Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 1

Tour du monde assomptionniste en 41 pays

Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)

4. ARGENTINE

Fondation de l'Assomption en Argentine, 1910.

Celui qui introduisit l'Assomption en Argentine fut le P. Romain Heitmann (1869-1941), qui fit un voyage dans ce pays en venant du Chili en 1910, envoyé par son Supérieur, le P. Joseph Maubon (1849-1932), pour rendre à une communauté de Petites Sœurs de l'Assomption le service d'aumônerie. Il quitta le Chili le 29 septembre 1910(1). La fondation est datée du 30 septembre 1910. A côté du P. Romain, il faut nommer comme pionniers les Pères Geoffroy Pierson (1884-1964), Antoine Silbermann (1858-1933), et Séraphin Protin (1876-1946). Tout en rendant ce service d'aumônerie aux Petites Sœurs de l'Assomption, arrivées en Argentine cette même année 1910, avec le soutien de quelques laïcs, ils cherchent à découvrir leur apostolat spécifique dans ce pays.

Deux prêtres argentins, les PP. Anzola et Yani, leur demandèrent de se charger en outre d'animer un petit centre religieux à peine naissant, établi dans une baraque de bois et de zinc, aux portes de la capitale Buenos Aires, dans la localité appelée Santos Lugares, appartenant à l'évêché de La Plata. Le 1 er mai 1911, Mgr Giovanni Nepomuceno Terrero Escalada (1850-1921), alors évêque de La Plata, autorise la fondation d'une communauté dans ce lieu. A la suite d'une promesse faite à Notre-Dame de Lourdes, pour obtenir la guérison d'un confrère, le P. Raphaël Doassans (1873-1953), la communauté décide la construction d'une Grotte semblable à celle de Lourdes en France. Le P. Silbermann commença aussi la construction d'une église qui sera érigée en paroisse le 31 juillet 1920. Le 11 octobre 1922 fut posée la pierre de fondation de la splendide basilique actuelle. De Santos Lugares, le P. Romain passe en 1914 à Belgrano, quartier dans la ville de Buenos-Aires, où Mme Anchorena avait fait bâtir une belle église dédiée à Notre-Dame de la Merci, qui va être érigée en paroisse le 24 septembre 1914. Une école gratuite pour les enfants du quartier est ouverte le 8 mars 1916, embryon du futur Colegio Manuel d'Alzon. A partir de cette communauté et ensuite d'une troisième établie à rue Lavalle n° 1664, à la tête de laquelle se trouva le P. Séraphin Protin, les Assomptionnistes développent un large apostolat et exercent une assez grande influence sur la classe dirigeante, introduisant notamment le Mouvement du Noël.

Telle fut la porte d'entrée de l'Assomption dans ce pays(2) qui accueillit par la suite la famille des Orantes au XXème siècle. Sont présentes en Argentine les familles religieuses de l'Assomption, P.S.A. depuis 1910, R.A depuis 1938 et Ora depuis 1959.

Sources documentaires :

P. Roberto Favre, Histoire des Assomptionnistes en Argentine, dans L'Aventure missionnaire assomptionniste, Paris, 2005, p. 471-481. P. François de Paul Blachère, Génesis de la Asuncion Argentina' (Assomptionnistes, 80 ans au service de l'Eglise d'Argentine), reprise faite en 1990 pour accompagner les célébrations du Centenaire de l'Assomption au Chili. Le P. Roberto Favre travaille depuis des années à donner une véritable somme de l'histoire de l'Assomption en Argentine.

Argentine, année 1810.

La voie de l'indépendance :

A la fin du XVIIIème siècle, l'empire espagnol d'Amérique se divisait en quatre vice-royautés : la Nouvelle-Espagne (Mexico), la Nouvelle-Grenade (Santa Fe de Bogota), le Pérou (Lima) et La Plata (Buenos Aires). La hiérarchie sociale est fortement définie : les fonctionnaires espagnols, les Créoles constitués de grands propriétaires terriens, les Métis cadres des plantations et du commerce, les Indiens autochtones qui forment la masse rurale et, au bas de l'échelle, les esclaves noirs (beaucoup moins nombreux que dans les autres régions) importés d'Afrique par le commerce triangulaire. La première forme d'émancipation de ces territoires colonisés se trouve dans le commerce de contrebande ; ce dernier qui véhicula aussi des idées libérales importées d'Europe, fut une des circonstances qui alimenta le rêve d'indépendance. Ce rêve d'indépendance des créoles se nourrit des idées de la Révoloution française de 1789 et de l'insurrection des colonies anglaises d'Amérique du Nord.

