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Aux Marches de la Savoie
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Le monastère de la Grande-Chartreuse
La vie cartusienne a exercé un attrait certain sur le P. d'Alzon, même si nous sourions comme son compatriote l'abbé de Tessan sur ses velléités déclarées d'entrer un jour à la Chartreuse.
Le monastère de la Grande-Chartreuse, situé dans le massif du même nom [Cartusia] et fondé comme berceau de l'Ordre des Chartreux en 1084 par saint Bruno, avait connu le sort de tous les ordres religieux à la Révolution. Ses bâtiments qui dataient du XVllème siècle (Dom Le Masson) avaient été plus ou moins abandonnés, malgré la surveillance discrète d'un moine caché dans les environs, Dom Coutarel. En 1814, la vie conventuelle put reprendre normalement selon les coutumes de l'Ordre, dans la solitude, la prière et le retrait du monde. Mais les lieux étaient devenus très prisés, à la mode romantique, et ils furent même visités par nombre de célébrités de l'époque, malgré les consignes sévères de la clôture monastique et un accès topographique plus que spartiate
Emmanuel d'Alzon fit le projet dès 1831 d'y faire un séjour : « Un caprice me fait entrevoir comme une chose sublime d'aller passer six mois à la Grande-Chartreuse, seul avec Dieu, les arbres et les religieux muets », mais il avait aussi la loyauté de reconnaître en son for intérieur que la Trappe ou la Chartreuse ne lui convenait que fort peu. II mit son désir d'une visite des lieux en application lors de son retour d'Italie en 1835 : « Je vais à Turin et, de là à Chambéry, et puis à Grenoble, puis à la Grande-Chartreuse, puis à Nîmes et puis à Lavagnac écrit-il à sa sour le 18 juin 1835. Rien ne permet de confirmer ou d'infirmer cette décision.
Ce qui est certain, c'est que P. d'Alzon fut lié avec l'un des Supérieurs Généraux de l'Ordre, Dom Rach Bouissinet, son compagnon d'études au séminaire de Montpellier en 1833, mort prieur du monastère. L'alumnat de Notre-Dame des Châteaux dut beaucoup à la générosité de l'Ordre lors de son ouverture et par la suite, de même, l'alumnat de Miribel-Ies-Echelles. Le P. Emmanuel Bailly frappa plus d'une fois à la porte du monastère pour demander des secours à l'Ordre dont la tradition de générosité, alimentée ou pourvue par les revenus forestiers et les célèbres produits alcoolisés (élixir et Chartreuse) est bien attestée dans toute la région.
La Côte-Saint-André et Châtenay
La Côte-Saint-André n'était au XIXème siècle qu'une modeste ville ou mieux qu'un gros bourg agricole de l'Isère dans la vallée de la Bièvre, que la future célébrité d'un de ses habitants, le musicien Berlioz, n'avait pas encore tirée de l'anonymat. La maison natale du musicien aujourd'hui transformée en musée, n'attirait sans doute pas les foules à cette époque et la notoriété de l'enfant du pays agitait certainement plus les têtes musicales de la capitale que les solides paysans de la Bièvre. Le diocèse de Grenoble animait à La Côte-Saint-André un petit séminaire drainant les vocations cléricales des villages alentour réputés pour leur ferveur et pratique religieuses. C'est pourtant ce lieu dont fit choix l'abbé Combalot en août 1838 pour former la future Mère Marie-Eugénie de Jésus aux us et coutumes de la vie religieuse, après un premier essai chez les Bénédictines à Paris. L'abbé prédicateur, missionnaire apostolique, connaissait bien La Côte-Saint-André pour y avoir fait lui-même son petit séminaire. Un peu à l'écart du centre, une communauté de l'Ordre de la Visitation y avait vu le jour après les troubles de la Révolution, en 1807, conjuguant vie de moniale et vie d'enseignante selon la formule du temps. Les prieures, Mères Marie-Laurence Coche (cédée à Voiron) et Marie-Thérèse Marmonnier, passaient pour des femmes supérieures. Il ne reste pas grand'chose aujourd'hui, en dehors de la massive église fortifiée du bourg, des halles et de l'ancien château médiéval, comme témoignages d'animation de cette période. Le petit séminaire a migré depuis longtemps à Montgontier avant d'être lui-même transformé en maison de retraite pour le clergé diocésain ; la Visitation de La-Côte-Saint-André qui a fusionné par la suite avec celles du May à Voiron et de Mâcon (1970) a été aménagée en structure scolaire. Les bâtiments actuels ne laissent pas deviner son ancienne affectation.
