Cahiers du Bicentenaire d'Alzon 2010 N° 2
IL Y A 200 ANS - ANNEE 1810
Série des Cahiers du Bicentenaire de la naissance du P. Emmanuel d'Alzon (1810-2010)
10 Inventions majeures du XIXème siècle
Il n’est pas aisé de fixer avec certitude l’origine d’une invention ou d’une découverte. Beaucoup ont eu lieu de façon simultanée dans différents pays et plusieurs savants ont apporté des perfectionnements dans l’utilisation pratique et technique de ces mêmes découvertes ou inventions, avant que n’apparaisse le procédé du dépôt de brevet.
Une des inventions majeures qui vont révolutionner les transports au XIXème siècle, c’est bien sûr le chemin de fer. L’invention (fin XVIIIème) et la première mise en service furent anglaises(1)
. En France il y eut une première ligne commerciale entre Andrézieux et Saint-Etienne, mais le premier essai de transport de voyageurs par traction vapeur eut lieu en 1831 sur le trajet Saint-Etienne-Lyon. Nîmes eut sa ligne avec Alès et Beaucaire en 1839 et l’on dit même que le nouveau vicaire général d’Alzon fut de l’inauguration. Vers 1855, la jonction fut réalisée entre Nîmes et Paris par le sillon rhodanien alors que précédemment il fallait coupler pour ce voyage diligence, bateau et chemin de fer. C’est la loi du 11 juin 1842 qui constitua le point de départ de ce nouveau moyen de locomotion qui atteint sa plénitude vers 1870. La ligne de Paris à Saint-Germain-en-Laye fut construite par Pereire entre 1835 1837 pour convaincre les Parisiens de l’utilité de ce moyen de transport ; puis ce fut la ligne Paris à Versailles, autorisée en juillet 1836, sur laquelle eut lieu la première catastrophe ferroviaire, le 8 mai 1842. On sait que Marie Correnson est née prématurée à Paris cette même année 1842, suite à cet accident. Les termes de chemin de fer, gare, embarcadère sont bien attestés dans les écrits du P. d’Alzon.
Cette invention de la fin du XIXème siècle est généralement attribuée à un inventeur et physicien américain d’origine britannique, Alexander Graham Bell (1847-1922). Ce dernier qui s’intéressait aux études conduites pour faire entendre les sourds (appareils acoustiques), mit au point en 1876 un appareil qui traduisait les oscillations acoustiques en oscillations électriques. L’invention passa rapidement sur le continent européen, mais sans connaître un développement rapide, notamment en France où elle passa de l’initiative privée en 1879 à l’administration publique des Postes en 1889. Le P. d’Alzon en découvrit l’existence à la fin de sa vie à Paris en 1878 : « J’ai vu des téléphones. Le P. Vincent de Paul ne rêve que téléphones. Je vous en procurerai, écrit-il à Mère Correnson, quand ils auront été suffisamment perfectionnés ». Le Congrès des Etats-Unis a reconnu en 2002 l’antériorité sur Bell de Meucci (1808-1889), inventeur du principe du téléphone, qu’il ne put breveter, faute de moyens.
On fait habituellement remonter l’invention de la première bicyclette en 1813, c’est-à-dire une machine à deux roues en ligne, au baron allemand Karl-Wilhelm Drais von Sauerbronn (1785-1851), d’où d’ailleurs le premier nom de ‘Draisienne’ qui lui a été donné en français. Elle était propulsée par les jambes s’appuyant alternativement sur le sol. Une longue suite de perfectionnements vont donner à la bicyclette son apparence et son fonctionnements actuels : la pédale en 1861 (invention de Michaux), le vélocipède (brevet de 1866), la roue arrière motrice grâce à une chaîne, en 1880 : Starley), le pneumatique par Dunlop en 1887. Clubs et courses vont ensuite populariser la machine. Indice significatif, le terme de bicyclette ne figure pas dans les écrits du P. d’Alzon. Ce n’est d’ailleurs qu’après la première guerre mondiale que son usage se répandra dans le clergé.
