Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

ITALIE

Fondation de l'Assomption en Italie, 1893.

Bien des Assomptionnistes ont fait leurs études de théologie en Italie avant que la Congrégation y ait possédé en propre une résidence, à commencer par le P. d'Alzon, le P. Picard, le P. Galabert, les frères Bailly et le P. Dumazer. Le P. d'Alzon comptait sur son héritage pour asseoir la Congrégation à Rome. Il n'en avait pas les moyens lorsqu'il y pensa et il n'en trouva plus l'occasion plus tard. En 1883, la communauté étudiante dut encore recourir à des abris de fortune.

Ce n'est qu'à partir du 12 août 1893 que l'Assomption put acquérir un pied-à-terre à elle dans la Ville éternelle(1). Le P. François Picard, alors Supérieur général, acheta le palais Filippani(2) au pied du Capitole, près de l'Ara Coeli, aidé financièrement, selon toute vraisemblance, par les Mères Franck. L'Assomption reçut en outre la desserte de l'église San Venanzio. Le lieu qui servit à la fois de Procure et de home pour les étudiants, allait devenir à partir de 1903 la résidence habituelle de la Curie généralice, expulsée du sol français, et la ruche bourdonnante des étudiants assomptionnistes recrutés pour les Universités romaines (Grégorienne,Angélique). On saisit une belle opportunité en 1926 pour établir une petite communauté sur les bords de l'Arno, à Florence(3). L'ancien couvent des Carmélites fut aménagé en alumnat en 1932 et servit aussi de noviciat temporaire.

En 1929, par suite des aménagements urbains voulus par Benito Mussolini (1883-1945) et des expropriations, le P. Gervais Quenard, Supérieur général depuis 1923, transféra Curie et Collège romains(4) sur les bords du Tibre, à Tor di Nona(5), en face du château Saint-Ange. Les Assomptionnistes romains fuyaient les chaleurs romaines de l'été en gagnant les hauteurs des Castelli voisins(6). En 1936, la Congrégation obtint sans difficulté sa reconnaissance légale par l'Etat italien sous le nom de Pia Societas Presbyterorum ab Assumptione(7). Durant la seconde guerre mondiale, la Curie trouva expédient de retourner en France. A cause des inconvénients du site, devenu très bruyant en raison de la circulation automobile, le P. Wilfrid Dufault fit choix en 1952 d'une nouvelle résidence à Rome dans le quartier Aurelio, encore vierge de constructions, via Madonna del Riposo. L'Assomption italienne se fortifiant, un alumnat s'établit la même année sur le site enchanteur de Cannero(8), sur les bords du lac Majeur. Une belle chapelle Santa Maria Assunta y fut inaugurée en 1960 et honorée de la présence d'un frère de Jean XXIII. Le P. Wilfrid fut très heureux en 1958 de transférer la Curie généralice dans la nouvelle maison aménagée et agrandie(9), baptisée 'Due Pini', au-dessus de la via Gregorio VII, en bordure de la via San Pio V, puisque Rome a ce rare privilège de conduire ses passants d'une rue pontificale à une autre. Par suite de la raréfaction de religieux A.A. disponibles à faire leur cursus théologique, le Collège Assomptionniste International finit quasi ses jours à Tor di Nona, résidence dont le Vatican s'empressa de faire préemption en 1967 pour y établir en 1970 l'Institut pontifical Regina Mundi (Institut supérieur de sciences religieuses, aujourd'hui fermé). Les bâtiments appartiennent toujours à l'U.S.M.F. Toute l'Assomption romaine est donc réunie à Due Pini, à partir des années 1970(10). Elle y accueille volontiers les Assomptionnistes de passage ou en pèlerinage ad catacumbas, sur les pas des apôtres Pierre et Paul, et la communauté trouve toujours la place d'y recevoir sessions, réunions et conseils de Congrégation, au gré du calendrier, les capitulants généraux tenant habituellement ses assises chez les Frères des Ecoles chrétiennes voisins. Seule ombre au tableau : depuis le départ des PP. Giuliano Riccadonna et Filippo Belli, il ne s'y trouve plus un seul ressortissant italien. En octobre 2006, une communauté O.A. est venu prendre la relève des S.J.A. (1987-2006).

L'Italie a accueilli les R.A. (1888), les P.S.A. (1902), les O.A. (1901) et le dernier rameau, les S.C.A (Sœurs de la Charité de l'Assomption), né en 1993.

