Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

COLOMBIE.

Fondation de l'Assomption en Colombie, 1946.

L'histoire de l'Assomption A.A. en Colombie remonte à l'année 1946, à la demande de Mgr Luis Adriano Diaz, évêque de Cali, et avec l'appui des Petites Sœurs de l'Assomption présentes dans le pays depuis 1940. Sœur Laetitia de Jésus est conseillée par le P. Georges Neusch (1881-1976) de faciliter l'arrivée des Assomptionnistes, mais cela n'est pas rendu possible immédiatement en raison de la seconde guerre mondiale. Le P. Rodrigue Moors (1887-1973), alors Provincial de Belgique en remplacement du P. Dieudonné Dautrebande (1890-1970) qui a fait accepter l'idée au chapitre provincial de 1946, prend en charge cette mission où vont collaborer francophones et néerlandophones, déjà présents ensemble sur le terrain de la mission au Congo. Le 29 septembre, les PP. Lambrecht Muermans (1908-1957) et Renaat Paulussen (incorporé ensuite dans le diocèse de Buga) inaugurent un vol aérien Paris-Bogota avec escale à Dakar. Ils atteignent d'abord la capitale du pays, Bogota, 'plus pauvres que le saint du jour', puis Cali seulement le 4 octobre. Après un temps d'acclimatation, une première communauté put être formée, le 15 avril 1947, à Cali pour la desserte de la paroisse (1)San Nicolas, dirigée depuis 1917 par les Pères Augustins Récollets. Ils sont guidés dans leur travail paroissial par un colombien, l'abbé Mejia et un A.A. argentin, le Père Agustin Luchia-Puig. En 1948, les renforts sont assurés avec un total de 12 assomptionnistes à Cali. Deux religieux, les PP. Nicolas Niklaes et Edouard Melchior (1909-1981) sont détachés pour étudier la possibilité d'une fondation à Bogota grâce à l'aide d'un abbé Fernandez(2). Le 21 novembre, Mgr Crisanto Luque (1889-1959), archevêque et futur cardinal (1953), érige en paroisse, L'Assomption de Notre-Dame, dans le quartier Santa Sofia une desserte de l'église de la Très Sainte Trinité.

Les fondations en Colombie n'ont pas manqué de souffle ou d'objectif, même si elles ont connu des formes de précarité certaines. Manizales a été centre vocationnel en 1951(3) et de service pastoral jusqu'en 1962, avec la création d'une grotte de Lourdes sur la paroisse de Santa Clara. Le P. Niklaes fonda en 1955 une nouvelle famille religieuse, les Missionnaires de la Croix, devenue aujourd'hui un Institut séculier (Fraternité des Missionnaires de la Sainte Croix et de Notre-Dame des Douleurs). L'investissement prioritaire de la Province de Belgique, à l'époque du P. Stéphane Lowet (1908-1982), en faveur du Congo fut perçu comme un lâchage en Colombie; de plus la division en deux Provinces de la Belgique n'eut pas que des effets heureux. Le noviciat passa à Yumbo(4), dans une banlieue de Cali, en 1958, sous la direction du P. Régis Escoubas (1901-1985). Un embryon de collège fut fondé à Bogota en octobre 1955(5) par les PP. Théophane Couvert et Yvon Ringoet (1923-1999) : peu à peu sortit de terre un véritable Collège Manuel d'Alzon qui fait honneur aujourd'hui aux structures scolaires de la capitale. En 1963 naquit encore la communauté de Medellin dans un quartier pauvre, très active dans le domaine de la promotion sociale, mais qui dut fermer ses portes en 1973, annonce de ce que chercha à réaliser dès 1968 le P. Luis Madina Mochelena (1911-1964) avec l'œuvre de Mi Casa à Cali, au bénéfice des enfants de la rue abandonnés(6). Ainsi, de fil en aiguille, se poursuivit en Colombie un long travail de service apostolique conjugué avec un réel souci des vocations toujours en éveil et sans cesse adapté, mais pas toujours récompensé. Le premier prêtre colombien assomptionniste, le P. Silvio Herrera, a été ordonné en février 1963. Entre 1992 et 2000, les deux régions de <(7)Colombie acceptèrent un cadre spécial pour toutes les instances de formation, le vicariat de Colombie(8) sous la direction du P. François Lenglez. Depuis 2005, la Colombie fait partie de la Province Chili-Argentine(9). Ce pays reste marqué depuis ses origines par une forte violence politique qui coûta la vie au P. Daniel Gillard (1935-1985).

Sont présentes en Colombie : les P.S.A. depuis 1940. Les R.A. venues en 1970 sont parties en 1974.

Source documentaire :
Tomas Gonzalez, L'Assomption en Colombie dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 493-513. Bulletin El D'Alzon de los Andes. L'Assomption et ses Œuvres, janvier-mars 2001, n° 684, p. 4-7. Interview du P. Francisco Lenglez dans Newsletter, janvier 2005, p. 5-6.

