Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

Chili

Fondation de l'Assomption au Chili, 1890.

L'Assomption est entrée au Chili de la façon la plus autorisée, la plus souhaitée et la plus heureuse qui soit. A la demande de l'Archevêque de Santiago, Mgr Mariano Casanova (1833-1908), qui a vu à l'œuvre les religieux assomptionnistes au pèlerinage de Lourdes en 1889, le P. François Picard (1831-1903) accepta d'envoyer au Chili dix religieux français et espagnols depuis Osma, à leur tête : le P. Stéphane Chaboud (1857-1921), un homme volontaire, énergique et entreprenant. Le 20 septembre 1890 fut le jour d'embarquement à Bordeaux, à bord du paquebot 'La ville de Metz', pour un périple qui prit fin au large de Talcahuano le 29 octobre, puis de Valparaiso. La première fondation de l'Assomption(1) au Chili fut réalisée le 5 novembre 1890 dans l'ancienne Hacienda de Mendoza, voisine de la localité de Rengo, où les religieux, en perfectionnant leur connaissance de l'espagnol, purent se livrer à des prédications et à des retraites fermées. Ils arrivèrent en pleine tourmente politique, le président libéral José Manuel Balmaceda (1840-1891) étant déclaré inconstitutionnel par le Parlement et contraint à démissionner le 28 août 1891. Ils s'adonnèrent à partir des communautés de Mendoza et ensuite de Los Andes, à des missions populaires, sillonnant le pays du Nord au Sud. La carte des implantations A.A. est bien établie : Santiago, 21 mai 1892 ; Los Andes, le 12 janvier 1893 ; Rengo, le 4 novembre 1901 ; Lota, le 30 janvier 1904 ; Concepcion, le 9 mars 1910 ; Valparaiso, le 11 février 1911 ; Talcahuano, en juin 1912. Plusieurs de ces centres d'évangélisation étaient déjà des paroisses (Rengo, Santa Ana érigée en 1892 ; Lota, San Juan Evangelista en 1896 ; Concepcion, San Juan de Mata en 1905 ; Talcahuano, San José) ; d'autres le devinrent plus tard : Valparaiso,Nuestra Senora de Lourdes en octobre 1911 ; Talcahuano, Todos los Santos en 1913 ; Santiago, Nuestra Senora de Lourdes en 1923 ; Los Andes, La Asuncion en 1929 ; Santiago, Nuostra Senora de Los Angeles en 1943. Dès 1892, l'archevêché de Santiago leur avait aussi confié la formation d'un sanctuaire marial dans la capitale, Notre-Dame de Lourdes avec une grotte réplique inaugurée le 11 février 1908. A cause des tremblements de terre fréquents dans le pays, l'ancienne église, inaugurée le 15 août 1893, reconstruite après le tremblement de 1906, fort endommagée par le tremblement de 1927, et devenue trop petite, fut démolie et en 1929 commença la construction de l'actuelle basilique de Lourdes, inaugurée le 11 février 1958, centenaire des apparitions. En 1910, l'Assomption chilienne alla fonder en Argentine. Les religieux créèrent à Santiago une revue mariale appelée à un grand succès dans le milieu populaire, El Eco de Lourdes, magazine qui a fêté son centenaire en 2001 et qui reste par son tirage la première revue de ce type au Chili. Le premier assomptionniste chilien est le P. Pedro Pinto Olivares (1879-1942), élève à l'alumnat de Mendoza de 1894 à 1898 et ordonné prêtre à Rome le 13 juin 1908. En 1923, la Congrégation fut organisée en provinces. Le Chili dépendit de la Province française de Bordeaux sous la forme d'un vicariat appelé Chili-Argentine, jusqu'au 15 août 1953 où fut érigée la Province d'Amérique du Sud(2), qui comprenait le Chili, l'Argentine, la Colombie et le Costa Rica ; appelée aujourd'hui Chile-Argentina, elle regroupe ces deux pays, plus la région de Colombie et la communauté de Riobamba en Equateur.

Sont ou ont été présentes également au Chili : les P.S.A. (1955-1997), les R.A. (1990). Les O.A., arrivées en 1982, quittent le pays en janvier 2007.