Source documentaire :
P. Daniel Stiernon, A travers l'histoire des résidences assomptionnistes à Rome, dans collection Pages d'Archives, 3 ème série n° 8, décembre 1967, p. 571-647. L'Assomption et ses Œuvres, juillet-septembre 2001, n° 686, p. 4-7. Lettres du P. Emmanuel d'Alzon, t. XVII, 2005, pages 643-661 (Sur les pas du P. d'Alzon à Rome).

Italie, année 1810.

Une proie divisée et convoitée :

L'Italie n'est encore en 1810 qu'une expression géographique, pas une réalité politique. La péninsule se trouve morcelée en petits Etats. Dès 1796, les armées révolutionnaires françaises l'ont envahie, créant des républiques satellites : cispadane, cisalpine, ligurienne, romaine, parthénopéenne. Perdue en 1799, l'Italie est reconquise par Bonaparte en 1800 qui annexe en 1802 le Piémont à la France, puis l'île d'Elbe. Il crée un royaume d'Etrurie, accordée à Louis de Bourbon. En 1805, le dépeçage est commencé : la République ligurienne est découpée en trois départements, l'Autriche perd la Vénétie qui est intégrée à la République cisalpine devenue royaume d'Italie. Joseph Bonaparte est fait roi de Naples en 1806, il cède sa place à Murat (Joachim Ier) en 1808 . En 1808, les duchés de Parme et de Toscane sont à leur tour transformés en départements. Puis c'est au tour des Etats pontificaux d'être démantelés : le 12 février 1808, les troupes françaises sont dans Rome. Ce qu'il reste des Etats pontificaux devient départements du Tibre et de Trasimène. Pie VII est emmené en France en captivité. En 1810, les états italiens sont devenus 15 départements pour les provinces du Piémont, de la Ligurie, de Parme, de Toscane et du Latium. Le reste est partagé entre royaume d'Italie et royaume de Naples, entre des mains sûres. La flotte anglaise réussit à préserver la Sardaigne et la Sicile.

Unification politique progressive de l'Italie : il Risorgimento

Au Congrès de Vienne (1815), l'Italie est redistribuée en 7 entités politiques, mais le souvenir des années républicaines va pousser le sentiment national et libéral en Italie à sortir la péninsule de son émiettement et à créer son unité. Celle-ci va se réaliser sous l'égide du Royaume de Piémont-Sardaigne, de son roi Victor Emmanuel II (1820-1878) qui devint roi d'Italie, et de son principal homme d'Etat, un politique avisé, le Comte Camillo de Cavour (1810-1861)(11).

Le premier acte consista à évincer l'Autriche, avec l'aide de Napoléon III (1808-1873) qui en retira pour la France le bénéfice de la Savoie et du comté de Nice ; le second à profiter des bandes garibaldiennes et le troisième à dépouiller Pie IX. En 1859, Magenta et Solferino libérèrent la Lombardie ; en 1860 un référendum aliéna une bonne part des Etats pontificaux, (de 1861 à 1870 la capitale passa à Florence). Giuseppe Garibaldi (1807-1882) s'empara de la Sicile tandis que les troupes piémontaises vinrent à bout de Naples et en chassèrent les Bourbons. En 1866, la Vénétie fit retour à la mère-patrie grâce à l'alliance prussienne qui compensa les défaites militaires de l'Italie et, en 1870, l'occupation du Latium avec Rome acheva de dépecer l'Etat pontifical. Rome devint la capitale du Royaume d'Italie. L'unité politique de la péninsule était quasi faite sauf le Trentin et le Haut-Adige, acquisitions de 1919. Survécut cependant un fort sentiment régionaliste qui conserva à cette unité un goût d'inachèvement, de fortes disparités subsistant entre le Nord et le Sud du pays. La papauté refusa en 1870 la loi de Garanties que lui proposa alors la monarchie et le pape se considéra comme 'prisonnier' au Vatican, situation qui empoisonna les relations entre l'Italie et la papauté durant 60 années, jusqu'au traité du Latran en 1929.

Sur le plan ecclésiastique, l'Italie, cœur de la catholicité, forme une réalité à part. Tous les papes furent italiens depuis le XVIème siècle et la règle ne changea pas jusqu'en 1978. Le pays a gardé de son passé émietté un foisonnement de circonscriptions ecclésiastiques remontant à l'Antiquité, avec des diocèses très petits et un très grand, Milan : pas moins de 263 sièges épiscopaux au XIXème siècle!

