Keuï. La guerre 1940-1945 marqua un temps d'arrêt, l'arrivée des communistes au pouvoir plongea l'Assomption roumaine dans la diaspora et le silence du rideau de fer. Le noviciat transféré de Beius à Harseni en octobre 1947 ne put être maintenu (B.O.A., décembre 1947, n° 3, pages 68-69).

(4) Bénédiction de la maison de Margineni en Roumanie, 21 novembre 1992 : Documents Assomption 1992, n° 17, pages 43-44. En octobre 1991, une petite communauté avait été formée à Bacau, avec les PP. Cornie Nelissen, Maurice Laurent et Hervé Stéphan, pour préparer un redémarrage de vie religieuse communautaire et relancer une dynamique vocationnelle. Margineni devint noviciat en 1993 : Documents Assomption 1993, n° 18, page 61, et maison d'accueil pour jeunes aspirants ou candidats en discernement. La ré-appropriation de l'immeuble à Bucarest, rue Cristian Tell, rendue effective en 2006, laisse espérer dans un proche avenir une future re-fondation communautaire à vocation œcuménique dans la capitale roumaine.

(5) La communauté assomptionniste de Blaj, à la différence de celle de Margineni, est implantée dans l'Eglise gréco-catholique, dans la tradition des origines roumaines de ce rite pour la Congrégation. Reconstituée peu à peu en 1991, dans de locaux remis en état à partir de 1994 (A.T.L.P., mars 1994, n° 105, pages 17-19) et solennellement bénis par Mgr Lucian Muresan en novembre 1994 (A.T.L.P., décembre 1994, n° 111, pages 19-21), elle a eu la joie de célébrer l'ordination sacerdotale du premier frère roumain de l'ère post-communiste, le P. Gheorghe Hang, dans la cathédrale de Blaj, le dimanche 22 septembre 1996 (A.T.L.P., octobre 1996, pages 22-24) et en septembre 1998 les 75 ans de présence assomptionniste en Roumanie (A.T.L.P., octobre 1998, n° 145, pages 13-14).

 

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