En 1795, l'Espagne se range du côté de la France par le traité de Bâle. L'AmériqueduSud est alors coupée de la métropole par la flotte anglaise. Les ports s'ouvrent alors aux navires neutres. La fièvre d'indépendance locale est attisée par l'Angleterre qui entend tirer parti de la situation : Francisco Miranda (1756-1816) qui a connu Charles-François Dumouriez (1739-1823) à Valmy (1792) et a servi à Neerwinden (1793), tente avec Simon Bolivar (1783-1830) de soulever le Venezuela en 1810. Les Anglais occupent en 1806 Buenos Aires mais ils en sont expulsés par Jacques de Liniers, marin de nationalité française résidant à Buenos Aires au service de la couronne espagnole, au jeu très personnel. Des milices locales improvisées se forment. En 1810, une Junte de gouvernement insurrectionnel, intégrée par des Créoles et quelques espagnols qui prétendent rester fidèles à Ferdinand VII prisonnier à Bayonne, chasse même le vice-roi. Le Congrès de Tucuman proclame l'indépendance (9 juillet 1816) des 'Provinces unies du Sud' (Rio de La Plata). Douze prêtres dont deux religieux, d'un total de 29 députés, sont présents, attestant l'implication du clergé dans le mouvement général d'émancipation. Une fois proclamée l'indépendance des Provinces Unies, José de San Martin (1778-1850) traverse avec ses troupes la Cordillère des Andes en 1817 et assure l'indépendance du Chili (1818) et du Pérou (1821). Mais le rêve des indépendantistes de créer une fédération d'Etats Unis d'Amérique du Sud vole en éclats, laissant place à une vingtaine d'Etats en proie à une grande instabilité politique. Au Congrès de Tucuman, c'est un prêtre, Antonio Saenz (1780-1825) qui rédige le manifeste dirigé aux nations proclamant la fin de la domination espagnole en Amérique (1817) et un autre prêtre, Valentin Gomez (1774-1833), qui est désigné comme Ministre extraordinaire des Affaires étrangères pour faire reconnaître l'indépendance des Provinces Unies en Europe et au Brésil. Cette participation active du clergé au moment de l'indépendance n'empêcha pas l'Argentine quelques années plus tard de promulguer de nombreuses lois libérales hostiles au catholicisme. Le président Julio A. Roca (1843-1914) expulsa en 1884 le Délégué Apostolique et les relations avec le Saint-Siège restent interrompues jusqu'en 1900. Jean Paul II fut le premier pape de l'histoire à se rendre en Argentine, par deux fois, en juin 1982 et en avril 1987.

La carte ecclésiastique de l'Argentine :

Les premiers diocèses argentins datent de l'ère coloniale. Peu à peu, par division de territoires immenses, s'organisa la carte ecclésiastique plus ou moins en concordance avec l'administration civile pour donner un archevêché et onze évêchés.

BUENOS AIRES  : archevêché en 1866 à partir de l'évêché fondé en 1620.

CATAMARCA  : évêché créé en 1910.

CORDOBA  : ancien siège de Tucuman érigé en 1570, le deuxième du pays, érigé en métropole en 1934.

CORRIENTES  : évêché érigé en 1910, devenu métropole en 1961.

LA PLATA ou RIO DE LA PLATA  : premier évêché argentin fondé en 1547. Métropole en 1934.

MENDOZA  : évêché fondé en 1934, érigé en métropole en 1961.

PARANA  : évêché érigé en 1859, devenu métropole en 1934 .

SALTA  : quatrième évêché historique du pays, fondé en 1806, érigé en métropole en 1934.

SAN JUAN DE CUYO  : évêché créé en 1834, érigé en métropole en 1934.

SANTA-FE DE LA VERA CRUZ  : autrefois évêché de Santa Fe érigé en 1897, devenu métropole en 1934, avec nouveau nom en 1992.

SANTIAGO DEL ESTERO  : évêché créé en 1907.

TUCUMAN  : évêché érigé en 1897, devenu métropole en 1957.

