Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

RUSSIE

Fondation de l'Assomption en Russie, 1905.

On sait qu'à la fin de sa vie, le P. d'Alzon était comme obsédé par un désir de fondation en Russie, cœur de l'Empire slave et du schisme photien, selon ses propres termes, Moscou s'étant déclaré après Constantinople la troisième Rome. Ce désir put se réaliser en 1903, du temps des PP. François Picard (1831-1903) et Emmanuel Bailly (1842-1917), grâce à un concours de circonstances et de personnes(1) dont Mgr Félix-Jules-Xavier Jourdan de La Passardière (1841-1913), ce curieux évêque auxiliaire de Grenoble, sacré en catimini à La Grande Chartreuse, auquel le Saint-Siège confia des missions secrètes en Russie. D'autres intermédiaires ont certainement joué un rôle, l'abbé Léon Vivien (+ 1905) de Moscou et l'abbé Albert-Eugène-Odile Gratieux (1874-1951), ami du Père Fernand Portal (1855-1926), qui fréquenta la Russie. Le P. Liévin Baurain (1877-1934) fut le premier assomptionniste à fouler le sol russe : il arriva le 14 septembre 1903 en gare de Saint-Pétersbourg. D'autres suivirent : PP. Jean Bois, Evrard Evrard (1878-1960), David Mailland (1865-1932), Pie Neveu (1877-1946), Gervais Quenard (1875-1961), Auguste Maniglier (1874-1958) sans parler du P. Judicaël Nicolas (1901-1984) dont l'odyssée appartient au XXème siècle et des courageux aumôniers américains qui, à partir du P. Marie-Léopold Braun (1903-1964) eurent à affronter le cœur des tempêtes staliniennes et soviétiques. L'histoire de l'Assomption en Russie releva plus de l'héroïsme apostolique que de la simple aventure missionnaire. Tous y vécurent isolés, avec discrétion, non sans crainte, espérant toujours un avenir plus lumineux et des jours meilleurs pour le peuple russe, aimé avec passion. Jusqu'en 1920, les points d'ancrage de la mission en Russie furent Kiev(2),Makievka(3), Vilna(4), Saint-Pétersbourg(5) et Odessa(6). Le P. Pie Neveu fut sacré évêque en secret, sur ordre de Rome, par Mgr Michel d'Herbigny (1880-1957) à Moscou, église Saint-Louis des Français, le 21 avril 1926(7). L'ère communiste étendit alors son ombre menaçante sur l'immense Empire, englobant en 1945 dans sa zone d'influence toute l'Europe orientale jusqu'aux portes de Vienne et la rive droite de l'Oder.

Grâce à la présence d'un religieux assomptionniste américain chapelain à Moscou(8), à partir de 1934 et jusqu'en 1999, l'Assomption ne vit jamais s'éteindre son espérance russe. Un autre religieux, breton, le P. Bernard Le Léannec eut le courage de relever ce défi en 1989. Il put reprendre possession de l'église Saint-Louis des Français en août 1991, alors que Moscou bruissait encore des rumeurs d'un coup d'état, au temps de la succession Gorbatchev-Eltsine. Depuis, grâce à l'énergie obstinée de son curé, l'église a retrouvé de son éclat et s'est enrichie de belles orgues(9). Une petite communauté assomptionniste(10), doublée de celle des Sœurs Oblates, a pu s'organiser et fournir l'Assomption en vocations multicolores, d'abord russes, puis vietnamiennes et même chinoises. C'est avec joie que l'Assomption a salué l'ordination d'un premier assomptionniste russe en novembre 2003(11) et accueilli la profession religieuse de deux autres(12). Mille ans sont pour le Seigneur comme un jour. Ce jour viendra. Heureux qui vivra alors.

