Au Vigan

Les environs du Vigan

Toute la région environnant Le Vigan est remplie de souvenirs tant de la famille d'Alzon qui en est originaire que des premières missions populaires de la jeune Assomption des années 1860. Les Cévennes forment un cadre grandiose, mais leur atout majeur réside dans l'attirance que suscite cette nature à la fois sévère et généreuse, terre de châtaigniers et de feuillus qui fit de l'antique voie Régordane un véritable chemin de tolérance après avoir connu les horreurs aux temps de la Réforme et de la Contre-Réforme. A cheval sur les départements du Gard et de la Lozère, l'actuel parc national des Cévennes recouvre quatre ensembles bien typés que le touriste-pèlerin prendra le temps d'arpenter à pied ou en voiture : l'Aigoual et le Lingas, massif granitique et schisteux couvert en majorité de forêts, les vallées cévenoles, pays de schistes caractérisé par les châtaigniers et l'élevage de chèvres et de moutons, le Mont Lozère, massif granitique lié à l'élevage bovin avec un sommet à 1 699 mètres et le Causse Méjean, plateau calcaire avoisinant les 1000 mètres d'altitude, terre d'élevage ovin. La flore y est magnifique : sur les quelque 200 espèces recensées, le genêt, la bruyère, le genévrier, les airelles, les épilobes se partagent les paysages et les prairies selon l'altitude. Quant à la faune sauvage, elle connaît une variété qui tend à se régulariser entre les espèces traditionnelles (sanglier, cerf) et d'autres réintroduites plus récemment comme le chevreuil. Vautours fauves et vautours moines sont bien représentés sur le territoire alors que le grand tétras reste plus rare. Quelques colonies de castors peuplent les rivières cévenoles où les pêcheurs ne manquent pas de venir taquiner la truite fario.

Voici quelques localités à traverser dont les noms réveillent la mémoire alzonienne et assomptionniste : Saint-André de Majencoules et le château des Pauses qui serait selon une certaine tradition sur le site de l'ancien domaine des Daudé de La Coste, Saint-Martial et son admirable église romane qui mérite le détour par le col de la Triballe ; Le Mazel et Le Cigal ; au sortir du Vigan le site de Cauvalat où l'on venait se soigner aux eaux, Avèze, Montdardier, Rogues et Blandas par les D 48 et 513, terres ensemencées par les PP. Hippolyte Saugrain, Raphaël Jourdan Jean-Marie Joulé ou Jean-Baptiste Grousset, d'où sortirent les premières Oblates de Rochebelle. La petite route permet (D 48, D 25, D 158 et D 130) par les gorges de la Vis d'atteindre l'admirable cirque naturel de Navacelles. Au centre de la gorge élargie, cet exemple spectaculaire de méandre abandonné à 300 mètres en contrebas offre la plus vivante leçon de géographie physique, avec son hameau niché au fond d'un site exceptionnel. On peut également à partir du Vigan suivre la vallée de l'Arre par la D 999 qui traverse l'Alzonnenque, contourne le village perché d' Esparron, atteint Bez et Arre, laisse sur la droite Arrigas, franchit un long tunnel avant de déboucher sur Alzon où fut édifié au XIXème un sancuaire à NotreDame, et remonte jusqu'à Sauclières. On aperçoit tout au long du parcours les vestiges de l'ancienne voie ferrée qui franchit la route et les dénivellations en viaducs. Une autre promenade permettra de réaliser l'excursion d'Emmanuel d'Alzon en août 1831 dont il a laissé une description précise (Lettres, t A, pages 227-230, 233) : des grottes, des rochers, des nuages, des sources, des antiquités de toute espèce, un vieux château qui tombe, un génie qui s'éteint, quelques originaux. De Saint-Jean-du-Bruhel, le chauffeur atteindra sans trop de difficulté les ruines du château féodal d'Algues d'où est sortie la famille ancestrale de Roquefeuil, on traversera Trèves (grottes de la Poujade et les gorges de la Dourbie), on escaladera les pentes qui conduisent au joli village perché de Cantobre, puis on remontera le versant opposé qui rejoint Saint-Sauveur où E. d'Alzon fit halte au presbytère du curé. La traversée du Causse du Larzac (Causse Noir) nous fera connaître comme lui la très belle chapelle de Saint-Martin, la forêt de la Salvage et son sanctuaire à Notre-Dame avant d'atteindre le village du Monna, berceau des Bonald où l'on conserve toujours dans le château médiéval l'habit d'académicien du Vicomte auquel Emmanuel rendit visite. A deux pas, on ira traverser le confluent du Tarn et de la Dourbie pour rejoindre Millau et on s'offrira le luxe d'enjamber le tout moderne viaduc autoroutier, inauguré en grandes pompes en décembre 2004. Mais pour le retour on préfèrera comme lui le lacis et les lacets de la N 9 qui offrent une vue plongeante et inoubliable sur Millau surtout au coucher du soleil. Si le temps le permet, un détour jusqu'à La Couvertoirade nous fera découvrir l'ancienne cité des Templiers qui nous replonge au cour de la vie médiévale du plateau du Larzac. 

