Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Fondation de l'Assomption aux Pays-Bas, 1900.La toute première pénétration de l'Assomption aux Pays-Bas(1) se fit en 1900 à Gemert(2). Les novices de Livry, contraints à l'exil du fait des lois françaises, quittèrent les lieux le jeudi 26 avril 1900. Après une halte fraternelle à Paris, rue François Ier dont la communauté se préparait au même exercice, ce fut le départ, vendredi 27 avril, en direction des Pays-Bas atteints le samedi 28. Les novices, transis de froid et noircis de suie de charbon, atteignirent cette résidence d'emprunt, en Campine, qui appartenait aux Jésuites, dans le diocèse de Bois-le-Duc ('s Hertogenbosch). C'était un château avec pont-levis, une ceinture de fossés et un donjon, genre Kasteel voilé par une double haie de sapins, ancienne commanderie des Templiers. Mais ce ne fut là qu'une étape provisoire, le noviciat assomptionniste ayant trouvé un home adéquat dans un ancien couvent de Louvain quelques mois plus tard.
Ce sont les aléas de la première guerre mondiale qui décidèrent l'Assomption à planter sa tente aux Pays-Bas. Des élèves néerlandais inscrits à l'alumnat de Zepperen(3) en Belgique ne pouvaient regagner leur établissement. Avec le P. Louis Verhaegen (1882-1939), ils se fixèrent à Boxtel(4) en 1914, dans un ancien château, conformément à une tradition qui commençait à avoir la vie dure à l'Assomption. En 1923, à côté du castel, fut construite une grande école apostolique, Sainte-Thérèse, qui fut le berceau de formation de l'Assomption néerlandaise(5). Dans les années 1960, du fait de la crise des vocations, l'école se transforma en collège qui devait fusionner avec celui de la cité. Le bâtiment servit encore quelques années d'internat, pour être fermé en 1975 et vendu pour être réhabilité en logements. En 1940, à cause cette fois de la seconde guerre mondiale, les religieux étudiants ne passèrent plus la frontière belge. Un scolasticat fut installé à Bergeijk(6), ancien couvent des Ursulines. En 1946, les Pays-Bas furent érigés en province autonome distincte de la Belgique(7). Du fait de la croissance de ses effectifs, elle s'était lancée généreusement dans l'aventure missionnaire sur plusieurs fronts : le Congo, le Brésil, le Liban, la Nouvelle-Zélande et Jérusalem. Des religieux néerlandais furent les bienvenus pour la pastorale paroissiale en France et en Allemagne ; d'autres trouvèrent des aumôneries et des paroisses aux Pays-Bas mêmes(8). Une équipe se voua à l'œcuménisme et fonda à Nimègue l'Institut d'études byzantines. Depuis 1998, la Province a organisé des réunions d'anciens assomptionnistes et de laïcs pour diffuser l'esprit de l'Assomption. En 2005, les Provinces de Belgique-Nord, de Belgique-Sud et des Pays-Bas se sont réunies en une seule Province d'Europe du Nord(9).
Les Oblates de l'Assomption sont présentes également aux Pays-Bas, depuis 1903.
Source documentaire :
L'Assomption et ses Œuvres, octobre-décembre 2004, n° 699, p. 24-26. Polyeucte Guissard, Histoire des alumnats, Bonne Presse, 1954, p. 320-336. Bulletin provincial De Schakel. P. Arnould Bressers, La 'mission' des Assomptionnistes néerlandais en France, dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 377-381 ; P. Eugène de Zwart, Les Assomptionnistes de la province néerlandaise en Allemagne, o.c., p. 383-389 ; P. Emmanuel Van Der Stappen, L'Aventure vécue et racontée par un Hollandais, o.c., p. 447-463.
Dans le concert des nations européennes :
L'origine politique des Pays-Bas remonte aux dix-sept provinces de l'héritage bourguignon de Charles-Quint (1500-1558). La politique catholique de son fils Philippe II (1527-1598) et du Duc d'Albe (1507-1582) provoqua la rébellion en 1568 des Provinces-Unies dont la partie protestante forma l'Union d'Utrecht (Zélande, Hollande, Gueldre, Utrecht, Frise, Overijssel et Groningue) et obtint l'indépendance en 1648 au traité de Münster, au terme de la guerre de Trente ans, appelée aux Pays-Bas la guerre de Quatre-Vingts ans (1568-1648). Les Provinces-Unies obtenaient les pays de la généralité (Brabant septentrional) et le territoire de Maastricht. Puissance maritime et commerciale ; le pays, ouvert aux réfugiés politiques et religieux, fut un grand foyer culturel au XVIIème siècle, mais se heurta à l'hégémonie anglaise (1652-1654 et 1665-1667). Les Orangistes prirent le pouvoir en 1672 et formèrent l'âme des coalitions contre Louis XIV (1648-1715) et la prépondérance française. La guerre contre l'Angleterre (1780-1784) fut désastreuse, suivie de l'invasion des armées révolutionnaires françaises en 1795 qui transformèrent le pays en une république satellite. Les Anglais firent main basse sur les colonies néerlandaises (Le Cap, Ceylan, Surinam). En 1806, la République batave fit place au Royaume de Hollande créé au profit de Louis Bonaparte (1778-1846). Le Royaume fut annexé à l'Empire français en 1810 et transformé en 8 départements. Le Congrès de Vienne reconstitua en 1815 le Royaume de Hollande, en lui adjoignant les anciens Pays-Bas autrichiens (Belgique) et le Luxembourg. La révolution de 1830 mit fin à l'union, le traité de Londres de 1831 accordant l'indépendance à la Belgique, situation définitivement avalisée en 1839.