Colombie, année 1810.

Une indépendance à feu et à sang :
La Colombie d'Amérique du Sud doit son nom de Republica de Colombia au célèbre navigateur gênois Cristobal Colon ou Christophe Colomb (v. 1446-1506) qui partit à la découverte du Nouveau Monde en 1492, même s'il ne se douta jamais d'avoir abordé un continent nouveau et qu'il n'a jamais mis les pieds en Colombie ! Dès 1510, la colonisation espagnole commença dans l'isthme de Panama et, après 1525, furent fondés en Colombie même les premiers établissements de Santa Marta et de Cartagena (1532). Cette région fut découverte en 1499 par Alonso de Ojeda. Un certain conquistador espagnol Jimenez de Quesada (v. 1501-1579) soumit les royaumes chibchas de la région de Bogota et fonda, le 6 août 1538, la cité de Nouvelle-Grenade, nom de sa ville natale qui devint Santa Fe de Bogota. C'est aussi en 1810 que commença le soulèvement de la population créole ; il se heurta à une violente réaction des Espagnols et l'indépendance ne fut définitivement acquise que neuf ans plus tard, par la victoire de Simon Bolivar (1783-1830) à Boyaca, le 7 août 1819. Au congrès d'Angostura en décembre 1819, fut fondée la république de Grande-Colombie, comprenant outre la Bolivie, le Venezuela, l'Equateur et le Panama. Mais cette union ne devait pas survivre à Bolivar, et, en 1830, le Venezuela et l'Equateur se constituèrent en Etats séparés. Durant tout le XIXème siècle, la vie politique bolivienne fut troublée par de sanglantes guerres civiles entre conservateurs (centralistes) et libéraux (fédéralistes). Tomas Cipriano de Mosquera imposa en 1863 la Constitution fédérale des Etats-Unis de Colombie, mais en 1886, les conservateurs avec Rafael Nunez revinrent au pouvoir pour le garder jusqu'en 1930, avec l'adoption en 1886 d'une nouvelle Constitution centraliste pour une république unitaire. En 1903, le Panama acquit son indépendance grâce à l'aide américaine qui obtenait le contrôle de la création du canal, situation que la Colombie finit par reconnaître en 1914.

Carte ecclésiastique de la Colombie :

Tous les territoires d'Amérique du Sud ont relevé au temps de leur première évangélisation de la Congrégation romaine De Propaganda Fide avant de passer à celle de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires. La pratique des concordats s'étant établie un peu partout, pour la Colombie en 1887 et l'Acte additionnel de 1892, on se préoccupa d'ajuster au moins les circonscriptions ecclésiastiques héritées du temps de la colonisation aux nouvelles réalités du pays.

CARTAGENA : évêché formé en 1534, devenu métropole en 1900.

SANTA MARTA : évêché fondé en 1534.

POPOYAN : évêché remontant à 1546, transformé en métropole en 1900.

BOGOTA  : évêché fondé en 1562 (Santafé en Nueva Granada), élevé au rang de métropole en 1564.

SANTA FE DE ANTOQUIA  : siège créé en 1804.

NUEVA PAMPLONA  : siège érigé en 1835, évêché devenu métropole en 1956.

PASTO  : siège épiscopal en 1859.

MEDELLIN  : évêché fondé en 1868, élevé au rang de métropole en 1902.

TOLIMA  : évêché érigé en 1847 avec résidence à Neiva.

SOCORRO Y SAN GIL  : évêché fondé en 1895.

MANIZALES  : évêché créé en 1900, élevé au rang de métropole en 1900.

Par comparaison avec la situation actuelle, la Colombie est formée de 13 métropoles avec 51 évêchés suffragants, 1 ordinariat militaire et de 10 vicariats apostoliques.

Le pape Paul VI a été le premier pape de l'histoire à se rendre en Colombie, en août 1968 pour le Congrès eucharistique de Bogota.Jean Paul II s'y est rendu pour sa part en juillet 1986. Des relations diplomatiques existent avec le Saint-Siège depuis 1835. La nonciature date de 1917. L'Eglise en Colombie paie aussi un lourd tribut de sang pour ses prêtres, religieux et religieuses engagés dans la lutte contre la drogue et la violence ou tout simplement dans un service social auprès de la population.


Fiche d'identité de la Colombie 1810.

Population  : Le chiffre de la population du pays est mal connue pour le XIXème siècle. On l'estime aujourd'hui avoisinant les 40 millions. En 1900, il comptait à peine 4 millions d'habitants, c'est dire le taux d'accroissement annuel.

Langue officielle  : espagnol.

