Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 2
IL Y A 200 ANS - ANNEE 1810
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Le souvenir du P. d’Alzon il y a cent ans, en 1910
A un siècle de distance, il est intéressant de se rappeler comment était honorée la mémoire du P. d’Alzon pour le centenaire de sa naissance en 1910, l’année même où est décédé le dernier descendant direct de sa proche famille, son neveu Jean de Puységur (1841-1910). Depuis 1901, la Congrégation avait dû quitter le sol français, à part quelques religieux isolés vivant dans des appartements parisiens pour les besoins de la Bonne Presse, mais elle avait ainsi renforcé sa première expansion internationale en Orient (Bulgarie, Turquie, Russie), en Europe (Angleterre, Pays-Bas, Belgique, Italie, Espagne, Suisse) et en Amérique (Chili, U.S.A., Argentine).
Le bullletin L’Assomption, Echos du noviciat exilé, du mois d’août 1910 ( n° 364), pages 116-118, consacre au P. d’Alzon un premier article non signé(1) intitulé La Floraison d’un centenaire que nous reproduisons intégralement, car très évocateur de la mémoire entretenue du Fondateur et des mentalités de l’époque :
« En l’année 1809, une fille de sainte Jeanne de Chantal, étendue sous le voile mortuaire, prononçait ses vœux de religion, dans un couvent de la Visitation à Paris. Le couvent avait été fondé et bâti par la munificence d’une noble famille des Cévennes, qui demandait en vain un hériter de sa gloire et de son nom. Un premier fils était mort en naissant(2). On perdait espoir. Les saintes religieuses, dont la reconnaissance soutenait les prières, voulaient faire violence au ciel ; elles se souvinrent qu’une nouvelle épouse de Jésus-Christ, au jour de son immolation absolue, peut tout sur le cœur de son Divin Epoux, et la Supérieure proposa à une jeune novice de demander à Notre-Seigneur, en échange de son holocauste, l’enfant si désiré. La jeune religieuse le promit et le fit.
Dès lors, dame Jeanne-Clémence de Faventine[s] Montredon, épouse du vicomte Henri Daudé d’Alzon, conçut l’espoir de devenir mère. Neuf mois plus tard, dans l’octave de Saint-Augustin, le 30 août 1810, on voyait le noble vicomte, préoccupé du dénouement, se promener en priant Dieu sous les beaux marronniers qui ombragent la vaste et princière maison des Faventine[s], au Vigan ; tout à coup, on l’appelle : il rentre précipitamment dans les appartements.
‘Monsieur le vicomte, vous avez un fils !’, lui dit-on. Aussitôt, le père reçoit l’enfant dans ses bras, lève les yeux au ciel, et, avec les accents d’une inspiration prophétique, il rend grâces à Dieu en s’écriant : ‘Benedictus qui venit in nomine Domini : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !’(3).
C’est en ces termes que le T.R.P. Emmanuel Bailly, Supérieur général des Augustins de l’Assomption, raconte la naissance de ‘l’un des plus grands ouvriers de l’Eglise de Jésus-Christ, de l’un des hommes les plus considérables de la société contemporaine’, dont l’année 1910 amène le centenaire(4).
A distance, en présence de la floraison merveilleuse des œuvres de cet apôtre fécond, il nous est donné de comprendre quelles bénédictions Dieu avait renfermées dans cette naissance.
Exiit qui seminat seminare semen suum. Le divin Créateur, depuis l’origine du monde, jette la semence à pleines mains. Parmi les graines confiées à la terre, les unes ne lèvent jamais, d’autres lèvent, mais les plantes sèchent sur leurs tiges naissantes, le tout petit nombre donne des végétaux adultes, prêts à obéir à la parole créatrice : Croissez et multipliez-vous ! Mais quelle différence d’une graine à l’autre ! Considérez, dit le Sauveur, le grain de sénevé qui est la plus petite des semences, et lorsqu’elle a germé, elle est la plus grande des plantes ; elle devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel nichent dans son feuillage.
Les signes prophétiques qui entourèrent le berceau d’Emmannuel d’Alzon et accompagnèrent ses premières années montrèrent en lui un héros appelé à de grandes destinées(5).