Sources documentaires :

Bernard Le Léannec, Le retour de l'Assomption en Russie (1992-2000), dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 333-341. Kathy Rousselet, Les débuts de la mission d'Orient. Le Père d'Alzon et la Russie, Paris, 2001, dans Deux siècles d'Assomption. Le regard des historiens, Paris 2000-2001, collection « Rencontres assomptionnistes », U.E.A. n° 7, p. 113-131. Actes du Colloque d'histoire, Rome, novembre 2003, Les Assomptionnistes & La Russie 1903-2003, 319 pages, Collection « Recherches Assomption » n° 2 (édition également en russe). Antoine Wenger, Rome et Moscou (1900-1950), Paris, 1987, 364 pages (existe également en traduction russe). Antoine Wenger, Catholiques en Russie d'après les archives du KGB 1920-1960, DDB, 1998, 321 pages. Patrick Croghan, The Peasant from Makeywka , Worcester, 1982, 326 pages. Gervais Quenard, L'Assomption en Russie. Les premiers pionniers avant la guerre de 1914 dans Pages d'Archives, nouvelle Série n° 11, octobre 1959, p. 369-384. Léopold L.S. Braun A.A. editey by G. M. Hamburg, In Lubianka's Shadow. The Memoirs of an American Priest in Stalin's Moscow 1934-1945 , Notre Dame University (Indiana), 2006, 352 pages. Robert Fortin, The catholic Chaplaincy in Moscow. A history of its First Twenty Five years 1934-1959 , edit. 1989, 127 pages. Aleksej Judin, Pie-Eugène Neveu, Milan, edit. ACS, 2002, 205 pages (en italien). Bulletin Missions des Augustins de l'Assomption.

Russie, année 1810.

L'Empire sauvé par le général hiver :

L'Etat dont le tsar Alexandre Ier (1777-1825) prit la tête en 1800, était le plus étendu du monde et le plus peuplé d'Europe, ayant déjà dépassé la France vers 1750. Jusqu'en 1808, le tsar pratiqua une politique d'apparente entente avec Napoléon Ier, après le coup de semonce d'Austerlitz (1805) sur les troupes austro-russes et de Friedland (1807). Mais le traité de Tilsitt qui laissa au tsar la liberté d'arracher la Finlande à la Suède, ne fut qu'un leurre, car l'adhésion de principe au Blocus continental gênait trop les intérêts commerciaux de la Russie. On sait ce que fut la coûteuse campagne de Russie (1812). Entré dans Moscou le 14 septembre, Napoléon ne fit qu'assister à l'incendie de la ville et ordonner tardivement un repli que Mikhaïl Koutouzov (1745-1813), en barrant la route, rendit désastreux aux armées impériales et que le général Hiver transforma en catastrophe. Alexandre Ier conduisit ses cosaques jusqu'à la victoire, à Paris, sur les Champs Elysées. Le Congrès de Vienne (1815) ancra solidement la Russie dans l'Europe en lui cédant le Grand-Duché de Varsovie, c'est-à-dire la majeure partie des territoires peuplés de Polonais. Malgré le revers que constitua la guerre de Crimée (1854-1855), la Russie étendit son empire en Asie Centrale et jusqu'en Extrême-Orient, affaiblit l'ennemi héréditaire, l'Empire ottoman, auquel elle enleva les populations danubiennes en favorisant l'émancipation des peuples frères slaves, bulgares et roumains, et orthodoxes (grecs). Le XIXème siècle fut éclatant pour la culture slavophile. L'Autriche-Hongrie se posa alors en puissance rivale en direction de la Bosnie-Herzégovine. Le revers vint de l'Extrême-Orient et de la puissance japonaise. La guerre russo-japonaise con-duisit à la capitulation de Port-Arthur en janvier 1905, entraînant l'abandon de la Mandchourie et de toute velléité de protectorat sur la Corée. Pour la première fois, un peuple jaune avait eu raison de la puissance des Blancs.

Au cœur de l'Orthodoxie :

