Au Vigan

Un pèlerinage sur les pas du P. d'Alzon se doit d'honorer en priorité la ville de Nîmes, centre du département, mais il ne peut se permettre d'ignorer toute la réalité urbaine et rurale de ce diocèse que le P. d'Alzon a parcouru en tous sens. S'il n'est pas possible d'évoquer de façon plus précise toutes les localités du Gard, le lecteur un peu curieux se reportera déjà au copieux lexique géographique dont les Lettres ont conservé trace ou mention. Il peut également se reporter au récit pittoresque de la traversée des Cévennes à pied par l'anglais Stevenson en 1878, en compagnie d'un âne. Cependant si une deuxième localité du Gard se doit de figurer au programme d'un pèlerinage sur les pas du P. d'Alzon digne de ce nom, c'est bien celle du Vigan, lieu d'origine de la famille Daudé d'Alzon, lieu de naissance d'Emmanuel d'Alzon, et plus largement toute cette région des Cévennes dont Le Vigan est la ville piémont. Du sommet de l'Aigoual à celui de Lozère, un souffle vivifiant aère les forêts profondes et les gorges escarpées de cet ensemble montagneux. Les ruisseaux, de chutes en cascades, sont prétextes à autant de haltes bienfaisantes aux pieds des randonneurs. Pays de caractère, façonné par des hommes de caractère pour qui le partage de leur savoir-faire est devenu source de richesse, les Cévennes offrent ce curieux contraste d'une nature généreuse et âpre, des activités tant agricoles (terrasses) qu'industrielles (sériciculture, puis textile artificiel) aujourd'hui en déclin et d'une région verdoyante marquée d'empreintes parfois explosives encore sensibles dues aux contentieux confessionnels des XV1ème-XVll1 siècles (Camisards, Musée du Désert).

 

La Condamine, maison natale du P. d'Alzon

Jusqu'en 1670, la famille des Daudé vivait au château de La Coste, non loin de Saint-André de Majencoules dont ils étaient 'chefs militaires'. Jean 1er Daudé de La Coste est victime des guerres de religion. En 1620 la demeure est pillée, incendiée par les Huguenots : les Daudé se réfugièrent quelque temps au château de La Roque, près de Ganges. Malgré la restauration des lieux, la famille migra vers la vallée vers 1670 pour s'établir aux abords du Vigan, dans une propriété nommée La Valette, située sur la rive droite de l'Arre. En 1686 fut acquis un vaste domaine appelé La Condamine, situé cette fois sur la rive gauche de l'Arre et servant de champ de foire. Une demeure y fut établie à ce nom, mentionné pour la première fois sur l'acte portant l'avis du meurtre de Jacques Daudé de La Coste frappé dans un sentie de La Valette en 1704. Ainsi La Condamine devint le berceau familial des Daudé d'Alzon qui obtinrent l'année 1727 de Louis XV, en reconnaissance des services rendus à la Religion et au Roi, la confirmation de leurs titres de vieille noblesse et l'autorisation de reprendre leurs armoiries.

On peut encore admirer sur le grand escalier intérieur de ferronnerie de la maison ces armoires en forme de blason : 'De gueules à un lion d'argent couronné d'or soutenant de la patte dextre une fleur de lis de même avec la devise Deo dati'. En 1749, leurs fiefs seigneuriaux s'étant accrus au Vigan et dans tout l'Alzonenque, les Daudé demandèrent et obtinrent que l'ensemble de leurs possessions fût érigé en vicomté. Ils portèrent dès lors le titre de Vicomtes d'Alzon.