En février 1929, les accords du Latran réglèrent la question pendante des Etats pontificaux, en créant l'état du Vatican, reconnu de droit international, avec les privilèges de l'extra-territorialité et les formes habituelles d'indépendance et de souveraineté : diplomatie, monnaie. Le Concordat de 1929 fut très favorable aux intérêts catholiques. Il a été révisé en février 1984. Le nombre des diocèses est passé en 1984 à quelque 42 métropoles, 179 diocèses et plusieurs abbayes avec abbé mitré.

Les papes du XXème siècle, à partir de Jean XXIII, ont pris l'habitude de sortir du Vatican et de faire de nombreux voyages apostoliques dans toutes les régions de l'Italie.

Source documentaire :
D.H.G.E., Italie, t. XXVI, 1997, col. 345-416.

Fiche d'identité de l'Italie 1810.

Population  : En 1800, la péninsule italienne comptait 18 millions d'habitants ; en 1850, elle en rassemblait déjà 24 millions 300.000 ; en 2006, 58 millions 133.000 habitants.

Superficie  : Au XIXème siècle, 286. 588 km2. Dans les limites actuelles du pays : 301. 308 km2 avec 8. 500 km de côtes et 3. 766 îles. L'Italie englobe une petite république indépendante, San Marino (61 km2).

Langue  : Italien avec de nombreuses nuances régionales.

Régions  : L'Italie actuelle est divisée en 20 régions (dont 5 autonomes) subdivisées en 109 provinces.

Régime politique  : Monarchie constitutionnelle jusqu'en 1945 et pays confessionnel. En 1946, l'Italie devient une République parlementaire. L'Italie est l'un des 6 membres fondateurs de la Communauté européenne en 1957.

Constitution  : La Constitution actuelle est de décembre 1947. La Constitution du Piémont, de 1848, est étendue au royaume d'Italie au XIXème siècle.

Monnaie  : La lire, avant le passage à l'euro au 1 er janvier 2002.

Capitale  : Rome, au cœur du Latium (Lazio). Les villes régionales sont nombreuses et importantes : Milan, Naples, Turin, Palerme, Gênes, Bologne, Florence, Catane, Bari, Venise, Messine, Vérone, Trieste, Padoue, Tarente, Brescia, Reggio de Calabre, Modène, Cagliari, Parme, Livourne.

Fêtes nationales  : Ce sont au XIXème les fêtes du calendrier catholique auxquelles s'ajoutent celles de la monarchie (maison de Savoie). Le drapeau a été créé en 1796, les couleurs choisies par Bonaparte. Au XXème siècle sont adoptées deux fêtes nationales : le 25 avril (anniversaire de la libération de 1945) et le 1 er dimanche de juin (fondation de la République).



(1)Souvenirs, août 1893, n° 148, p. 185 : « Nous avons enfin, depuis la semaine dernière, une maison dans la Ville Eternelle. Adieu Sainte-Brigitte ! adieu Collège espagnol ! Nous sommes définitivement, pour des siècles, espérons-le, fixés tout au pied du Capitole, où nos jeunes lauréats, le soir de leurs examens, ne manqueront pas de monter… pour respirer le grand air et admirer le merveilleux panorama de Rome. Cette maison est située sur la place de l'Ara Coeli, et contiguë à celle de M. de Rossi, le célèbre archéologue, notre ami ».

(2) C'était un vieux palais romain assez incommode qui avait appartenu à la famille Fabi Piacentini et auquel était lié un souvenir mémorable, la rencontre en juin 1846 entre le cardinal Mastai-Ferretti, évêque d'Imola, futur Pie IX, ami des Filippani, et son successeur, le cardinal Pecci, futur Léon XIII, alors archevêque de Pérouse. C'est de là que le cardinal Mastai-Ferretti se rendit au Conclave en 1846 où il fut élu successeur de Grégoire XVI et acclamé sous le nom de Pie IX. En juin 1896, une plaque commémorative rappelant cette entrevue fut apposée dans une salle du second étage transformée en chapelle. C'est dans ce palais aussi que mourut le 16 avril 1903 le P. Picard.

(3) Sur la fondation de la communauté à Florence : Lettre à la Dispersion, novembre 1926, n° 202, p. 300-301 (lettre du P. Archange Emereau). Il existe sur ce lieu diverses plaquettes illustrées, notamment celle de 1970 consécutive aux travaux de restauration entrepris après la terrible crue dévastatrice de l'Arno en 1966.