Lentement, le dessein providentiel de Dieu, en suscitant un tel apôtre à son Eglise, se fit connaître dans un rayonnement croissant de fécondité.
Certaines plantes croissent jusqu’à ce qu’elles portent leurs premiers fruits, et bientôt, tandis que les nouvelles plantes lèvent tout autour de la plante-mère, celle-ci languit et meurt. Elle paraît dire un dernier adieu aux enfants qui la suivent, et c’est dans la paix qu’elle exhale son dernier souffle de vie. Autour de sa tige desséchée, surgit tout un peuple qui remplira des pays entiers(6).
Ce fut la destinée du P. d’Alzon. Pas une œuvre de l’Assomption, soit dans la piété, soit dans l’enseignement, soit dans l’action sociale, n’existe sans qu’il en ait laissé tomber le germe(7). D’un grand nombre il a vu les premières pousses ; d’autres naissent à peine aujourd’hui, mais sont sorties de sa pensée, de son cœur(8).
La Congrégation des Augustins de l’Assomption avec ses membres affiliés, la Congrégation des Dames de l’Assomption, celles des Petites-Sœurs de l’Assomption, celle des Oblates de l’Assomption(9), celle des Orantes de l’Assomption, les pépinières de vocationscomme les Alumnats, tout cela constitue sa véritable descendance, sa famille. Avec quel soin jaloux il voulait en préparer les membres !
‘Nous avons à préparer les membres de la Congrégation, pris, s’il est possible, dès l’enfance. Cette pensée, qui fut celle du Concile de Trente, quand il fut question de la transformation du clergé, en ces temps douloureux, est évidemment encouragée par un semblable précédent. Nous recevrons dans nos Alumnats, dès la première adolescence, tous les enfants que nos industries ou la charité des fidèles nous permettront d’accueillir ; et qu’ils seraient nombreux, ces enfants prédestinés, si les ressources étaient aussi fécondes que leurs vocations ! Enfin, comptant sur la Providence, nous avons commencé ; et Dieu nous a bénis, et, par de premiers succès, semble nous inviter à poursuivre. Nous poursuivrons et nous pourrons ainsi ajouter nos enfants à ceux qui, de divers points et de divers âges, viendront frapper à notre porte et demander place à notre foyer. Nous les introduirons tous, avec des soins divers, dans la maison d’épreuve : et ceux qui, avant de venir à nous, ont voulu se donner la jouissance, amère quelquefois, de savoir ce qu’est une tempête, hélas ! et aussi un naufrage, et ceux qui, jaloux d’être un peu plus les jeunes frères des anges, n’ont pas cru nécessaire d’aller ternir dans le monde la blancheur de leur robe, au risque de savourer plus tard un pain détrempé des larmes de la pénitence. La formation des uns et des autres deviendra chaque jour plus forte, plus suivie, plus attentive, plus sévère. L’expérience nous a avertis ; nous voulons profiter de ses tristes leçons : nous sommes encore aujourd’hui une famille, demain nous serons un peuple ; cette transformation exige la surveillance la plus énergique. Elle sera heureuse, n’en doutons pas, mais à la condition de s’accomplir comme s’accomplissent les vrais développements généreux ‘(10).
L’œuvre des pèlerinages nationaux inaugurés par lui à Rome(11), puis conduits par le P. Picard, de son vivant, à Notre-Dame de la Salette, Lourdes, Paray-le-Monial, et, après sa mort, à Jérusalem, lui faisait dire en 1873 : ‘L’Eglise, par les pieux voyages de ses fils, reprend possession du sol public et du grand air ; nous nous affirmons en plein jour. Des chrétiens qui s’affirment sont bien prêts d’être des chrétiens triomphants. Car, remarquez-le, les malheurs de la France semblent avoir donné aux catholiques le privilège de n’avoir besoin pour vaincre que de se montrer. Or, nous nous sommes montrés à Paris, à Lyon, à Lourdes, à La Salette, à Marseille et en tant d’autres lieux trop longs à énumérer. Nous nous sommes montrés à Grenoble pour recevoir des insultes ; mais les insultes et les contradictions ont aussi leur valeur pour des chrétiens ; ne l’oublions jamais’(12).
