Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Fondation de l'Assomption en Grèce, 1934.En 1877-1978, le P. d'Alzon traita avec Mgr Giovanni Marango (1833-1891), archevêque latin de la capitale grecque(1), pour établir dans sa ville d'Athènes un séminaire confié au P. Pierre Descamps (1848-1915). Cet essai fut sans suite. Mgr Louis Petit (1868-1927), assomptionniste fondateur des Echos d'Orient, devint en 1912 archevêque latin d'Athènes(2), mais il ne constitua pas une communauté assomptionniste(3) dans ce pays à majorité orthodoxe et peu ouvert à des formes d'existence visible pour la petite minorité catholique, surtout présente dans les Cyclades. Lors de la guerre de 1914-1918, on put établir un alumnat de fortune, repli de Koum-Kapou, à Héraclée, dans la villa d'été de l'archevêque, laquelle fut vendue après la guerre. Ce fut donc seulement en 1934 que l'Assomption put s'établir officiellement dans la capitale grecque(4), non sans difficultés, au moyen d'une petite résidence propre, l'évêque d'Athènes, Mgr Jean-François Filippousis [Filippucci : 1874-1959) n'y étant d'ailleurs pas favorable. De plus, Mgr Georgios Khalavasi [Calavassy] (1881-1957) avait déjà exigé en 1921 que les religieux de rite grec passent sous sa juridiction, anéantissant d'une certaine manière l'œuvre grecque assomptionniste. Le 4 novembre fut inaugurée une modeste chapelle, commencée en 1932, dédiée à Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus,rue Heptanissou. C'est au cours de l'été précédent que le P. Basilios Roussos (1884-1963) s'était fort dépensé pour trouver un gîte approprié. L'aide du délégué apostolique, Mgr Carlo Margotti, fut en ce sens déterminante. Après la seconde guerre mondiale, des religieux à titre individuel furent affectés à des services pastoraux au Pirée (1954-1962), à Volo (1949-1959). Il y eut sur l'île de Syra une petite propriété en bordure de mer, qui servit de lieu de colonie de vacances pour les alumnistes grecs. L'Assomption grecque a donné deux de ses fils comme évêques à l'Eglise : Mgr Gregorios Voutsinos [Vuccino] (1891-1968), évêque de Syra en 1937, puis archevêque de Corfou (1947-1952) et Mgr Antoine Varthalitis, son deuxième successeur à Corfou à partir de 1962. Le P. Elpide Stephanou (1896-1978) a fondé en 1938 une petite congrégation, les Soeurs de la Croix, qui n'a jamais connu de véritable développement.
Sources documentaires :
Basilios Roussos, Historique de l'Assomption grecque (1863-1956), 75 pages dactylographiées. PP. Julian Walter et Daniel Stiernon, Notes historiques de la présence assomptionniste en Grèce (1934-1984), Athènes, 1984, 16 pages. Actes du Colloque Mgr Petit tenu à Rome en 1997, édités par Bernard Holzer, Mgr Petit Assomptionniste, fondateur des 'Echos d'Orient', archevêque latin d'Athènes (1868-1927), Rome, 2002, 229 pages dans Orientalia Christiana Analecta n° 206. L'Assomption et ses Œuvres, octobre 2001, n° 687, p. 4-7. Missions des Augustins de l'Assomption, 1952, n° 18, p. 52-56 et 1955, n° 34, p. 76-77.
La flamme levée de l'étendard national :
La Grèce en 1810 fait encore partie de l'Empire ottoman, mais sous l'influence des idées de la Révolution française, des libéraux commencent à revendiquer l'indépendance du pays. En juillet 1797, le drapeau français remplace l'étendard du doge de Venise sur Corfou. Les ambitions napoléoniennes sur la Grèce n'eurent aucun résultat par manque de moyens et l'influence française fut éclipsée par la guerre russo-turque. Mikhaïl Koutouzov (1745-1813), général en chef de l'armée russe, est encore envoyé en 1811 combattre les Turcs. La paix de Bucarest en 1812 restitua à la Porte toutes les conquêtes russes sauf la Bessarabie, mais libérait le tsar d'un deuxième front. Quant au projet russe de constituer sous son protectorat un empire grec avec la Bulgarie, la Macédoine et la Grèce arrachées à l'Empire ottoman et Constantinople pour capitale, il resta à l'état de rêve. Napoléon pratiqua aussi un jeu de bascule, s'appuyant tantôt sur la Turquie pour faire pièce à la Russie, recherchant tantôt le soutien de la Russie pour se partager avec le tsar les dépouilles de l'Empire ottoman ! L'effondrement des espoirs orientaux de Bonaparte après l'expédition d'Egypte favorisa un rapprochement franco-turc et cette alliance contrecarra les manœuvres anglaises qui, en forçant le passage des Dardanelles en février 1807, entendaient inquiéter Constantinople. Dans un tel contexte de rivalités et d'intrigues, les patriotes grecs durent patienter avant de prendre eux-mêmes la tête du combat pour l'indépendance. Alexandre Ypsilanti (1792-1828) donna le signal de la révolte en février 1821 à partir de la Roumanie. L'archevêque de Patras, Mgr Germanos, reprit le flambeau d'une guerre de libération en mars 1821. Le congrès d'Epidaure proclama l'indépendance le 12 janvier 1822. Les massacres turcs à Chio soulevèrent l'indignation de l'Europe. Le soutien du pacha d'Egypte, Méhémet Ali (1769-1849) à l'Empire ottoman permit la reprise de Navarin et de Missolonghi en 1825. Une flotte anglo-franco-russe détruisit la flotte turco-égyptienne à Navarin en octobre 1827, un corps expéditionnaire français libéra la Morée, expédition à laquelle participa un cousin germain d'Emmanuel d'Alzon, Jean-Charles (1783-1838). La Russie menaça Constantinople en mai 1828. Au traité d'Andrinople de septembre 1829, le sultan reconnut l'indépendance de la Grèce, confirmée par le protocole de Londres du 3 février 1830. Mais la Thessalie, l'Epire, la Macédoine, la Thrace, la Crète et la plupart des îles de l'Egée restaient encore aux mains des Turcs, situations qui furent sources de nombreux conflits jusqu'aux portes du XXème siècle.