Le premier tsar de l'histoire, Ivan IV le Terrible (1533-1584) reçut le titre de 'basileus' des chrétiens orthodoxes de toutes les Russies, égalant celui qu'avait perdu le basileus de Constantinople en 1453. Mais à l'Union de Brest (1596), une fraction ukrainienne rejoignit Rome. En 1579, le titre de patriarche fut reconnu au métropolite de Moscou. Par ses réformes liturgiques, le patriarche Nikon (1605-1681) s'aliéna les vieux croyants qui formèrent le schisme dit Raskol (leur métropolite actuel, Mgr Andrian, a été intronisé à Moscou le 12 décembre 2004, en remplacement de Mgr Alimpiï, décédé le 31 décembre 2003). Au XVIIIème siècle, Pierre le Grand (1672-1725) imposa le Saint-Synode, faisant prévaloir l'autorité de l'Etat sur celle de l'Eglise et supprimant le Patriarcat (1700). La volonté de l'Etat de subordonner l'Eglise n'avait d'égal que l'habituel césaro-papisme si familier à la tradition ecclésiale orientale. Des diocèses uniates en Ukraine et en Russie blanche furent intégrés de force à l'Eglise orthodoxe (1839, 1875). Cette situation perdura pour l'Eglise russe pendant les XVIIIème et XIXème siècles, sous l'œil vigilant d'un haut Procureur au Saint-Synode, représentant des pleins pouvoirs du souverain. La révolution bolchevique de 1917 mit fin à cette pratique de l'autoritarisme tsariste. La séparation de l'Eglise et de l'Etat permit la convocation d'un grand Concile en 1917, le rétablissement du Patriarcat en 1918, l'élection de Tichon Belavin (1865-1925), mais le régime politique déclencha une violente persécution anti-religieuse qui ferma les églises, décima le clergé et considéra les traditions religieuses comme des lambeaux de superstition à détruire. L'Eglise orthodoxe russe comptait en 1917 quelque 3 métropoles (Saint-Pétersbourg, Moscou et Kiev), 14 archevêchés et 50 évêchés ou éparchies. Par suite de l'émigration, se développa une Eglise orthodoxe hors frontières, rivale de celle de Moscou. Pendant la seconde guerre mondiale, Iossif Staline (1879-1953) suspendit les persécutions et permit en 1943 la nomination d'un patriarche, Serge (1866-1944), remplacé par Alexis Ier (1877-1970). Le successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev (1894-1971), en politique étrangère favorable à une coexistence pacifique entre Etats, reprit en politique intérieure le régime de persécution anti-religieuse. Mikhaïl Gorbatchev, contraint à la perestroïka en 1985, ne put éviter la dislocation de l'U.R.S.S. Il reçut en audience le patriarche Pimen Izvekov (1911-1990), élu en 1971, et fit passer une loi autorisant la liberté de conscience et de religion (1990), affranchissant le pays des pratiques discriminatoires contre les croyants. En 1997, une loi sur la liberté de conscience et les organisations religieuses redonna priorité à l'Orthodoxie, favorisée comme religion traditionnelle. L'actuel patriarche Alexis II, élu en 1990, cherche à reconstruire l'Eglise russe, éprouvée par des décennies de clandestinité, mais il semble aussi inspiré par une conception de retour aux privilèges de son Eglise qui n'entend pas laisser grande place aux autres cultes et n'a pas renoncé pour elle aux prétentions d'une Eglise d'Etat. Dans un tel contexte, la pratique oecuménique ne peut qu'être taxée de prosélytisme sectaire anti-russe ou de faiblesse théologique sur un territoire canonique compris comme exclusivement orthodoxe. Un mouvement de communion se fait jour actuellement entre le patriarcat de Moscou et l'Eglise orthodoxe émigrée (R.O.C.O.R., Russian Orthodox Church outside Russia) dont le primat actuel est le métropolite Vitaly, résidant à New York.

D'un catholicisme étranger en Russie à une Eglise catholique russe :

