Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
11. CHINE

Le P. d'Alzon qui voyait large et loin, fixait déjà avec humour, de son vivant, aux Oblates de l'Assomption l'horizon missionnaire de la 'grande muraille de Chine' ! Mais ce n'est qu'en 1935 que le P. Gervais Quenard (1875-1961) traita avec Mgr Auguste Gaspais (1884-1952), vicaire apostolique français M.E.P. de Kirin (actuelle province de Jilin) depuis 1923, de l'envoi de religieux assomptionnistes en Mandchourie, en provenance de la Province de Lyon(1). Par malheur, cette grande province chinoise de Mandchourie se trouvait face à l'appétit impérialiste de son belliqueux voisin, le Japon, lequel avait entrepris en septembre 1931 une occupation militaire de la région, qui déboucha en février 1932 par la création d'un Etat satellite, le Mandchoukouo. Ce dernier était placé sous la souveraineté nominale du dernier empereur manchou, P'ou-yi ou Puyi (1906-1967), empereur de Chine, de 1908 à 1912 sous le nom de règne de Xuantong. C'était là prendre le risque d'une fondation missionnaire bien aléatoire. Les deux premiers assomptionnistes à prendre le bateau furent les PP. Cyrille Parratte (1900-1980) et Amarin Mertz (1907-1985). Ils embarquèrent le 4 octobre 1935 à bord du Chenonceaux. Le 6 avril 1940, au prix d'efforts financiers importants, la Province de Lyon était fière d'annoncer la bénédiction du séminaire interrégional Saint-Augustin de Hsin-King qui était la mise en forme concrète de l'objectif apostolique défini, la formation du clergé autochtone, après la phase préliminaire indispensable de l'apprentissage de la langue par les religieux et leur collaboration à l'enseignement dans le cadre du séminaire de Moukden (ou Mukden, actuelle Shenyang ou Chen-Yang). La seconde guerre mondiale eut pour première conséquence de vider le grand séminaire où le froid le disputait à la famine. Puis la prise du pouvoir des communistes à Pékin, sous l'égide de Mao Tsé-toung (Mao Zedong, (1893-1976) qui proclama la République populaire chinoise le 1 er octobre 1949, accentua le départ des Européens des missions catholiques. Le P. Livier Pierron (1908-1991) fut le dernier assomptionniste à quitter la Chine en mai 1954, expulsé après avoir connu les geôles de Harbin (en russe Kharbin ou Haerbin).
Tout germe d'espérance chrétienne ne disparaît pas avec les ruines de la terre. Un assomptionniste chinois, le P. Martin Yen, fit généreusement le sacrifice d'un exil rendu inéluctable. Le jour même où est décédé, le 5 février 2005, le P. Jean Berger (1912-2005), dernier missionnaire subsistant de la mission mandchoue, le P. Provincial de France, P. André Antoni recevait en réunion à Paris trois jeunes séminaristes et prêtres chinois venus compléter leur formation en France depuis septembre 2004. L'un d'eux, résidant à Valpré, participa, le mercredi 9 février, aux obsèques du Père Berger à Saint-Sigismond. Un autre, Joseph Wei Han a fait le choix d'entrer dans la vie religieuse assomptionniste à Juvisy en septembre 2006. Un jour, avec la grâce de Dieu, l'Assomption retrouvera le chemin de la Chine. L'homme a ses vues sur l'histoire, mais les voies du Seigneur ont leur secret.
Sources documentaires :
P. Justin Munsch, L'Assomption en Mandchourie 1935-1954, Rome , s.d. (1983), 143 pages dans la collection Série Centenaire 1980, n° 8. Témoignage du P. Livier Pierron dans Missions des Augustins de l'Assomption, 1954, n° 28, p. 54-55. Bulletin Sens Missionnaire. Echos de l'Assomption mandchoue (1939-1947). Témoignage du P. Austal Anselm : Deux Assomptionnistes dans la tourmente. Mémoires de Mandchourie (1945-1954). L'Assomption et ses Œuvres, 1936, n° 417, p. 247-249. Dans L'Assomption et ses Œuvres : 1977, n° 295, p. 14-21 ; 1984, n° 617, p. 7-12 ; n° 620, p. 21-25 ; 1985, n° 621, p. 15-21, 33 ; 1986, n° 626, p. 32. Sœur Marie-Ina Bergeron, Le Christianisme en Chine, 1978 dans collection Approches et stratégies, 160 pages. L'Assomption et ses Œuvres, janvier-mars 2003, n° 692, p. 20-21. Le martyrologe catholique chinois est abondant.