C'est dans cette grosse maison de La Condamine qu'Emmanuel d'Alzon vit le jour le 30 août 1810. Le récit romancé en a été donné par le P. Vailhé (Vie du P. d'Alzon, t 1, p. 1-2). Jusqu'en 1816, toute la famille habita Le Vigan avant de migrer dans l'Hérault pour la belle résidence châtelaine de Lavagnac. La Condamine fut louée à des membres de la famille puis à des locataires divers. En 1860, à la mort de la Vicomtesse Jeanne-Clémence, elle revint au P. d'Alzon comme part de son patrimoine familial avec quelques fermes proches (L'Elze, Bagatelle, La Valette, Moulin du Pont de l'Arre). La maison servit de noviciat entre 1864 et 1874 placé sous l'autorité du P. Hippolyte Saugrain après que congé eût été donné à tous les locataires. Les professeurs du collège de Nîmes aimaient venir y passer quelques jours de vacances dans la fraîcheur de l'été cévenol. La maison devint l'alumnat Saint-Clément (1874-1881) quand le noviciat quitta Le Vigan pour Nîmes et Paris. Le Père d'Alzon ne dédaignait pas de venir s'y reposer quelques jours pour y goûter la compagnie des alumnistes venus des Châteaux et placés sous l'autorité du P. Henri Brun. L'alumnat migra en 1881 pour Alès et la maison de La Condamine fut vendue à la Comtesse d'Ursel en 1881 pour être préservée des éventuels liquidateurs menaçants, avec l'espoir d'être un jour récupérée par l'Assomption. Elle fut louée une cinquantaine d'années à divers locataires et marchands qui la laissèrent dans un état assez pitoyable. Rachetée par la Curie généralice assomptionniste du P. Gervais Quenard en 1933, elle fut mise, après réparations et remise en état par le P. Delmas économe du Collège de Nîmes, à la disposition des Orantes de l'Assomption en 1939, situation qui a perduré jusqu'en 2004. La communauté des Orantes a quitté les lieux en janvier 2004. Des tractations sont en cours pour vendre ce bien immobilier et le terrain attenant à la municipalité du Vigan. Les quelques meubles et objets souvenirs seront sans doute transférés à Nîmes en vue d'un petit musée alzonien . D'après des notes de Sour Michaël Laguerrie, Orante.

 

Visite des lieux (état actuel 2004)

Jusqu'en 1950 la rue portait le nom de la maison, La Condamine ; elle devint l'avenue Emmanuel d'Alzon et le couvent fut désigné comme monastère N.-D. d'Alzon. On pénètre de la rue dans la partie basse de la maison ou sous-sol (en fait rez-de-chaussée) dans un vaste vestibule voûté, de style cévenol, conduisant au grand escalier de pierre avec rampe de fer forgé due à d'habiles ferronniers locaux. De petites portes donnent accès aux communs. Le sous-sol contenait l'ancienne grande cuisine des d'Alzon. Les autres portes ouvraient sur des caves et débarras avec, primitivement, à la place des fenêtres, des soupiraux.

En prenant le grand escalier, on débouche au premier sur un palier distribuant l'accès aux 'appartements de l'étage noble': à l'époque des d'Alzon, l'aile courte ne comprenait que deux chambres avec deux fenêtres (espace réservé au cardinal Gabrielli selon la tradition) ; l'aile gauche comprenait elle six pièces : le salon des glaces ouvrant sur la terrasse, une antichambre, la chambre natale du P. d'Alzon (transformée en oratoire). Dans la partie centrale, l'ancienne salle à manger avec doubles portes transformée en salle d'Alzon ou salle aux souvenirs. Autrefois, à ce niveau, la balustrade en fer forgé n'existait pas, les chambres allaient jusqu'à la cage d'escalier dont elles étaient séparées par des cloisons munies de croisées en noyer cravaté comptant chacune 49 petits carreaux. Une porte donne accès à la chapelle (escalier). Au temps de l'alumnat, les pièces de l'aile longue donnant sur le jardin étaient réservées aux hôtes de marque. On avait aménagé une salle de classe au coin des rues de la Condamine et du Mûrier : le futur P. Ernest Baudouy, alumniste ensoutané âgé de 15 ans, y enseigna en 1877-1878. Une autre pièce, meublée de paillasses, était le dortoir des hommes adorateurs. Une troisième servait de sacristie.

On accédait au deuxième étage par un escalier intérieur. Les chambres étaient distribuées en infirmerie, cabinet dentaire, salle d'études, chambre du supérieur et bibliothèque. On trouvait également un premier oratoire avant la construction de la grande chapelle en 1869. Une série de petites chambres était affectée aux professeurs et aux examinateurs de passage.

Enfin le troisième étage était le domaine des dortoirs et des débarras. En 1870, le P. Hippolyte en fit transformer une partie en cellules avec percement de petits fenêtrons et construction de minces cloisons. Les alumnistes dormaient dans un vaste dortoir central non plafonné d'où l'on pouvait voir entre les tuiles briller les étoiles.