 

Le Massif de l'Aigoual

Une autre journée, à partir du Vigan, permet de découvrir à pied ou en voiture les joies de la montagne. Les novices des années 1860 comme certains novices de feu Sceaux (années 1990) se souviennent sans doute encore d'une marche épique qui à partir d'Aulas par un GR balisé permit d'atteindre les sommets de l'Espérou et, au retour, de croiser la tombe d'André Chamson. L'Espérou est un village du Mont-Aigoual, un massif montagneux paisible mais venté que se partageaient complaisamment les troupeaux en estive ou en transhumance et quelques exploitations minières et forestières. On y accepta même que quelques fabriques de bouteilles de la plaine venaient s'approvisionner en bois nécessaire à la production du verre. Mais tout commença à se gâter quand, vers le milieu du XIXème siècle, une maladie frappa le ver à soie pourvoyeur de richesse dans les vallées.

La misère sur les talons, on voulut compenser et ce fut le début d'une exploitation abusive de la montagne qui conduisit à une déforestation grave. Dans les parties les plus basses, c'étaient les chèvres qui dévoraient la végétation alors que les pentes supérieures étaient occupées en été par les troupeaux de moutons transhumants. Un déboisement accru ne tarda pas à entraîner des effets désastreux. Des inondations dévastatrices se multiplièrent, désolant les plaines et les vallées. Les services officiels de reboisement s'intéressèrent à l'Aigoual, un observatoire fut construit en 1887 pour le service météorologique d'altitude. Ce furent Georges Fabre le forestier et Charles Flahault qui sauvèrent le massif de l'Aigoual en appliquant un programme de reboisement avec l'implication de l'administration des Eaux et Forêts. De nos jours, l'observatoire météo surveille grâce à une machinerie développée le ciel changeant de la région, en offrant aux hommes du plateau de contempler ce superbe panorama qui englobe jusqu'au Mont Ventoux, le Mont Blanc, le Canigou, le Pic du Midi, la chaîne des Puys et jusqu'à la Méditerranée, les dômes étoilés ou couverts d'un horizon tantôt lumineux tantôt brumeux mais toujours venté.

 

L'Espérou

Ce petit village perché sur le plateau du massif peut être atteint par la route de façon assez pittoresque par beau temps par la D 48, à partir du Vigan, le col du Minier (1264 m.) et le col de de la Sereyrède (1299 m). C'est un hameau de la commune de Valleraugue situé près du col du même nom (1207 m.), au point de jonction du chaînon de l'Espérou avec la ligne de faîte des Cévennes, ligne de partage des eaux entre l'Atlantique et la Méditerranée. C'est le seul village cévenol à garder une population à peu près stable. Fondé à l'origine par quelques serfs affranchis par leur seigneur pour faits de courage, pourvu d'une abbaye médiévale Notre-Dame de Bonheur ruinée à la Révolution, il fut repeuplé après les guerres de religion par des personnes de l'Aubrac. Aérée, entourée de pâturages que bordent les forêts de l'Aigoual et de Montais, c'est aujourd'hui une station de villégiature d'été fréquentée par les gens de la plaine et en hiver un centre de sports de neige. De longues promenades sous bois, peu accidentées, par routes ou sentiers bien entretenus, font un ravissant contraste avec les causses du côté de l'Aveyron et les garrigues du côté du Gard. On peut descendre du plateau en direction de Meyrueis (patrie de Mgr Maret) ou de Florac (patrie adoptive des descendants Germer-Durand) ou encore de Valleraugue et de Notre-Dame de La Rouvière.