Ne faut-il pas voir le pressentiment d’un retour non seulement au vrai culte liturgique dont il fut un des plus ardents initiateurs, mais encore à la pratique primitive de la communion quotidienne, le pressentiment aussi des manifestations éclatantes de la dévotion à l’auguste sacrement de nos autels par les Congrès eucharistiques(13) auxquels le nom de l’Assomption se trouve inséparablement lié, dans ces paroles que l’on peut appeler prophétiques : ‘Après avoir affirmé notre foi par ces courses purificatrices, après avoir proclamé notre droit de pouvoirsortir de la sacristie, ne conviendra-t-il pas de rentrer bientôt dans le sanctuaire pour offrir de plus nombreuses adorations au Dieu qui l’habite et le vivifie ? Le culte de Jésus-Christ au Saint-Sacrement, les adorations nocturnes, les fréquentes communions, ne sont-ce pas des pratiques auxquelles il faut revenir, parce qu’elles ramènent les âmes affaiblies, épuisées, au centre même de l’Eglise, au principe divin de sa vie sur la terre ?(14)’.
Les oeuvres de presse, hardies entre toutes, sont les filles de sa pensée et de son initiative. S’il n’en a pas vu l’accroissement providentiel et le succès inespéré, grandissant de jour en jour, il en a été le prophète. Dès 1844, le Père exprimait la pensée que la presse étant l’arme la plus puissante au service du mal, devait être mise au service de Dieu. Et, peu après, en 1848, il écrivait : ‘Tôt ou tard, il faudra que l’Assomption ait une feuille à elle, dans laquelle nous puissions exprimer notre pensée quand nous le croirons utile(15)’. Après la Revue de l’enseignement chrétien, après le premier Pèlerin, ce fut la Croix mensuelle, que le Père, la dernière année de sa vie, eut la joie de voir paraître et dans laquelle il dit sa pensée en des articles remarquables par la franchise apostolique, la vigueur, la pénétration des vrais besoins de l’Eglise de France, et nous l’espérons fermement, l’intuition prophétique de sa merveilleuse rénovation.
L’œuvre apostolique des Missions, qui prend à l’Assomption une si grande place, et à laquelle Dieu a donné, par étapes, un développement prodigieux, commença, à l’Assomption, par un acte d’obéissance du P. d’Alzon à Pie IX(16). Le 1 er août 1862, à la distribution des prix, présidée par Mgr Plantier, au collège de l’Assomption, le Père d’Alzon disait :
‘Lorsque j’arrivai à Rome, il y a bientôt trois mois, je ne me doutais certainement pas que, parmi les ouvriers sur lesquels le Pape devait jeter les yeux, pour ramener certaines populations de l’empire turc à l’unité, se trouveraient les membres de notre très humble et très modeste Congrégation. J’aperçois dans cet auditoire plus d’un membre de cette caravane de Nîmes qu’on a honorée de tant de sympathique bienveillance et de tant de bruit. Si vous les interrogiez sur les plus heureux moments de leur magnifique pèlerinage, ils vous assureraient qu’une des plus belles heures qu’ils ont passées à Rome a été celle où, admis au Vatican, ils virent Pie IX récompenser, par les témoignages les plus affectueux, notre vaillant et glorieux chef de son zèle à défendre les droits du Saint-Siège. Devinant, par son propre cœur le cœur de notre évêque, le Pape semblait vouloir multiplier sa joie par tout ce qu’il manifestait de tendre et de paternel pour chacun d’entre nous.
Tous, nous pûmes recueillir des paroles pleines de bonté. Pour moi, j’entendis le Souverain Pontife bénir ce qu’il appelait mes œuvres d’Orient et d’Occident. Le sentiment indicible que j’éprouvai alors devait pourtant être surpassé par celui que je ressentis, quelques heures plus tard, en me voyant appelé à une audience particulière que je n’aurais osé solliciter du Souverain Pontife, au milieu de son immense surcroît de travail. Le Pape voulut bien me parler de l’Orient. Ce qui se passa dans les précieux instants qui me furent accordés, le respect, vous le comprenez, m’empêche de le répéter ; mais j’emportai le droit, je dirai presque la mission, d’étudier cette question si grave du retour à la foi des populations orientales, et de chercher, avec l’aide de plusieurs personnages éminents, quels seraient les moyens à prendre pour atteindre le but indiqué’(17).
