Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Fondation de l'Assomption au Mexique, 1948.En recevant la charge de chapelain à Saint-Joseph à Mexico, le 23 février 1947, chapelle située dans le quartier de San José Insurgentes, le P. Cassien Dubost (1891-1954), religieux d'origine française, de la Province d'Amérique du Nord trouvait en quelque sorte le passeport de fondation de l'Assomption au Mexique(1). Energique et dynamique il ne tarda pas à remplacer la modeste chapelle par un grand sanctuaire digne de la capitale-mégapole, dédié à Notre-Dame de la Guadalupe, 'Reine du Mexique et Impératrice de l'Amérique'. Sa mort prématurée l'empêcha de voir l'œuvre terminée mais durablement établie.
Le besoin se fit sentir, pour fonder une Assomption qui fût vraiment mexicaine, d'ouvrir une communauté de formation indépendante de l'activité paroissiale(2) : ce fut l'origine de la Casa Manuel, ouverte à la fin des années 1980(3), dans un quartier périphérique de Mexico,Colonia Ejidos de San Pedro Martir, avec ouverture aux dimensions plus sociale et plus missionnaire de l'apostolat en quartier populaire. Le P. Francisco Dominguez Almarez (1927-1997) y consacra tous ses soins. Une troisième communauté, Casa Dufault(4), vit le ,jour mais temporairement, car elle dut être fermée en 1997 par manque de personnel. Le Mexique forme aujourd'hui une région à l'intérieur de la Province d'Amérique du Nord. La politique vocationnelle y est très active, grâce en particulier à l'aide de laïcs très dévoués à la cause de l'Assomption.
Les Religieuses de l'Assomption sont présentes au Mexique depuis 1954.
Sources documentaire :
Bulletin paroissial Entre Rios. Bulletins de la Province d'Amérique du Nord : Assumption South of the Border, A.N.A. Bulletins Las Mulas, La Asuncion en Mexico. Henry Moquin et Richard Richards, Assumptionists in the United States , Worcester, 1994.
A l'heure de l'indépendance :
Le Mexique formait au début du XIXème siècle la plus riche des vice-royautés espagnoles, fournissant plus des deux tiers des revenus tirés de l'Amérique. A l'annonce de l'intervention française à Madrid (1808), le vice-roi fut renversé par le clan absolutiste qui redoutait l'installation d'une junte et d'une assemblée élue. Le 16 septembre 1810, deux ans jour pour jour après l'éviction du vice-roi, les Indiens et les métis de la région de Queretaro, le curé Miguel Hidalgo Y Costilla (1753-1811) à leur tête, se révoltèrent. Après une victoire à Monte de las Cruces (30 octobre 1810), ils furent anéantis près de Guadalajara (17 janvier 1811). Mais un autre prêtre, José Maria Morelos Y Pavon (1765-1815), souleva les paysans au nord de Mexico et résista jusqu'en 1815. Au retour de Ferdinand VII (1784-1833), en 1814, les réformes et les institutions représentatives des Cortes de Cadix furent abolies, créant un profond mécontentement dans l'élite créole qui ne tarda pas à s'insurger à son tour. Grâce au général Agustin de Iturbide (1783-1824), l'indépendance du Mexique fut proclamée le 24 février 1821. Mais le général se fit proclamer Empereur en mai 1822, ce qui provoqua le soulèvement en 1823 du militaire Antonio Lopez de Santa Ana (1794-1876) qui proclama la République le 16 décembre 1823, régie par une Constitution fédérative. Le Mexique entra dans une longue instabilité politique, ce qui lui valut 52 présidents ou dictateurs en une cinquantaine d'années. La politique centralisatrice et impopulaire de Santa Ana provoqua la sécession du Texas en 1836, suivie d'une guerre désastreuse avec les Etats-Unis, de 1846 à 1848. Au traité de Guadalupe Hidalgo de février 1848, le Mexique abandonna à son voisin du Nord, outre le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie. Les libéraux, dirigés par Benito Juarez (1806-1872), éliminèrent Santa Ana en 1855 et engagèrent une lutte violente contre l'Eglise dont les biens furent confisqués. Napoléon III (1808-1873), exigeant des conservateurs créoles l'acquittement de leurs dettes, engagea une malheureuse expédition au Mexique entre 1862 et 1867. L'archiduc Maximilien de Habsbourg (1832-1867), désigné comme Empereur en 1864, fut arrêté et fusillé en juin 1867. Juarez poursuivit une politique de laïcisation et de développement économique.
Le chemin d'épreuve de l'Eglise catholique mexicaine :
Au sortir de l'ère coloniale, l'Eglise mexicaine, comprise dans le cadre du Royaume de la Nouvelle-Espagne fondé en 1535, bénéficiait de quelques structures ecclésiastiques déjà anciennes : l'évêché de Puebla érigé en 1525, l'évêché de Comayagua (Tegucigalpa) érigé en 1539, l'évêché de Mexico érigé en 1530 et déjà promu en archevêché en 1546, l'évêché de Guatemala érigé en 1534, l'évêché de Oaxaca-Antequara fondé en 1535, l'évêché de Michoacan (Morelia) fondé en 1536, l'évêché de Chiapas (San Cristobal de Las Casas) érigé en 1539, l'évêché de Guadalajara érigé en 1548, l'évêché de Yucatan érigé en 1561, l'évêché de Durango érigé en 1620, l'évêché de Monterrey érigé en 1777 (alors Linares ou Nuevo Léon) et l'évêché de Sonora (Hermosillo) fondé en 1779. Le XIXème siècle ajusta progressivement ces réalités : en 1907, le Mexique dans ses frontières de l'époque, comptait 8 provinces (Mexico, Guadalajara, Michoacan, Antequera, Linares, Durango, Yucatan et Puebla), subdivisées en 31 archevêchés et évêchés. A l'heure actuelle, par comparaison, le Mexique est organisé en 14 métropoles, 69 évêchés, 2 éparchies et 3 prélatures.
