Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
BULGARIE
Fondation de l'Assomption en Bulgarie, 1862.L'envoi de religieux assomptionnistes en Bulgarie est lié à la proto-histoire missionnaire de l'Assomption(1), peu après celui similaire en Australie. Le 3 juin 1862, le Pape Pie IX (1792-1878) bénit 'les œuvres d'Orient et d'Occident' du P. d'Alzon en pèlerinage diocésain à Rome(2). Le P. Victorin Galabert (1830-1885) se porta volontaire pour ouvrir cette mission au chapitre de 1862 et il allait devenir l'artisan généreux d'une fondation qui n'avait rien de facile en une contrée encore mal connue. L'épisode de Mgr Joseph Sokolski (v. 1789-1879), archimandrite bulgare, chef des Bulgares-Unis, sacré évêque par Pie IX et mystérieusement enlevé ensuite, en juin 1861, par les orthodoxes russes pour être relégué dans un monastère où il finit ses jours oublié, était encore dans toutes les têtes et restait comme une épine dans le cœur du Saint-Père. Le P. Galabert débarqua à Constantinople le 20 décembre 1862 pour prendre de possibles directives auprès de Mgr Paolo Brunoni (1807-1877), alors vicaire apostolique patriarcal, dont relevaient les territoires bulgares encore sous le joug ottoman. L'année 1863 fut encore une année prospective avec le voyage sur place en février-avril du P. d'Alzon. Finalement, après réflexions et échanges, il fut convenu de constituer autour du P. Galabert une petite communauté à Philippopoli (Plovdiv), le 19 novembre 1863, avec l'arrivée ce jour des Frères Augustin Gallois et Jacques Chilier (1839-1896). Le 3 janvier 1864 fut inaugurée près de la petite cathédrale latine une école primaire baptisée Saint-André(3), du nom de l'évêque capucin, Andrea Canova ( ?-1866), premier vicaire apostolique latin de Sofia depuis 1848 qui accorda bien volontiers son autorisation et sa bienveillante sympathie aux Assomptionnistes. Tels furent les modestes débuts d'une présence qui ne s'est jamais démentie depuis, même aux plus tristes heures du communisme, entre 1946 et 1989(4). La Bulgarie fut également le berceau missionnaire des Oblates de l'Assomption, fondées expressément en 1865 pour la mission orientale, un terrain qui fut magnifique d'aventures et de dévouements(5). Elle a donné à l'Assomption en 2002 ses trois premiers bienheureux, les PP. Josaphat Schiskov, Pavel Djidjov et Kamen Vitchev. L'Assomption a donné à la Bulgarie deux évêques : Mgr Samuel Djoundrine (1920-1998), évêque de Roussé-Nicopoli de 1979 à 1995, et Mgr Méthode Stratiev (1916-2006), élu en 1963, sacré en 1965, exarque apostolique des Bulgarie pour les catholiques de rite byzantino-slave, d'abord coadjuteur de Mgr Kourtev, avec le titre de Diocletianopolis en Thrace, puis titulaire résident à Sofia, promu archevêque en 1993, démissionnaire en 1995.
Sources documentaires :
Journal du P. Galabert, édité en 2 tomes bilingues par le P. Charles Monsch, t. I (1862-1866), Sofia, 1998, 600 pages et t. II (1867-1869), Sofia, 2000, 350 pages. Alain Fleury, L'Assomption en Bulgarie , dans L'Aventure missionnaire assomptionniste , Paris, 2005, p. 113-122 ; Charles Monsch, La Fondation des Oblates de l'Assomption missionnaires en Bulgarie , dans L'Aventure missionnaire assomptionniste , Paris, 2005, p. 123-132. Site internet de la Mission d'Orient. L'Assomption et ses Oeuvres , printemps 1996, n° 665, p. 4-7 ; avril-juin 2002, n° 689, p. 4-25 ; juillet-septembre 2002, n°690, p. 12-25. Bulletin Missions des Augustins de l'Assomption . Journal catholique de Bulgarie : Agabar (journal de l'Eglise catholique).
Sous le joug ottoman et la dépendance du Phanar :
L'Empire ottoman demeurait encore au début du XIXème siècle le maître du monde arabe (moins le Maroc) et de la plus grande partie de l'Europe du Sud-Est, au sud de la Save et du Dniestr. Il restait une puissance, mais en déclin depuis la fin du XVIIIème siècle, qui ne faisait plus peur aux pays occidentaux riverains de la Méditerranée. Les frontières de l'Empire ottoman ne cessèrent de reculer lentement sous la double poussée des Russes et des Autrichiens. Cet état à la valeur militaire naguère redoutée, était tenue en piètre estime et Bonaparte n'hésita pas un instant à l'inquiéter et à l'affronter pour conquérir l'Egypte et même la Palestine entre 1798 et 1800. Malgré l'échec de la tentative, une fois devenu empereur, Napoléon voulut faire de la Sublime Porte un solide allié contre ses deux empires rivaux et ennemis héréditaires, Russie et Autriche, mais le pays était déchiré par des luttes intestines entre janissaires et partisans des réformes. Sélim III (1761-1808), Mustafa IV (1779-1808), Mahmoud II (1795-1839) se succédèrent, sans réussir à transformer leur immense empire en un Etat moderne. Le traité de Bucarest signé en mai 1812 entre Alexandre Ier et l'Empire ottoman laissa à la Russie toutes ses forces pour contrer Napoléon et lui conserva la Bessarabie. L'Egypte échappa à l'Empire sous la tutelle du pacha Méhémet-Ali (1769-1849). Quant aux populations chrétiennes d'Europe du Sud-Est, elles ne cessèrent d'être travaillées par des mouvements nationalistes. Au nombre d'elles, la Bulgarie ne put enregistrer son émancipation politique qu'en 1878, après la guerre de libération nationale de 1876-1878 conduite avec l'aide russe, entérinée au Congrès de Berlin, version révisée du traité de San Stefano (principauté de Bulgarie).