L’année suivante, après avoir fait en Orient un séjour de trois mois, le Père parlait de son dessein d’envoyer des missionnaires. Il ajoutait :
‘Et tout cela est peu encore ; une œuvre plus féconde doit être tentée. Envoyer des missionnaires et des religieuses est chose excellente, mais c’est chose de transition ; l’important est d’avoir un clergé indigène, et je suis fier, je l’avoue, que le Souverain Pontife ait bien voulu me laisser le soin de concourir à en préparer un par la fondation d’un Séminaire. Je voudrais établir une maison d’études ecclésiastiques près des lieux illustrés par les persécutions de saint Jean Chrysostome, et de la place où furent les ruines du temple qui abrita le Concile de Chalcédoine, cette assemblée qui proclamait si haut les prérogatives des Pontifes romains, comme une protestation anticipée de l’Orient contre le schisme de Photius. Constantinople et ses environs offrent de ces merveilleuses situations, où les souvenirs semblent jaillir de terre. Un séminaire patriarcal, où des Bulgares et des Grecs pourraient former, avec la bénédiction des Souverains Pontifes, un noyau fécond, et où, tout en resserrant le lien de l’unité avec le centre romain, ils s’exerceraient à se suffire à eux-mêmes, ne serait-ce pas le moyen le plus puissant de prouver à ces populations, jalouses de leur rite, qu’on veut leur conserver soigneusement le symbole le plus précieux de leur nationalité et les préparer à vivre de leur propre vie, dès qu’elles auront un nombre suffisant de prêtres vertueux et instruits ?(18)’.
Après la mission d’Orient, tandis que le Père reposait dans la tombe : Amodo jam dicit Spiritus, ut requiescat a laboribus suis, vint la mission du Chili, puis celle de l’Amérique du Nord, puis celle de l’Angleterre(19). Les fils du P. d’Alzon sont répandus aujourd’hui dans le monde entier.
Nous reviendrons sur ce centenaire. L’Assomption(20) donnera un peu plus tard des renseignements plus complets qui feront mieux connaître l’œuvre immense de ce grand ouvrier de Dieu. C’est par le souffle divin qui l’animait qu’il a fait toutes ces choses. Emitte spiritum tuum et creabuntur. Ceux qui l’ont bien connu l’ont compris.
Rien n’est plus doux pour nos cœurs de fils que de lire des lignes comme les suivantes, écrites par un illustre prélat qui devait devenir bientôt un prince de l’Eglise. Mgr Bourret, évêque de Rodez, écrivait au P. Picard le 2 décembre 1880, peu de jours après la mort du P. d’Alzon :
‘Le P. d’Alzon n’était pas un homme ordinaire. Nature ardente et généreuse, il faisait partie de ces quelques hommes qui, au prix de leur paix, de leur tranquillité et même de leur avenir humain, avaient essayé de ramener l’Eglise de France vers Rome et qui y ont réussi. Ils ont été traités d’imprudents, d’emportés, de gens capables de tout perdre ; et ce sont eux, au contraire, qui ont tout gagné, qui, par leur soit-disant exagération, ont ramené les autres à la vérité. Lui, Dom Guéranger, Mgr Parisis et quelques autres n’ont pas été, à la vérité, des opportunistes, mais ils ont amené, en définitive, une réaction salutaire dans les idées dont nous bénéficions tous aujourd’hui.
C’étaient des zouaves peut-être, des enfants perdus, disait-on au début ; mais, en définitive, ils ont tracé le chemin de la véritable orthodoxie, tué les derniers restes du jansénisme et du gallicanisme en France, ramené la véritable liturgie dans nos églises, l’esprit chrétien dans les études, préparé le Concile du Vatican, et, en somme, largement participé à ce mouvement d’unité qui fait notre force en ce moment.