Le P. Siméon Vailhé a rapporté à sa manière la 'geste assomptionniste' à L'Espérou dans la Vie du P. d'Alzon, t. II, pp. 451-452 : « Le village de L'Espérou, dressé sur un sommet des Cévennes à 1200 m. d'altitude bénéficia de la faveur de l'Assomption. On y comptait l'hiver 250 catholiques disséminés sur un vaste territoire, chiffre qui grossissait à la belle saison. Ils étaient rarement visités par les curés voisins de Dourbies et de Valleraugue, que leurs paroissiens éparpillés dans tous les replis de la montagne occupaient suffisamment : les protestants n'étaient pas mieux pourvus et s'entretenaient plus rarement encore avec un ministre de leur culte. Un sanctuaire en ruines depuis la Révolution et dédié à Notre-Dame de Bonheur attirait une fois par an des milliers de pèlerins qui tentaient héroïquement l'escalade du pic ; des faveurs spirituelles récompensaient leur foi et maintenaient la ferveur dans la contrée. Ces braves gens réclamaient un prêtre à poste fixe et s'offraient aux sacrifices compatibles avec leur pauvreté. Le 27 septembre 1865, le P. d'Alzon acheta un terrain sur lequel fut plantée une croix en signe de possession et, trois ans après [1868], le P. Saugrain obtint de l'évêque [Mgr Plantier] l'autorisation d'y organiser le culte dans une bergerie transformée en chapelle.

Un Assomptionniste s'y établit, du moins l'été ; il donna même des leçons de latin à trois ou quatre petits clercs, pendant que deux Sours Oblates, fixées là-haut à partir de 1873, enseignaient le français à une douzaine d'enfants. Le climat sibérien de ces hauteurs tuait les forces physiques tandis que la solitude abattait les forces morales. Ces deux causes de faiblesse et d'énervement rendaient à peu près impossible la présence continue d'un prêtre. Aussi, que d'essais malheureux au cours des quinze à seize ans où les Assomptionnistes du Vigan s'obstinèrent à ne pas déserter le poste ! Plus d'une fois, le P. d'Alzon encouragea par sa présence le volontaire qui se sacrifiait sur ce haut lieu et, à plusieurs reprises, les évêques de Nîmes se hissèrent à travers les amas de neige jusqu'à la misérable chapelle qui abritait des brebis de leur troupeau. L'endroit était si abandonné que des protestants souscrivirent pour l'aménagement du sanctuaire et que, dans les premiers temps, ils assistaient régulièrement à la messe et aux vêpres ».