Sur le plan religieux, les Provinces-Unies s'étaient soudées au XVIème siècle dans une même ferveur calviniste ; mais de tradition tolérante au XVIIème siècle, elles surent reconnaître progressivement leur place aux néerlandais catholiques grâce à une réelle liberté de culte. Un concordat fut signé entre Léon XII et le roi Guillaume Ier des Pays-Bas, le 18 juin 1827. Pie IX rétablit en mars 1853 la hiérarchie catholique aux Pays-Bas : Utrecht, Roermond, 's-Hertogenbosch, Breda et Haarlem. De nos jours, les Pays-Bas comptent un archevêché (Utrecht), six évêchés (les mêmes, plus Groningen, érigé en 1955, et Rotterdam, érigé en 1955) et un ordinariat militaire. Le pape Jean Paul II s'est rendu aux Pays-Bas en mai 1985. Sous Grégoire XVI a été établie une inter-nonciature, restaurée en 1915, élevée de nos jours au rang de nonciature.
Fiche d'identité des Pays-Bas 1810.Population : 'Pays-Bas' vient de la traduction de 'Nederland' : « basse terre ». En 1830, il y avait 2.610.000 habitants. En 2005, 16 millions 334.000 habitants (taux de forte densité). Superficie : Le pays compte aujourd'hui 41.526 km2 en raison des polders récupérés sur la mer Langue : Le néerlandais,langue écrite et parlée depuis le XVIème siècle. Départements : Le pays est divisé en 12 régions ou Etats provinciaux. En 1810, il y avait 8 départements : Bouches-de-l'Escaut, Bouches-de-la-Meuse, Bouches-du-Rhin, Zuydersee, Yssel-Supérieur, Bouches-de-l'Yssel, Frise et Ems-Occidental. Régime politique : Démocratie parlementaire et monarchie constitutionnelle. Constitution : Constitution du 29 mars 1814, révisée en 1848 et en 1983. Monnaie : Le florin, remplacé au 1 er janvier 2002 par l'euro. Capitale : La Haye, siège du gouvernement. Villes importantes : Amsterdam, Rotterdam, Utrecht, Enschede, Hengelo, Eindhoven, Tilburg, Groningue, Nimègue, Haarlem. Fête nationale : Le 30 avril (en référence au jour d'installation de Béatrix Ire en 1980, reine du pays, par succession de sa mère Juliana qui a abdiqué en faveur de sa fille). Drapeau adopté en 1937. Hymne : Wilhelmus, en référence à Guillaume de Nassau (1533-1584), selon des paroles composées par Marnix de Saint-Aldegonde (1568) et une musique française du XVIème siècle. |
(1) En français courant, on a pris l'habitude depuis longtemps de nommer les Pays-Bas par sa principale province, la Hollande ( de Hol-land, pays creux ou Holt-land, pays du bois). Cette désignation classique n'est cependant pas exacte ou plutôt elle demeure incorrecte et impropre, la Hollande ne recouvrant qu'une partie territoriale de l'ensemble, même si cette province a joué un rôle politique et économique déterminant dans l'histoire du pays. Pour notre part, nous préférons user du nom propre Pays-Bas qui est la transcription française de Nederland (basse terre)
(2)L'Assomption. Echos du noviciat des Augustins de l'Assomption, juillet 1900, n° 43, pages 92-94 (description).
(3) Sur l 'alumnat Saint-Louis de Zepperen, lire les pages que le P. Polyeucte Guissard lui a consacrées dans son Histoire des alumnats, pages 233-245.
(4) Les débuts de Boxtel comme alumnat sont également détaillés dans la même Histoire des alumnats, pages 321-336. Durant la seconde guerre mondiale, on dut réunir à Boxtel alumnat et noviciat, ce dernier dans la partie du vieux château, Stapelen. En raison du nombre et de l'afflux de pensionnaires d'occupation, on dut loger aussi en ville. Au moment de la libération du pays, on dut se réfugier dans les caves à cause des bombardements.