Quoi qu'il en soit de ces évolutions, La Côte-Saint-André et le village voisin de Châtenay, pays natal de l'abbé Combalot, furent le cadre de la première rencontre entre Marie-Eugénie de Jésus et l'abbé d'Alzon en octobre 1838. Le missionnaire apostolique qui était très fier de sa protégée aménagea l'entrevue. D'Alzon qui était à Lyon pour prêcher une retraite aux Sours de Marie-Thérèse, fit le déplacement en diligence sur la ligne Lyon-Grenoble. Mlle Milleret dût s'y prêter de bonne grâce sans doute, au domicile même de la famille Combalot dont la maison existe toujours, propriété d'un taxidermiste qui n'était pas peu fier de me montrer encore en 1994 une vieille cloche sauvée d'un oratoire en ruines.
La scène de cette rencontre nous a été conservée par des notes dues à Sour Marie-Thérèse de Commarque, lors d'une conversation à Nice du P. d'Alzon venu se reposer chez les Religieuses durant l'hiver 1874, d'après Les Origines de l'Assomption. t. I, p. 167 et suivantes :
« J'ai connu l'abbé Combalot à Lavagnac, chez mon père. En 1838, il Y fit un court séjour pendant lequel il me parla de son projet de fonder un nouvel ordre religieux pour l'enseignement des jeunes filles. Il me dit qu'il avait rencontré pour cela une personne d'une intelligence supérieure : en trois mois elle avait appris le latin, traduisait Virgile d'une manière étonnante et avait écrit un traité remarquable sur l'éducation ; il n'y avait certainement pas en Europe une femme qui pût lui être comparée : 'Je vous la ferai voir, me disait-il, car il la considérait comme sa propriété... Le lendemain de mon arrivée à Châtenay, le P. d'Alzon, se promenant le matin avec son ami, aperçut au détour d'une allée une jeune personne qui marchait les yeux baissés, en récitant son chapelet. Il fut frappé de sa tenue digne et recueillie et du grand air de modestie qui l'enveloppait tout entière. C'est elle dit M. Combalot. Au déjeuner, le Père se trouva à côté de Mlle Milleret ; mais celle-ci restait silencieuse, au grand regret de l'abbé Combalot qui aurait voulu que son ami pût juger par lui-même du charme de conversation dont il lui avait parlé. Par quelques questions adressées à Eugénie, il la force à se mêler à la conversation, et elle le fait avec tant de réserve et de naturel que le P. d'Alzon ne peut s'empêcher de reconnaître que son ami" n'a rien exagéré. Il fut convenu que nous irions faire un pèlerinage à une chapelle qui se trouvait sur une montagne peu éloignée. Je fus frappé de l'admirable expression de votre Mère en récitant son chapelet le long du chemin ; et je me disais que c'était là une personne sérieuse qui ne se donnerait pas à demi. J'eus avec elle plusieurs conversations très graves qui me confirmèrent de plus en plus dans la conviction qu'il y avait en elle l'étoffe d'une fondatrice. Toutefois, lorsque M. Combalot me fit part de ses projets et me dit qu'il fallait que les choses allassent rondement et franchement, j'avoue que je fus saisi d'épouvante au sujet de votre pauvre Mère, et, me tournant vers M. Combalot, je lui dis que je ne connaissais qu'un obstacle à son ouvre. 'Et lequel ?' me dit-il. Vous-même, mon cher ami'... ».