Cette organisation s'est étoffée au cours du temps. On compte de nos jours en Argentine 13 archevêchés-métropoles (Bahia Blanca, Buenos Aires, Cordoba, Corrientes, La Plata, Mendoza, Parana, Resistencia, Rosario, Salta, San Juan de Cuyo et Tucuman) au sens territorial et au moins 51 évêchés, sans compter des prélatures et des exarchats pour les rites non-latins.


Fiche d'identité de l'Argentine 1810.

Population  : Chiffre inconnu pour 1810, estimation de 300. 000 habitants ; 4, 5 millions en 1900 ; 17, 2 en 1950 ; 39 millions 921. 000 en 2006. Population formée à partir de l'émigration européenne, surtout espagnole et italienne. On dit en Argentine : « Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas et les Argentins du bateau ».

Superficie  et divisions administratives : 2 778 417 km2. L'Argentine est divisée en 23 provinces et un district fédéral. Pays frontaliers : Chili, Paraguay, Brésil, Bolivie, Brésil et Uruguay.

Régime politique  : République de type démocratie présidentielle, au XIXème siècle alternance de périodes de dictature centralisatrice (unitaires) et de régime plus décentralisé de caudillos défenseurs des particularismes provinciaux.

Langue  : espagnol.

Constitution  : Constitution fédérale de la République argentine établie en 1853 au Congrès de Santa Fe, révisée en 1994 et 1997. Etat fédéral.

Monnaie  : Peso argentin.

Capitale  : Buenos Aires, ville fondée en 1580 à partir d'un fortin espagnol de 1536 auquel on donna le nom de la Vierge du Bon Air, patronne des marins de Séville (Puerto de Santa Maria del Buen Aire). Adoption d'un drapeau national en 1812, en 1813 de l'hymne et de l'écu nationaux.

Fêtes nationales  : 25 mai, anniversaire de la Révolution de 1800 ; 20 juin, journée du drapeau ; 9 juillet, fête de l'indépendance ; 17 août, anniversaire de la mort de San Martin. Hymne national : Himno Nacional Argentino.



(1) On trouve la première mention de l'Argentine dans un texte officiel de l'Assomption dans l'Allocution de clôture du Chapitre général de 1912, tenu à Limpertsberg, due au P. Emmanuel Bailly : Circulaires Bailly, tome II, B.P., pages 177, 178 (Circulaire n° 70) : « Les nouvelles fondations ou essais de fondations sont, depuis ces six derniers années :… une paroisse à Santos Lugares, aux portes de Buenos-Ayres (sic) ». Une première chronique de cette mission a été donnée dans L'Assomption, Echos du noviciat exilé, septembre 1911, n° 176, page 125 (En Argentine) et une seconde dans la même revue, juillet 1912, n° 186, pages 109-110 (Echos de partout). Le premier Supérieur Général en titre à se rendre en Argentine fut le P. Gervais Quenard, lors de son voyage en bateau en octobre 1925-janvier 1926 qui le conduisit du Canada jusqu'au Chili. Il célébra de chaudes fêtes de Noël à Buenos-Aires, inaugura la crypte de Santos Lugares et bénit la première pierre du sanctuaire dédié à Sainte-Thérèse à Belgrano : P. J. Girard-Reydet, Le Père Gervais Quenard 1875-1961, Supérieur général des Assomptionnistes, Paris, B.P., 1967, p. 175-176.

(2) L'Argentine devint région en 1969 dans le cadre de la Province du Chili, dont les statuts ont été publiés dans le Bulletin Officiel de l'Assomption, novembre 1970, n° 1, vol. V, p. 96-99. Il y eut au cours du temps trois communautés à Buenos Aires : celle de Belgrano fondée en 1914 autour de la basilique, celle de Santos Lugares et celle de la paroisse Saint-Martin de Tours, ouverte dès les débuts et remise au diocèse en 1979/1980. Diverses œuvres ont fleuri dont des écoles et collèges : San Roman (1916), d'Alzon (1916), Sainte Thérèse, œuvres scolaires dues à l'initiative du P. Romain Heitmann. En 1952, fut ouvert un alumnat à Olivos, déjà approuvé par l'évêque en janvier 1951, quitté en 1971. La chapelle Nuestra Senora de la Unidad à Olivos rappelle le souvenir des deux frères argentins disparus en juin 1976. Une communauté pour l'accueil de jeunes a été constituée en 1993 à Mendoza.

 

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