A tous ces titres, la mort du P. d’Alzon est un deuil général pour toute l’Eglise de France, mais elle est aussi une consolation pour elle et pour vous. Ne semble-t-il pas, en effet, qu’il soit parti comme un ambassadeur zélé pour aller plaider la cause de l’Eglise et celle de ses fils spirituels devant le trône de Dieu, au moment où les attaques de l’impiété cherchent à abattre ce grand arbre dont il a fait germer sur la terre de Languedoc un nouveau et puissant rameau ? Consolez-vous donc, mes Pères, dans ces fortifiantes et chrétiennes pensées, et continuez avec zèle l’œuvre de votre Père, pendant que du haut du ciel il vous bénira et vous protégera’.
En 1910, la Congrégation ne disposait guère d’écrits imprimés du Fondateur : la connaissance du P. d’Alzon était encore entretenue largement par la tradition orale. Nombre de religieux l’avaient connu dans leur jeunesse, ainsi les PP. Bailly, Joseph Maubon, Germer-Durand, Matthieu Lombard, Marie-Joseph Novier, Félix Ranc, Augustin Nègre, Ernest Baudouy, Edmond Bouvy et d’autres qui apportèrent encore leur témoignage vivant en 1930, lors de l’audition nécessaire pour le procès informatif diocésain (ouverture de la Cause du P. d’Alzon).
D’ailleurs en 1910 encore, les écrits conservés du P. d’Alzon n’étaient pas pour la plupart d’entre eux imprimés, beaucoup restaient à l’état de manuscrits dont des textes majeurs comme les Circulaires (édition 1912), les Lettres(21) (éditées entre 1923 et 2003), les Méditations sur la perfection religieuse (édition 1925), les Instructions aux Tertiaires (édition 1930), les Instructions du Samedi (édition 1932). On connaissait seulement sous une forme imprimée le Directoire (édité par les soins du P. Picard), les Constitutions (version non encore approuvée par Rome),une sélection : Méditations pour une retraite (édition 1898), les Méditations aux Augustins de l’Assomption (édition 1903). Les articles écrits par le P. d’Alzon de son vivant dans de nombreuses revues(22) n’avaient pas de diffusion renouvelée, encore moins de traduction en différentes langues. Ce sont les démarches entreprises au lendemain du cinquantenaire de la mort du P. d’Alzon (1930) en vue de l’introduction de sa Cause qui ont permis de recueillir tous ses écrits conservés (environ 15. 000 pages format in-8°, soit 30 volumes) et d’en envisager une publication imprimée, par catégorie, genre ou titre, ceci progressivement. Les Ecrits spirituels, sélection des écrits du P. d’Alzon, ne parurent qu’en 1956.
Pour ce qui est d’une première forme de biographie du P. d’Alzon, il fallut se contenter longtemps de celle commencée (et jamais achevée) par le P. Emmanuel Bailly et publiée vers 1910 : Notes et Documentspour servir à l’histoire du T.R.P. d’Alzon et de ses Oeuvres, 5 tomes, dont le genre est plus hagiographique que scientifique. Le premier tome de la biographie du P. d’Alzon, magistrale elle, par le P. Siméon Vailhé, est de 1926 seulement. La diffusion de plus en plus internationale de l’Assomption rendit nécessaire la traduction de textes ou d’articles biographiques du Fondateur en langues. Souvent ce sont les références commémoratives du calendrier, pour le P. d’Alzon comme pour ses congrégations, qui provoquèrent la composition d’articles et de biographies à la mémoire du Fondateur (1893, 1910, 1950, 1980) comme de recueils pour les premières pages de l’histoire des Augustins de l’Assomption.
D’après les témoignages écrits de cette période, nous pouvons avoir une idée assez précise de la manière dont la mémoire du P. d’Alzon a été fêtée et honorée en 1910, dans les différentes communautés assomptionnistes du temps(23). L’année commémorative 1910 fut ouverte par une circulaire du P. E. Bailly n° 50, intitulée comme de juste : Centenaire du P. d’Alzon.