Le second aspect de l'émancipation bulgare concernait sa situation religieuse. Les provinces bulgares à grande majorité orthodoxe souffraient aussi de leur allégeance au siège grec du Phanar depuis la suppression du patriarcat d'Ochrida en 1767 qui avait pris naissance en 1393 et le rattachement de ses 17 éparchies : Castoria, Moliscos, Mogléna, Vodéna ou Slanitza, Stroumnitza, Vélès, Bitolia, Kitzava, Dibra, Ispateia et Mouzaneia, Belgrade (Bérat), Canina et Avlon, Sélasphoros et Corytza, Gkora et Mokra, Prespa, Sisanion, Grévéna. C'est dans ce contexte politico-religieux troublé qu'il faut comprendre la tentative d'union des Bulgares dits unis au siège de Rome dans les années 1860 et les revendications des Orthodoxes bulgares à obtenir une autorité spirituelle autocéphale et indépendante avec une hiérarchie nationale, de langue liturgique slavonne. Un compromis sembla trouvé en mars 1867 avec la création d'une double juridiction, l'une grecque, l'autre bulgare. En 1870 un firman turc établissait un exarchat bulgare avec siège à Istanbul, mais indépendant du Phanar, et avec 14 métropoles : Roustchouk, Silistrie, Choumla, Tirnovo, Sofia, Vratsa, Loftcha, Viddin, Nich, Nyssava, Kustendil, Samokof, Vélès et Varna. Ce fut le prélude au rétablissent d'un patriarcat bulgare à Sofia reconnu par Constantinople en 1945. Il regroupe de nos jours 12 diocèses en Bulgarie et 21 à l'étranger. La Bulgarie a accueilli le pape Jean Paul II sur son sol en mai 2002, voyage à l'occasion duquel il a béatifié à Plovdiv les trois martyrs assomptionnistes, tués en haine de la foi en novembre 1952. D'abord simple délégation apostolique créée en 1931, la Bulgarie a établi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège en décembre 1990. Les relations avaient été rompues en 1950. Le pays fait parti de l'union européenne depuis le 1 er janvier 2007.
Quant à la petite minorité catholique bulgare, elle connaît deux formes, l'une de rite latin avec aujourd'hui la langue liturgique en bulgare, et l'autre dit de rite byzantin, appelée aussi uniate, de langue slave. En voici l'organisation ecclésiastique :
NICOPOLI (siège latin à Roustchouk ou Ruscuk) : siège fondé avant 1789.
SOFIA et PLOVDIV : siège latin érigé en 1979 à Plovdiv, autrefois vicariat apostolique remontant avant 1758.
SOFIA (exarchat apostolique pour les Bulgares de rite byzantin) : remontant avant 1926.
Source documentaire :
Jean-Noël Grandhomme et Didier Rance, Catholiques de Bulgarie, Bibliothèque AED 2002, 327 pages dans Aide à l'Eglise en détresse (AED) collection « Témoins ». Bernard Holzer et Jean-Baptiste Michel, Les rideaux rouges de Sofia, Bayard Editions, 2003, 172 pages. Esprit et Vie, janvier 2007, n° 163, p. 38-39.
