Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 2
IL Y A 200 ANS - ANNEE 1810
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
Personnalités nées en 1810
Une sélection est toujours un peu arbitraire : celle-ci ne peut échapper à la règle commune. Elle n’a pas d’autre ambition que de situer l’environnement humain et culturel du P. d’Alzon en son temps. Nous avons limité ce choix à une vingtaine de personnalités nées comme lui en 1810, mais pas nécessairement empruntés à un cadre national particulier, même si la mentalité planétaire de l’époque restait encore dans une orbite largement européenne.

Maréchal de France, né à Mont-de-Marsan (Landes) qui participa à la conquête de l’Algérie entre 1839 et 1853, se distingua lors de la guerre de Crimée, contribua aux victoires de l’Alma (1854), d’Inkerman, à la prise de Sébastopol et fut blessé à l’assaut de Malakoff (1855). Il fut promu maréchal et fait sénateur à son retour en France en 1856. Il est décédé à Paul en 1861.
Homme d’Etat italien, né à Turin d’une famille de la noblesse piémontaise, qui créa en 1847 le Risorgimento, journal modéré qui défendait l’idée d’une Constitution. Elu député au Parlement de Turin en juin 1848, il devint le chef de file du centre droit et proposa de réduire les pouvoirs de la juridiction ecclésiastique. Appelé au ministère de l’Agriculture en 1850, il mit en pratique ses théories libre-échangistes et devint ministre des Finances, mais dut démissionner en 1852. Rappelé par le roi Victor-Emmanuel II comme président du Conseil des ministres et ministre des Finances, il s’imposa pendant sept années comme le maître de la politique piémontaise. Il modernisa le pays, réforma le Code pénal et mena une politique anticléricale. Au Congrès de Paris en 1856, il posa le problème de l’unification italienne et noua une alliance avec Napoléon III lors d’une rencontre à Plombières (juillet 1858) visant à chasser les Habsbourgs de la péninsule italienne. Il ne put exploiter à fond les deux victoires de Magenta et de Solférino de 1859 à cause de l’armistice hâté de Villafranca, mais le Piémont gagna la Lombardie. Démissionnaire, il revint au pouvoir en 1860. S’il céda la Savoie et Nice à la France, il eut la joie de voir la création du Royaume d’Italie par le rattachement de l’Emilie et de la Toscane. Mais il mourut prématurément le 14 mars 1861, l’unité italienne inachevée en raison de la question romaine.
On trouve quelques occurences de son nom dans la correspondance d’Alzon : Lettres t. II 397 n. 5, 547 n. 3 ; t. III 62 n. 3 ; XV 113, 114, 115 n. 16, 1147, 247 n. 3.
Compositeur polonais, fils d’un lorrain qui commença très tôt une belle carrière de musicien comme enfant prodige, virtuose au piano, il quitta la Pologne en 1830 pour s’installer à Paris mais il garda au cœur la nostalgie de sa terre natale alors sous domination russe. Malgré des débuts difficiles, il fut aidé par ses amis Heine, Liszt et Berlioz et fut adopté par la haute société parisienne qui lui fit connaître une existence mondaine. Professeur recherché, il révisa ses œuvres composées à Varsovie et publia entre 1832 et 1835 quelques-unes de ses pièces majeures. Il tomba malade après une déception amoureuse et souffrit d’une maladie cruelle, une phtysie laringée, qui devait le conduire prématurément à la tombe. Sa liaison avec George Sand à partir de 1837 ne put lui rendre la santé, malgré de longs étés passés à Nohant ; elle lui inspira par contre une belle activité créatrice. Il rompit avec la romancière en 1847 et connut de belles amitiés avec la cantatrice Delphine Potocka et le peintre Eugène Delacroix. A l’issue d’un long voyage à Londres et en Ecosse, il revint à Paris pour y mourir le 17 octobre 1849. Ame tourmentée et romantique, Chopin demeure le génial inventeur d’un impressionnisme muscial plein de fraîcheur et virtuosité portant son art jusqu’aux sommets de l’extase.
Femme de lettres française née en Avignon qui débuta sa carrière par un recueil de poèmes (Fleurs du Midi, 1836), elle se fit connaître tant par des ouvrages de poésie qu’en prose dont la notoriété fut parfois scandaleuse. Son salon fut fréquenté par de nombreux auteurs à succès dont Victor Cousin, Villemin, Musset, Vigny et Flaubert.
Ce poète romantique espagnol, né près de Badajoz, chanta sa patrie et la liberté. Par sa vie sentimentale et par son œuvre lyrique, il représente l’idéal européen du romantisme. Son œuvre principale, El Diablo Mundo (1841), qui contient son plus beau poème « Chant à Thérèse », est demeurée inachevée.