Nîmes, le berceau, ne voulut pas être en reste et publia un recueil-mémorial : Maison de l’Assomption-Nîmes, 1910, Centenaire du Révérend Père d’Alzon, Fondateur et Premier Supérieur Général des Religieux Augustins de l’Assomption, livret de 80 pages, comportant une lettre préface de Mgr Béguinot (p 3-13), un descriptif de la cérémonie à la cathédrale (23 octobre 1910, p. 13-16), le texte de l’éloge funèbre du P. d’Alzon par Mgr de Cabrières (p .17-47, également imprimé en tiré à part), des notes chronologiques sur le P. d’Alzon (p. 47-48), les toasts du banquet (p.49-57), la manifestation récréative de la soirée (p. 57-60), le souvenir du Centenaire du P. d’Alzon à Montagnac (60-66), un article du P. Emmanuel Bailly L’esprit d’intuition et les œuvres (p. 66-78) et, en finale, une page du P. d’Alzon : L’esprit large et l’esprit étroit (p. 79-80).
Le scolasticat de Louvain, en Belgique, a ouvert pour sa part l’année centenaire par des manifestations liturgiques (5 janvier 1910), poursuivies toute l’année par des soirées et des séances récréatives, à la fois pieuses et didactiques (cantates, poésies, expositions). Lettre à la Dispersion, 1910, n° 83, p. 331.
La maison d’études de Jérusalem fêta le centenaire sur le même style. On doit en particulier la rédaction de Cinq tableaux avec chants au P. M. Calixte-Bouillon sur le thème : Le Père d’Alzon et l’Orient. Le vieux chanoine Galeran prononça un éloge funèbre du P. d’Alzon.
La fête a été célébrée partout dans la Congrégation, aussi bien à Kadi-Keuï et à Phanaraki en Turquie qu’à Varna et Plovdiv en Bulgarie. Le P. E. Bailly présidait les fêtes au collège de Worcester aux U.S.A. La revue de la basilique de Santiago au Chili, L’Eco del Santuario (août 1910), a donné un article remarquable reproduit dans la presse du pays. Le noviciat de Gempe organisa sur toute l’année une neuvaine de neuvaines. Toutes ces manifestations et bien d’autres sont décrites dans les numéro de la revue L’Assomption et de La Lettre à la Dispersion.
Si l’on jette un œil sur la presse de l’époque, le souvenir du P. d’Alzon fut évoqué en 1910 par maints articles :
Les différents bulletins internes de la Congrégation ne furent pas en reste évidemment : L’Assomption (Echos du noviciat exilé) consacra un copieux numéro spécial de 256 pages (décembre1910-janvier 1911) au P. d’Alzon ; la Lettre à la Dispersion donna quelques chroniques : 1910, n° 82, p. 327 (Taintignies) ; n° 83, p. 331 (Louvain) ; n° 89, p. 356 chez les Orantes ; n° 97, p. 386, chez les P.S.A. ; n° 100, p. 396. Les petites feuilles des alumnats se joignirent au concert : Echo d’Espagne (Elorrio), Alumnat du Sacré Cœur (Taintignies), L’Alumniste (Zepperen), Notre-Dame de l’Assomption (Bure), Le Petit Alumniste (Miribel), Our Lady of the Assumption (Londres), Le Fraternel (Gempe), Echos de Notre-Dame de France (Jérusalem), Pages chiliennes (Santiago), L’Echo de l’exil (Mongreno), Saints-Anges (Sart-les-Moines).
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(1) Il y a peut-être lieu de supposer que cet article est dû à la plume du P. Siméon Vailhé dont on connaît le style fleuri, les images bucoliques et l’inspiration ornée, mais il peut tout aussi bien être du P. Emmanuel Bailly. Le début est en tout cas la reprise littérale pure et simple du texte d’Emmanuel Bailly (Notes et Documents).
(2) On ignore tout de ce premier-né d’Alzon au Vigan, mort à sa naissance.
(3) Tradition tout à fait biblique des naissances extraordinaires dont on rappelle par la suite le caractère prophétique.
(4) Le récit en effet se trouve dans les Notes et Documents pour servir à l’histoire du T.R.P. d’Alzon et de ses Oeuvres, tome I, page 1-2, texte souvent repris dans des publications postérieures, notamment des biographies du P. d’Alzon. Le P. Emmanuel Bailly a consacré au centenaire d’Alzon de 1910 sa circulaire n° 51 du 16 novembre 1910 (Circulaires du P. Bailly, tome II, Paris, 1918, pages 36-60.