Sources documentaires :

Fernando Aliaga Rojas, L'action missionnaire assomptionniste au Chili dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 483-491. L'auteur de cet article a publié un livre mémorial pour le centenaire de l'Assomption au Chili : Religiosos Asuncionistas. 100 anos al servicio de la Iglesia en Chile 1890-1990, Santiago de Chile, 1990, 247 pages. La Revista catolica, revue officielle de l'archevêché de Santiago du Chili, première série de 1843 à 1874 et deuxième série de 1901 à nos jours. Revues assdomptionnistes Souvenirs et L'Assomption où se trouvent de nombreuses chroniques et lettres. Bulletins de la Province Chili-Argentine : d'abord Vinculum (1954-1965), puis Chile-Argentina (1965-1974) et ensuite Asuncion Chile-Argentina.qui compte 199 numéros depuis 1975. Il faut mentionner aussi La Croix du Chili (1899-1901), numéros 1 à 33, qui devient Echos du Chili (1902-1903) et Pages Chiliennes (1910-1914), numéros 1 à 36.

Chili, année 1810.

L'unité nationale par la guerre :

L'histoire du Chili commence aussi par celle de la colonisation espagnole venue du Pérou voisin. Elle débuta en 1536 avec le conquistador Diego de Almagro (1475-1536), poursuivie en 1540 par Pedro de Valdivia (v . 1500-1553) qui fonda les villes de Santiago en 1541, de Valparaiso (1544), de Concepcion (1550) et de Valdivia (1552), avant d'être tué par les Araucans. Province de la vice-royauté du Pérou, puis capitainerie générale (1778), le Chili fut une des premières terres sud-américaines où éclata le mouvement d'indépendance, proclamée le 18 septembre 1810, mais la désunion entre les insurgés permit aux Espagnols de reprendre leur contrôle sur le pays après leur victoire de Rancagua en octobre 1814. L'armée du général José de San Martin (1778-1850) franchit alors la cordillère des Andes pour établir en terre chilienne une indépendance chèrement acquise avec Bernardo O'Higgins (1776-1842), re-confirmée le 12 février 1818, mais établie par les victoires de Chacabuco, le 12 février 1817, et de Maipu, le 5 avril 1818. L'Etat se construisit sous la forme de l'autorité centralisée des 'Pères de la Patrie' mais aux fortes convulsions politiques, qui le fit surnommer 'la Prusse de l'Amérique du Sud', notamment à cause d'O'Higgins. Le pays affirma sa supériorité militaire en battant les Péruviens et les Boliviens à Yungay en 1839 (guerre de 1836-1839) et encore entre 1879 et 1883, guerre dite du Pacifique, pour le contrôle d'une bande côtière (Antofagasta) et des riches mines d'Atacama (nitrates). La présidence de Joaquin Pérez en 1831 inaugura l'évolution du pays vers un régime politique plus démocratique. La province d'Arica fut définitivement annexée au Chili en 1929, celle de Tacna au Pérou(3). Le parti socialiste fut créé en 1901.

Carte ecclésiastique du Chili :

La colonisation espagnole s'accompagna de l'évangélisation, comme dans toute l'Amérique latine ; elle mit en place la première organisation ecclésiastique du pays qui à l'origine dépendait de l'évêché de Cuzco (Pérou), puis de celui de Sucre, à l'époque Charcas(Bolivie) :

SANTIAGO DU CHILI  : évêché fondé en 1561, suffragant de Lima au départ, puis archevêché et métropole en 1840.

IMPERIAL  : évêché érigé en 1563, siège transféré à Concepcion en 1603, par la suite archevêché.

LA SERENA  : évêché en 1840, archevêché en 1939.

SAN CARLOS DE ANCUD  : évêché érigé en 1840.

A l'arrivée des Assomptionnistes, le pays ne comptait donc que quatre évêchés : Santiago, Concepcion, La Serena et Ancud.

En 1925, la séparation de l'Eglise et de l'Etat va permettre de créer les diocèses actuels. Par comparaison, le Chili d'aujourd'hui compte 5 métropoles (Antofagasta, Concepcion, La Serena, Puerto Montt, Santiago de Chile), 18 évêchés, 2 prélatures, 1 ordinariat (armée) et un vicariat apostolique (Aysen).

Le pape Jean Paul II s'est rendu au Chili en avril 1987 (béatification de Teresa de los Andes). Une loi légalisant le divorce a été votée par le Sénat en août 2003. Les relations diplomatiques avec le Saint-Siège existent depuis 1847, avec interruption de quelques années à partir de 1882. La nonciature date de 1916.

Source documentaire :

Didier Rance, Chili dans Esprit et Vie, janvier 2004, n° 97, pages 42-43.


Fiche d'identité du Chili 1810.