La chapelle construite entre 1869 et 1870 prolongeait l'aile courte de la maison sur la rue du Mûrier. Elle remplaça les anciens domaines des fermiers. On y accédait par un escalier extérieur. Elle fut à une époque très fréquentée : Adoration hebdomadaire diurne et nocturne pour les hommes du Vigan et des alentours. D'après des notes de Sour Michaël Laguerrie, Orante.

 

 

 

L'église Saint-Pierre du Vigan

Eglise paroissiale du Vigan.L'église actuelle a une longue histoire. Après les troubles de la Réforme, l'église Saint-Pierre (Place du Marché, à la place de l'actuelle Maison du Pays), trop petite, menaçait ruine. Les jours de pluie, le curé officiant en 1685 devait se protéger sous un arceau de la voûte pour ne pas être aspergé par l'eau tombant sur les deux côtés de l'autel. Plus tard il fut obligé de célébrer les offices dans une maison particulière. Des commissaires royaux venus au Vigan proposèrent à l'intendant de réparer et d'agrandir le bâtiment. Le maire de l'époque, un M. Daudé, réussit à faire prévaloir une autre solution plus avantageuse : l'architecte Daviler fut chargé de construire un nouvel édifice sur un terrain pris sur d'anciens fossés, entre la Tour Haute et la Tour Masseport, appartenant à un M. de La Farelle. Des notables cherchèrent encore à s'opposer à ce projet, dont le viguier H. de Ginestous d'Argentières, le Procureur du Roi J. de Roussy, Fr. d'Assas sieur de Lavit, J. Liron et Flottard. La municipalité tenant bon, les travaux purent enfin commencer et le 15 décembre 1704 l'évêque d'Alès dont dépendait alors Le Vigan, Mgr de Saulx, vint consacrer la nouvelle église sous le vocable de Saint-pierre. Ce bâtiment de style roman n'avait qu'une nef avec un clocher sur le côté surmonté d'une croix et d'un coq doré. Le clocher fut exhaussé quelques années plus tard en 1728 lorsqu'on y plaça une horloge enlevée de la Tour Haute menaçant mine. En 1758 on installa une horloge neuve. Peu à peu l'église fut équipée de cloches et pourvue de quatre chapelles concédées à des notables du lieu : la chapelle Notre-Dame à H. de Ginestous d'Argentières viguier et gouverneur du Vigan, la chapelle de Saint-François-Xavier à Fr. d'Assas, la chapelle Saint-Jean Baptiste à J. Daudé d'Alzon conseiller du Roi, juge et maire du Vigan, la chapelle Saint-Bruno à J. de Roussy conseiller du Roi et procureur du Vigan. Le pouillé de 1760 précise que l'église du Vigan possédait quatre chapellenies et bénéfices dont les revenus consistaient en pensions foncières évaluées sur des domaines : la chapellenie Sainte-Croix fondée en 1523 par J. de Montfaucon de Vissec, la chapellenie de Cambonis ou Cambon fondée en 1492 par Jean Cambon, la chapellenie de l'Annonciation et de Saint-Jean existant déjà en 1500 et la chapellenie Saint-Antoine et Saint-Martin de la même époque. Le XIXème siècle a gardé le souvenir de deux curés méritants du Vigan, MM. Pouzol et Charrier.

C'est dans cette église que se marièrent en mai 1806 les parents d'Emmanuel d'Alzon et qu'Emmanuel lui-même fut baptisé le 2 septembre 1810. Une plaque apposée lors des célébrations du centenaire de la mort du P. d'Alzon (1980) en rappelle le souvenir. En 1825 la porte de l'église a été refaite en bois de noyer ; ont été construits le perron et l'escalier. En 1836 le conseil municipal fit refondre la cloche. En 1841 des réparations furent faites au clocher. En 1844, à la demande du sous-préfet, le gouvernement fit don de deux tableaux : une reproduction du Saint-Michel de Raphaël et une Assomption d'après Ribera due à une Mlle Blanchard, artiste-peintre de Paris. A la fin du XIXème siècle, sous l'archiprêtre Garlenq, on décida de restaurer et d'agrandir une nouvelle fois l'église. Le projet de l'architecte AIlard (1894) ne fut pas accepté, à cause des ressources insuffisantes de la Fabrique. Les travaux eurent lieu entre 1900 et .1906, donnant à l'édifice le plan d'une croix latine, mais on conserva la façade et le clocher de l'ancienne église. C'est dans cette église qu'eut lieu au printemps 1980 une eucharistie solennelle à la mémoire du P. d'Alzon au centenaire de sa mort. D'après des notes de Sour Michaël Laguerrie. Orante.