Le P. d'Alzon pour sa part a été un fidèle pèlerin de L'Espérou. Il s'y rendit volontiers à pied, malgré la fatigue et l'âge. Rappelons simplement le calendrier de ses visites d'après le témoignage direct de ses Lettres : le 18 août 1866, le 3 mai 1868, en octobre 1870, le 8 juillet 1871, le 8 août 1871, le 5 juillet 1873, le 22 juillet 1873, le 27 avril 1875. Il écrit à Marie Correnson en mai 1865 : « Quand vous lirez ma lettre, ma chère enfant, je serai au sommet de L'Espérou et j'y chercherai le terrain le plus convenable pour bâtir la chapelle, ce qui n'empêche pas mes vers à soie [il avait fait le projet de développer à L'Espérou un pèlerinage pour obtenir la cessation de cette maladie dite la pébrine qui décimait les élevages et que le grand chimiste Pasteur vint étudier à Alès en 1865] d'aller tout de travers. Je crois qu'on les enterre aujourd'hui » (Lettres, t. V, p. 319). A Mme Cécile Germer-Durand en juin 1865 : «  Quant à L'Espérou, il est très vrai que j'y songe et que le meilleur est de poser la première pierre cette année. Je proposerais d'y monter par la nouvelle route et de descendre par Valleraugue. Il faudrait aller y coucher le samedi 5 août : on poserait la première pierre ; le lendemain, on irait voir lever le soleil à la tour de Cassini, on entendrait la messe et on descendrait. Mardi prochain, nous causerons de tout cela avec les membres de la caravane qui seront chez vous » (Lettres, t. V, p. 336) ou encore à Marie Correnson le 8 juin 1865 : « Les Oblates vont bien. Le 4 août au soir, on aura une caravane partant au coucher du soleil pour L'Espérou. On ira voir lever le soleil l ; on aura frais ou froid ; on posera la première pierre de l'église, le 5 au matin on dira la messe sur une charrette, on dé jeûnera ; s'il y a lieu on ira voir Bramabiau ; de là on s'acheminera vers Le Vigan par la nouvelle route, si c'est possible. On ira à âne ou en voiture au choix. Les personnes sensibles et délicates iront en voiture, les autres sur l'humble barde. Le sommeil sera supprimé pour 24 heures. La lune nous favorisera de ses pâles rayons. Ce sera pour moi, je vous l'assure, une vraie joie de dire la messe dans un pays où elle n'a pas été célébrée depuis quatre cent ans environ. C'est là que je veux me faire ermite, trois mois par an » (Lettres, t. V, p. 340).On lira encore avec profit et intérêt pour les détails pittoresques donnés sur les lieux la lettre du 23 août 1866 à Emile Doumet (Lettres, t. VI, p. 132). Le 10 mai 1868 la chapelle de L'Espérou fut enfin achevée et ouverte au culte.

Il serait bon encore de lire quelques détails sur place sur la vie des Oblates à L'Espérou, qui s'y maintenèrent de 1871 à 1879, dans des conditions plus que spartiates. Elles logèrent dans une partie du presbytère de l'époque, faisant la classe à une douzaine d'écoliers. Cf Les Oblates de l'Assomption, Carnets du Centenaire (1980), t. I La France, pp. 5-7 . Il y eut même sur place un essai d'alumnat assomptionniste entre avril et septembre 1875 sous la direction du P. Alexis Dumazer. On y faisait une cure invariable de raves et de pommes de terre. Il est encore possible d'en suivre l'histoire amusée grâce au récit qu'en a conservé le livre du P. Polyeucte Guissard, Histoire des alumnats, pp. 93-96 , extraits que nous ne pouvons reproduire intégralement ici, faute de place. Rappelons simplement l'horaire journalier : lever à 5 h., prière de Prime à 5h 30, messe puis étude à partir de 6 h, récréation et petit déjeuner à 7h. 30, étude à 8 h., prière des Petites Heures à 11 h. 30 suivies de l'examen particulier, déjeuner à 12 h. suivi d'une récréation, à 13 h. 30 les Vêpres et les Complies ( !), A 14 h. étude, à 16 h. récréation, à 18 h. 30 Matines et Laudes ( !), à 19 h. souper suivi de la récréation, de la prière au mois de Marie et coucher à 21 h. Nul doute qu'on formait des caractères à ce régime !

 

 

Une belle leçon d'ocuménisme avant l'heure : la glace et le feu

Si l'histoire des Cévennes au temps de la Réforme, de la Contre Réforme et des guerres de religion, offre malheureusement plus d'une page tragique (on en aura un goût amère et sans concession en visitant le Musée du Désert, au Mialet, que n'éclaire aucune finale plus ocuménique), on prendra intérêt à relire cette magnifique relation pleine d'humanisme et de sens évangélique, parue dans le livre de Durand Tullou et Yves Chassin du Guemy, Bonahuc au cour des Cévennes, 1985:

« C'était en 1869. La chapelle de L'Espérou, le couvent, tout l'appareil de sauvetage établi en ces lieux avait sombré dans la désolation et la solitude. L'évêque de Nîmes [Plantier] avait compris le hameau de L'Espérou dans l'itinéraire de sa tournée pastorale. Il avait fixé à la mi-avril la date de sa venue auprès de ses diocésains de l'Aigoual. Il pensait qu'à cette époque, l'hiver aurait donné les derniers sursauts de sa colère.