Des îlots catholiques en mer orthodoxe :
Le catholicisme institutionnel en Grèce a été restauré au XIXème. Le pape Pie IX (1792-1878) rétablit en effet l'archevêché latin d'Athènes en y transférant en 1875 Mgr Marango (1833-1891), évêque de Tynos, également délégué apostolique. On devine que ce ne fut pas sans peine, tant était viscéralement noué le lien national-orthodoxe, la Grèce étant un état confessionnel, et tant était détesté le souvenir des Latins depuis l'ère byzantine. Le caractère 'étranger' des catholiques latins, de souches italienne, maltaise ou levantine, ne pouvait cependant éternellement occulter le caractère authentiquement grec des catholiques de Syros et de Tynos. Dès le XIIIème siècle en effet, les îles des Cyclades, de Crète et de Rhodes furent sièges d'évêchés latins. En juillet 1979, la Grèce et le Saint-Siège décidèrent, malgré des pressions contraires, d'établir des relations diplomatiques avec rang de nonciature et d'ambassade, déjà érigées en délégation apostolique dès 1934. Angelo Giuseppe Roncalli (1881-1963), futur pape Jean XXIII, fut nommé en 1934 délégué apostolique de Turquie et de Grèce. Il y fit prévaloir une attitude œcuménique de bienveillance et d'estime. Le pape Jean Paul II (1920-2005) se rendit en visite apostolique en Grèce les 4 et 5 mai 2001, son 93 ème voyage hors d'Italie qui effaça très vite les appréhensions que ce déplacement avait fait craindre.
La hiérarchie orthodoxe est organisée, quant à elle, selon le principe de l'autocéphalie, proclamée en 1833, reconnue par le Phanar depuis 1850 avec siège à Athènes pour le Saint-Synode à la tête duquel se trouve aujourd'hui Mgr Christodoulos Paraske(5)vaïdis. Les éparchies sont au nombre de 70 en Grèce continentale, sans compter l'Eglise semi-autonome de Crète administrée par un métropolite (Héraclion) et 8 éparchies. Le Mont-Athos forme une république monastique de 20 grands monastères
Si nous prenons en compte les frontières actuelles de l'état grec, nous y comptons pour l'Eglise catholique deux archevêchés : Athènes et Rhodes, deux métropoles (Corfou et Naxos), quatre évêchés, un vicariat apostolique (Thessalonique), un exarchat apostolique pour les catholiques de rite byzantin et un ordinariat pour les Arméniens. En voici le tableau :
ATHENES (Athenai) : métropole latine créée avant 1205, archevêché depuis 1875, siège métropolitain de la Grèce (Hellade).
RHODES (Rhodos) : Siège métropolitain des Iles du IVème siècle, uni à Malte jusqu'en 1797, restauré comme archevêché latin en 1928.
CORFOU (Corfù), ZANTE et CEFALONIA : Corfou est siège métropolitain dès avant 1310, Zante avant 1212 et Céfalonia au XIIIème siècle.
NAXOS, ANDROS, TINOS et MYKONOS : Naxos est un siège épiscopal du XIIIème siècle, érigé en métropole en 1522. Le siège est uni à Andros (Vème siècle), à Tinos (IXème siècle) et Mykonos (avant 1400).
CANDIA (Crète) – LA CANEE : siège métropolitain avant 1213, devenu évêché en 1874.
CHIOS : évêché fondé au XIIIème siècle.
SANTORIN, THIRA : évêché avant 1204.
SYROS et MILOS : évêché de Syros au XIIIème siècle, avec administration pour Milos.