Nous n'avons ni la prétention ni les moyens de décrypter ici le passé de l'immense empire chinois, surtout à l'ère napoléonienne où cette grande civilisation millénaire demeurait encore bien mystérieuse en Occident. Si l'Orient et la route des Indes faisaient partie du mirage romantique de Bonaparte, ce dernier semble s'être fort peu soucié de la Chine. Lui doit-on la formule, reprise avec éclat par Alain Peyrefitte (1925-1999) en 1973 : « Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera » ? Quoi qu'il en soit, la présence française en Chine se résume à un certain Piron, établi à Canton (Guangzhou ou Kouang-tcheou) en 1802 en qualité d'agent de la nation française. Il est remplacé, à sa mort, en 1804, par Charles Constant. Quelques missionnaires français principalement lazaristes, constituent le reste de cette présence française. L'Angleterre, maîtresse des océans, a les moyens d'empêcher toute velléité française de contact avec la Chine, mais elle n'a pas encore ceux d'imposer sa volonté au céleste Empire ! Elle s'est même vu interdire l'importation de l'opium indien. C'est au cours du deuxième tiers du XIXème siècle que va sonner l'heure des contacts entre l'Europe et le continent chinois, il faut bien le dire à son détriment, à coups de canons et d'humiliantes concessions.
Entre 1644 et 1900, c'est une dynastie manchoue qui se trouve aux commandes de l'Empire céleste. Certains souverains, l'empereur K'ang-hi (1662-1722) et son petit-fils, K'ien-long (1736-1796) réalisèrent sous leur règne le vaste programme millénaire d'expansion de la Chine en Asie centrale, imposant un protectorat à la Mongolie, au Tibet et à la Kachgarie. La Corée fut également réduite en vassalité. Par le traité de Nertchinsk (1689) fut écartée toute menace russe sur la Mandchourie pour près de deux siècles. Cette dynastie se montra favorable aux missionnaires chrétiens, notamment jésuites, qui remplissaient des fonctions de conseillers techniques et scientifiques à la cour (astronomie, cartographie, artillerie). Mais l'incompréhension manifestée par Rome dans l'affaire des Rites chinois, envenimée aussi par des rivalités entre Ordres religieux, amena les empereurs à interdire la prédication chrétienne en 1717, puis à expulser la plupart des missionnaires en 1724. La dynastie des Ming finit par engourdir le pays dans une sclérose administrative paralysante et à irriter les puissances occidentales par l'aggravation d'une législation antichrétienne (1805). Les commerçants européens allaient faire pression sur leurs gouvernements pour obtenir manu militari la liberté commerciale.
L'Angleterre déclara la guerre de l'opium en 1841-1842. Par le traité de Nankin (août 1842), la Chine dut ouvrir cinq de ses ports au commerce britannique, dont Canton et Chang-hai, et céder aux Anglais l'îlot de Hongkong. Des avantages semblables furent concédés aux Etats-Unis en 1844, et, par le traité de Wahmpoa (octobre 1844) à la France, laquelle obtint en outre la tolérance de la religion chrétienne et de l'apostolat des missionnaires. Dans la foulée des traités de T'ien-tsin (1858) et de Pékin (1860), la Russie qui avait déjà annexé la rive septentrionale de l'Amour (1858), acheva sa progression en Sibérie jusqu'à Vladivostok (1860). L'Empire mandchou était devenu 'l'homme malade de l'Asie orientale', ce dont allait profiter le Japon en 1894.
Carte ecclésiastique en Chine :Donnons un rapide coup d'œil sur l'implantation du catholicisme institutionnel en Chine : il n'y avait guère plus de 215. 000 chrétiens chinois au début du XIXème siècle, toutes confessions confondues, dont 187.000 catholiques. D'après une statistique de l'époque, les communautés catholiques étaient desservies par 78 prêtres chinois (souvent formés au séminaire de Naples) et 35 prêtres européens, franciscains, jésuites, dominicains, missions étrangères de Paris et lazaristes principalement. Ils étaient grandement aidés sur le terrain par des catéchistes et une association de vierges chinoises. Les divisions ecclésiastiques étaient des vicariats apostoliques, relevant de la Congrégation romaine De Propagande Fide : MISSION de MACAO (missions portugaises) : MACAU, siège épiscopal érigé en 1576. MISSION de PEKIN (missions Lazaristes) : PEKING ou BEIJING, évêché érigé en 1946, auparavant vicariat apostolique créé en 1924, aujourd'hui métropole. VICARIAT de SU-TCHUEN (missions des M.E.P.) : SOOCHOW [SUZHOU] ou WUHSIEN, évêché créé en 1949. MISSION DE FO-KIEN (missions des Dominicains espagnols) : MISSION DU CHAN-SI (missions des Franciscains) : LU AN [CHANGZHI], vicariat apostolique