Superficie  : 1. 141. 748 km2 dans ses frontières actuelles. C'est le seul pays d'Amérique latine dont les côtes soient baignées à la fois par l'océan Atlantique et par l'océan Pacifique. Pays frontaliers : Venezuela, Brésil, Pérou, Equateur et Panama.

Divisions administratives  : On compte 32 départements et une unité spéciale pour le district de la capitale.

Régime politique  : République parlementaire avec bicamérisme, mais la vie politique est très perturbée par la violence des assassinats, des attentats, des sabotages et des rackets.

Constitution  : La première fut celle de la Confédération grenadine de 1858, remplacée en 1863 par la Constitution fédérale de Rio Negro et encore en 1886 par une Constitution unitaire. Celle en vigueur actuellement date de juillet 1991

Monnaie  : peso colombien.

Capitale  : Bogota, ville fondée en 1538. Autres villes importantes : Cali, Medellin, Barranquilla et Cartagena.

Fête nationale  : le 20 juillet, date retenue de l'indépendance. Le drapeau a été adopté en 1819. Hymne national : Oh Gloria immarcesible.



(1) Il est précisé dans le Bulletin Officiel de l'Assomption, décembre 1946, n° 1, page 19 : « En séance du 28 juin, le T.R.P. Général en son Conseil approuve le départ de quelques religieux de la Province de Belgique, pour la Colombie, afin d'aller se rendre compte des buts et des conditions du travail apostolique que l'évêque de Cali demande instamment à notre Congrégation d'aller entreprendre dans ce pays ». Dans le n° du bulletin suivant (B.O.A., mai 1947, n° 2, p. 49), l'acte de fondation de la communauté de Cali est enregistré : « A la demande du R.P. Rodrigue Moors, Supérieur Provincial de Belgique, le T.R.P. Général avec son Conseil, à la date du 17 décembre 1946, décide la fondation de la maison de Cali en Colombie. Elle compte quatre religieux et attend incessamment du renfort ». L'Assomption est toujours présente en 2007 à Cali, paroisse Saint Nicolas en 2007.

(2) La résidence de Bogota en Colombie est autorisée par le Conseil Général le 24 février 1948 : B.O.A., mai 1948, n° 4, p. 17.

(3) Fondation canonique de la communauté de Manizalès le 20 février 1951 : B.O.A., juin 1952, n° 9, p. 235. Résidence érigée en noviciat en 1959 : B.O.A., décembre 1959, n° 2, vol. III, p. 60-61.

(4) « Le Conseil de la Province d'Amérique du Sud décide de solliciter la faculté d'ériger un noviciat à Manizalès (Colombie), avec résidence provisoire à Yumbo, en dépendance de la maison de Cali, le 1er septembre 1959 » : B.O.A, décembre 1959, n° 3, vol. III, p. 68. En 1964 fut érigé le petit séminaire de Suba à Bogota avec approbation épiscopale, sous la dénomination de 'seminario asuncionista' : B.O.A., mars 1964, n° 9, vol. III, p. 217.

(5) Fondation du collège Manuel d'Alzon à Bogota, approuvée par l'évêque du lieu par lettre du 20 novembre 1955, approuvée par le Conseil général en date du 6 décembre 1955 : B.O.A., décembre 1955, n° 6, vol. II, p. 125.

(6) En 2006, l'œuvre de Mi Casa où travaillait encore le P. Victor Blanco, fait retour au diocèse de Cali.

(7) En 1963 fut répercutée en Colombie la séparation des deux Provinces belges. Au Chapitre général de 1964, la Colombie était détachée de la Province de Chili-Argentine pour constituer une région autonome placée sous l'autorité immédiate du Supérieur général : B.O.A., juin 1965, n° 1, vol. IV, p. 2-3 et p. 17.

(8) « Le 12 juin 1992, le P. Général (Claude Maréchal) érige le vicariat de Colombie, il nomme le P. François Lenglez comme Vicaire et lui adjoint comme conseillers les PP. Jérôme Joris et Alberto Correa. Le délégué du P. Général est le P. José Géraldo Da Cruz » : Documents Assomption 1992, n° 17, p. 27.

(9) Lors du Chapitre général de 1999, il fut décidé de laisser à la jeune Assomption colombienne la possibilité de grandir en maintenant son statut actuel de Vicariat rattaché au Supérieur Général pour les six ans à venir. Lors du Conseil de Congrégation de 2002, une évaluation sera faite à partir des critères de discernement établis durant ce Chapitre, pour décider de la structure future du Vicariat de Colombie : Province, Vice-Province ou Région rattachée à une des Provinces d'Amérique latine : Document 'Passionnés de Dieu pour un siècle nouveau', Rome, 1999, p. 82. Le Vicariat de Colombie fut supprimé au Conseil de Congrégation de 2004, la Colombie devint une région dans le cadre de la Province Chili-Argentine : Documents Assomption, 2004, n° 29, p. 25.

 

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