THESSALONIQUE (Thessaloniki) : vicariat apostolique fondé en 1926.
EXARCHAT APOSTOLIQUE DE GRECE : siège à Athènes, créé en 1932.
ORDINARIAT POUR LES CATHOLIQUES DE RITE ARMENIEN RESIDANT EN GRECE : siège à Athènes, fondé en 1925.
Fiche d'identité de la Grèce 1810.Population : On comptait 940.000 grecs en 1812 contre 11 millions en 2005. La Grèce a connu une forte diaspora. Superficie : Dans ses limites actuelles, la Grèce compte 131.940 km2, plus de 16. 000 km de côtes avec ses 6.000 îles dont 227 habitées. Le pays qui forme une presqu'île, a des frontières avec l'Albanie, la Bulgarie et la Turquie. Départements : La Grèce est divisée en 13 régions ou périphéries, elles-mêmes subdivisées en 51 départements appelés nomes. Le Mont-Athos forme une région administrative autonome. Régime politique : En 1830, la Grèce est devenue une monarchie constitutionnelle avec le choix d'Othon Ier de Bavière comme souverain. Elle n'est devenue une République parlementaire qu'en 1975. C'est un pays confessionnel, l'Orthodoxie étant la religion dominante avec liberté de conscience religieuse et interdiction du prosélytisme. Constitution : depuis le 11 juin 1975. Le pays fait partie de l'Union européenne depuis 1981. En souvenir de la restauration des Jeux olympiques en 1896, la délégation grecque ouvre toujours le défilé des représentations nationales. Langue : Le grec dit moderne, mélange de démotique et de katharevousa. Monnaie : La drachme, avant l'adoption de la monnaie européenne : l'euro, au 1 er janvier 2002. Capitale : Athènes. Fêtes nationales : On en compte deux principales, le 25 mars en souvenir de l'année de l'indépendance (1821) et le 28 octobre (fête du non, c'est-à-dire à l'ultimatum de Mussolini). Les autres sont celles du calendrier orthodoxe. Le drapeau a été adopté en 1832, modifié en 1970. Hymne national : Hymne à la Liberté. |
(1) Pour le détail de ces tractations, on peut se reporter à la correspondance du P. d'Alzon : Lettres du P. Emmanuel d'Alzon, t. XII, Rome, 1995, p. 130-131, 156-157, 263, 443, 484-485, 561. Le Père d'Alzon fit escale à Athènes le 18 février 1863, où il foula la neige au Parthénon. Sur le séjour du P. d'Alzon en Orient, voir Siméon Vailhé, Vie du Père d'Alzon, tome II, p. 354-366. Il ne semble pas que le P. Picard qui pourtant a rendu visite à plusieurs reprises aux religieux de la Mission d'Orient, ait traversé Athènes. Le P. Gervais Quenard pour sa part se rendit plusieurs fois en Grèce, notamment à Noël 1922 et en mars 1923 : on songeait alors à transférer le Centre d'études byzantines de Kadi-Keuï à Athènes et l'on agitait la question avec Mgr Petit d'installer une communauté dans la capitale grecque. Il y passa encore en avril 1932, une année proche cette fois de la fondation d'une communauté à Athènes.
(2) Mgr Louis Petit fut le premier assomptionniste qui ait été désigné par Rome pour être évêque : L'Assomption et ses oeuvres, avril 1912, n° 183, p. 52. Des origines à 2007, l'Assomption fut honorée 14 fois de la mitre et de la crosse : Mgrs Petit (1912, Athènes), Neveu (1926, Moscou), Vuccino (1937, Syra puis Corfou), Piérard (1938, Béni), Beck (1948, Brentwood, Salford et Liverpool), Canonne (1957, Tuléar), Cristea (1960, Lebedo), Horsthuis (1960, Jalès), Varthalitis (1962, Corfou), Stratiev (1965, Sofia), Djoundrine (1979, Nicopoli-Roussé), Mbogha (1990, Wamba, Isiro-Niangara, Bukavu), Pelâtre (1992, Istanbul), Da Cruz (2003, Juazeiro).
(3) Certes Mgr Petit emmena avec lui à l'archevêché Athènes son fidèle secrétaire et transcripteur des textes grecs, le Frère Jules Pector ; cependant, malgré les mœurs toutes monastiques de l'archevêque, on ne peut pas considérer l'archevêché d'Athènes de l'époque comme une fondation communautaire de l'Assomption !
(4) La nouvelle est donnée par le P. Basilios Roussos dans la Lettre à la Dispersion, 3 août 1934, n° 535, p. 216. Un historique de la question est présenté dans Lettre à la Dispersion, 25 mars 1935, n° 571, p. 123-124.
(5) L'archevêque orthodoxe d'Athènes, Mgr Christodoulos a été reçu officiellement au Vatican, une première dans l'histoire des relations entre l'Orthodoxie grecque et la papauté, le 14 décembre 2006.