Le voyageur qui n'est pas trop pressé fera le détour par l'église du village. Elle a été construite au XIXème siècle grâce aux prédications et aux libéralités de l'abbé Combalot. Ce dernier, mort sur le pavé à Paris en 1873, avait demandé dans son testament que son corps soit inhumé au pied de l'autel de son village natal, intention qui fut respectée. Un vitrail de l'église montre l'abbé Combalot offrant l'église au Seigneur.
Chalais
Sur un rebord du massif de Chartreuse, au-dessus de Voreppe, Chalais est une ancienne abbaye de l'Ordre du même nom fondé en 1101. Le monastère est passé à l'Ordre de la Chartreuse.
Pendant sa prédication du carême à Grenoble en 1844, le Père Lacordaire apprit que l'ancienne chartreuse de Chalais était à vendre. Il tomba amoureux de ce site monastique et romantique du massif de la Grande-Chartreuse. Il l'acheta pour y installer le noviciat français, qui était toujours en Italie à l'époque. Il comptait sur cette acquisition pour pouvoir restaurer pleinement la province dominicaine en France. Il réussit et le couvent de l'Immaculée Conception à Chalais fut en effet le noviciat jusqu'à son transfert à Flavigny (Côte d'Or) en 1848, et puis couvent d'études. Il fallut se rendre compte que la situation géographique de Chalais ne se prêtait pas idéalement à cette fonction. Lacordaire racheta alors Saint-Maximin en vue d'y transférer à nouveau le noviciat. En 1881, les Dominicains abandonnèrent cette implantation à Chalais et vendirent les bâtiments à des particuliers. D'après Beaumont et Bédouelle, Des lieux dominicains. P. 253.
Le P. d'Alzon, alors en pleine création de la Congrégation et lui-même en temps de noviciat, vint faire à Chalais sa retraite annuelle à partir du 18 septembre 1847, dans l'espérance aussi d'y rencontrer le célèbre dominicain. Le P. Lacordaire était alors malheureusement absent, le P. d'Alzon dut se contenter du maître des novices de l'époque, le P. Danzas : « Après un moment de désappointement, écrit-il, j'ai été bien aise que les choses se soient arrangées ainsi, car j'ai été enchanté de mes relations quotidiennes avec le P. Danzas, cet excellent Père qui m'a fait faire ma retraite ». Quelques notes de cette retraite du P. d'Alzon ont été conservées ; elles ont été publiées dans les Ecrits Spirituels, pp. 799-802, pages auxquelles le pèlerin peut toujours se reporter. Retenons-en les conclusions ou résolutions toujours d'actualité :
Dans sa lettre à Mère Marie-Eugénie de Jésus du 29 septembre, depuis Chalais, le P. d'Alzon écrit :
« Vous ne vous attendez pas, je pense, à une description de Chalais, abrité par ces immenses rochers et ombragé par les plus beaux bois » d'après Lettres, t. XIV, p. 369 et je commentais déjà en 2003 en bon connaisseur des lieux que cela était bien dommage pour le lecteur et le visiteur d'aujourd'hui, car la position de Chalais offre des perspectives admirables sur le coude de l'Isère, la cuvette de Grenoble, le bec de l'Echaillon, le Voironnais, la dent de Moirans et le col de La Placette. Une agréable promenade depuis le monastère conduit à travers de frais sous-bois à un éperon rocheux en surplomb d'où une vue plongeante sur toute la vallée ne peut laisser aucune âme insensible aux beautés de la création.
