Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Fondation de l'Assomption en Espagne, 1880.L'Assomption connut des religieux espagnols avant même de prendre pied dans la péninsule ibérique. Des membres d'Ordres religieux espagnols, chassés du pays en 1835, sont venus, au moins temporairement, faire du ministère dans le Midi de la France. Le collège de Nîmes en accueillit quelques-uns et l'espagnol était une langue enseignée à l'Assomption. Mais c'est seulement le 10 décembre 1880, par suite des expulsions des religieux français par les décrets Ferry, qu'un premier groupe de novices A.A., venant de Nîmes et de Sète, débarqua à Barcelone pour rejoindre l'ancien couvent des Carmes à Osma en Vieille-Castille(1) , couvent qui avait été mis à leur disposition gracieusement par l'évêque de la ville. Il y eut même un essai de fondation d'un collège à Madrid(2), mais sans succès. Le noviciat assomptionniste de Osma, dirigé par le P. Emmanuel Bailly (1880-1886), fut à nouveau transféré en France, à Livry, en 1886. Cependant Osma permit la fondation chilienne en 1890. Il fallut attendre l'année 1904 pour qu'une nouvelle implantation en terre espagnole, à Calahorra(3), redonne vie à une politique vocationnelle plus nourrie dans ce pays. Cet alumnat de Calahorra fut transféré à Elorrio en 1907(4). L'Assomption des hommes qui ne s'implanta finalement à Madrid qu'en 1940, est restée numériquement assez faible en Espagne, même lorsque fut érigée une Vice-Province(5) (1964), transmutée en Province (1969), à la différence de celle des Religieuses d'Auteuil qui fondèrent un premier collège à Malaga, dans la province méridionale de l'Andalousie, dès 1865, puis plus tard un autre, réputé, à Madrid. Les Petites Sœurs de l'Assomption fondèrent quant à elles une première communauté à Barcelone en 1903. Quant aux Oblates, elles ne firent qu'une courte apparition à Suquets entre 1967 et 1969.
Sources documentaires :
P. José Antonio Echaniz, Assomptionnistes et Espagnols : les débuts de l'Assomption en Espagne, dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 391-392. Boletin de la Provincia Venga Tu Reino . P. Angel Macho, Los Asuncionistas y el mundo obrero en Vallecas : 1940-1953. Assomption 66, nouvelle série, février 1966, n° 6, p. 23-28.
La guerre de l'indépendance : 1808-1814
L'Espagne qui fut la principale puissance en Europe au XVIème siècle, avait connu une longue période de décadence au siècle suivant. Elle conservait cependant un immense empire colonial en Amérique. Le traité de Paris de 1763 lui coûta la perte de la Floride et de la Trinité, mais lui valut la Louisiane. En 1783, elle put recouvrer la Floride et Minorque. Par le traité de Bâle de 1795, l'Espagne fut avilie au rang de simple instrument de la politique napoléonienne : elle dut rendre la Louisiane à la France en 1801 et fut entraînée dans un nouveau conflit avec l'Angleterre. Sa flotte fut détruite à Trafalgar en 1805. Laissées à elles-mêmes, les colonies d'Amérique entrèrent en rébellion et prirent leur indépendance à partir de 1809.
Napoléon entendit profiter de la médiocrité de la monarchie de Charles IV (1748-1819) et des dissensions au sein de la famille royale. Par le traité de Bayonne (1808), il plaça sur le trône des Bourbons de Madrid son premier frère, Joseph Bonaparte (1768-1844), ayant obtenu l'abdication du roi et de son fils héritier, Ferdinand VII (1784-1833). Le peuple madrilène se révolta ('Dos de Mayo'), la répression fut atroce comme en témoignent encore les toiles de Francisco de Goya (1746-1828). Une guerre acharnée qui mobilisa toutes les classes, toutes les régions et toutes les idéologies, souleva l'Espagne, soutenue par l'Angleterre, dans une guérilla farouche. Le 22 juillet 1808, à Bailén, une première armée napoléonienne capitula. Une Junte nationale, âme de la résistance, se réfugia à Cadix et anima une résistance héroïque du pays jusqu'à sa libération en 1814 grâce aux campagnes d'Arthur Wellington (1769-1852). La guerre d'Espagne mit fin au mythe de l'invincibilité des armées impériales, affaiblit grandement le régime napoléonien et eut une répercussion psychologique immense dans toute l'Europe. Les idées libérales avaient aussi pénétré en Espagne : la Junte de Cadix légiféra en adoptant la Constitution du 18 mars 1812, abolissant trois siècles de monarchie absolue. L'Espagne allait mettre plus d'un siècle à digérer cette innovation politique, au prix de nombreuses guerres civiles.