de Luanfu érigé en 1924, évêché en 1946. C'est le pape Pie XI qui, le 28 octobre 1926, ordonna à Saint-Pierre de Rome les six premiers évêques chinois. Depuis la rupture des relations diplomatiques de la Chine populaire avec le Vatican en 1952 (elles avaient été établies en 1922) et le transfert de la nonciature à Taïwan (République libre chinoise de l'île de Formose), il existe en Chine communiste deux organisations de l'Eglise catholique, celle dite 'patriotique', mise en place formellement en 1958 avec les trois Autonomies, qui entretient des liens avec le régime et dont les évêques sont nommés par le gouvernement, et celle dite 'souterraine' dont les évêques, malgré toutes les difficultés, gardent la communion avec Rome. Des signes de tension se manifestent régulièrement à propos de la nomination des évêques illégitimes faite sans concertation avec le Vatican, encore en avril et en mai 2006. Malgré tous les désirs exprimés de la papauté depuis Paul VI, la Chine est restée terre 'interdite' à toute visite pontificale. En comparaison, voici les statistiques officielles de l'Annuario Pontificio pour aujourd'hui : la Chine continentale compte 20 métropoles, un évêché dépendant directement de Rome (Macau), 93 évêchés suffragants, 1 exarchat, 29 préfectures apostoliques et 1 administration apostolique. Toutes les dénominations de lieux sont des transcriptions aux formes variables. |
Fiche d'identité de la Chine 1810.Population : en 1850, la population chinoise est estimée à 430 millions. En 2000 : 1 milliard 300 millions. Langue officielle : le mandarin chinois, sous la forme dite Han dont l'écriture comporte un signe par syllabe. En 1964, 2264 caractères ont été simplifiés. La transcription en caractères latins utilisée par la Chine continentale est le Hanyu Pinyin. La Chine était connue par Marco Polo sous le nom de Cathay, puis par l'occident sous le nom d'Empire céleste ou Empire du Milieu (Zhongguo). Superficie : 9. 600. 000, le 3 ème de la planète pour la superficie avec 14. 500 km de côtes. La Chine a 14 pays frontaliers. Divisions administratives :La Chine est un Etat-continent où l'on distingue les provinces du Centre (Wuhan, Shangaï), celles du Sud (Canton, Sichuan, Chongqing), celles du Nord (Chantoung, Tianjin, Pékin), celles du Nord-Est (Shenyang ex-Moukden, Harbin ex-Kharbine, Dalian) le Xinjiang (Urümqi, Lob Nor). La Chine actuelle a 5 régions dites autonomes : Guangxi, le Neimenggu (Mongolie intérieure), Xinjiang (Turkestan), le Ningxia Hui, le Tibet (Xizang), et 23 provinces. Hong Kong forme une région administrative spéciale depuis sa rétrocession du 1 er juillet 1997. Administrativement : 22 provinces, 5 régions autonomes, 4 municipalités et 2 régions spéciales : Hong Kong et Macao. Régime politique : La Chine du XIXème est un empire, sous la dynastie des Ts'ing (Quing), de 1644 à 1911. Depuis 1796 jusqu'à 1820, l'empereur en fonction se nomme Quing Renzong ou Ts'ing Jen-tsong (1760-1821). En 1912 Sun Yat-sen proclama à Nankin la République. En 1949 Mao proclama la République populaire. Constitution : La Constitution actuelle date du 4 décembre 1982, de 138 articles. Monnaie : elle se nomme 'renminbi yan, divisé en 100 fen. Capitale : Pékin (Beijing), capitale politique, économique, culturelle, carrefour du pays. Fête nationale : 1 er octobre (proclamation de la République populaire). Drapeau adopté en 1949. Hymne national : La Marche des Volontaires. |
(1) La Mission A.A. en Mandchourie releva de la Province de Lyon. Elle fut visitée par le Supérieur Provincial de Lyon, le P. Zéphyrin Sollier (1883-1954) en 1936. Il nomma en 1937 le P. Flavien Senaux (1882-1967) responsable du petit groupe des missionnaires qui devaient prendre en charge la construction et l'animation d'un séminaire inter-régional à Hsin-King (Chang Chung), au temps de l'occupation japonaise de la Mandchourie. Le P. Gervais Quenard, Supérieur général, voulut aussi se rendre compte par lui-même de la difficulté de la mission : il s'y rendit en février 1937 et écrivit à son retour ses impressions de voyages et découvertes dans un petit livre intitulé : Un tour du monde en 1937. On lit dans la circulaire du P. Gervais n° 37, du 15 septembre 1935 : « Une autre mission s'ouvre à nous, cette année même, en Extrême-Orient, où deux religieux se préparent également à partir sous peu, par la voie des Indes. Ils feront ce premier voyage en compagnie du vénéré prélatqui nous appelle en la capitale naissante de Hsinking, Mgr Gaspais, Délégué apostolique de Mandchourie » : Circulaires du P. Gervais, Paris, B.P., 1948, p. 207.