Pour les hommes de plume, les écrivains, les journalistes, les métiers de l’édition et de l’imprimerie, cette invention a révolutionné l’existence. Le P. d’Alzon en aurait fait grand usage s’il l’avait connue. La machine à écrire primitive serait dûe à un inventeur de 1714, H. Mill ; celle dite typographe à W. Austin Burt en 1828. Mais il faut véritablement attendre le modèle de celle de l’anglais Thurber, dite machine à frappe radiale, perfectionnée par le français Guillemot en 1859 et l’autrichien Peter Mitterhofer en 1866. Ce sont en fait les Américains qui vont populariser, fabriquer en série et commercialiser cette invention à partir de 1873, notamment Remington qui a racheté le brevet de Sholes en 1873 et le modèle dit ‘piano littéraire’.
On fait remonter habituellement l’invention de la photographie à l’année 1827, date de la plus ancienne photographie connue par le français Nicéphore Niepce (1765-1833) dont les travaux ont été poursuivis par Louis Daguerre (1787-1851), peintre décorateur qui reconnut la paternité de l’invention à son prédécesseur. On possède du jeune abbé d’Alzon deux daguerréotypes remontant aux années 1838-1839. L’usage de la photographie se popularisa assez rapidement. On possède quelques vues du Collège de Nîmes et des portraits du P. d’Alzon, seul ou avec des élèves, déjà dans les années 1850-1860. Le terme de photographie apparaît 37 fois dans la correspondance du P. d’Alzon, indice d’un usage répandu. Il est mentionné la première fois dans une lettre de juillet 1861.
C’est entre 1796 et 1801 que sont pris les premiers brevets concernant le gaz. Philippe Lebon dépose le sien en 1800 (brevet d’invention pour les thermolampes assurant à la fois éclairage et chauffage). Il fut cependant précédé par l’ingénieur belge Minckeleers en 1783 et suivi par l’anglais Murdoch. On sait qu’à Londres l’éclairage au gaz des rues débuta en 1805. Pall Mall est éclairée grâce à ce procédé dès 1807 (Winzler). Les essais de réverbères à Paris (Bordier, Vivien) datent de 1806, mais il faut véritablement attendre le retour de la Monarchie des Bourbons pour que le procédé soit au point et éclaire le passage des Panoramas.Le XIXème siècle est également le siècle de l’électricité, mais il fallut une chaîne de découvertes, d’expérimentations et d’inventions diverses (Galvani, Volta, Ampère) avant sa production commerciale, son emmagasinement, son transport et des applications pratiques variées. Le P. d’Alzon écrivait à la lueur de bougies, le collège de Nîmes ne devait pas être éclairé autrement que par des lanternes. Il serait intéressant de connaître d’ailleurs la date d’électrification de ce dernier. La première tentative d’éclairage public n’eut lieu qu’en 1878. On trouve 4 fois l’emploi du mot électricité dans les lettres du P. d’Alzon, le plus souvent dans un contexte médical. Mais à Paris, rue François Ier, dans le bâtiment Picard bâti en 1874, la chambre où logea le P. d’Alzon en février 1875, était éclairée par une lampe portative à gaz : Lettre à la Famille, 1951, n° 115, p. 40.
Le textile est un des grands secteurs industriels à avoir connu d’innombrables perfectionnements techniques au XIXème siècle, tel le métier mécanique à tisser de l’ingénieur Jacquard (1752-1834). L’invention de la machine à coudre serait dûe à deux ingénieurs mécaniciens, Thomas Stone et John Anderson au début du XIXème siècle et, conjointement, à l’autrichien Josef Madersperger (1815-1840). Mais celui qui rendit son application pratique par l’introduction du chas dans la pointe de l’aiguille, fut l’ingénieur français Barthélemy Thimmonier (1793-1857). Walter Hunt en 1834 et l’américain Elias Howe en 1851 (aussi célèbre par la fabrication de la fermeture éclair en 1851) apportèrent de nouveaux perfectionnements. En 1851 l’américain Isaac Singer laissa son nom à une fabrication industrielle de cette machine, toujours en vogue aujourd’hui. Le P. d’Alzon entendit parler de cette invention et vit fonctionner une de ces machines au couvent de la Visitation du Mans en janvier 1869. Il en fut tellement enchanté qu’il proposa à Marie Correnson d’en acheter une pour les Oblates.
