Historique de la Mission d’Orient

Quatrième étape, silence de mort de la période communiste,
la Mission d’Orient en léthargie.

Il n’y a pas lieu de s’appesantir sur les 70 ans de communisme qui ont comme fracturé l’Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale. Bulgarie, Roumanie, Yougoslavie et Chine, après la Russie de 1917, sont entrées dans un processus historique de collectivisation et de suppression des libertés religieuses, pratique inspirée par la doctrine marxiste mise en œuvre selon des idéologies et des impérialismes dont le monde dit libre, après un temps de répulsion, finit cependant par s’accorder. Il en résulta pour l’Assomption dans tous ces pays une sorte d’anéantissement de la Mission d’Orient ou de présence crépusculaire sans perspective d’avenir.

En Russie devenue U.R.S.S., l’Assomption put maintenir à Moscou la présence d’un aumônier auprès des résidents diplomatiques, un religieux américain depuis le P. Léopold Braun en 1936(13), mais la paroisse Saint-Louis des Français lui échappa malgré l’héroïque dévouement de la famille Ott. En Bulgarie et en Roumanie, à partir des années 1947-1948, l’épreuve consacra la disparition et la spoliation de toutes les œuvres, l’éparpillement des hommes réduits, après des peines d’emprisonnement, à une forme de survie ou de mort civile. En novembre 1952, à Sofia, l’Assomption connut les feux tragiques de l’actualité. Trois religieux, Pavel Djidjov, Josaphat Schiskov et Kamen Vitchev, furent injustement condamnés à la peine capitale à la suite d’une mascarade ou parodie de procès, comme celui de Mgr Bossilkov passionniste et de tant d’autres chrétiens connus ou inconnus déportés dans des camps, un silence mortifère pesant comme une chape de plomb que le pape Jean-Paul II sut transformer en résurrection posthume par l’auréole du martyre en mai 2002(14).

En Russie, l’épopée du P. Judicaël Nicolas qui en 1943 réinvestit l’église Saint-Pierre Saint-Paul d’Odessa, se termina par onze ans d’internement dans des camps de la mort de Vorkouta que l’intelligentsia occidentale feignit d’ignorer avant les fulgurantes révélations de Soljenytsine(15). Il put grâce à la ténacité de la diplomatie retrouver la liberté en 1954, mais définitivement brisé et psychologiquement détruit. En Yougoslavie, le poste de Belgrade ne fut pas déserté durant tout ce temps de ‘guerre froide’, mais réduit comme ailleurs à une fonction de veille de culte. Une tentative de réanimation communautaire dans les années 1970 fit long feu et finalement en 1982, faute d’ouvriers apostoliques , les lieux furent cédés à l’archevêché catholique.

A Jérusalem, d’autres tribulations atteignirent l’Assomption. La résurrection de l’Etat d’Israël en 1948, suite au départ des troupes anglaises, s’accompagna d’incessantes guerres israélo-arabes (1948, 1956, 1973) qui mirent à mal la présence chrétienne. La vieille maison de Notre-Dame de Jérusalem, occupée militairement durant des hostilités qui coûtèrent la vie au P. Mamert Vionnet, fut occupée, pillée, bombardée et finalement squattée. L’Assomption chercha en 1972 à se libérer d’un poids immobilier et financier qui n’avait plus de raison d’être pastorale en matière de finalité apostolique. Le Vatican prit ombrage d’une tractation juridique qui l’ignorait, fit casser l’acte de vente et s’appropria les lieux en les transformant en un luxueux Notre-Dame Center passé récemment sous la garde des Légionnaires du Christ.

La région du Proche-Orient avait cependant connu une espérance de fondation avec la prise en charge en 1950 jusqu’en 1958 d’un séminaire de l’Eglise catholique syrienne à Charfé au Liban. L’expérience sur place, réalisée grâce à la générosité apostolique de la province des Pays-Bas, se révéla éphémère et peu heureuse, malgré un protocole d’accord signé en bonne et due forme par le patriarche d’Antioche, le cardinal Tappouni, et la Province des Pays-Bas. Elle ne fut cependant pas négative pour cette province qui bénéficia d’une ouverture œcuménique et pastorale, à mettre en relation avec le développement de l’Institut byzantin de Nimègue.

(13) Son confrère américain, le P. Georges Bissonnette édita Moscow was my parish, traduit en français sous le titre Moscou ma paroisse, Le Centurion, 1958, 302 pages. On attend la publication prochaine des correspondances Neveu et Braun par le professeur américain, Gary Hamburg. La liste des aumôniers AA américains à Moscou est connue : PP. Léopold Braun (1936-1945), Antonio Laberge (1945-1947), Louis-Robert Brassard (1950-1953), Georges Bissonnette (1953-1955), François Dion (1959-1961 et 1968-1971, Joseph Richard (1961-1965 et 1972-1976), Eugène Laplante (1965-1968 et 1979-1983), Philip Bonvouloir (1979-1979), Robert Fortin (1983-1986), Norman Meiklejohn (1986-2000). La relève a été assurée depuis 1989 par le P. Bernard Le Léannec qui a repris possession de l’église Saint-Louis des Français de Moscou en 1991, épaulé ensuite par le P. Adrien Masson.

(14) Nombreuses publications multilingues : Le martyre de trois assomptionnistes bulgares (plaquette du P. Pierre Gallay), Bayard service édition, 2002, 27 pages ; la bande dessinée de Francis Keller, La mémoire retrouvée, éditions du Signe, 2002, 42 pages ; l’épais dossier de la postulation (Rome) et le livre de Bernard Holzer et Jean-Baptiste Michel, Les rideaux rouges de Sofia. Trois simples prêtres martyrs, fusillés, bienheureux, Bayard, 2003, 172 pages.

(15) Son témoignage poignant a été publié, Onze ans au paradis, Arthème Fayard, 1958, 298 pages.

 

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 Page réalisée par D. Remiot