La très catholique Espagne :L'Espagne est un foyer d'ancienne chrétienté où les débuts de l'évangélisation remontent à l'ère apostolique. Le dernier concordat signé, avant ceux établis en 1851 et en 1859 sous Isabelle II (1830-1904), datait du 17 juin 1717. La religion catholique romaine était la seule forme de culte reconnu pour la nation espagnole. La carte ecclésiastique de ses circonscriptions était à nouveau précisée en 1851, fixant à 9 le nombre d'archevêchés et à 54 celui des évêchés, sous réserve de possibles modifications ultérieures : furent supprimés Albarrazin, Ceuta, Ibiza, Solsona, Tudela et d'autres réunis. Le concordat signé en 1953 sous Francisco Franco Bahamonde (1892-1975) a été renégocié ou révisé à partir de 1973-1974, le roi Juan Carlos Ier ayant renoncé à son droit de nomination des évêques, la Constitution de 1978 ayant intégré des dispositions comme le divorce civil, le principe de la liberté religieuse et la législation du pays ayant autorisé nombre d'autres pratiques de laïcisation (éducation, mariage homosexuel). GRANADA : évêché du IIIème siècle, archevêché en 1492. TOLEDO : évêché du Ier siècle, archevêché au IVème siècle. VALENCIA : évêché entre le IVème et le VIème siècle, archevêché. VALLADOLID : évêché en 1595, métropole en 1857. TARRAGONA : évêché au Ier siècle; archevêché au Vème siècle. BURGOS : évêché avant 1075, archevêché en 1574. SANTIAGO DE COMPOSTELA : évêché au IXème siècle, archevêché avant 1120. SEVILLA : évêché au IIIème siècle, archevêché au IVème siècle. ZARAGOZA : évêché au Vème siècle, archevêché en 1318. PAMPLONA y TUDELA (évêché en 1783) : évêché au Vème siècle, métropole en 1956. OVIEDO : évêché avant 811, archevêché en 1954. MADRID ne devint évêché qu'en 1885, archevêché en 1964 et métropole en 1991. En comparaison avec la situation actuelle (2007), à retenir que l'Espagne compte de nos jours 14 métropoles (les mêmes que les archevêchés ci-dessus soulignés, plus Barcelona Madrid, Mérida-Badajoz, Oviedo), 55 évêchés, 1 ordinariat militaire. Le pape Jean Paul II a fait cinq visites à l'Espagne : en novembre 1982, en octobre 1984, en août 1989, en juin 1993 et en mai 2003. L'Espagne est l'un des plus anciens pays à entretenir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège au rang le plus élevé (XVème siècle). Le pape Benoît XVI s'est rendu une première fois en Espagne, à Valence, en juillet 2006 pour la Vème Rencontre mondiale des Familles. |
Fiche d'identité de l'Espagne 1810.Population : 28 millions en 1950 ; 44 millions 180.000 en 2005. En 1860 : 21 millions. En 1833 : 12 millions 300. 000. En 1799 : 10 millions 500.000. Mais 16 millions au XVIème siècle. Langue officielle : l'espagnol, mais le pays compte des langues régionales fortes (galicien, basque, catalan). Superficie : 504. 782 km2. L'Espagne est une péninsule avec deux pays frontaliers : le Portugal et la France (si l'on ne tient pas compte de la principauté d'Andorre, de Gibraltar et, au-delà du détroit, du Maroc où l'Espagne possède Ceuta). Divisions administratives : Le pays est divisé en 17 régions dites communautés autonomes, sortes d'états fédérés. On dénombre 8. 