 

Le château d'Assas-de Faventine(s)

Château d'AssasLe château d'Assas au Vigan (quartier des Barris), actuellement en cours de restauration pour une Maison du Livre et des Ecritures, est aussi appelé Hôtel de Faventines. Il fut édifié entre 1751 et 1759 en pierres de Salze (causse de Campestre) par l'architecte viganais Tureau pour le compte de Pierre Faventines (v. 1695-1776), sur le modèle de sa résidence de Puteaux. Personnage richissime, il acheta en 1766 tous les biens que les d'Alzon avaient mis en vente dans l'Alzonenque pour s'établir dans l'Hérault. Il était destiné à Pierre-Jacques Faventines (1723-1768) et passa à un autre fils, Jean-Maurice. C'est également un membre de cette famille de Faventines qui acheta au prince de Conti en 1790 'à ses risques et périls', vu les troubles de l'époque, le château deLavagnac avec son parc et toutes les terres de sa mouvance.

En 1792, les événements se précipitèrent dans les Cévennes comme dans le reste du pays. Une véritable jacquerie éclata. Les châteaux furent pillés et incendiés pour détruire les anciens feutriers ou chartiers qui mentionnaient les droits et privilèges de la noblesse sur les paysans. L'Hôtel de Faventine n'échappa que de justesse à la destruction, servant de logement à la troupe envoyée sur place pour rétablir l'ordre dans la région. On brûla quand même tous les moulins de M. de Faventines. En 1793 sous la Terreur une société populaire se constitua au Vigan pour veiller au bon esprit révolutionnaire et dénoncer tous les adversaires des idées nouvelles. Les de Faventine et les d'Alzon avaient pour la plupart pris la fuite et s'étaient dispersés. Quelques membres de ces familles furent quand même arrêtés, notamment à Valence, et se retrouvèrent emprisonnés dans l'Hôtel de Faventine converti en prison municipale. Une trentaine de membres de l'aristocratie locale y fut sésquentrée et n'échappa aux rigueurs de la guillotine que par suite des événements liés au 9 Thermidor. Les biens des nobles émigrés avaient été confisqués, spoliés ou vendus aux enchères. L'Hôtel de Faventines était devenu propriété de la Municipalité viganaise qui en a fait son Hôtel de Ville, ce qui lui vaudra d'ailleurs pendant l'hiver 1794-1795 particulièrement rigoureux d'être pris d'assaut le 5 janvier par une centaine de Viganaises réclamant à cor et à cri du pain et des châtaignes.

Vers 1799-1800 la famille de Faventines put récupérer son bien, la municipalité trouvant asile dans une maison particulière, en attendant la construction de l'Hôtel de Ville actuel en 1826. Des de Faventines le bien passa aux d'Assas. Clément de Faventine, époux de Joséphine d'Alzon, n'eut pas d'enfants. Le couple adopta Jeanne-Clémence, fille de son frère Louis et de son épouse Jeanne-Françoise Liron d'Ayrolles. C'est ainsi que la Condamine et le château de Lavagnac tombèrent dans l'escarcelle des d'Alzon. Jean-Maurice de Faventines, frère de la vicomtesse Henri d'Alzon et parrain d'Emmanuel, dit le chevalier, resta célibataire. Leur sour Anne-Françoise de Faventines en épousant l'amiral Marquis d'Assas fit passer l'hôtel aux d'Assas, d'où le changement de nom en château d'Assas. Le dernier descendant de cette lignée d'Assas mourut également célibataire en 1960 à Paris. La propriété fut aliénée plus tôt en 1920 par un descendant de la famille d'Assas qui en était devenu propriétaire du fait des successions. S'en porta acquéreur un certain M. Brugairolles qui le revendit en 1930 au diocèse de Nîmes. Le lieu servit alors de maison d'ouvres paroissiales et d'école apostolique jusqu'à la guerre de 1940. Puis il fut transformé en maison familiale durant les mois d'été et en foyer d'accueil pour des jeunes filles, durant toute l'année. Trop endommagé, ne pouvant être entretenu et mis en conformité selon les lois contraignantes de la sécurité, le bâtiment ne put être conservé par le diocèse. En cours de restauration actuellement, sa destination prévue est de devenir une Maison du Livre et des Ecritures pour la mémoire du passé viganais et cévenol. D'après des notes de Sour Michaël Laguerrie, Orante .

