Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

MADAGASCAR

Fondation de l'Assomption à Madagascar, 1953.

Le 25 octobre 1953 marque le point de départ de la mission de Tuléar à Madagascar(1), ville aujourd'hui transcrite en malgache Toliara, à l'initiative de l'ex-Province de Paris. Sur place, tout était à faire, à construire et à organiser. Nous étions encore à l'époque où l'île de Madagascar était une colonie française depuis 1896. En novembre 1957, le P. Michel Canonne (1911-1991) fut nommé administrateur de cette région malgache(2), préludant ainsi à la naissance du diocèse. Ce fut le 29 avril 1959 qu'il en est désigné comme premier évêque(3), à la tête d'un diocèse qui compte la succession suivante : Mgr Michel Canonne (1959-1974), Mgr René Rakotondrabé (1974-1989) coadjuteur nommé en 1972 à Toliara, transféré à l'archevêché de Toamasina en 1989, Mgr Fulgence Rabeony, nommé évêque de Toliara en 1990, promu archevêque en 2003. Ecoles, dispensaires, églises, dessertes en brousse, formation des catéchistes, œuvres sociales, tout était à faire dans cette zone quasi désertique de la Grande-Ile Rouge de l'Océan Indien. Une Procure(4) mise en place par des religieux de la Province de Paris (PP. Louis et Emmanuel Vivien à Clairmarais(5), P. Romain Ponsard et P. Noël Gourmelon aux Essarts(6)), aujourd'hui réunifiée avec celle de Paris, a permis, grâce à la générosité de nombreux bienfaiteurs, de collecter des ressources et de subventionner les entreprises pastorales des missionnaires européens.

Leur relève par des vocations autochtones s'effectue peu à peu ; quelques essais ont déjà été tentés dans les années 1960, mais tous restés infructueux ; la formation des candidats à la vie religieuse est repensée pour organisée sur place dans les années 1980 et non plus en France comme auparavant : noviciat à Toliara(7), scolasticat à Fianarantsoa(8), maison d'études à Antananarivo(9), mais également à Nairobi. En avril 1998, la région de Toliara accéda au statut de Vice-Province(10). Le P. Jean-Claude de Rosny en accepta, le premier, la charge (1998-2001), relevé par le P. Daniel Carton, nommé en 2001 et renouvelé en 2004. Deux autres familles religieuses de l'Assomption sont venues participer au travail apostolique, aux côtés d'autres Instituts déjà présents (Sœurs de Saint-Paul de Chartres, Sœurs de la Providence de Rouen et Soeurs de Sainte-Thérèse d'Avesnes) : les Orantes en 1992 et les Petites Sœurs de l'Assomption en 1995.

Sources documentaires :
P. Jean Potin, La fondation de la mission assomptionniste de Tuléar – Madagascar (1953-1968), dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 543-560 (collection « Recherches Assomption » n° 1.
Bulletins : Nouvelles de Tuléar (bulletin de la Mission assomptionniste de Madagascar), Paris-Assomption, A Travers la Province (France), L'Assomption et ses Œuvres,Vaovao Madagasikara.
Claude Prudhomme, Le temps de la mission en Afrique et à Madagascar, dans Deux siècles d'Assomption. Le regard des historiens, Paris 2000-2001, collection « Rencontres assomptionnistes », U.E.A. n° 7, p. 145-163. P. Maurice Laurent, Ephémérides Assomption Madagascar 1953-2003, Fianarantsoa, 2003, 124 pages.

Madagascar, année 1810.

Du royaume mérina à la colonisation française et à l'indépendance :

Dès la période pré-coloniale, Madagascar, île découverte par le portugais Diego Dias en 1500, connut des visites de missionnaires chrétiens au XVIIème siècle. En 1643, les Français fondèrent Fort-Dauphin. Ils prirent possession des îles voisines, la Réunion, Maurice et Sainte-Marie. Les Anglais s'installèrent à leur place à partir de 1811. Radama Ier (1810-1828), chef du royaume Mérina, se rendit maître de la plus grande partie de l'île avec l'aide du gouverneur britannique de l'île Maurice, Sir Robert Farquhar. Des missionnaires anglicans s'attachèrent à développer leur culte. Ranavalona Ière prit le pouvoir après la mort de son mari et régna de 1828 à 1861. Elle déclara le christianisme illégal en 1835. Sous Rasoherina, la politique malgache pencha en faveur de l'Angleterre et le presbytérianisme fut même déclaré religion d'Etat en 1869. En 1889, la France voulut faire connaître son protectorat sur la côte sakalave, bombarda et occupa en 1883 Tananarive, la capitale. Par le traité de 1885, elle annexa Diégo-Suarez, puis entreprit l'occupation de toute l'île en déposant la reine Ranavalona III (1862-1917) et en établissant son protectorat en 1895 sous le commandement de Joseph Simon Gallieni (1849-1916). En 1941, le IIIème Reich songea à faire de l'île qui s'était déclarée fidèle au Maréchal Philippe Pétain (1856-1951), un lieu de déportation de tous les juifs d'Europe. En 1942, l'île occupée par les Anglais fut remise aux forces gaullistes. La IVème République réprima férocement une vague de rébellion en 1947. Le 14 octobre 1958, fut proclamée la République malgache, pleinement indépendante le 26 juin 1960 avec l'élection de Philibert Tsiranana (1912-1978). Ecarté du pouvoir en octobre 1972, il céda la place au général Gabriel Ramanantsoa (1906-1979), puis à une figure éphémère Albert Zafy, enfin à un politique d'inspiration marxiste Didier Ratsiraka qui garda le pouvoir durant près de vingt ans (1975-2001). Le vainqueur de l'élection de décembre 2001, Marc Ravalomana, protestant calviniste et candidat soutenu par les Eglises, n'a pas tenu toutes les promesses faites, malgré un plan de réformes courageux. L'Eglise catholique malgache, devenue prudente et plus critique, dénonce ce qu'elle appelle au niveau politique des tentations d'instrumentalisation de la religion ou de stratégie de vulgarisation. Le pays reste plongé dans la misère.