Le printemps régnait dans la plaine depuis un mois : il devait au moins s'annoncer et débuter dans la montagne. Son espérance fut déçue. Pendant toute la journée du 16 avril que le prélat passa à Valleraugue, il neigea d'abord, il plut ensuite abondamment. L'on pensait bien que la montagne serait moins favorisée, mais l'on ne pouvait croire qu'elle fût, ce même jour, en proie à une des plus affreuses tornades, qu'on y eût vues depuis de nombreuses années. La voiture épiscopale était à l'épreuve de l'eau et même de la neige. Elle s'engagea, dès la première heure du jour, sur la route de L'Espérou. A mesure que l'on quittait le pays de moindre altitude, le paysage prenait des aspects plus terribles. Il ne pleuvait plus, il avait cessé de neiger, mais le chemin, la forêt, les pics et les cols étaient recouverts d'une couche épaisse de neige durcie où les chevaux avançaient péniblement. Plus haut encore, la neige congelée offrait un obstacle presque insurmontable à la marche de la voiture.

En vain le vicaire général, fils de la montagne [P. d'Alzon] qui se faisait une joie d'initier l'évêque aux beautés naturelles et aux souvenirs religieux de L'Espérou, déclara-t-il qu'il était indispensable de céder à la nécessité de rebrousser chemin et de remettre à plus tard le voyage. L'évêque était de ces cours vaillants qui ne savent point reculer. Il imposa sa volonté au prêtre-gentilhomme qui fut ravi assurément de déposer toute prudence et de mener avec son impétuosité coutumière l'assaut le plus audacieux contre la montagne hostile. Les chevaux tenus en main, les sabots enveloppés de linges de fortune, ne manquaient pas de cran. Néanmoins, l'avance était lente, presque nulle, chaque glissade sur la pente glacée réduisant d'autant la valeur du progrès réalisé à grand peine.

La plus grande partie de la journée s'était écoulée dans des efforts considérables sans doute, mais de nul résultat. Un froid glacial annonçait la nuit proche et qui serait mortelle, si aucun secours ne survenait.

Tout à coup des voix se font entendre et des pas feutrés glissent sur la neige gelée. Des montagnards vigoureux, armés de pics et de pelles, inquiets au sujet de l'évêque, s'approchent, le rassurent et lui garantissent une fin de voyage sans incident. Ils avaient d'abord pensé que Monseigneur aurait connu à Valleraugue l'état impraticable de la montagne et qu'il aurait renoncé à son voyage. Ils avaient réfléchi ensuite à ce qu'un évêque, lorsqu'il se sait attendu par ses diocésains et lorsque ceux-ci peuvent être regardés comme les plus déshérités de tous, brave d'ordinaire tous les obstacles et, malgré vents et marées, toujours leur tient parole. Ils ont tablé sur cette idée, ancrée dans leur cerveau ; ils ne pouvaient prendre conseil de personne. Depuis le départ des derniers chanoines de Bonheur, ils n'ont plus de prêtres. Ils se sont concertés ensemble et les voilà. Ils savaient bien que Monseigneur ne consentirait point à renoncer à monter jusqu'à eux. Ils connaissaient assez M. d'Alzon pour savoir que, lui aussi, comme le chevalier d'Assas, ne voudrait point reculer.

Se mettant aussitôt à l'ouvre, ces rudes et vigoureux paysans forestiers s'attelèrent à une ouvre presque gigantesque : ils ouvrirent dans la glace tout au long du chemin une véritable tranchée dans laquelle la voiture du prélat put avancer. Il y fallut beaucoup de temps et de durs efforts. La nuit arriva : elle est plus prompte à couvrir la montagne lorsque d'épais nuages obscurcissent le ciel. La lumière, des lanternes de la voiture éclairait le travail des hommes d'une lueur amoindrie par l'épaisseur du brouillard qui s'étendait tout autour.

L'on était encore loin du but, la nuit était complète, mais les cours et les bras n'étaient nullement fatigués. Les montagnards se concertèrent et avertirent Monseigneur qu'il serait imprudent de s'obstiner plus longtemps à lutter contre la montagne et que d'ailleurs l'on approchait d'une maison isolée qui s'ouvrait à même la route et où Monseigneur recevrait une hospitalité confortable que les villageois de L'Espérou seraient incapables de lui offrir sur la montagne.