111 communes. Régime politique : avant l'intrusion des armées napoléoniennes, l'Espagne était une monarchie absolue. La Junte de Cadix, par la Constitution de 1812, voulut la transformer en une monarchie constitutionnelle et parlementaire. Constitution : Première constitution du pays, celle de 1812. La Constitution en cours a été établie en 1978. Le concordat de 1953 a été modifié par celui de 1979. Le catholicisme n'est plus religion d'Etat. Monnaie : La Peseta, avant le passage à l'euro en janvier 2002. Capitale : Madrid, ville choisie comme capitale du royaume des Espagnes au détriment de Tolède, en 1561 par Philippe II. Villes principales : Madrid, Barcelone, Valence, Séville, Malaga, Bilbao, Saragosse, Gijon, Alicante, Cadix, Las Palmas de Gran-Canaria, Murcie. L'union des royaumes de Castille, d'Aragon et de Navarre s'est faite en 1512. Fêtes nationales : On en compte plusieurs : 24 juin, fête du roi ; 6 décembre, fête de la Constitution de 1978 ; 12 octobre, fête de l'hispanité. Le drapeau a été adopté en 1927. Hymne national : Marcha real depuis 1937. |
(2) Un essai qui n'eut pas de suite : le collège Saint-Augustin de Madrid (1882-1883). Il est rarement mentionné d'ailleurs dans les listes des fondations assomptionnistes. Il faut ensuite attendre l'année 1940 pour voir l'Assomption AA espagnole à nouveau investir la capitale madrilène.
(3) Sur l'alumnat de Calahorra, il suffit de se reporter aux pages du P. Polyeucte Guissard dans son Histoire des alumnats, p. 307-310.
(4) Sur les débuts de l'alumnat d'Elorrio au pays basque espagnol), transfert de Calahorra, voir également le même livre du P.Polyeucte Guissard, pages 310-319.
(5) A partir de 1923, la communauté espagnole d'Elorrio relève du vicariat de la Province de Bordeaux ou de l'Ouest. La guerre de 1939-1945 qui rendit difficiles les communications et échanges des deux côté des Pyrénées, va transformer l'alumnat Notre-Dame de Lourdes d'Elorrio en noviciat espagnol. Le P. José Maria Sebastian va ouvrir en 1940 la seconde communauté espagnole à Madrid, Puente de Vallecas, barrio de Dona Carlota, qui n'était encore qu'un faubourg de la ville, pour la prise en charge d'une paroisse, Dulce Nombre de Maria. Ce sont ces années d'après guerre qui virent l'éclosion la plus marquante de l'Assomption en Espagne : Barcelone, paroisse de Saint-François Xavier (1952) ; Madrid, Ciudad de los Muchachos (1955 ; fermeture en 1989), Suquets, alumnat Santa Ana (1956), Madrid, paroisse Reina del cielo, dans le quartier Estrella (1965). En 1964, le vicariat d'Espagne qui était devenue Région, passe au rang de vice-Province conformément au vœu émis par le Chapitre général : Bulletin Officiel de l'Assomption, juin 1965, n° 1, vol. IV, p. 17-18. En juin et septembre 1968, sont ouverts à Barcelone, Calle Diputacion, un foyer et un noviciat ; un foyer est ouvert à Bilbao en 1970. En juillet 1969, la Vice-Province d'Espagne devient Province : Bulletin Officiel de l'Assomption, novembre 1970, n° 1, vol. V, p. 1-2 et p. 117-120 (statuts). Madrid accueillit le deuxième Conseil de Congrégation en avril 1970.
Voici la liste chronologique des Responsables de la Vice-Province et Province d'Espagne : P. Francisco San Martin (1964-1967), premier Vice-Provincial ; P. Alberto Garcia, second Vice-Provincial (1967-1939) et premier Provincial d'Espagne (1969-1972) ; P. Enrique Goiburu (1972-1978) ; P. Miguel Iriarte (1978-1981) ; P. José Ignacio Ciordia (1981-1984) ; P. Niceto Calle (1984-1990) ; P. Miguel Iriarte (1990-1996) ; P. Manuel Martinez Alaminos (1996-2005) ; P. José Alberto Dominguez Sisi nommé le 8 juin 2005, entré en fonction le 24 juin 2005.