 

Le château de La Valette

On sait que vers 1670 Jacques Daudé, abandonnant définitivement son domaine de La Coste situé sur le territoire de la commune de Saint-André de Majencoules, vint s'établir sur les bords de l'Arre dans une maison forte dite château de La Valette. Il n'en reste de nos jours qu'une grosse tour carrée. Mais par convention le lieu s'appelait toujours du temps du P. d'Alzon domaine de La Valette. C'était en fait une assez grande maison-ferme, au milieu d'une grande prairie agricole sur la rive droite de l'Arre tandis que sur la rive gauche s'étendait le domaine de La Condamine. Une passerelle jetée sur l'Arre reliait les deux domaines. Le bien passa en 1860 par héritage familial entre les mains du P. d'Alzon, sa sour Marie de Puységur bénéficiant du domaine et des terres de Lavagnac.

Par commodité, la ferme était louée jusqu'à ce qu'en 1874 le P. d'Alzon décida d'y transférer le noviciat des Oblates, établi depuis 1865 à Rochebelle. Une chapelle y fut aménagée. L'ensemble des bâtiments de La Valette formait un quadrilatère autour d'une cour intérieure close par un mur. Un portail d'accès encore majestueux ouvrait la propriété. Le logis comprenait au rez-de-chaussée une cuisine et quelques pièces, au premier étage trois chambres assez vastes. De la cour, un escalier extérieur permettait d'accéder à une terrasse servant de galerie mettant les pièces en communication dont une partie fut notamment utilisée pour l'élevage des vers à soie, un des gagne-pain des religieuses.

Pour les ailes fermant le quadrilatère, on trouvait à gauche la petite chapelle au rez-de-chaussée qui servit par la suite de cave et de débarras ; mais on distinguait encore récemment à ses lucarnes des vitres coloriées témoignant de son ancienne affectation avec une petite dépendance-sacristie. Cette chapelle reçut en 1874 l'indulgence de la Portioncule, précédemment attachée à la chapelle de Rochebelle pour les réunions du Tiers-Ordre de Saint-François (Mlle Célina Favier).

En 1875, le noviciat des Oblates quitta Le Vigan pour se fixer à la Maison-Mère des Oblates, rue Séguier à Nîmes. En 1876, le P. d'Alzon, toujours à court d'argent, se trouva dans l'obligation de vendre ses fermes du Vigan à des particuliers agriculteurs-exploitants. Le siège du Tiers-Ordre élut alors domicile dans la chapelle de La Condamine qui prit le relais. La gentillesse des propriétaires actuels a toujours permis aux pèlerins de l'Assomption d'accomplir sur les lieux une visite souvenir de quelques instants reposants et bucoliques. D'après des notes de Sour Michaël Laguerrie, Orante.

 

 

Rochebelle, berceau des Oblates au Vigan

Rochebelle est le nom d'un quartier excentré du Vigan qui s'étire à environ 1km 5 du centre de l'agglomération, le long de la route de l'Aigoual. Le trajet en voiture ne prend que quelques minutes : rue du Mûrier, boulevard du Plan d'Auvergne, boulevard des Châtaigniers, avenue du Mont Aigoual et avenue de Rochebelle.

Bordant immédiatement la route, sans grande facilité de stationnement, la maison en question, appelée par convention Rochebelle, offre toujours sa façade de caractère facilement reconnaissable, flanquée à droite et à gauche de courettes derrière de hauts murs protecteurs et ouverte par derrière sur une prairie, des mûriers, un potager, des arbres fruitiers, le tout irrigué à souhait par de l'eau en abondance, et dominée presque à pic par une colline grimpant en terrassiers pleins de charme.

Cette maison reçut du P. d'Alzon l'appellation de Notre-Dame de Bulgarie, d'après le but assigné aux premières Oblates, être des auxiliaires féminines de l'Assomption dans sa mission de Bulgarie.

