Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1
Tour du monde assomptionniste en 41 pays
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
5. AUSTRALIE

Le P. d'Alzon a préparé dès le mois d'août 1859 l'envoi de religieux en Australie(1). Après sa rencontre avec Mgr James Quinn (1819-1881), il signe le 19 octobre 1860 une convention avec l'évêque, fixant le statut des missionnaires assomptionnistes dans le nouveau diocèse de Brisbane. Le 5 décembre, trois religieux qui avaient séjourné à Londres chez les Religieuses de l'Assomption, s'embarquent à Liverpool sur le Douglas Mac Kay en compagnie de Mgr Quinn : les PP. Eugène Cusse (1822-1866), Elphège Tissot (1801-1895) et le Frère François Gavete. Le bateau appareille le 7. Les premiers missionnaires débarquent le 10 mai 1861 à Brisbane, après cinq mois et demi de navigation, pour se mettre immédiatement aux ordres de Monseigneur, lequel malgré sa promesse, n'autorisa jamais une fondation assomptionniste autonome et canonique. Le P. Tissot a tenu un journal de bord sur tous les épisodes de cette traversée épique(2). Les religieux durent vivre isolés, mais ils firent sur place des prouesses de dynamisme, d'ingéniosité et de dévouement dans leur ministère pastoral, tout à la fois évangélisateurs, explorateurs, aventuriers et ethnologues. En octobre 1862, le P. Henri Brun (1821-1895) se rend à Dublin : il y attend le Frère Polycarpe Hudry (1834-1912) et tous deux s'embarquent le 11 décembre sur le Golden City qui lève l'ancre le 13. Le P. Brun est envoyé à Ipswich et le P. Tissot à Maryborough(3). Le P. Cusse pour sa part n'admet pas les procédés de Mgr Quinn et le quitte pour se mettre au service du diocèse de Sydney. Il est exclu de la Congrégation au chapitre général de 1862. En 1873, le P. Brun retourne en France où il va prendre la direction de l'alumnat du Vigan en 1874 avant d'être à nouveau un pionnier missionnaire, cette fois aux Etats-Unis. En 1875, c'est au tour du P. Tissot de rejoindre la métropole, ne laissant sur place que des regrets et mettant fin ainsi à une fondation qui n'a manqué ni d'objectif, ni de préparation, ni d'appel ecclésial ni de soutien (4). Lui a fait défaut une véritable approbation épiscopale : sous couleur de service pastoral, Mgr Quinn a utilisé des religieux en leur déniant toute réalité d'identité propre dans la réalisation de leur vocation communautaire.
Sources documentaires :
P. Austin Treamer, The Augustinians of the Assumption in Australia , 1983, pro manuscripto, 28 p.
Jean Paul Périer-Muzet, Anniversaires au bout d'un rêve et d'une réalité : L'Assomption et l'Australie, dans A.T.L.P., avril 1988, n° 55, p. 5-6.
Une colonie pénitentiaire anglaise
L'Australie n' est entrée dans l'histoire qu'à la fin du XVIIIème siècle, lors de la découverte progressive de ses côtes par des navigateurs européens, Portugais, Espagnols, Hollandais et Anglais. Cette terra incognita porta des noms divers : terra australis, terra Austriala, Nouvelle-Hollande. C'est le capitaine anglais James Cook (1728-1779) qui finalement en prit possession en 1770 au nom de l'Angleterre en lui donnant le nom de Nouvelles-Galles du Sud. Le navigateur anglais Matthew Flinders (1774-1814) reconnut le caractère insulaire de cette terre qu'il finit par nommer Australie, terme adopté au XIXème siècle. Elle devint l'arrière-cour de l'Empire britannique où Londres exporta ses forçats et leurs gardiens en y débarquant le 26 janvier 1788 les 736 premiers convicts, exutoire des geôles anglaises que les colonies américaines, en révolte ouverte depuis 1776, n'accueillaient plus. Cette vocation d'île pénitentiaire pour repris de justice anglais et opposants irlandais se poursuivit jusqu'en 1840. A la suite des revendications des colons libres demandant l'abrogation des établissements pénitentiaires, les colonies obtinrent un début d'autonomie (Australian Colony Act, 1850), puis se fédérèrent en Commonwealth d'Australie approuvé par le Parlement britannique en 1901. A partir de 1851, la ruée vers l'or dans la région de Bendigo avait attiré pionniers et aventuriers, quadruplant la population en vingt ans et facilitant la pénétration vers l'intérieur de l'île où s'étaient réfugiés les Aborigènes.
