Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
BRESIL
Fondation de l'Assomption au Brésil, 1935-1936.La fondation de l'Assomption au Brésil a une double origine, néerlandaise et française (Province de Bordeaux). Au départ, le P. Chérubin Artigue (1889-1964) est envoyé par son Provincial, le P. Michel Pruvost (1881-1967) pour fonder en Argentine un journal ou une revue La Cruz, selon la demande exprimée par le cardinal Santiago LuisCopello (1880-1967). Les projets changent et le Père se retrouve à Rio-de-Janeiro où le cardinal Sebastiao Leme Da Silveira Cintra (1882-1942) l'accueille favorablement et le charge de trouver un terrain en dehors du centre ville de la mégapole de l'époque pour y établir une chapelle publique. Il écrit lui-même avoir célébré une première messe à Rio le 21 novembre 1935, ce qui est une façon d'enregistrer une fondation(1). L'Assomption n'est pas une réalité inconnue au Brésil puisque les Religieuses ont fondé un grand collège réputé à Rio dès 1911. Sur place rejoignent le Père Artigue les PP. Adéodat Dugachard (1892-1988), Crispinus Krispijn (1904-1992) et Quirinus Thyssen (1894-1955). Vivant de petits travaux, les religieux dénichent un pied-à-terre indépendant au n° 223 rua Paissandu. Le P. Alexis Chauvin (1886-1941), nouveau supérieur arrivé en renfort, trouve les terrains nécessaires à la construction d'une grande église, dédiée à la Santissima Trindade, dans le quartier Flamengo. Une grande résidence annexe pour la communauté et les services paroissiaux est également bâtie. Le 28 août 1944, l'église est solennellement consacrée.
De son côté, la Province des Pays-Bas autorise en 1936 (2)la fondation d'une communauté à Alem Paraiba, dans le diocèse de Juiz de Fora, Etat de Minas Gerais, alors dirigé par Mgr Justin-Joseph de Sant'Anna (1878- ?). Le P. Quirinus Thyssen en est nommé le premier supérieur de la communauté et curé de l'église paroissiale San José ainsi que d'une desserte à Porto-Novo, située sur le territoire de cette même paroisse. Le presbytère du lieu est mis à la disposition de la communauté. Une autre implantation est réalisée à Joao Pessoa en 1939 (collège diocésain Pio Décimo) dans l'Etat de Paraiba, expérience éphémère puisque terminée en 1942, relevée en 1945 par la prise en charge du petit séminaire Sao José do RioPreto(3) dont le diocèse relève de Mgr Lafayette Libanio (1886-1979)(4). La fondation d'une communauté dans l'importante mégapole de Sao Paulo date de la fin de l'année 1947(5).
Ces deux structures assomptionnistes, autonomes, se développèrent grâce aux deux provinces-mères jusqu'à ce qu'un même souci des vocations autochtones favorisa leur rapprochement. Rio est devenue Région(6), les communautés hollandaises formèrent d'abord une région en 1947, puis un Vicariat du Brésil en 1952, enfin une Vice-Province du Brésil en 1958(7). Une fondation commune à Campinas(8) en 1982 en vue de la formation d'une Assomption brésilienne permet d'aboutir en mai 1999 à la création d'une Province du Brésil(9). Deux assomptionnistes ont été nommés évêques au Brésil : Mgr Arthur Horsthuis (1912-1979), religieux hollandais, évêque de Jalès de 1960 à 1968, et Mgr José-Géraldo Da Cruz, religieux brésilien, nommé évêque de Juazeiro, le 5 juin 2003. Sont également présentes au Brésil : les R.A. (1911), les P.S.A. (1949) et les O.A. (1965).
Sources documentaires :
Bulletins A Vice-Provincia Informa (1970-1993), puis U.N.A. (1993-2000) et Agostinianos da Assunçao. Paul Riou, Emmanuel Van Der Stappen, Francisco Le Marec, L'aventure missionnaire des Assomptionnistes en terres brésiliennes (1935-2000), dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 435-445 ; p. 447-463 ; p. 465-470. L'Assomption et ses Œuvres, octobre-décembre 2003, n° 695, p. 8-9.