II est nécessaire de faire retour au passé et au Fondateur pour comprendre le choix de cette villa comme berceau de fondation des Oblates. Le P. Galabert s'était porté volontaire pour la mission de Bulgarie ouverte en 1862, selon le vou exprimé par Pie IX au P. d'Alzon. Très vite il comprit la nécessité de renforts féminins pour pénétrer dans les milieux complexes de l'Orient, slave et turc. En 1864 le P. d'Alzon entama des négociations avec Mère Marie-Eugénie de Jésus pour obtenir ces auxiliaires féminines réclamées à cor et à cri par le P. Galabert. Les négociations ne purent aboutir, les Religieuses différant leur envoi. Le P. d'Alzon proposa alors de commencer l'ouvre des Oblates à Nîmes, mais c'est du Vigan que vint en fait la solution, le P. Hippolyte Saugrain arpentant les Cévennes et y découvrant des trésors de générosité apostolique. C'est ainsi que le P. d'Alzon toujours optimiste trouva la maison de Rochebelle pour y recevoir les premières candidates à la vie oblate et l'annonça d'un air triomphant à trois dirigées, Eulalie de Régis, Isabelle de Mérignargues et Marie Correnson, le 22 avril 1865 (Lettres, l V, p. 288-289) :

« L'homme avait proposé de commencer l'ouvre des Oblates à Nîmes et Dieu semble vouloir qu'elle se prépare au Vigan. La maison est à peu près louée. Ce sera fini probablement lundi ou mardi. C'est du côté opposé à celui que nous habitons. Une maison longtemps louée par des Anglais, quand les Anglais venaient au Vigan, sur une hauteur ; une colline charmante, un point de vue ravissant, de l'eau, des fruits, des légumes, une prairie et des mûriers. Le tout de 12. 000 à 15. 000, 12.000 probablement. Mais déjà on a vendu pour 1. 000 francs de feuille. Il y a pour 300 francs de fourrage, quatre tonneaux de vin, ce qui fait que le loyer reviendrait, somme toute, à 400 ou 500 francs, tout au plus.

La personne qui nous procure cette bonne affaire, est à chercher pourquoi on nous l'a faite si bonne et avantageuse, et craint quelques dessous de cartes qu'elle cherche à découvrir. La maison a quatre étages. Au rez-de-chaussée : un vestibule, vaste cuisine avec dépendances, vaste salle à manger, caves et remises. Au premier, sur une terrasse, deux très belles pièces, d'un côté, une antichambre pouvant servir de parloir, une vaste chambre pouvant servir de chapelle, avec une petite pièce pour la sacristie, et un petit cabinet pour la supérieure et l'aumônier. Au second, des chambres très vastes, dont on ferait des dortoirs. Au troisième, des chambres et des greniers.

Nous pouvons entrer de suite. Nous ne payerions qu'à partir du 1 er juillet et on défalquerait pour les six premiers mois le prix de la feuille vendue et du fourrage. Nous garderions le vin, les légumes et les fruits. Le P. Hippolyte prétend que d'ici à deux mois il aurait au moins 20 filles. Dans ce cas, la maison serait trop étroite, mais nous aurions la ressource d'en faire filer quelques-unes sur Nîmes.

Notez que nous avons deux institutrices qui vont vendre les bancs de leurs écoles, ramasser leurs petites créances et nous apporter quelques centaines de francs, plus leur mobilier et leur batterie de cuisine. Nous prétendons que cette ouvre ne nous coûte pas un sou, sauf pour l'établissement de la chapelle, et ce sera peu de chose. De plus, je compte bien sur le bon vouloir de quelques dames du Vigan.

N'avez-vous pas envie de venir visiter notre petit établissement ? Je serais ici toute la semaine prochaine. En partant à 6 heures du matin, par le courrier ou la diligence du Commerce, vous êtes ici vers 1 ou 2 heures - sept ou huit heures de diligence ; puis vous retournerez après avoir vu par vous-mêmes. Un voyage à trois dans le coupé, mais c'est ravissant ! Et vous venez mettre votre bénédiction dans les fondements de l'ouvre.

Quant à l'ouvre, voici la pensée : travail, pénitence, oraison. Travail pour vivre, pénitence pour expier les péchés des hérétiques et obtenir leur conversion, oraison pour adorer le Saint-Sacrement. De là des retraites, où les filles de nos montagnes viennent examiner si elles doivent se faire Sours converses ou aller en Bulgarie. La mission que le P. Raphaël [Jourdan] et le P. Jean-Baptiste [Grousset] viennent de donner à Alzon a converti tous les hommes, moins quinze, a ressuscité les Pénitents, révélé une vocation pour nous et sept à huit vocations de filles, sans parler de celles du Vigan et des environs. Si nous réussissons, nous louons une grande magnanerie et nous y établissons 200 lits, avec un fourneau économique, pour garder les ouvrières des filatures, comme on l'a fait à Saint-Ambroix. En attendant, le P. Hippolyte va leur prêcher (aux fileuses) trois fois par semaine le mois de Marie, à l'hôpital. Vous voyez bien l'urgence que vous veniez au Vigan pour surveiller tout cela, donner votre avis, plus votre bénédiction.