Fiche d'identité de la Bulgarie 1810.Population : La Bulgarie n'existe pas comme Etat en 1810. En 2006, le pays comptait 7 millions 707.000 habitants. Langue officielle : bulgare Superficie : la Bulgarie actuelle compte 110. 993 km2. La seule principauté de Bulgarie de 1878 comptait 63.970 km2 et deux millions d'habitants. Les Turcs désignaient le pays par le terme de Roumélie (roum signifiant romain). Divisions administratives : Bulgarie septentrionale (entre Danube et le Balkan), Roumélie orientale, au sud du Balkan, province turque jouissant d'une certaine autonomie sous un gouverneur chrétien nommé par le sultan. La Macédoine, revendiquée par les Grecs, les Bulgares et les Serbes, resta province turque à part entière jusqu'à son partage au temps des guerres balkaniques de 1912-1913. Bulgarie et Roumélie s'unirent en 1885. Ferdinand Ier prit le titre de tsar en 1908 et fit de la Bulgarie un royaume totalement indépendant de la Turquie. Pays subdivisé de nos jours en 28 oblasti. Régime politique : Monarchie constitutionnelle avec pour premier souverain de la 'petite' Bulgarie (Roumélie orientale) qui reste vassale de la Turquie, Alexandre Ier de Battenberg (1857-1893) qui abdiqua en août 1886. La Bulgarie devient République populaire le 15 septembre 1946, puis une République parlementaire en 1991. La Bulgarie est entrée dans l'Union européenne le 1 er janvier 2007. La loi sur les religions en 2002 donne à l'Eglise orthodoxe un statut d'Eglise officielle. Constitution : Constitution établie le 16 avril 1879. Constitution actuelle du 12 juillet 1991. Monnaie : le lev divisé en 100 stotinki. Capitale : Sofia est la capitale depuis 1879, mais de la seule province autonome de Roumélie orientale à cette date. Fêtes nationales : 3 mars, anniversaire de la libération du joug ottoman en 1878 ; 24 mai : fête des saints Cyrille et Méthode, inventeurs de la langue cyrillique. Le drapeau a été adopté le 22 novembre 1990. Hymne national : Mila Rodino. |
(1) Toute cette page de l'histoire de l'Assomption a été maintes fois décrite et reprise dans les publications de la Congrégation. Une des plus récentes descriptions en est donnée dans L'Anthologie alzonienne, Le Père Emmanuel d'Alzon par lui-même, t. I, Rome, 2003, pages 169-122 (chapitre 32). La démonstration du caractère notoirement épique qu'a revêtu l'écriture assomptionniste de cette fondation, a été apportée magistralement par Etienne Fouilloux dans son intervention au Colloque d'histoire de décembre 1980 : Emmanuel d'Alzon dans la société & l'Eglise du XIXe siècle, Paris, Le centurion, 1982, pages 199-230. Les Actes contiennent un autre article dû au P. Julian Walter, L'Apostolat des Assomptionnistes auprès des Bulgares, de 1862 à 1880, pages 180-198. Le P. Walter est également l'auteur du numéro 6 de la Série Centenaire 1980 : Les Assomptionnistes au Proche-Orient (1863-1980), Paris, 84 pages.
(2) On peut suivre les événements et leur répercussion chez le P. d'Alzon dans le tome IV de ses Lettres, Rome, 1992, tome, 437 pages.
(3) De cette petite école Saint -André de Plovdiv allait sortir le grand collège Saint-Augustin dont le professeur Alain Fleury a retracé l'aventure : Un collège français en Bulgarie (St Augustin, Plovdiv, 1884-1948), L'Harmattan, 2001, 259 pages.
(4) Et pourtant numériquement cette présence assomptionniste fut toujours modeste dans le pays, sans commune mesure en tout cas avec la notoriété et l'aura que la Congrégation a retirées de son expérience orientale bulgare. On compte au maximum 6 ou 7 lieux honorés par l'Assomption en Bulgarie au cours de l'histoire : Plovdiv (à partir de 1863 jusqu'à nos jours) ; Sofia entre 1881 et 1882 où un essai de fondation d'école ne dura pas ; Sliven qui fut le centre d'une mission paroissiale maintenue de 1904 à 1936 ; Yambol, siège d'une mission fondée en 1889 avec paroisses des deux rites, où l'Assomption créa aussi une école et un petit alumnat et où le P. Gorazd Kourtev (1920-2004) demeura pasteur jusque pendant la période communiste ; Varna où fut fondée la mission en 1897, créée une école en 1899 et développé le collège Saint-Michel qui dut être fermé en 1934. Mostratli ne fut qu'un petit poste de mission lancé sur les traces du fameux Pantéléïmon à partir de 1891 connu par son monastère de religieux unis de Souadjak, mais ravagé par la guerre balkanique de 1913 et abandonné après la première guerre mondiale. Une communauté assomptionniste a repris pied à Plovdiv en 1993-1994, dans des bâtiments restaurés pour la desserte de l'église Notre-Dame de l'Assomption et celle de Pokrovan, vers la frontière turque. Sur le plan de l'organisation juridique de la Congrégation, la Mission en Bulgarie a toujours relevé de la France, que ce soit au temps de la centralisation de l'Institut (1862-1876 ; 1880-1923), que ce soit au temps de la Province de Lyon (1923-1978), que ce soit au temps de l'actuelle Province unique de France (à partir de 1978). Seule exception, durant la brève époque de la Province d'Andrinople (1876-1880). La Mission en Bulgarie, entre 1923 et 1952, a fait partie du vicariat d'Orient.
(5) Les Oblates ont consacré à la mission en Bulgarie un livret détaillé sur leur histoire plus que centenaire dans le pays : Les Oblates de l'Assomption servantes de l'unité chez les Bulgares, Paris, 1980, 106 pages. Sur la communauté O.A. de Plovdiv, revenue sur les lieux en 1993 : L'Assomption et ses Œuvres, 2002, n° 689, pages 19-21.