Historique de la Mission d’Orient

Etape de départ, la Bulgarie (Philippopoli/Plovdiv) et la Turquie d’Europe (Andrinople)

Cette mission en fait, dans l’esprit du Pape et de la Curie romaine de l’époque, entendait orienter l’Assomption du P. d’Alzon en direction des chrétiens orientaux de Bulgarie où un mouvement en faveur d’une union avec Rome s’était esquissée à partir de 1860. Ceci pour des raisons plus politiques que religieuses : il s’agissait pour les bulgares de se dégager de l’influence russe, de s’émanciper de la tutelle grecque et hellénisante du Phanar, grâce à un rapprochement avec l’Occident, ce qui leur permettrait de slaviser la liturgie et d’échapper aussi bien à la tutelle politique ottomane qu’à l’ingérence russe.

Quand le P. Galabert se rendit à Constantinople en décembre 1862, il ne savait en fait ni ce qu’il devait entreprendre ni où il devait s’établir, sans moyens et sans hommes. Le P. d’Alzon fit le voyage sur les lieux en 1863 pour se rendre compte par lui-même de la complexité de la situation. Son rapport final transmis à la Propagande, lors de son retour, fut très mal reçu, soupçonné de vouloir latiniser les orientaux. L’histoire voulut que finalement en janvier 1864 le P. Galabert puisse ouvrir avec l’aide de Mgr Canova, capucin évêque à Philippopoli des bulgares latins, une modeste école primaire Saint-André. En 1867, il choisit de fixer le centre de la mission à Andrinople, aux portes de Constantinople, malgré la forte opposition des Résurrectionnistes, jaloux de leur priorité sur les lieux. Galabert sut gagner la sympathie de Mgr Popov, évêque catholique des bulgares de rite oriental, dont il devint le vicaire-théologien. Le P. d’Alzon fit tous les efforts possibles pour constituer une petite communauté AA dont les membres courageux et persévérants furent les frères Chilier, Alexandre et Jacques, les deux cousins Bonnefoy, Benjamin et François de Sales, ainsi qu’un habile pharmacien, le P. Barthélemy Lampre, mort victime de sa charité en 1878(3).

A grands cris, le P. Galabert obtint encore le concours d’auxiliaires féminines pour la mission : écoles, dispensaires, orphelinats, apostolat de charité auprès des milieux bulgares sans distinction de nationalité, de race ou de religion. A défaut des Religieuses de l’Assomption qui ne sentaient pas prêtes, le P. d’Alzon fonda en mai 1865 la congrégation des Oblates de l’Assomption au quartier de Rochebelle, banlieue du Vigan(4). La première communauté d’Oblates arriva à Andrinople le 7 mai 1868, un concours qui ne démentit jamais tout au long de l’histoire sur tous les fronts de la Mission d’Orient (Bulgarie, Turquie, Roumanie, Russie, Jérusalem, Yougoslavie).

En 1877, l’Assomption d’Orient connut le baptême du feu, à cause de la guerre russo-turque de libération de la Bulgarie. L’attitude courageuse et même héroïque des religieux et des religieuses assura leur considération auprès de toutes les autorités en guerre, aussi bien russes, bulgares que turques. Mais déjà à cette époque, le P. d’Alzon pensait à la Russie, cœur de l’orthodoxie, comme terre d’élection future pour l’Assomption, dans une perspective de conquête catholique : lutte contre le schisme grec de Photius, ‘conversion’ des schismatiques selon ses propres termes. Il n’y eut d’ailleurs jamais à aucune autre époque d’autre définition claire de l’objectif de cette mission d’Orient. La Bulgarie semblait seulement une terre d’attente et de préparation, utile pour connaître la langue slave, les mœurs, les coutumes et les mentalités de cet Orient bigarré, mais sans perspective d’avenir. La mort du P. d’Alzon en novembre 1880 ne changea immédiatement ni la stratégie ni les objectifs de son successeur, élaborés surtout en fonction des possibilités, des événements et des opportunités. La mission restait une aventure de foi dans un contexte difficile, assez étranger aux autres membres de la Congrégation.

(3) Sur toutes les figures des religieux AA, consulter : Jean-Paul Périer-Muzet, Notices Biographiques des Religieux de l’Assomption, t. I à V, Rome, 2000-2001.

(4) Présentations de la fondation des Oblates, Série Centenaire n° 4 par Pierre Touveneraud et Sœur Marie-Léonie Marichal, 1978, 36 pages ; Oblates de l’Assomption 1865-1965, Rue Lecourbe, 175 pages ; Colloque Marie Correnson et les premières Oblates de l’Assomption 1865-1926, Paris-Nîmes 2000, 230 pages. En 1980, plusieurs carnets réalisés par des équipes O.A. – carnets régulièrement réactualisés - présentent l’apostolat des Oblates par pays : Turquie, Bulgarie, Roumanie, Jérusalem et Russie. Pour toutes les figures d’Oblates qui ont oeuvré en Orient, se référer à la collection Pages d’Oblation, Rue Lecourbe, t. I à XVII (1957-2003).

 

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