La maison était en vue. Bientôt la voiture en atteindrait le seuil. Alors François Laffin, valet de chambre du prélat, s'avança sur la glace et alla heurter à l'huis de la demeure. Il commençait à expliquer avec quelques détours circonstanciés comment Monseigneur surpris par le mauvais temps demandait l'hospitalité pour la nuit. Le vieillard qui méditait au coin de l'âtre, interrompit le messager de l'évêque. Il connaissait tous les détails de l'aventure. Il n'avait pu à cause de son grand âge se joindre à l'équipe des sauveteurs, mais ses deux fils y étaient allés à sa place. Bien qu'ils fussent de la Religion [réformée] et que l'évêque Plantier n'eût pas toujours ménagé messieurs les pasteurs, il ouvrait ses portes toutes grandes. L'évêque et sa suite pouvait venir.

Quelques instants après, Monseigneur pressait la main du vénérable vieillard et devenait l'hôte respecté d'un foyer protestant. Une place auprès du foyer fut offerte à l'évêque ainsi qu'à M. d'Alzon dont le prestige était considérable dans toute la région viganaise. Les chevaux furent mis à l'écurie. Le cocher et le valet de chambre furent invités à se réchauffer.

Quelques instants après, la vaste table de famille réunissait l'évêque et sa suite aux hommes de la maison et les femmes s'empressaient à servir un repas dont quelques mets locaux, ajoutés hâtivement, complétèrent le menu, un lit préparé pour l'évêque et son grand vicaire. Ses domestiques trouvèrent également un couchage chaud dont tout luxe était absent.

Le lendemain, la route fut déblayée jusqu'au hameau. L'évêque s'y rendit, précédé de tous les habitants et accompagné de la famille de son hôte. La politesse engageait ces Protestants à ne pas manquer d'assister à une messe que l'évêque était venu dire de si loin et au prix de tant de dangers.

L'évêque sur indication du P. d'Alzon familier de ces lieux salua les ruines de l'église Saint-Guilhem et un peu plus loin le sanctuaire de Notre-Dame de Bonheur, transformé en une bergerie. Dans la salle commune d'une maison montagnarde, sur un meuble orné d'un linge blanc et de branches de verdure, la chapelle de voyage avait été disposée. Deux messes furent célébrées par Monseigneur et par M. d'Alzon, en un pays où, depuis la Révolution, il n'y en avait point eu. Monseigneur annonça que M. d'Alzon se chargeait d'édifier une chapelle à L'Espérou et il promit d'y établir un prêtre.

Pendant cette cérémonie, une nouvelle tempête commença à secouer les futaies et les rochers. Le grondement du tonnerre presque ininterrompu fut le signal d'une nouvelle chute de neige. La tranchée exécutée dans la glace par les bras vaillants des hommes se trouva comblée. Il fallut plusieurs jours pour que la montagne reprit sa tranquillité et que le soleil en fondant le glacier rendît possible le départ de l'évêque.

Les adieux du prélat consacrèrent pour toujours le souvenir de la demeure rurale où il avait séjourné pendant près d'une semaine. En prenant congé de son hôte, Monseigneur lui demanda s'il ne se rendait point parfois à Nîmes. A quoi il répondit qu'il allait d'ordinaire à la foire de la Saint-Michel afin de visiter les rôtisseurs de marrons qui avaient coutume de lui acheter sa récolte. Le prélat l'invita alors avec instance à aller le voir dans la demeure épiscopale et à vouloir bien accepter de prendre un repas chez lui pour lui fournir l'occasion de lui rendre ses politesses dont il lui demeurait très reconnaissant.