La conclusion est que de pauvres filles, quand il s'agit de se donner au bon Dieu, n'y mettent pas tant de façons, ne trouvent pas tant de si, de mais, de car, de pourtant, et que de grandes et saintes demoiselles tournent pendant des années autour du pot et n'y entrent jamais. 0 simplicité et rondeur des pauvres filles ! Oh ! sagesse et prudence des grandes et belles demoiselles ! Oh ! Don de soi ! Oh ! possession de soi ! ... Adieu, mes bien chères filles. Voyez ce que nous devons faire, pour ne pas nous laisser devancer au ciel par toutes ces petites montagnardes qui ont l'habitude de gravir les côtes et les rudes sentiers de leurs rochers et qui vont vite, quand elles s'y mettent. Priez pour les Cévennes, pour la Bulgarie et pour moi ».

Viganaises ou de la région proche du Vigan, solides cévenoles, toutes habituées à une vie austère et rude, ces filles vinrent à l'ouvre avec une immense bonne volonté, une foi de roc, une énergie de montagnardes. Chaque Sour, entre les exercices du noviciat et les emplois de la communauté, continua à travailler de son état : couturière, modiste, blanchisseuse de dentelle, ménagère... L'élevage de vers à soie à La Valette et la vente de rames de mûrier apportèrent un appoint

Le 31 mai 1865, le P. Vincent de Paul Bailly, alors directeur du Collège de l'Assomption à Nîmes, écrivit au P. Galabert, premier missionnaire en Bulgarie : « Les grands événements ne sont pas à Nîmes mais au Vigan : d'abord une ordination avec un ordinand de chaque ordre, la première qui ait eu lieu au Vigan depuis le XIIIème siècle, par Mgr Plantier, le jour de l'Ascension le 25 mai et je vais crescendo : avant l'ordination, c'est-à-dire la veille, en la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, bénédiction et installation de Notre-Dame de Bulgarie, à Rochebelle près Le Vigan ». Le P. d'Alzon y célébra la première messe dans la chapelle improvisée et déposa le Saint-Sacrement dans le tabernacle. Quinze dames ou demoiselles de Nîmes étaient venues, à son appel, entourer les aspirantes de leur prière et de leur amitié. Le soir, Mgr Plantier leur apporta ses encouragements et bénit une statue de la Sainte Vierge qui, d'une petite élévation, dominait le jardin des Sours. Les premières Oblates auxquelles le P. d'Alzon donna lui-même leur nom de religion furent : Sour Marie-Madeleine [Durand] et Sour Marie de l'Annonciation [Durand), Louise [Damenne] qui ne persévéra pas, Véronique [Villaret], Thérèse [Salze] et Marguerite [Bernassau]. Le 25 juillet de la même, le P. Vincent de Paul Bailly ajoutait au P. Galaberet : « Le P. d'Alzon me charge de vous écrire que les Oblates vont très bien au Vigan, qu'il donnera l'habit, le 14 août, à huit ou neuf d'entre elles, qu'il y a des filles solides et capables... ». Dès l'année suivante, en 1866, le 30 août, le P. d'Alzon enverra cinq Oblates au Collège de Nîmes. En 1867, elles y seront 16. Le 24 avril 1868, le P. d'Alzon accompagnera cinq Sours Oblates à Marseille, les premières à partir pour l'Orient : Sours Thérèse Salze, Sour Marguerite Bernassau, Sour Véronique Villaret, Sour Colombe Balmelle et Hélène Puech, sous l'oil ému du P. d'Alzon, de Sour Marie Correnson et de Mère Marie-Eugénie de Jésus, en direction de la Bulgarie où le P. Galabert les attendait avec impatience depuis cinq ans. En 1874, les Oblates quittèrent Rochebelle pour La Valette. Mais dès 1873, avec l'achat de la maison Puget à Nîmes rue Séguier, Marie Correnson organisa la Congrégation en ouvrant un petit externat, puis un internat. La Congrégation des Oblates commençait à voler de ses propres ailes.

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