Depuis les années 1962, les bâtiments restaurés et développés dans un site naturel exceptionnel abritent une communauté dominicaine féminine. En effet Chalais fut racheté par les moniales dominicaines d'Oullins (Rhône) qui souhaitaient quitter la banlieue lyonnaise trop bruyante. Elles s'y installèrent toutes en novembre 1965 dans un premier temps dans l'ancienne hôtellerie (maison Lacordaire) et elles firent construire un nouveau monastère adapté à leurs besoins. En 1966, elles y accueillirent la communauté de Chinon dont le monastère fut fermé. L'église abbatiale Notre-Dame de Chalais, elle aussi entièrement restaurée dans sa belle simplicité romane, ne comporte plus qu'une travée sur les quatre primitives, l'ancienne nef s'étant écroulée au temps des guerres de religion. Dans le jardin, une statue du Père Lacordaire rappelle sa vie dominicaine à Chalais en 1844.
La Salette
Par Grenoble, Pont-de-Claix, Vizille et La Mure-d'Isère (patrie de saint Pierre-Julien Eymard, autre contemporain du P. d'Alzon), l'automobiliste atteindra le village de La Salette par une route très sinueuse, à travers selon Claudel un 'pays en deuil avec ces profondes avenues de schiste noir, ces retours plis sur plis autour d'une roche âpre et crue, un air glacé et tranchant, des maisons d'une pauvreté sinistre avec leurs fenêtres toujours petites'. Le décor est planté, sans doute celui qu'a connu le P. d'Alzon le 23 ou 24 juillet 1858 lors de son pèlerinage sur les lieux en compagnie de Mlle Joséphine Fabre, sa bienfaitrice de l'heure.
Là non plus, il ne nous a pas laissé de notes de voyage et d'impressions (le pèlerinage. On sait seulement que ce projet date de 1857 : « Je veux de tout mon cour aller avec vous [Joséphine Fabre] à La Salette, mais je ne puis encore en préciser l'époque » Lettres, t. II, p. 302 et n. 2. Le projet se mit en place l'année suivante selon une autre mention à la même correspondante du 5 juillet 1858, d'après Lettres t. II, p. 475 et n. 1 : « Vous voyez que j'ai raison de dire que je ne sais pas ce que je ferai. Ce sera le 24 ou le 28 juillet que je pourrai être à La Salette ».
Rappelons brièvement les faits à l'origine du pèlerinage de La Salette : Au hameau des Ablandins, Maximin Giraud onze ans et Mélanie Calvat (dite Mathieu, du surnom du père) quinze ans étaient domestiques quand la Vierge leur apparut fois ; au soir du 19 septembre 1846, près du ravin de la Sézia. Elle leur confia un douloureux message : 'Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si lourd et si pesant que je ne puis plus le retenir'. D'autres révélations faites à Mélanie suscitèrent par la suite de violentes polémiques, l'Eglise allant jusqu'à interdire toute publication et commentaires de ce qui fut appelé le 'secret de Mélanie'. Le Curé d'Ars qui rencontra Maximin Giraud, d'abord opposé au fait de La Salette, le propagea à la suite de preuves reçues mystiquement. Mgr Philibert de Bruillard évêque de Grenoble, en date du 19 septembre 1851, autorisa après une longue enquête la construction d'un sanctuaire à la Vierge sur la montagne et publia un mandement célèbre proclamant la réalité des faits. La première pierre du sanctuaire fut posée le 25 mai 1852 et bénite par Mgr Chatrousse, évêque de Valence. Une basilique fut construite de 1852 à 1861 dans le style romano-byzantin, à 1.771 m. d'altitude. Une statue fut couronnée solennellement en août 1879, vingt mille personnes passant la nuit en prières sur la montagne. Des statues évoquent en plein air des scènes de l'apparition, avec au pied de la Vierge qui pleure une fontaine miraculeuse. En 1858 fut créée la Congrégation des Missionnaires de La Salette. Le site demeure grandiose dans sa nudité naturelle, au pied du Mont Gargas, mais est resté dépouillé. Une hôtellerie rénovée et agrandie au XXème siècle accueille les pèlerins et propose des animations.