Militaire français né en janvier 1810 à Rozoy-sur-Serre (Aisne), élève de Saint-Cyr, il participa comme officier à l’expédition d’Alger en 1830, puis aux campagnes de pacification en Algérie entre 1851 et 1854. Ses supérieurs l’envoyèrent à la campagne d’Orient lors de la guerre de Crimée où il gagna ses galons de général de division. Aide de camp de Napoléon III en 1855, il participa à la campagne d’Italie en 1859. Commandant le corps expéditionnaire qui devait arrêter la marche de Garibaldi sur Rome en 1867, il gagna la bataille de Mentana (3 novembre 1867). C’est dans son compte rendu que se trouve la fameuse phrase : « Les chassepots ont fait merveille » qui lui fut tant reprochée et par les patriotes italiens et par les libéraux français. Sénateur en 1868, il ne fut pas heureux dans les affrontements de la guerre de 1870. Une caricature du Pilori le représenta : « Trop tard au feu, trop tôt à la soupe ». Il dut justifier sa conduite devant une commission d’enquête en 1871.
Poète français né à Valence qui fut d’abord professeur à la maîtrise de la cathédrale de sa ville avant de devenir correcteur chez un imprimeur, Louis Gallet lança en 1857 une publication modeste, Le Rodeur, où il pouvait faire connaître sa prose et ses vers. De 1857 à 1867 il vint travailler à Paris dans l’Administration publique (hôpital Lariboisière), tout en poursuivant une œuvre littéraire abondante. Il écrivit également des livrets pour des musiques de Bizet, de Massenet et de Saint-Saëns.
Romancière anglaise née à Chelsea, elle sut évoquer avec talent différents milieux de la société de son temps et des scènes de la vie provinciale tant industrielle qu’agricole. Elle collabora avec Dickens, le maître du genre. On lui doit aussi un roman à thèse, Ruth (1853), où elle traite de la réprobation dont est victime la femme séduite.
Poète et historien portugais né à Lisbonne qui s’engagea dès sa jeunesse dans le courant romantique et libéral, il publia deux poèmes, La Voix du prophète en 1836 et La Harpe du croyant en 1838, où sont mêlés sentiments religieux et politiques. Son Histoire du Portugal en 12 volumes lui a valu une grande considération.
Avocat, publiciste et historien belge qui fut professeur de droit civil à l’université de Gand, François Laurent reste connu pour son commentaire du Code civil.
Le P. d’Alzon eut juste le temps de connaître le nom de ce dernier pape du XIXème siècle après le long pontificat de son prédécesseur, Pie IX. Présent à Rome pour les obsèques de celui-ci en février 1878, il attendit l’élection du Conclave qui devait porter sur le trône de Pierre le cardinal Gioacchino Pecci, archevêque de Pérouse, élu à 68 ans, c’est-à-dire à l’âge même du P. d’Alzon. Très vite, le Fondateur de l’Assomption se rendit compte que ce pape allait inaugurer un cours nouveau qui ne reprendrait pas exactement la politique de son prédécesseur. A la différence de Pie IX, Léon XIII allait en effet engager, malgré toutes les difficultés, avec les Etats du temps un dialogue et une diplomatie de conciliation plutôt que d’affrontement, sauf avec l’Etat italien spoliateur. Léon XIII, bien que de constitution frêle, eut aussi un long pontificat de 25 ans et mourut la même année que le P. Picard auquel il accorda en plus de sa confiance de nombreuses audiences et même le privilège de quelques missions confidentielles.
Occurrences dans les Lettres du P. d’Alzon : Prosopographie, t. XVI, pages 659-660.
Poète tchèque, influencé par les romantiques européens, de son prénom originel Karl Ignac, Macha fit ses débuts littéraires en allemand puis passa à sa langue maternelle. Il est surtout connu pour son poème Mai (1834-1836) qui reste un texte majeur de la littérature tchèque et dont l’intrigue (la dernière nuit d’un condamné) cède la place à la méditation métaphysique. La vie de ce poète fut misérable et sa mort, du tyhus, prématurée.
Le nom de ce journaliste et homme politique français, né à Londres, qui participa avec enthousiasme dans sa jeunesse au groupe des catholiques libéraux de Lacordaire et de Lamennais, reste gravé également à l’amitié qu’il porta à Emmanuel d’Alzon des années 1830-1850. Il se fit le champion d’une cause chère au P. d’Alzon, la liberté religieuse et la liberté de l’enseignement en France. Son évolution politique qui le conduisit au ralliement du futur Napoléon III jusqu’en 1857, l’éloigna certainement de l’ultramontanisme ombrageux du P. d’Alzon qui par contre goûta ses ouvrages (Histoire de sainte Elisabeth, 1836 ; Intérêts catholiques au XIXe siècle, 1852 ; Histoire des Moines d’Occident, 1860-1867). On éprouve quelque peine de voir les deux hommes opposés après le fameux discours de Malines et au moment de l’ouverture du concile de Vatican Ier. Le P. d’Alzon n’est en rien de sensibilité libérale et les phrases quelque peu lestes de Montalembert sur l’idole du Vatican l’ont certainement heurté. C’est dans un sentiment de foi que le P. d’Alzon voulut honorer la mémoire de son ancien ami décédé en 1870.