Les plus grandes difficultés furent créées à l'Eglise du Mexique par un régime de laïcisation étatique, d'inspiration libérale et anticléricale, qui sécularisa les biens d'Eglise, la dépouilla de ses privilèges antérieurs, lui imposa un statut de droit privé : mariage civil (1859), divorce (1874), limitation des congrégations religieuses et interdiction des ordres monastiques (1857), caractère public et non confessionnel des cimetières, des institutions sociales et des écoles, interdiction pour le clergé de porter l'habit religieux, de voter et d'être élu dans les assemblées politiques du pays. Le clergé devait être mexicain de naissance. En 1847, le Mexique disposait d'une délégation apostolique et plus tard, sous l'empereur Maximilien, d'une nonciature. Avec la fin de ce régime, la représentation diplomatique fut réduite à un simple visiteur apostolique et toute relation rompue en 1896. La Constitution de 1917 limita encore les prérogatives de l'Eglise à cause de son soutien politique à la dictature de Porfirio Diaz (1830-1915), l'exercice du culte limité strictement à l'intérieur des églises. Le parti unique, le P.R.I., officiellement fondé en 1929, mena une lutte persécutrice contre l'Eglise laquelle ordonna dès 1926 la suspension de tous les services religieux pendant trois ans. Peu à peu les lois antireligieuses, sans être officiellement abrogées, tombèrent en désuétude. Le port de la soutane dans la rue est autorisé, le clergé retrouve ses droits de citoyen.
Le pape Jean Paul II fut le premier pape à pouvoir se rendre en visite apostolique au Mexique, à cinq reprises : en janvier 1979, en mai 1990, en août 1993, en janvier 1999, en juillet-août 2002. Il a béatifié de nombreux martyrs mexicains et canonisé, le 31 juillet 2002, Juan Diego Cuauhtlatoatzin, le privilégié de l'apparition de décembre 1531 au mont Tepeyac. En septembre 1992, des relations diplomatiques, érigées en 1895, ont été rétablies entre le Mexique et le Saint-Siège, au rang respectif d'ambassade et de nonciature, suite à la loi de juillet 1991 régissant les nouveaux rapports entre l'Eglise et l'Etat. La conférence épiscopale du pays (C.E.M.) a félicité le président élu en juillet 2006 et avalisé en septembre, Felipe Calderon, du parti P.A.N., victorieux de justesse contre son compétiteur, Manuel Lopez Obrador (P.R.D.).
Fiche d'identité au Mexique 1810.Population : La population de l'île était estimée entre 10 à 25 millions en l'an 1500 et réduite à seulement 1,5 ou 2, 5 millions en 1540 ! En 1804, le pays comptait 5.840.000 habitants. Il dépasse de nos jours (2002) les 103 millions. Superficie : 1.964.375 km2. Les Etats-Unis du Mexique ont cédé 40% de leur territoire aux U.S.A. au XIXème siècle. Langues : L'espagnol. Il existe de nombreuses langues indigènes (au moins 92). Départements : Le pays est organisé en 31 états et 1 district fédéral (Mexico City). Régime politique : Le Mexique est une République fédérale. Constitution : Constitution établie en 1814, révisée en 1823 avec établissement de la République. Celle de 1917 a été révisée en 1929, en 1953 et modifiée en 1991. Monnaie : Le peso mexicain. Capitale : Mexico, traduction du nom otomi 'au centre de la lune', ville édifiée en 1325 sur une île, tracée en damier en 1528 par Alonso Garcia Bravo. Fête nationale : Le 16 septembre (en souvenir de 1810). Drapeau adopté en 1821, redessiné en 1968 avec adoption de l'aigle, symbole aztèque. Hymne national : Mexicanos, al grito de guerra. |
(1) On ne trouve que cette mention, comme acte de naissance de la communauté, dans le Bulletin Officiel de l'Assomption, décembre 1947, n° 3, page 84 : « En novembre 1947, le P. Wilfrid Dufault, Supérieur provincial d'Amérique du Nord, s'absente un mois pour faire la visite de la fondation du Mexique, encore en période d'organisation ». Le premier Supérieur de la mission fut son fondateur, le P. Cassien Dubost (1891-1954). Il fut relevé en mars 1951 par le P. Jean Paul Trottier (1913-2004).
(2) Une première communauté fut ouverte pour les jeunes en formation en 1975, jusque-là hébergés au presbytère de la paroisse. Elle trouva un logement au 10ème étage d'un modeste building, type H.L.M. (Unidad Torres de Mixcoac). Mais l'essai, tenté avec le P. Jean Paul Trottier et deux religieux profès, Francisco Chavez et Jorge Palencia, ne fut pas concluant. ART Informations, novembre 1975, n° 59, p. 3.
(3) « Le Provincial d'Amérique du Nord a autorisé l'achat d'une propriété pour la seconde communauté de Mexico, dans la paroisse de San Pedro Martir. Cette seconde communauté s'appellera Casa Manuel. Sa mission est d'être une maison de formation et un centre d'éveil des vocations. Elle est située dans une banlieue ouvrière de Mexico » : ART Informations, décembre 1987, n° 118, p. 8.
(4) Cette communauté fut ouverte vers 1995 ou 1996, à destination des religieux profès après le temps de noviciat, sous la responsabilité du P. Miguel Diaz-Ayllon.