Sous l'influence des Lumières, la tsarine Catherine II (1729-1796), elle-même d'origine allemande, protectrice des arts et des lettres, favorisa l'ouverture de son pays à l'Occident. Elle initia en 1789 un régime de liberté ou de tolérance pour les autres cultes, autorisant la construction à Moscou d'une église pour les étrangers (ce fut l'origine de l'église en bois Saint-Louis des Français, consacrée en 1791, reconstruite en pierre en 1835). L'intégration à l'Empire russe de catholiques polonais et de colons allemands dans le bassin de la Volga conduisit d'autre part la papauté à organiser une première juridiction ecclésiastique dans le pays avec les sièges de Mohilev, de Kamenietz, de Loutsk, de Zytomierz, de Minsk, de Podlachie, de Samogitie, de Tiraspol (Kherson, créé en 1848) et de Vilna, sans compter les sièges épiscopaux en Pologne. Concrètement seuls 6 sièges épiscopaux eurent une activité réelle de plus grande durée : Mohilev, Vilna, Samogitie (Telsch), Minsk, Lutsk et Kamenietz. Un concordat fut même signé entre Grégoire XVI et le tsar Nicolas Ier, le 3 août 1847, mais il ne fut guère observé et fut même rompu le 22 novembre 1866 ; puis, de nouveau, la Russie signa des accords sous Léon XIII le 25 décembre 1882, enfin une convention sous Pie X relative à l'enseignement dans les séminaires de la Pologne russe (22 juillet 1907). Des relations diplomatiques entre Saint-Pétersbourg et le Saint-Siège étaient régies au XIXème par un simple chargé d'affaires. Elles furent rompues en 1863, rétablies en 1878. La persécution soviétique de 1917 atteignit avec la même violence l'Eglise catholique réduite aux catacombes et à la clandestinité. Pie XI fonda à Rome le Russicum en 1929, le confiant aux Jésuites. En 1923, fut érigé le diocèse de Vladivostok. Mais Mgr Pie Neveu, administrateur apostolique à Moscou, resta le seul évêque catholique de toutes les Russies à l'époque stalinienne. En 1940, les républiques de la Baltique (Estonie, Lettonie et Lituanie) connurent le même sort d'Eglises persécutées.

La papauté ne perdit jamais l'espoir de reprendre contact avec le régime soviétique, déjà du temps de Pie XI (1857-1939), même si ce dernier condamna sévèrement le communisme athée (1937). Le temps de la guerre froide sous Pie XII (1876-1958) n'apporta pas de dégel. Jean XXIII (1881-1963) fut plus heureux en accueillant au Vatican en 1963 Alexis Adjoubei, le gendre de Nikita Khrouchtchev. L'Ostpolitik de Paul VI (1897-1978) et de son secrétaire d'Etat pour les affaires extraordinaires, Agostino Casaroli (1914-1998), n'apporta pas de changement notable. Quant à l'élection d'un pape polonais en 1978, ce ne fut pas une surprise heureuse pour les hommes du Kremlin. Gorbatchev tira la leçon de l'effondrement du communisme en Europe et franchit le pas en se rendant au Vatican le 1 er décembre 1989. Des relations diplomatiques furent établies en 1990. En avril 1991, le pape Jean Paul II réorganisa l'Eglise catholique en Russie avec un administrateur apostolique à Moscou, diocèse Mère de Dieu (Mgr Tadeusz Kondrusiewicz) et un autre à Novosibirsk, diocèse de la Transfiguration (Mgr Joseph Werth), un évêque à Saint-Clément de Saratov, ex-Tiraspol (Mgr Clemens Pickel), un évêque à Saint-Joseph d'Irkoutsk (Mgr Cyril Klimowicz). Il existe aussi un exarchat apostolique pour les catholiques de rite byzantin à Moscou. Malgré tous ses désirs, Jean Paul II ne put se rendre en visite dans le pays, l'Eglise orthodoxe opposant son veto à une telle initiative, même soutenue par le Kremlin par Eltsine ou Poutine. Mgr Jerzy Mazur a été expulsé de Russie en avril 2002 et remplacé à la tête du diocèse de Saint-Joseph (Irkoutsk) par Mgr Cyril Klimovich.

Sources documentaires :
Esprit et Vie, août 2004, n° 110, p. 44-45. . Edward G. Farrugia, Dizionario enciclopedico dell'Orient cristiano , Milan, 2000, 830 pages.

Fiche d'identité de la Russie 1810.

Population  : En 1800, l'Empire russe dénombrait 35 millions 500.000 habitants, en 1913 plus de 159 millions ; en 2006 : 142 millions 400.000.

Superficie  : La superficie actuelle de la Russie est de 17.075.400 km2 (plus grand pays du monde), soit 76% de la surface de l'ex-U.R.S.S. En 1990, elle perdit les territoires des républiques baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), de l'Ukraine, de la Biélorussie, des républiques de Moldavie, du Caucase (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan) et d'Asie centrale : Turmnénistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan.

Langue  : Le russe.

Départements  : La Russie forme une fédération, constituée de 88 variétés de sujets égaux en droits, avec 21 républiques, 48 régions, 7 territoires, 9 districts, 2 villes fédérales (Moscou et Saint-Pétersbourg), 1 oblast autonome des Juifs dit Birobidjan..