(5) Voici la liste des Supérieurs Provinciaux des Pays-Bas de 1946 à 2005 : P. Wiro Van Den Dungen (1898-1977) de 1946 à 1955 ; P. Marius Van Den Boogaard, de 1955 à 1967 ; P. Edward Van Montfoort (1922-1997), de 1967 à 1979 ; P. Jan Van Der Meer (1930-1995), de 1979 à 1991 ; P. Mart Lemmens, de 1991 à 2005.
(6) Bergeijk fut dès le départ, en 1939, maison d'études-scolasticat pour les religieux A.A. néerlandais. Le couvent devint maison de repli général après avoir été désaffecté au temps de l'exode de l'été 1940, les relations étant coupées avec les maisons de Taintignies et de Saint-Gérard, lieux de formation jusque-là communs de la Province de Belgique-Hollande. Durant la guerre, on y cultiva aussi bien les livres que les terres pour survivre! Pleine comme un œuf, la maison fut contrainte à essaimer en 1943 pour déverser le trop plein de ses étudiants de philosophie dans une nouvelle résidence à De Lutte et d'autres encore universitaires, à Nimègue. Là encore il fallut se serrer parce que les occupants réquisitionnèrent des places. Redevenu maison d'études spécifique pour les religieux néerlandais à la fin de la guerre, le couvent de Bergeijk fut vendu en 1969, les frères devenus moins nombreux allant suivre leurs cours au Consortium des Religieux à Eindhoven à partir de 1967. Le noviciat néerlandais fut établi d'abord provisoirement à Moergestel (à 20 km de Boxtel) en 1942, dans une maison à deux étages. La fin de la guerre y fut pénible à cause des affrontements : le noviciat se réfugia dans l'étable d'une ferme. En 1946, le noviciat s'établit à Halsteren (Stella Maris) dans le diocèse de Bréda (autorisation d'ouverture : B.O.A., décembre 1946, n° 1, p. 19 ; décision de fermeture : B.O.A., décembre 1955, n° 6, vol. II, page 125) et il fut transféré en 1955 à Steenbergen, dans le même diocèse (autorisation d'ouverture : B.O.A., décembre 1955, n° 6, vol. II, page 125) jusqu'à sa fermeture en 1967 (B.O.A., janvier 1967, n° 5, vol. IV, page 153-154). Leuven, scolasticat, en Belgique-Nord, regroupa alors les novices des deux provinces.
(7) En 1923, avait été créé dans le sillage des trois provinces françaises, la province de Belgique-Hollande ou belgo-batave selon l'expression du temps. En juillet 1946, fut érigée la Province autonome de Hollande (B.O.A, décembre 1946, n° 1, p. 8). Elle comptait à cette date six communautés sur le seul territoire néerlandais : BoxtelStapelen (maison provinciale), Boxtel procure, Boxtel alumnat (école apostolique Sainte Thérèse), scolasticat de Bergeijk,Nimègue (résidence universitaire), Halsteren noviciat, mais également des religieux au Brésil en cinq communautés : Sao Paulo, Bom Parto (fondation en 1947 ; fermeture en 1993) ; Alem Paraiba (fondation en 1936-1937) ; Rio-Preto (petit séminaire accepté en 1945-1946), Itaquera (fondation en 1947) et Fernandopolis (fondation en 1948). A partir de 1947 ou 1948, une première communauté paroissiale néerlandaise était ouverte en France, à Saint-Hilaire-en Woëvre (Meuse), suivie d'une seconde à Thonnance-lès-Joinville (Haute-Marne) en 1949. En novembre 1949, était encore acceptée au Brésil par la province de Hollande la prise en charge d'un collège à Mar de Espanha (collège laissé dès 1952). La vitalité de la Province de Hollande était telle qu'en 1950 une communauté paroissiale voyait le jour à Herkenbosch (diocèse de Roermond), qu'elle acceptait de prendre en charge la même année le séminaire de Charfé au Liban, qu'en novembre 1951 s'ouvrait au Brésil une nouvelle communauté (Jalès et Estrela do Oeste) et qu'était acceptée en 1952 une mission en Nouvelle-Zélande.
(8) Il y eut dans la Province des Pays-Bas diverses formes d'aumônerie : aumônerie scolaire, aumônerie d'hôpital, aumônerie militaire ou encore aumônerie du travail (Bréda, Tilburg, Vlissingen). Pour les lieux de vie communautaires paroissiaux, nous relevons la paroisse Notre-Dame de l'Assomption de Nimègue (1956), s'Hertogenbosch, celle de Saint-Joseph Artisan de Herkenbosch (1959), Vught (fermeture en 1993). On y pratiqua également, sous une forme particulière de 'communautés régionales', le regroupement de religieux isolés (Volendam, De Kempen, Limburg, Zuidwesthoek).
(9)Documents Assomption 2005, n° 30, page 106.