Le principe de l’invention de l’ascenseur (traction verticale d’une charge) par application de l’énergie à vapeur est attribué en 1857 à l’américain E.G. Otis (1811-1861). Quant à l’application pratique de cette invention, elle fut réalisée en 1867 par l’ingénieur français Edoux. L’ascenseur par traction électrique est dûe à l’ingénieur allemand Werner von Siemens en 1880. Le terme ascenseur ne figure pas dans la correspondance du P. d’Alzon qui ne dut pas connaître cette application pratique, réservée sans doute, au départ, aux immeubles et hautes constructions des grandes villes.
L’application de l’énergie à la vapeur révolutionna aussi le mode de transport des bateaux qui fonctionnaient jusque-là principalement à la voile et aux vents. Ce qui permit d’augmenter concrètement la vitesse des navires fut en outre le mode de traction et de navigabilité par la traction à hélice. Ce fut là encore une chaîne d’inventions parmi lesquels on retient les noms de l’autrichien Ressel (1827), du français Sauvage (1837) et de l’anglais Smith (1839). Le P. d’Alzon emprunta une première fois le bateau pour se rendre à Rome en novembre 1833, puis surtout pour son long voyage à Constantinople en 1863.
L’histoire de la fabrication de montres et de pendules remonte loin dans le temps, au moins au XIIème siècle, pour autant qu’on puisse en déterminer véritablement les étapes. De perfectionnements en perfectionnements, l’industrie horlogère européenne au XIXème siècle dans laquelle se spécialisèrent des régions de Suisse, d’Allemagne et de France-Comté, connut un développement qui dépassa les barrières ou clivages sociaux. Pour en revenir au P. d’Alzon qui était, dit-on, du genre précis, exact et pressé, il est certain qu’il dut posséder un spécimen de montre, genre oignon, dès sa jeunesse, attribut qui marquait d’ailleurs une certaine condition sociale. Quelques allusions dans sa correspondance permettent d’aller plus loin : c’est ainsi qu’il écrit à Mère Marie Eugénie de Jésus en septembre 1843 : « J’accepte aussi l’humiliation que vous m’infligez au sujet de ma montre. Pour moi, si ce n’était le respect que je porte à la mémoire de Madame votre mère, je me serais débarrassé de la vôtre ; je l’aime trop. Figurez-vous que j’ai déjà cassé le verre et que j’en ai été fort fâché ». En octobre 1845, il écrit à la même : « Puisque je me trouve levé une demi-heure avant que l’heure n’arrive où j’exercerai les fonctions de réveille-matin… ». Pour le coup, il s’agit là plutôt de la cloche conventuelle! Quant à l’horloge dont il est question dans sa lettre au P. Picard du 1 er juin 1868 : « Il est six heures du matin. Je clos la sixième lettre sous le coup de l’horloge », difficile de préciser s’il s’agit d’une horloge au collège de Nîmes ou d’une horloge de la ville de Nîmes. Une chose est claire, le P. d’Alzon n’était pas, en matière technique ou technologique du genre technophobe !
(1) Si l’on en croit les Croquis de Galeran, le P. d’Alzon rencontra à Paris en 1845 l’ingénieur anglais George Stephenson, inventeur en 1814 de la première locomotive à vapeur, avant sa fameuse fusée Rocket de 1829 : Souvenirs, 1894, n° 177, p. 149-150.