Régime politique  : Au XIXème siècle, l'empire forme une monarchie impériale autocrate. Le tsar Alexandre II apporta quelques réformes politiques et sociales. L'Orthodoxie y est religion d'Etat. La Constitution actuelle date de 1993.

Monnaie  : Le rouble.

Capitale  : Saint-Pétersbourg, ville fondée en 1703, proclamée capitale sous Pierre le Grand en 1712, puis détrônée par Moscou en 1918.

Fête nationale  : Le drapeau de la Russie est celui adopté en 1667 et repris en 1991. Fête nationale fixée au 12 décembre (en référence à l'adoption de la Constitution de 1993). L'Hymne adopté en 1991 : Ouverture de la Vie pour le tsar, opéra de Maurice Glinka, sans paroles. En 2000, a été voté par la Douma le rétablissement de l'hymne soviétique choisi par Staline en 1943 avec paroles de Sergueï Mikhalov.



(1) Dans ce jeu providentiel des situations et des personnes, comment ne pas évoquer aussi la rencontre, lors du pèlerinage national à Lourdes de 1902, entre le P. Eutrope Chardavoine (1869-1944) et Mgr Longin de [C]Zarnov[w]ietski ?

(2) Le P. Evrard Evrard (1878-1960) arriva seul à Kiev durant l'été 1907 comme vicaire et chapelain de la colonie française. Frappé d'une mesure d'expulsion en 1911, il obtint une audience in extremis de Stolypine, juste avant l'assassinat de celui-ci. Cette entrevue et ces péripéties sont décrites avec force détails dans le livre du P. Wenger, Rome et Moscou, pages 97-107. Il serait abusif de parler de communauté A.A. à propos de Kiev.

(3) La mission de Makievka ou Makievska (on trouve encore Makiéevka ou Makeevka !) en Ukraine, dans le bassin minier du Donetz, a été ouverte en 1907 par le P. Pie Neveu (1877-1946) qui y reçut en octobre 1917 le frère David Mailland (1865-1932). A partir d'avril 1926, Mailland, ordonné prêtre en novembre à 60 ans, resta seul dans cette paroisse, fondée en 1907 grâce à l'ingénieur François Paris, un fervent de l'œuvre Unioniste, jusqu'en octobre 1929.

(4)Vilna en russe, Vilnius on lituanien ou encore Wilno en polonais, construite sur un affluent du Niémen, était alors ville russe depuis l'annexion de 1795 (3ème partage de la Pologne). Elle fut le point de départ en 1905 de la mission en Orient du P. Gervais Quenard qui quitta les lieux en 1908 malgré lui, pour rejoindre le collège Saint-Augustin de Plovdiv. Ainsi se termina ce que le P. Gervais appela un jour 'l'insuccès de Vilna'.

(5) La mission de Saint-Pétersbourg, alors capitale de l'empire russe, a été ouverte en 1903. Grâce à la succession des PP. Baurain, Evrard, Jean Bois, Pie Neveu et Joannès Thibaut (1872-1938), elle put se maintenir jusqu'à la déclaration de la première guerre mondiale en 1914.

(6)Odessa se trouve en Ukraine sur la Mer Noire. La mission fut ouverte en octobre 1905 par le P. Auguste Maniglier (1874-1958) qui y fit construire en 1913 l'église Saint-Pierre Saint-Paul. Rappelé en France par le P. Bailly en 1910, il regagna son poste et put s'y maintenir jusqu'en février 1920. En décembre 1943, le P. Judicaël Nicolas (1901-1984) s'y rendit pour s'occuper de la population catholique de la ville alors occupée par les forces armées allemandes et roumaines de Transnitrie. Odessa fut reprise par les troupes soviétiques de Malinoski en avril 1944. Le P. Nicolas et le jésuite Leoni furent arrêtés le 18 avril 1945 et de là furent transférés dans des goulags. Le P. Nicolas ne put regagner la France, après ses Onze ans au Paradis, qu'en juin 1954.

(7) C'est dans ces circonstances qu'est inaugurée une présence de longue durée de l'Assomption dans la capitale russe, Moscou, choisie par le pouvoir soviétique en mars 1918, de préférence à Petrograd ou Saint-Pétersbourg. Mgr Pie Neveu, deuxième évêque assomptionniste (après Mgr Petit), y exerça, jusqu'en 1936, son difficile ministère au milieu de très grandes difficultés et sous la surveillance continuelle du régime qui guetta le moindre faux pas. Mgr Pie Neveu fut soutenu par la protection de l'Ambassade de France.