Une Eglise, devenue malgache :

Sur le plan de la hiérarchie catholique, Madagascar compte de nos jours 4 sièges métropolitains et 16 évêchés :

ANTANANARIVO (Tananarive )  : préfecture apostolique en 1643, vicariat apostolique en 1913, métropole en 1955.

ANTSIRANANA (Diego Suarez)  : préfecture apostolique en 1896, vicariat en 1913, évêché en 1955, métropole en 1989.

FIANARANTSOA  : vicariat apostolique en 1913, évêché en 1955, métropole en 1995.

TOLIARA (Tuléar)  : administration apostolique en 1957, diocèse en 1989, métropole en 2003.

Le pape Jean Paul II s'est rendu à Madagascar en avril-mai 1989. Il y a béatifié la première sainte malgache de l'île, Victoire Rasoamanarivo (1848-1894). En 1961 on a fêté sur place le centenaire de l'introduction officielle du catholicisme à Madagascar (24 septembre 1861), en présence du cardinal Laurean Rugambwa (1912-1997), premier cardinal africain (tanzanien) de l'histoire. C'est en 1967 que furent établies les relations diplomatiques avec le Saint-Siège, Jules Ravony étant le premier ambassadeur accrédité. Enfin, c'est le pape Paul VI qui créa au Consistoire de mai 1976 le premier cardinal malgache de l'histoire : Mgr Victor Razafimahatratra , archevêque d'Antananarivo (1921-1993).

Source documentaire :
Esprit et Vie, avril 2004, n° 103, p. 43-44.

Fiche d'identité de Madagascar 1810.

Population  : La population de l'île était estimée entre 300 et 800.000 habitants en 1880. De nos jours, elle compte environ 14 millions, répartis entre 18 ethnies.

Superficie  : 587.041 km2

Langues  : Le malgache et le français.

Départements  : Le pays est divisé en 6 provinces.

Régime politique  : République malgache en 1960, démocratique à partir de 1975.

Constitution  : Constitution de la Ière République des années 1960, remplacé par celle de la IIème République de 1975, encore remplacée en août 1992.

Monnaie  : Le franc malgache divisé en 100 centimes.

Capitale  : Antananarivo (ex-Tananarive, 'la Cité des Mille'). Autres villes importantes : Toamasina (ex-Tamatave), Fianarantsoa, Mahajanga (ex-Majunga), Antsirabé, Toliara, Antsiranana (ex-Diégo-Suarez).

Fête nationale  : Le 26 juin (jour de l'indépendance en 1960). Drapeau adopté en 1958. Hymne national : Ry Tanindrazanay Malala o ! (O notre chère patrie).



(1) Le territoire confié aux Assomptionnistes fut détaché d'un grand ensemble préalablement confié aux Lazaristes. Prise en charge d'une mission à Madagascar avec Tuléar pour centre, le 18 juin 1953 : Bulletin Officiel de l'Assomption, décembre 1953, n° 2, vol. II, p. 44.

(2)Bulletin Officiel de l'Assomption, octobre 1958, n° 1, vol. III, p. 9.

(3)Bulletin Officiel de l'Assomption, juin 1959, n° 2, vol. III, p. 33

(4) La fonction de Procureur, au sens particulier de ce mot et de la personne : religieux chargé du lien avec les bienfaiteurs et laïcs associés pour les œuvres apostoliques de l'Assomption, ne date pas de la fondation de la Mission A.A. de Madagascar ! Chaque communauté fut appelée à organiser un service de Procure pour l'œuvre particulière dont elle était chargée. Mais déjà, et ce surtout à partir de la création en 1871 de l'œuvre des Alumnats, de l'Association de Notre-Dame de Salut, du Pèlerinage National et de l'œuvre de Notre-Dame des Vocations, le P. d'Alzon s'est préoccupé d'organiser un service centralisé de Procure géré par l'Econome général et de créer un bulletin d'information : L'Assomption de Nîmes (1875-1879), suivi des Souvenirs (1881-1899), mais surtout de L'Assomption et ses Œuvres, fondé en 1897. A la mort du P. Saugrain en 1905, c'est le P. Maximin Vion (1857-1936) qui centralisa cette activité dévolue aux œuvres généralices. Le P. Saint-Martin (1899-1980) assuma la charge de 1943 à 1954. Mais il revint au P. Gonzalès Suisse (1889-1972) de créer en 1953, à la demande du Provincial de Paris, une véritable Procure spécifique pour la mission de Madagascar, alimentée également par les deux antennes de Clairmarais et des Essarts (P. Ponsard). Lorsque les œuvres généralices françaises furent détachées du Conseil général pour passer au consortium des Provinces de France en 1967, le P. Jean-François Laurent fut nommé Procureur à Paris, charge qu'il exerça pendant trente-trois ans, de 1967 à 2000. En 2000, il fut relevé dans sa fonction par l'actuel Procureur, le P. Marie-Bernard Kientz.