Vers une indépendance en douceur :
L'intervention française dans la péninsule ibérique bouleverse les colonies d'Amérique. Le prince-régent de Portugal, le futur Jean VI (1767-1826) dès l'incapacité constatée en 1793 de sa mère Marie Ière de Bragance (1734-1816) devenue folle, devançant l'arrivée des troupes d'Andoche Junot (1771-1813) s'embarque pour le Brésil, le 25 novembre 1807, et installe sa cour à Rio. Cette habile mesure prépare l'indépendance en douceur du Brésil. Sept ans après le retour de Jean VI à Lisbonne, son fils, régent à Rio en 1821, proclame l'indépendance du Brésil à Ipiranga en 1822, à la tête d'une armée de libération nationale et en devient le premier empereur constitutionnel sous le nom de Pierre ou Pedro Ier (1798-1834). Jean VI, revenu au Portugal en 1821, proclamé roi du Portugal à la mort de sa mère en 1816, ne peut empêcher le fait. Il accorde en 1825 l'indépendance au Brésil dont son fils est devenu le souverain. Pierre Ier ne peut éviter la sécession de l'Uruguay et, en 1831, il abdique en faveur de son fils Pedro II (1825-1891). Le règne de Pedro II est marqué par un grand progrès économique du pays, malgré des guerres coûteuses contre l'Argentine (1851-1852) et le Paraguay (1866-1870). L'abolition de l'esclavage en 1888 conduit à une révolution de la part des riches planteurs de café contre la famille impériale qui est chassée du pays et transforme le pays en un Etat fédéral avec une constitution républicaine.
La carte ecclésiastique du Brésil :Le Brésil (nom provenant d'un bois abondant au XVIème, couleur de braise, utilisé pour teindre des tissus) est un pays immense, presque un continent à lui seul. L'évangélisation a commencé avec la découverte du pays à la fin du XVème siècle. Peu à peu s'est mise en place l'organisation des diocèses. La situation entre 1822-1830 était la suivante : SAN SALVADOR (Bahia) : évêché de 1551 OLINDA e RECIFE (Pernambuco) : évêché érigé en 1614 SAO SEBASTIAO DO RIO DE JANEIRO (Rio) : évêché de 1676 SAO LUIZ DO MARANHAO (Maranhao) : évêché érigé en 1677 BELEM DO PARA (Para) : évêché érigé en 1719 MARIANA (Minas Gerais) : évêché érigé en 1745 SAO PAULO (Sao Paulo) : évêché érigé en 1745 CUYUBA (Mato Grosso) : évêché érigé en 1746 GOYAZ (Goyaz) : évêché érigé en 1826. Par comparaison avec la situation ecclésiastique actuelle qui comprend au Brésil 41 archevêchés et au moins 228 évêchés, ce qui représente la plus nombreuse conférence épiscopale du monde (C.N.B.B.), avant l'Italie. Le pape Jean Paul II a rendu trois visites au Brésil en juin-juillet 1980, en octobre 1991 et en octobre 1997. Benoît XVI vient d'accomplir en mai 2007 son premier voyage pontifical au Brésil. Le Brésil reste le pays comptant le plus de catholiques au monde (73 % de la population), mais les sectes y prolifèrent. La Conférence épiscopale du pays, C.N.B.B., est numériquement la plus importante de la planète : elle appuie les mouvements sociaux à condition qu'ils ne recourent pas à la violence. Les assassinats de missionnaires engagés dans la pastorale sociale ne sont pas rares, ainsi celui de Sœur Dorothy Stang, le 12 février 2005. Des relations diplomatiques existent avec le Saint-Siège depuis 1816. Source documentaire : Didier Rance, Brésil dans Esprit et Vie, juillet 2005, n° 131, pages 38-39. |
Fiche d'identité du Brésil 1810.Population : En 1820, vers l'indépendance, la population du Brésil était estimée à 4 millions 500.000 habitants. En 2006, 188 millions ! La population est composite : des blancs, des métis, des mulâtres, des noirs, ces derniers introduits par la traite entre 1550 et 1850. Langue officielle : portugais Superficie : 8.547.403 km2, ce qui représente 50% du continent sud-américain Divisions administratives : De nos jours, 26 états et un district fédéral, siège de la capitale. Régime politique : Le Brésil, vice-royauté au temps de la colonisation portugaise, est devenu en 1815 un royaume, puis en 1821 un Empire constitutionnel et enfin en 1889 une république fédérale. Constitution : La première Constitution du pays date du 25 mars 1824 auquel est joint un Acte additionnel en 1834. La Constitution en cours date d'octobre 1988. Monnaie : le real divisé en 100 centavos. Capitale : au départ Bahia, puis en 1763 Rio de Janeiro jusqu'en 1960 date à laquelle est construite la capitale fédérale Brasilia. Fête nationale : le 7 septembre, en souvenir de l'année 1822 (alors qu'en 1889 le pays adopta le 14 juillet). Le drapeau a été adopté en 1889, choix encore confirmé en 1968. Hino Nacional Brasileiro. |
(1)La Lettre à la Dispersion de décembre 1935, n° 619, p. 553 enregistre bien cette nouvelle : « La fondation de la nouvelle maison de Rio de Janeiro (Brésil) a été approuvée par la Curie généralice le 14 décembre 1935. Le P. Adéodat Dugachard est nommé supérieur de cette maison ». La Circulaire n° 37 du P. Gervais Quenard, datée du 15 septembre 1935, mentionne pour sa part « qu'il est question aussi, en ce moment, de prendre pied au Brésil, en vue de pénétrer plus tard dans l'intérieur de cet immense pays » : Circulaires aux Religieux de l'Assomption 1923-1948, Paris, B.P., 1948, p. 208.