Occurrences dans les Lettres du P. d’Alzon : Prosopographie, t. XVI, page 774.
Cet écrivain français du XIXème siècle est aujourd’hui bien oublié dans le Panthéon des lettres. Il est né et mort à Paris. On lui doit un volume de poésies (Myosotis) et quelques contes en prose.
Entré tout jeune dans le mouvement romantique et hissé très vite au premier rang des champions de l’école nouvelle en publiant à 23 ans les Contes d’Espagne et d’Italie, il devient le secrétaire de George Sand et éprouve pour elle une passion violente qui fait scandale (1833). On a dit de lui qu’il écrivit le chef-d’œuvre de la poésie contemporaine avec son poème d’élégies très remarqué, les Nuits (1835-1837), d’un scepticisme irrémédiable et d’une mélancolie désanchantée. Il vieillit avant l’âge, comme un génie passionné et excessif ; mais la transparence de sa phrase, la sobriété de son expression le font tenir à l’égal des plus grands, comme Villon ou La Fontaine.
Ce compositeur allemand est né à Zwickau en Saxe, le dernier d’une famille de cinq enfants marquée par une lourde hérédité. Sa vocation musicale se détermina en 1819 même s’il entreprit des études de droit à Leipzig en 1828. Il décida de parfaire sa connaissance du piano avec Friedrich Wieck (1830) et prit des leçons d’harmonie à Leipzig avec Dorn, le directeur de l’Opéra. Une bonne part de sa formation musicale resta cependant celle d’un autodidacte. Par suite d’une paralysie d’un doigt de la main droite (1832), il renonça à une carrière de virtuose et connut une première dépression (1833). Il commença à se faire connaître grâce à sa revue musciale et à des compositions remarquées dont quelques chefs- d’œuvre, des lieder sur des textes de Goethe, Heine, Schiller, Chamisso et Mörike. Il put se marier en 1840, malgré les campagnes de diffamation de Friedrich Wieck, avec Clara Wieck, la propre fille de son professeur de piano, elle-même virtuose de réputation, et put connaître quelques années de bonheur partagé. Robert Schumann fut repris par de graves crises de dépression, ce qui ne l’empêcha pas durant cette période de concevoir des œuvres admirables. Nommé chef d’orchestre à Düsseldorf en 1850, il produisit encore des pièces symphoniques et de musique de chambre. Après une tentative de suicide en 1854, il fut interné à l’asile d’Endenich où il mourut deux ans plus tard, l’amour de sa femme et l’amitié de Brahms ayant adouci ses derniers jours. La musique de Schumann incarne avec force la profondeur de l’esthétique romantique.
En parcourant la correspondance du P. d’Alzon, on trouve encore bien d’autres personnalités ou d’autres relations plus modestes du XIXème siècle nées en 1810 pour lesquelles on ne peut consacrer ici même une simple notice biographique, mais en mentionnant leur nom, le lecteur peut se reporter à la Prosopographie alzonienne ou à une encyclopédie : Abbé Jean-Pierre Agussol, Comte Edouard d’Alton-Shée, Mgr Amat Taddeo, Abbé Léandre Bargès, Cardinal Giuseppe Berardi, Dom Roch Boussinet, Abbé Paul Chantôme, Cardinal Flavio Chigi, Ernest de Cissey, P. Carlo-Maria Curci S.J., Cardinal Victor Dechamps, P. Célestin-Joseph Félix S.J., Roi Ferdinand II de Naples, Mgr Luigi Filippi, Paul de Franclieu, Mgr Gérault de Langalerie, Mgr Théodore Gravez, Adolphe Guéroult, Pierre J.B. de Herdt, P. Vincent-Alexandre Jandel O.P., Mgr de La Bouillerie, P. Matteo Liberatore S.J., Cardinal John Mc Closkey, Cardinal Pier-Francesco Meglia, Cardinal Raffaele Monaco-Lavaletta, Chanoine Victor Pelletier, Dr Jean-Léon Privat, Félix Pyat, Abbé Faustin Reynier, Cardinal Sisto Riario Sforza, Adrien-Maurice de Rocher, Gabriel-Félix Rousset-Pomaret, Louis-Eugène Sauvage, Chanoine Louis-Ambroise-Gustave de Serres, Cardinal Giovanni Simeoni, Napoléon Solignac, Mgr John Martin Spalding,, Mgr Walter-Gaultier Steins, Adrien-Albert Tailhand, Cardinal Camillo Tarquini, Raymond Thomassy…