(8) Suite aux accords Roosevelt-Litvinov signés le 1er mars 1934, établissant des relations diplomatiques entre les U.S.A. et l'U.R.S.S., le P. Marie-Léopold Braun (1903-1964), assomptionniste américain, fut désigné comme le premier aumônier près de l'ambassade des U.S.A. à Moscou et, après le départ de Mgr Pie Neveu en 1936, le curé de Saint-Louis des Français avec le titre d'Administrateur apostolique de Moscou et juridiction très spéciale sur tout le territoire de l'U.R.S.S. de cette époque, ceci demeurant valable jusqu'à l'arrivée de Mgr Tadeusz Kondrusiewicz en 1998. En 1964, la Lettonie fut détachée de cette responsabilité avec la nomination de Mgr Julians Vaivods comme Administrateur apostolique de Riga. L'aumônier assomptionniste à Moscou desservit en fait toute la communauté catholique étrangère de Moscou. Voici la liste des aumôniers assomptionnistes desservants : P. Marie-Léopold Braun, de 1934 à 1945 ; P. Antonio Laberge, de 1945 à 1949 ; P. Louis-Robert Brassard, de 1950 à 1953 ; P. Georges Bissonnette, de 1953 à 1955 ; P. Louis Dion, de 1959 à 1961 et de 1968 à 1971 ; P. Joseph Richard, de 1961 à 1965 et de 1971 à 1976 ; P. Eugène Laplante, de 1965 à 1968 et de 1979 à 1983 ; P. Philip Bonvouloir, de 1976 à 1979 ; P. Robert Fortin, de 1983 à 1986 ; P. Norman Meiklejohn, de 1986 à 1999. En mai 1947, la charge de curé de Saint-Louis des Français revint à un assomptionniste français, le P. Jean de Matha Thomas, jusqu'en 1949, année où l'église fut expropriée et le P. Thomas expulsé d'U.R.S.S. le 1er septembre 1950. Pour les deux autres fonctions, il y eut une première interruption entre janvier 1949 (départ du P. Laberge) et janvier 1950, une seconde de presque quatre ans entre l'expulsion du P. Georges Bissonnette (mars 1955) et l'arrivée du P. Louis Dion en janvier 1959.

(9) Ces orgues ont toute une histoire assomptionniste. Elles furent achetées après 1892 par les Mères Franck pour la résidence d'œuvre assomptionniste de Bordeaux-Alhambra, puis transférées à l'église Saint Venance de Rome, lors de l'expulsion des Assomptionnistes du sol français en 1901. De là, elles repassèrent en France pour le service successif des communautés de Saint-Maur et de Pont-l'Abbé d'Arnoult, puis de là à Moscou.

(10) Après plusieurs logements provisoires du P. Bernard Le Léannec à partir de 1989, la communauté assomptionniste de Moscou a trouvé sa résidence, à quelques pas des sinistres locaux de l'ancienne Lubianka et de l'église Saint-Louis des Français (12 a, rue de la petite Lubianka : n° 12, Malaya Lubyanka Street, 101000 Moscou : Milioutsinki Péréoulok 19/19/4, appartement 15). La communauté dispose aussi d'une datcha pour recevoir des groupes de jeunes et prendre des temps de repos à Kratovo (Marie Mère de la Réconciliation, 22 Oulitsa Mitchourina).

(11) P. Edouard Chatov, ordonné en l'église Saint-Louis des Français de Moscou, le 8 novembre 2003, l'année même du centenaire de l'Assomption en Russie. A.T.L.P., décembre 2003, n° 190, p. 4-5. Portrait du Père Chatov dans L'Assomption et ses Œuvres, 2001, n° 684, pages 12-14.

(12) Frère Venceslas Gorokhov, profès le 16 septembre 2000 (portrait dans L'Assomption et ses Œuvres, 2001, n° 687, pages 26-27) et le Frère Nicodème Vladimir Frolov, le 22 septembre 2001, tous les deux profès à Juvisy-sur-Orge (France).

 

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