(2) La circulaire n° 38 du P. Gervais Quenard note : « Au Brésil, au moment même où Bordeaux établissait une résidence en la ville de Rio, Bruxelles fondait pour son compte une nouvelle Mission dans un Etat voisin, en la confiant plus spécialement à l'armée croissante de nos jeunes Hollandais » : o.c., p. 214.
(3) Fondation canonique approuvée par le Conseil général le 14 août 1946 : Bulletin Officiel de l'Assomption, décembre 1946, n° 1, p. 19.
(4) La période de la guerre 1939-1945 n'est pas favorable à la communication des nouvelles à l'intérieur de la Congrégation par bulletin. Mais les différentes Répartitions annuelles des Missionnaires (1940, 1941-1942, 1942-1943, 1943-1944, 1944-1945 enregistrent bien la diffusion de l'Assomption au Brésil. Pour cette dernière année citée, on trouve dans le cadre de la Province de Bordeaux à la mention Brésil : Rio-de-Janeiro, 141 rua Senador Vergueiro, 4 religieux (Artigue, Crispyn, Van den Lingen H. et Ambrosius Kox); et, dans le cadre du vicariat de Hollande, à la mention Brésil : Alem Parahyba (sic) Minas Gerais, Paroisse Sao José, deux religieux : P. Q. Thyssen et C. Van Herkhuyzen ; Rio Preto (Sao Paulo) Seminario N.S. de Paz, trois religieux : P. Ewald Berg, Amandus Geerts et Lambertus V. D. Leemput.
(5) « Le T.R.P. Général avec son Conseil a décidé, dans la province de Hollande, l'érection de trois Maisons de Sao Paulo, Itaquera et Fernandopolis (Brésil) le 24 juin 1948 ». Bulletin Officiel de l'Assomption, décembre 1948, n° 5, p. 126.
(6) C'est au Chapitre général de 1969 que le secteur de Rio obtint le statut de Région dans le cadre de la Province de Bordeaux : B.O.A, novembre 1970, n° 1, t. V, p. 24-26.
(8) Cette fondation est présentée de façon succincte dans le bulletin général de Rome : Informations, décembre 1984, n° 105, p. 4 au moyen de quelques questions (Qui ? D'Où ? Quoi ?). La même page précise que la Région de Rio a élaboré et décidé un projet de Région, dynamisé par l'option pour les pauvres, les jeunes et les vocations. Les Frères en formation ont déjà pris l'habitude de se rassembler, sans distinction des divisions de structures.
(9) La Province du Brésil compte en 2007 huit communautés sur trois Etats : deux à Sao Paulo (dont la maison provinciale), trois à Campinas dont deux de formation (Etat de Sao Paulo), une à Eugenopolis (paroisse et vocations, Etat de Minas Gerais), une à Espirito Santo do Pinhal (maison de repos, Etat de Sao Paulo) et une à Rio (paroisse, Etat de Rio). Les jeunes font de nos jours leur noviciat au Chili. Pinhal fut le lieu choisi en juillet 1957 pour devenir le grand centre vocationnel de l'Assomption brésilienne d'origine néeerlandaise avec construction d'une grande école apostolique tandis qu'un noviciat était érigé la même année 1957 à Eugenopolis.