(5) Sous la plume de l’auteur, on passe facilement de la mémoire biblique (vocation) à la version mythologique des épopées grecques (destinée) ! La retraite prêchée à Nîmes par Mgr Gilson en février 2007 a fait allusion à cette transformation, mais dans le sens inverse !
(6) A noter cette conception vitaliste qui témoigne d’une certaine conception biologique, imaginaire et pré-scientifique, que l’on voit appliquée aux plantes, mais aussi dans la tradition poétique aux animaux (pélican se vidant de sa nourriture pour nourrir ses petits) et aux personnes (matrice, giron féminin).
(7) Conception filiale assez naïve du charisme fondateur étendu au charisme de Congrégation. La notion de ‘fidélité créatrice’ appelle dans l’histoire d’une Congrégation des initiatives apostoliques innovantes en fonction de besoins et d’appels nouveaux.
(8) On aurait aimé une trilogie : foi-prière (dimension surnaturelle), pensée (intelligence) et cœur (affectivité et volonté).
(9) A remarquer la mention en 4 ème position de la Congrégation des Oblates. Nous sommes en 1910, c’est-à-dire 18 ans après la rupture avec la branche des Oblates de Nîmes (1882). Le texte fait référence chronologiquement aux familles de l’Assomption, les Oblates nommées étant celles de la branche de Paris refondées par le P. Picard en 1882.
(10) Cette citation du P. d’Alzon n’est pas référencée dans l’article. Il s’agit d’un extrait de l’Instruction de clôture du Chapitre général de septembre 1873. Le texte est reproduit dans les Ecrits Spirituels, pages 187-188.
(11) Vision assez an-historique de la création des pèlerinages nationaux qui n’ont vu le jour au sens strict qu’à partir de 1872. En 1862, le P. d’Alzon a bien conduit à Rome avec son évêque un pèlerinage de prêtres nîmois, mais celui-ci n’avait rien d’un caractère national. Le P. d’Alzon a certes favorisé l’élan de pèlerinages diocésains mais il s’était au départ montré aussi assez réservé quant à l’initiative prise à Paris par ses religieux pour le lancement de pèlerinages nationaux, soucieux qu’il était de respecter l’autorité et la juridiction épiscopales.
(12)Ecrits Spirituels, pages 180-181.
(13) Les Congrès eucharistiques internationaux ont leur origine dans l’initiative de Mlle Emilie Tamisier (1844-1910), soutenue par Mgr de Ségur (1820-1881) et le pape Léon XIII (1810-1903). Un ancien de l’Assomption, Paul de Pèlerin, s’en fit l’ardent propagateur et l’industriel du Nord, Philibert Vrau (1829-1905) l’inlassable organisateur. L’Assomption pour sa part participa fortement à la préparation et à l’organisation du Congrès eucharistique de Jérusalem en 1893 ! C’est le point de départ d’une forte implication.
(14)Ecrits Spirituels, page 181.
(15) Autre citation non référencée du P. d’Alzon. Nous ne l’avons repérée ni dans les Lettres ni dans les Discours de distribution des prix.
(16) En 1910, le souvenir de la première mission de l’Assomption en Australie, ceci dès 1860, semble bien oubliée. Il est vrai qu’entretenir la mémoire des ‘entreprises perdues’ n’est pas vraiment valorisant. Et pourtant, un devoir de mémoire exact n’est pas seulement à enregistrer dans des archives mortes… ou dans des bulletins de victoire tronqués !
(17) L’auteur a ainsi énuméré les principaux objectifs apostoliques de l’Assomption ou a dressé une sorte de carte de mission de l’Assomption telle qu’elle est dessinée dans les consciences en 1910 : formation (alumnats), pèlerinages, Congrès eucharistiques, presse, missions lointaines (Orient). On peut déjà remarquer que n’est pas saisi ou développé dans cette énumération le premier article des Constitutions de 1855 : l’éducation sous toutes ses formes dont l’enseignement. La citation provient du Discours de la distribution des prix de 1862 : L’œuvre des Bulgares, de l’esprit moderne, page 9.