Le vieillard promit. Cependant la Saint-Michel de cette année et des années suivantes passèrent sans que la promesse fût tenue. L'évêque mit cette abstention sur le compte du désarroi causé dans le pays par la guerre franco-allemande. Il n'en envoya pas moins le fidèle François pendant la durée de la foire explorer les principaux quartiers de la ville dans l'espoir que le valet de chambre découvrirait l'hôte de L'Espérou. Tout arrive. François rencontra enfin le Protestant cévenol. Il l'aborda, le convainquit et l'amena à l'évêché. Monseigneur admit avec plaisir à sa table celui qui sans être de sa confession l'avait reçu en des circonstances si graves. Le repas fut cordial, la conversation exempte de toute gêne. Lorsque François reconduisit l'hôte de Monseigneur, il voulut savoir si celui-ci s'en allait content du repas et pleinement satisfait de l'accueil. François, pour en avoir le cour net, prolongea la conduite et la conversation jusqu'au boulevard. Il sut si bien mettre en confiance que l'homme se décida à parler. Le repas était bon, l'accueil convenable, la politesse exquise. Un usage qui n'est point sans importance n'avait point été suivi. Avec un tel repas, il eût fallu près d'une vaste cheminée une belle flambée de ramée ». Reproduit d'après A.T L.P., 2001, n° 173, pp. 18-21 : Une visite du P. d'Alzon à la chapelle de L'Espérou .

 

Bramabiau, à Camprieu

Les amateurs de curiosités naturelles n'omettront pas une fois à L'Espérou de faire le détour jusqu'à la grotte de Bramabiau. La rivière souterraine, sortant en résurgence du rocher en abîme, correspond à un accident géologique typique de la région des causses. Signalée pour la première fois en 1838 par le pasteur Frossard, elle n'a été explorée qu'en 1888 par E.-A. Martel et Gaupillat. Le plateau de Camprieu, constitué par les calcaires bruns de l'infralias, est un petit causse, plaqué intimement de trois côtés aux montagnes granitiques avoisinantes et érodé au contraire à l'ouest en un front abrupt qui tombe par un à-pic de 120 m. sur la vallée de Saint Sauveur-des-Pourcils. Le ruisseau de Bonheur, descendu de l'Aigoual, s'était primitivement creusé à travers ce causse un modeste lit sinueux, encaissé d'une vingtaine de mètres et venait s'abîmer du haut du causse dans la vallée inférieure. Aujourd'hui le Bonheur, ayant abandonné son ancien lit supérieur s'engouffre en amont dans les fissures du calcaire et après un cours souterrain long de 700 m. vient ressortir au pied de l'escarpement du causse sous la forme d'une cascade bruyante. De là elle coule à l'air libre dans la riante vallée de Saint-Sauveur-des-Pourcils et se jette à 5 km plus loin dans le Trévezel, affluent de la Dourbie. Le nom de Bramabiau serait une onomatopée, de brame-bouf, nom tiré du bruit que font les eaux quand elles sont en crue.

 

 

Carnet d'Adresses

Au Vigan :
Les lieux mentionnés peuvent être devenus des lieux privés. Il est nécessaire pour une visite de demander une autorisation préalable aux différents propriétaires actuels :
Maison familiale des d'Alzon La Condamine,
Propriété agricole de La Valette,
Maison de Rochebelle (propriété d'Alain Fournier,), 13 rue de la Baarilleue 28 300 Champhol
Château d'Assas - de Faventines.

Par contre d'autres sites sont accessibles de façon libre ou payante au Vigan et dans les environs :
Eglise Saint-Pierre du Vigan.
Le Musée Cevenol, 1 rue des Calquières au Vigan : tél.: 04 67 81 06 86 (M. Puech Laurent)
Le Musée du Pays Viganais, Place Triaire au Vigan : tél.: 04 67 81 01 72
Arboretum de Cazebonne à Alzon : tél.: 04 67 82 08 30
L'Artisanale du Cachemire à Saint-Martial (et la très belle église romane) : tél. 04 67 81 35 83
Château des Pauses à la Coste Saint-André de Majencoules, Le Mazel et Le Cigal.
Le site naturel de Navacelles, exemple merveilleux de géographie appliquée.
Le site de Cauvalat, les villages d'Avèze, de Montdardier, de Blandas, de Rogues, d'Esparron, de Bez, de Alzon, de Sauclières, de Trèves, de Saint-Jean-du-Bruhel, d'Algues, de Dourbies, de Nant, de Cantobre, de Saint-Sauveur, de Saint-Martin du Larzac, de la Salvage, du Monna, la ville de Millau et la cité fortifiée de la Couvertoirade....
Association histoire - généalogie. Marie 12230 Saint-Jean-du-Bruhel.