Une Eglise de souche irlandaise
L'établissement de l'Eglise catholique fut progressif comme dans toutes les terres de mission ; l'Eglise y fut établie pour encadrer les colons irlandais qui ont peuplé cette île, pays-continent, lieu de rédemption par le travail vaste comme les U.S.A. En 1799, la révolution d'Irlande amena en Australie quelques prêtres déportés, mais qui furent ensuite rapatriés, et de 1810 à 1817, le continent australien resta sans un seul prêtre. On en laissa partir deux en 1820 ; l'un alla à Hobartown, l'autre à Sydney où fut édifiée une modeste église à la Vierge. Le 29 juillet une loi décréta l'égalité de tous les cultes devant la loi. Des statistiques de 1845 font état d'une administration ecclésiastique catholique avec un évêque, 24 prêtres, un couvent, neuf églises terminées et six en construction, seize chapelles, 31 écoles, un séminaire et un journal pour une population catholique estimée à 40. 000 âmes. Par comparaison, l'Australie visitée par Paul VI en décembre 1970 regroupait alors 25% de la population des 13 millions d'habitants recensés, répartis entre 28 diocèses, aujourd'hui 31 au total. L'évangélisation n'a véritablement commencé sur l'île qu'à partir des années 1820. Le siège épiscopal de Brisbane où travaillèrent les Assomptionnistes, fut érigé en avril 1859, aujourd'hui archevêché (depuis 1887).
Le pape Paul VI (1897-1978) fut le premier pape de l'histoire à poser les pieds en Australie, lors de son voyage dans le Pacifique (novembre-décembre 1970). Jean Paul II l'imita à deux reprises, en novembre 1986 et en janvier 1995. Un premier lien de relations avec le Saint-Siège a été établi en avril 1914.
Fiche d'identité de l'Australie 1810.Population : Chiffre précis inconnu pour 1810 estimation à 10.000 colons et 300. 000 aborigènes répartis entre 500 tribus ; 250.000 colons en 1852 ; 400. 000 en 1850 ; 7 millions en 1939 ; 20 millions 406. 000 habitants en 2005. L'immigration en provenance des pays méditerranées, d'Europe centrale et de l'Asie du Sud-Est, est forte dans toute l'île. Langue officielle : anglais. Superficie et divisions administratives : 7.682.300 km2. L'Australie, la plus grande île du globe, constitue avec la Tasmanie une fédération de six Etats autonomes : Australie-Méridionale, Australie-Occidentale, Nouvelles-Galles-du-Sud, Quennsland, Tasmanie, Victoria. La capitale Canberra forme un territoire à part, de même le Territoire-du-Nord. Régime politique : Démocratie parlementaire, dominion membre du Commonwealth britannique avec référence à la monarchie constitutionnelle anglaise. Le pouvoir alterne entre le parti libéral et le parti travailliste. République depuis 2001. Une loi de 1993 reconnaît les droits fonciers des Aborigènes. Constitution : Constitution fédérale à partir de l'Australian Colonies Act de 1850 Monnaie : Dollar australien divisé en 100 cents. Capitale : Canberra, capitale fédérale fondée en 1913 qui remplaça Melbourne. Autres villes principales : Sydney, Brisbane, Perth, Adélaïde. Fête nationale : 26 janvier (Australia Day, commémorant l'arrivée de la 1 ère flotte anglaise à Sydney). Hymne : Advance Australia Fair, adopté en avril 1984. |
(2) Les Archives de la Congrégation à Rome (ACR) possèdent un exemplaire photocopié de ce journal de bord manuscrit du Père Tissot.
(3) Les noms de lieux de la mission assomptionniste en Australie sont présentés dans le tome XVII des Lettres du P. Emmanuel d'Alzon, Rome, 2005 : Australie, p. 33 ; Brisbane, p. 65 ; Ipswich, p. 150 ; Maryborough, p. 215 ; Sydney, p. 447 ; Toswoomba, p. 456.
(4) Le P. d'Alzon a déjà comme tiré un trait sur l'aventure missionnaire de l'Assomption en Australie dans son Instruction de clôture du Chapitre général de 1873 : « Si l'Australie est momentanément laissée de côté parce que certains engagements ne sont pas encore tenus, un bien réel se fait en Bulgarie… » : Ecrits Spirituels, page185-186. Sa lettre au P. Picard du 1er mars 1875 est sans équivoque : « … Je charge le P. Tissot de déclarer que je n'enverrai pas un seul sujet, tant que Mgr Quinn n'aura pas tenu ses promesses de quatorze ou quinze ans. Le P. Tissot croit que je dois faire des avances. Je les ferais avec un autre homme que Mgr Quinn ; avec lui c'est impossible » : Lettres d'Alzon, tome XI, p. 54.