(18) Encore une citation du Père d’Alzon. Le texte est emprunté au Discours de la distribution des prix de 1863 : Rome, Constantinople et la France, page 14.
(19) Respectivement 1890 pour le Chili, 1891 pour les U.S.A. et 1901 pour l’Angleterre. On peut relever l’hyperbole : ‘l’Assomption répandue dans le monde entier’.
(20) Il s’agit de la revue ou du bulletin : le numéro 165 du 1 er septembre 1910 comporte un bref article sur le centenaire du P. d’Alzon (page 132) ; par contre le numéro spécial de décembre 1910-janvier 1911 est entièrement consacré au centenaire du P. d’Alzon et aux manifestations qu’il a provoquées dans les communautés assomptionnistes de l’époque : Nîmes, Paris (presse), l’Orient (Constantinople, Kadiköy, Phanaraki, Varna), Amérique (Worcester, Chili), Elorrio, Louvain, Gempe, Angleterre, Jérusalem, Montagnac. En finale sont donnés quelques textes majeurs du P. d’Alzon.
(21) A telle ou telle occasion, il arriva que la Lettre à la Dispersion ait publié l’une ou l’autre lettre inédite du P. d’Alzon, mais il n’y eut jamais rien de systématique avant l’édition quasi intégrale initiée par le P. Vailhé en 1923.
(22) Pour plus de détails : Le Correspondant (1829), Oraison funèbre de Mgr de Chaffoy (1837), L’Université catholique (1838), Les Annales de philosophie chrétiennes (1839, 1842), Rapports sur la maison de Nîmes (1845-1850), Discours de distribution des prix (entre 1851 et 1874), La Liberté pour tous (1848), La Revue de l’enseignement chrétien (entre 1851-1855 et 1871-1876), La Revue des bibliothèques paroissiales (1853), La Revue catholique du Languedoc (1859), Les Annales catholiques de Nîmes (1862), Discours aux anciens élèves de l’Assomption et aux Conférences Saint-Vincent de Paul, Homélie pour Gabriel Durand (1866), Le Bulletin de l’Association catholoique de Saint-François de Sales (1866, 1867), Instructions aux chapitres généraux de 1868 et de 1873, La Revue L’Assomption de Nîmes (1875-1879), Prônes dans Le Pèlerin (1877-1880), La Croix mensuelle (1880).
(23) En 1910, l’Assomption A.A. est présente en Angleterre depuis 1901 (Londres, New Haven, Charlton, Rickmansworth, Brockley), en Argentine depuis 1910 (Santos Lugares), en Belgique depuis 1890 (Taintignies, Bure, Louvain, Sart-les-Moines, Le Bizet, Zepperen, Gempe), en Bulgarie depuis 1862-1863 (Philippopoli, Yambol, Varna, Sliven), au Chili depuis 1890 (Mendoza, Santiago, Los Andes, Rengo, Lota, Conception), aux Etats-Unis depuis 1891 (New York, Worcester ), en Espagne depuis 1880 (Elorrio), en Italie depuis 1883 (Rome, San Remo, Vinovo) en Palestine depuis 1887 (Jérusalem, Notre-Dame de France), en Russie depuis 1903 (Saint-Pétersbourg, Odessa, Kiev, Makievska), en Suisse depuis 1910 (Locarno, Ascona), en Turquie depuis 1867 (Andrinople, Koum-Kapou, Kadi-Keuï, Phanaraki, Brousse, Ismidt, Eski-Chéir, Konia, Gallopoli, Zongouldack, Mostratli, Nex Chéïr, Haidar-Pacha) : au total environ 49 communautés, dans 13 pays (avec la Fance).
En France, depuis la dispersion forcée de 1901, ne subsistent que quelques religieux isolés, formellement sécularisés, notamment à Paris, Bordeaux, Nîmes, Menton-Carnolès, Marseille, Montpellier, Arras orphelinat Halluin et à Miribel (depuis 1887). La situation pour les Oblates en 1910 est compliquée du fait de la séparation en deux branches depuis 1882 : Nîmes (Mère Chamska) et Paris (Mère Marie du Christ de Mauvise).