Le P. d'Alzon a donc attendu une dizaine d'années pour faire connaissance avec les lieux. II donna plus tard, en 1868, un commentaire personnel plus que réservé, par comparaison avec ses impressions de Lourdes : « Si je le pouvais, je favoriserais cette dévotion [à Notre-Dame de Lourdes]. Au lieu que La Salette m'a laissé, je ne sais pourquoi, incrédule ou du moins sec et dur, Lourdes m'a apporté je ne sais quel parfum de paix, de confiance et d'espoir que je me convertirai quelque jour ». Lettres, t VII, p. 134 . C'est sur cette montagne de La Salette que fut créé le Bureau des pèlerinages en 1872 et expérimentée la ferveur des premiers pèlerinages collectifs diocésains et inter-diocésains. La Salette est peut-être le seul pèlerinage où il n'y ait pas l'appareillage commercial habituel aux centres semblables. C'est un haut lieu comme coupé du monde, comparable au Thabor ou au Sinaï. Son isolement même l'a préservé des touristes et des simples curieux. Et pourtant, depuis, des millions d'hommes et de femmes y sont montés, parfois pieds nus, chantant cantiques et litanies. Tout cela parce qu'un jour de septembre 1846, deux enfants incultes, médiocres, guère édifiants en somme, qui ne sont pas devenus des saints - loin de là ! ont rencontré une femme vêtue en paysanne qui leur parla en patois de pommes de terre gâtées et de blé qui risquait de pourrir. C'est là l'énigme de La Salette, son étrangeté, une disproportion criante entre sa gloire universelle et l'apparente banalité des faits. Un religieux du sanctuaire avait coutume de s'exclamer cent vingt ans après les faits : « Je ne sais pas si Notre-Dame est venue ici, mais je sais qu'Elle y est maintenant et qu'Elle n'en descendra plus... ».
Grenoble
La capitale du Dauphiné s'est trouvée plusieurs fois sur le passage du P. d'Alzon. Ce fut déjà l'une de ses étapes au retour d'Italie en juin-juillet 1835 comme jeune prêtre, mais la ville ne lui fut pas particulièrement familière si l'on en juge du moins par la faiblesse des occurrences dans sa correspondance. Nous ne lui connaissons qu'une relation importante, celle de Mgr Ginoulhiac, son ancien professeur au séminaire de Montpellier devenu évêque du diocèse de Grenoble en 1853 jusqu'à sa promotion à l'archevêché de Lyon en mars 1870, un ecclésiastique qu'il estima pour sa science mais peu pour ses opinions jugées gallicanes et ses pratiques supposées intrigantes à cause de son amitié avec Fortoul. En juillet 1858, au cours d'un voyage de Paris à Nîmes, le P. d'Alzon ne fit que s'arrêter à Grenoble pour prendre la route de La Salette (Lettres, t II, p. 476).
Pour des raisons ferroviaires, Grenoble fit sans doute partie de l'itinéraire du P. d'Alzon se rendant à Notre-Dame des Châteaux en août 1871. La ligne de chemin de fer de la vallée du Rhône, depuis Nîmes et Avignon, se quittait à Valence pour pénétrer dans le massif alpin par Grenoble, Chambéry et Albertville. De même en août 1875 pour le second voyage du P. d'Alzon à Notre-Dame des Châteaux. Il devait rencontrer de Goncelin à Pontcharra le P. Picard, en cure à Allevard. Par contre, au retour, début septembre, le P. d'Alzon avait prévu de descendre à l'évêché de Grenoble pour s'entretenir avec le nouvel évêque de Nîmes, Mgr Besson. Une ancienne connaissance de Montpellier, Mgr Paulinier, évêque de Grenoble (1870-1875), lui fit faire sans doute les honneurs du palais épiscopal alors situé à proximité de la cathédrale Notre-Dame, l'évêque de Grenoble lui-même venant d'être promu à l'archevêché de Besançon. Le P. d'Alzon avait alors à cour bien d'autres soucis et d'autres questions concernant son emploi du temps dans la capitale des Alpes françaises que la visite de la ville. Il dit avoir passé près de trois jours avec Mgr Besson dont il fut très content (Lettres, t. XI, p. 244).