(5) L'ancien alumnat Saint-Bernard de Clairmarais, fondé en 1875, fermé et réouvert à plusieurs reprises (1927, 1933, 1944), a fermé ses portes comme alumnat en 1960. Il est devenu un centre pour retraites, un lieu d'un pèlerinage animé autour d'une grotte de Lourdes inaugurée n 1939, une résidence pour des religieux en paroisse et surtout une Procure pour Madagascar, en attendant de recentrer cette dernière activité au cœur de la Normandie, aux Essarts. Un compte-rendu d'activités est donné pour Clairmarais dans Paris-Assomption, décembre 1987, n° 109, pages 19-20. Clairmarais fut vendu en mars 1995 aux Associations Jéricho et Magdala. La chapelle puis l'ancien alumnat durent être démolis pour cause d'insalubrité. A.T.L.P., avril 1995, n° 114, p. 8-9 .

(6) La fondation de la maison des Essarts est ancienne et remonte à l'année 1920. Il y eut sur place le noviciat Saint-Antoine pour la Province de Paris, ouvert en 1929, puis au temps du regroupement des novices français à Pont-l'Abbé d'Arnoult, la maison servit de centre de formation pour les Frères convers et, à partir de 1966-1967, de Centre d'Accueil pour toute la région. Cette partie majeure des bâtiments a été vendue en juin 1990 au diocèse de Rouen qui l'a mis à la disposition d'une communauté des Béatitudes-Lion de Juda : A.T.L.P., octobre 1990, n° 73, p. 25-26. Restaient à la disposition de l'Assomption deux bâtiments, la résidence d'habitation de la communauté religieuse et le bâtiment de la Procure pour Madagascar, bâti par le P. Ponsard : A.T.L.P., décembre 1990, n° 75, p. 6-8. En 1999, il fut décidé de regrouper les Procure ders Essarts et de Paris et de fermer la communauté dont la villa fut rapidement vendue à un particulier : A.T.L.P., juin 1999, n° 152, p. 9. Coïncidence, ce même jour, la tombe A.A. aux Essarts se refermait sur les restes du P. Noël Gourmelon (1928-1999). Un historique sur les 80 ans de présence assomptionniste aux Essarts a été publié dans les colonnes d'A.T.L.P., septembre 1999, n° 153, p. 15-23.

(7) L'ouverture du noviciat à Tuléar-Belemboka, communauté Saint-Augustin, est décidée le 13 août 1983 sous la responsabilité du P. Daniel Carton. Documents Assomption 1983, n° 8, page 586. Les premiers religieux malgaches ont été le P. Jean-Bosco Manambé, Jean-Chrysostome Tsiriogna et Alphonse Zafimahakoko, profès le 11 octobre 1984. Le portrait du P. Jean-Bosco a été dessiné dans L'Assomption et ses œuvres, 1990, n° 643, pages 6-9, celui du P. Jean-Chrysostome, dans la même revue : 1988, n° 636, pages 20-23.

(8) Au lieu-dit Maririsoa, a été ouverte par tranches, entre 1990 et 1993, cette vaste résidence communautaire pour les religieux étudiants en philosophie qui ont fait paraître un bulletin d'informations : Ako Assomption, commencé en 1996.

(9) La maison d'études dans la capitale malgache a été commencée en 1985. A Tuléar même, en ville, a été organisée une communauté pour les postulants (Toliara Notre-Dame de l'Assomption, communauté dite Sanfily). Les autres implantations communautaires à Madagascar sont des postes de mission, paroisses, œuvres éducatives, sociales et catéchétiques : Ampanihy mission Saint-Charles), Anakao, Androka (poste fondé vers 1980), Betioky (mission du Sacré Cœur, prise en charge depuis 1954), Ejeda où a été ouvert un collège.

(10) « Avec l'accord du Conseil de Congrégation, le Père Général a érigé la Région de Madagascar, en Vice-Province, rattachée à la Province de France, le 28 avril 1998 » : Documents Assomption 1998, n° 23, p. 13. Les statuts de cette nouvelle Vice-Province sont approuvés le 29 avril 1998 en Conseil de Congrégation, puis par la Province de France le 18 octobre 1998 ; ils ont été publiés à cette dernière date sous forme de livret, 7 pages.

 

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