Population  : Le Chili comptait environ 1 million d'habitants en 1835 contre plus de 16 millions 358. 000 de nos jours. Population très urbanisée (Santiago, Conception, Vina del Mar, Valparaiso, Talcahuano, Temuco, San Bernardo, Antofagasta et Rancagua). La population, urbanisée à 85%, est très métissée (Mapuches dans le Sud ou Araucans, les Aymaras dans le Nord). Forte immigration européenne au XIXème dont une nombreuse provenance allemande.

Langue officielle  : espagnol. Nom du pays : Chile.

Superficie  : En 1818, 630. 000 km2, contre 756. 626 km2 de nos jours étirés sur 4. 270 km le long de la côte très sinueuse du Pacifique avec une largeur moyenne de 175 km et minimale de 90 km. Le Chili revendique des îles du Pacifique et des territoires de l'Antarctique, soit plus de 1. 250. 000 km2. Point culminant le volcan Ojos del Salado à 6. 893 mètres.

Divisions administratives  : Le Chili est divisé en 13 régions (quatre au Nord, quatre au Centre, quatre au Sud, la région métropolitaine de Santiago au centre), 51 provinces et 342 communes.

Régime politique  : A l'indépendance, le régime eut une couleur de dictature militaire. La Constitution de 1833 établit une République parlementaire, mais avec un caractère très net de pouvoir centralisé. La Constitution de 1833 fut remplacée par celle de janvier 1925, avec un caractère plus présidentialiste.

Constitution  : Constitution de 1833 avec un caractère très net de pouvoir centralisé, remplacée en janvier 1925 par une nouvelle de caractère plus présidentialiste. Constitution de 1981 dite de Pinochet, révisée en 1989 et 1991.

Monnaie  : Le peso chilien divisé en 100 centavos.

Capitale  : Santiago du Chili, ville fondée le 12 février 1541.

Fête nationale  : 18 septembre (date de la proclamation de l'indépendance en 1810 ). Drapeau tricolore (bleu, blanc, rouge) adopté en 1817. Hymne : Cancion Nacional (1828).



(1) Le Chili fut une terre connue des autorités de l'Assomption. Le P. Picard, très pris par les événements qui se déroulèrent sur le sol français entre 1880 et 1900 et par leurs enjeux politico-ecclésiaux, ne put se rendre en Amérique du Sud, même s'il a correspondu personnellement avec l'archevêque de Santiago, Mgr Casanova, et qu'il se trouve personnellement à l'origine de cette mission lointaine. Par contre le P. Picard se rendit au moins à trois reprises en Orient, durant son généralat. Le P. Emmanuel Bailly fut le premier Supérieur général à se rendre en visite au Chili, imité par tous ses successeurs.

(2) Décret d'érection de la Province d'Amérique du Sud, daté du 10 juillet 1953 pour la demande et du 15 août 1953 pour la réponse positive : Bulletin Officiel de l'Assomption, décembre 1953, n° 2, vol. II, p. 37-38, p. 42-43. Voici la liste des Supérieurs provinciaux : P. Régis Escoubas (1953-1958), P. Joachim Duret (1959-1964), P. Dionisio Solano (1964-1969), P. Pedro Vargas (1969-1974), P. Julio Navarro Roman (1974-1983), P. Miguel Fuentealba (1983-1989), P. Julio Navarro Roman (1989-1995), P. Miguel Fuentealba (1995-2004), P. Edgardo Munoz Gutierrez (2004-2007). Avant 1953, le Chili faisait partie du Vicariat de Bordeaux pour l'Amérique latine couvrant le Chili, l'Argentine et le Brésil (secteur de Rio). Le P. Stéphane Chaboud fut le premier supérieur responsable de cette mission chilienne entre 1890 et 1898 ; le second, entre 1898 et 1901 fut le P. Thomas Darbois ; de 1901 à 1918, le responsable fut le P. Joseph Maubon, relevé de 1918 à 1923 par le P. Félicien Vandenkoornhuyse, ce dernier par le P. Jean de Dieu Danset. En 1923, la Province de Bordeaux prenait en charge officiellement le vicariat d'Amérique du Sud.

(3) Le P. d'Alzon avait déjà reçu une demande en 1873 de fonder à Arica, quand ce territoire appartenait encore au Pérou (à Iquique : Lettres d'Alzon, tome X, page 51). Le P. Joseph Maubon reçut pour sa part des demandes de fondation de la part des évêques de Iquique en 1904 et en 1912, d'Antofagasta en 1912 et de La Paz en Bolivie en 1914, pour prendre en charge le sanctuaire de Copacabana.

 

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