L'Aigoual et L'Espérou :
Eglise et temple à L'Espérou (demander la clé à une habitante du pays) L'Observatoire météorologique de l'Aigoual à L'Aigoual : tél. 04 67 82 64 14
L'Arboretum de l'Hort de Dieu, au pied de l'Observatoire : tél. 04 67 82 60 60
Terres d'Aigoual, Col de la Serreyrède à Valleraugue : tél.: 04 67 82 65 39
L'Arboretum de la Foux et le sentier des Arbres à Camprieu : tél.: 04 67 82 64 67
L'Abîme de Bramabiau route D 986 à Camprieu : tél.: 04 67 82 60 78
Randals Bison de Lanuejols : tél.: 04 82 73 74

Région d'Anduze et de Saint-Jean-du-Gard :
La Vitrine cévenole, Route de Saint-Jean-du-Gard à Anduze : tél.: 04 66 61 87 28
La Poterie d'Anduze Les Enfants de Boisset, Route de Saint-Jean-du-Gard à Anduze : tél.: 04 66 61 80 86
Le Musée de la Musique, 4 Route d'Alès à Anduze : tél.: 04 66 61 86 60
Le Train à vapeur des Cévennes, Place de la Gare à Anduze : tél.: 04 66 60 59 00
La Bambouseraie de Prafrance à Générargues : tél.: 04 66 61 7047
Le Musée du Désert, Le Mas Soubeyran à Mialet : tél.: 04 66 85 03 28
Le Musée des Vallées Cévenoles, 95 Grand-Rue à Saint-Jean-du-Gard : tél.: 04 66 85 10 48
Terroir Cévennes Route de Nîmes : tél.: 04 66 85 15 26
Le Moulin des Olivettes Route de Nîmes : tél.: 04 66 85 31 87

Alès et ses environs :
La Cathédrale Saint-Jean-Baptiste (visite libre)
La Mine Témoin à Rochebelle d'Alès : tél. : 04 66 30 45 15
Le Musée minéralogique à Alès : tél. 04 66 78 51 69
Musée du Mineur Vallée Ricard à La Grand-Combe : tél.: 04 66 34 28 93
Le château de Ribaute à Ribaute-les-Tavemes : tél . 04 66 83 01 66

Saint-Hippolyte-du-Fort :
Le Musée de la Soie, Place du 8 mai à Saint-Hippolyte-du-Fort : tél.: 04 66 77 66 47
La Boutique de la Soie à Saint-Hippolyte-du-Fort : tél.: 04 66 77 66 47
Le Musée du Sapeur Pompier, Place des Casernes à Saint-Hippolyte-du-Gard : tél.: 04 66 77 99 86
La Fabrique de la Fourche à Sauve : tél.: 04 66 77 57 51

Spécialités gastronomiques du Gard et des Cévennes :
La Tapenade (olives noires et vertes pilées), olives Picholines et huile d'olive,
Les Tellines (coquillages à la poêle avec sauce persillée),
Le Riz de Camargue et le Bouf à la Gardiane,
La Brandade (morue),
La Châtaigne (Anduze et Alès), le Pélardon (fromage de chèvre), l'Oignon des Cévennes, la Pomme Reinette du Vigan (cidre), la Truffe de l'Uzège, la Cerise de Remoulins, le Miel des Cévennes, Pêche et Abricot (Saint-Gilles-du-gard), la Figue (Vézénobres),
Les Vins du Midi (Côtes du Rhône, Lirac, Tavel (rosé), Saint-Gervais, Chusclan, Laudun, Costières de Nîmes, Vins des Sables, Vins du Pays du Gard, la Clairette de Bellegarde, La Carthagène,
Artisanat : les Poteries d'Anduze, le Meuble peint, les Vanneries, les Textiles... Traditions populaires : Afeciouna, Abrivado, Manades, Ferrades, Corrida et Féria (courses camargaises de chevaux et de taureaux), Joutes languedociennes (Grau-du-Roi), Pétanque aux Jardins de La Fontaine à Nîmes...

 Webmestre: D. Remiot
Vers la page d'accueil du site