(4) L'institution d'un Collège International assomptionniste à Rome, en bonne et due forme, remonte au P. Gervais Quenard : Bulletin Officiel de l'Assomption, mai 1947, n° 2, vol. I, p. 34-35. Ce collège vécut en bonne intelligence avec la communauté généralice, dans la même résidence de Tor di Nona, jusqu'en 1958, date du transfert officiel de la communauté généralice à la Via Madonna del Riposo (actuelle Via Pio V, n° 55). Il poursuivit alors ses jours, de 1958 à 1967 à Tor di Nona avant d'aller finir ses jours, sous la conduite du P. Touveneraud, dans les parages de San Velabro, chez les Pères de l'Ordre de la Sainte Croix : Assomption 67, mai 1967, n° 9, p. 9-10. Depuis, des religieux A.A. prêtres sont accueillis à la maison généralice de la Via San Pio V pour des études supérieures spécialisées dans les différentes Universités pontificales de la ville.

(5) On trouve dans la biographie du P. Gervais Quenard par son neveu, le P. J. Girard-Reydet, livre déjà cité plusieurs fois, de nombreux détails sur l'achat, la construction et l'aménagement de la résidence de Tor di Nona, pages 164-165, 184-185.

(6) Il y eut diverses maisons d'été autour de Rome pour la Curie généralice dont certaines servaient également d'alumnats durant l'année scolaire : Fara Sabina (1916-1925), Castelgandolfo (1929-1932), Florence (1932-1940) ou Omegna (1950-1951).

(7) Cette reconnaissance est datée du 8 avril 1937.

(8) L'alumnat Santa Maria Assunta de Cannero qui remplace celui provisoire d'Omegna, est érigé canoniquement le 1er février 1952 (B.O.A., juin 1952, n° 9, p. 235) avec pour premier Supérieur, le P. Gioacchino Romano. Il a échappé à la liste dressée par le P. Polyeucte Guissard dans son Histoire des alumnats, mais on trouve une première description enchanteresse du site dans Rhin Guinée, avril 1958, pages 6-7. A la fin des années 1960, l'alumnat ferma ses portes et Cannero entra dans la catégorie des Centres d'Accueil jusqu'au décès du P. Francesco Carabellese en décembre 1996. On trouve dans différents essais du P. Lucien Guissard de belles pages sur le site de Cannero dont il est un amoureux averti (Histoire d'une migration,Le vieil homme et la rivière).

(9) Un numéro entier de la Lettre à la Famille, très illustré, est consacré à cette troisième maison généralice AA à Rome : 15 avril 1959, n° 267, p. 181-188. Pour nous résumer dans cette question des résidences généralices de l'Assomption au cours du temps, disons que le P. d'Alzon a fait choix de Nîmes (Collège de l'Assomption, maison-mère), que le P. Picard s'est installé comme Supérieur Général à Paris (rue François Ier), que le P. Emmanuel Bailly a vécu comme Supérieur général à Rome, Piazza de l'Ara Coeli. Jusqu'en 1929, le P. Gervais résida à l'Ara Coeli, puis fit construire et aménager Tor di Nona. Le P. Wilfrid Dufault vint habiter en 1958 à Via Madonna del Riposo, adresse devenue Via San Pio V, situation toujours en vigueur sous les généralats suivants : PP. Paul Charpentier (1969-1975), Hervé Stéphan (1975-1987), Claude Maréchal (1987-1999) et Richard Lamoureux depuis 1999. C'est dans la maison généralice de San Pio V que s'éteignit le P. Gervais Quenard le 6 février 1961.

(10) L'Assomption en Italie relève depuis ses origines de la Province de France. Il y eut pour elle en 1970 la tentative de s'implanter dans la région milanaise, mais le refus de l'archevêché mit un terme à la demande. Jusqu'en 2005, les communautés italiennes de l'Assomption furent regroupées dans le cadre d'une Région dont les statuts avaient été élaborés en mars 1970 : Lyon-Assomption, mai 1970, n° 23, p. 17-19.

(11) A noter une coïncidence curieuse : le château de la famille Roussy de Sales à Thorens (Haute-Savoie), famille dont on sait les liens avec celle du P. d'Alzon, consacre plusieurs de ses pièces à un musée Cavour, dans un voisinage pacifique avec les souvenirs de saint François de Sales. Autant le P. d'Alzon a goûté la figure et les écrits du second, autant il a détesté l'action politique libérale et volontiers anticléricale du premier !

 

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