Les Avenières
Il est une autre localité de l'Isère où s'est rendu le P. d'Alzon à partir de Lyon au début février de l'année 1878, Les Avenières, près de LaTour du Pin pour y rencontrer la Mère Marie-Véronique Lioger, de la Congrégation des Victimes du Sacré-Cour. Il l'annonçait lui-même à Mère Correnson, le 5 février 1878 : « Je suis entouré d'une neige qui ne fond pas, je ne sais ce que j'aurai en Dauphiné ». Lettres, t. XII, p. 305 et n. 2 (où il faut corriger la mention erronée janvier par février). Il ajoutait à la même depuis Paris, le 7 février : «Je suis arrivé fatigué, ce matin à 5 heures. Hier, j'ai passé la journée en Dauphiné et près de quatre heures avec une supérieure générale qui ne peut bouger de son lit ».
Ces religieuses avaient été fondées en 1857 dans une petite localité du diocèse de Grenoble, aux portes de Lyon à Genas. En juin 1858 la communauté se transféra aux Avenières dans un local plus spacieux pouvant loger une vingtaine de sours, dépendance d'une propriété du premier adjoint de la commune. L'abbé Victor Roux, conseiller de la fondatrice, était passé en même temps de la cure de Genas à celle des Avenières. Ce premier couvent des Avenières resta le siège de la maison-mère jusqu'en1878, date de son transfert à Villeneuve-lès-Avignon jusqu'en 1901. Le logement de 1858 aux Avenières fut échangé le 12 juin1860 contre une habitation plus vaste, achetée par la fondatrice et située à l'emplacement le plus élevé de la localité ; elle était entourée d'une clôture. Le P. d'Alzon fut, à ce moment critique de l'histoire de cette Congrégation cause de difficultés créées par l'Ordinaire (Mgr Ginoulhiac), leur supérieur ecclésiastique fonction relevée après sa mort par le P. Picard. Il n'a pas laissé de description du couvent visité en 1878, devenu insuffisant à cause de l'accroissement de la communauté. Le premier local des Avenières n'offrait même pas l'agrément et les ressources d'un jardin. La pièce la plus grande était une remise qui, restaurée, servit d'oratoire. Manquant de provisions, les Sours allaient chaque jour ramasser dans les champs voisins et au bord des haies des herbes dont elles faisaient le plat du dîner avec une salade pour le repas du soir. D'après Prévot, Vie de Mère Marie-Véronique Lioger.
Miribel-Les-Echelles
On pardonnera à un enfant du pays de proposer en Dauphiné, dans le cadre d'un parcours alzonien, un lieu qui appartient à la génération assomptionniste suivante, celle du P. Picard, puisque Miribel n'a été fondé comme alumnat qu'en 1887. Par sa longévité (1887-1969), la maison de Miribel figure avec honneur dans les annales de la Congrégation, comme d'autres d'ailleurs (Clairmarais, Arras). Nous profitons de l'itinéraire groupé de ce pèlerinage alzonien en Dauphiné pour en faire ici mémoire en débordant du cadre strict de la chronologie
Sur un pli de l'anticlinal du Ratz, face au rebord oriental de la chaîne de Chartreuse, le village très étiré de Miribel-les-Echelles, au-dessus de la vallée du Guiers, offre un belvédère naturel depuis l'église d'où l'on contemple la chaîne des Pré-Alpes à laquelle on ne peut accéder de ce côté que par.les deux entailles du Guiers Vif (Entremont) et du Guiers Mort (Route du désert). C'est là d'ailleurs l'origine du nom du lieu, promontoire de bellevue. Sans doute d'abord bourg savoyard jusqu'au XIVème siècle en direction du comté de Sermorens, il passa sous la coupe dauphinoise et fut couronné d'une citadelle fortifiée (le château, au Villard), servant au guet, que le connétable Lesdiguières (1543-1626) démantela entièrement. Point avancé sur la frontière savoyarde, le village de Miribel aux nombreux hameaux dispersés a son sommet au col des Mille Martyrs (874 m.). Il n'a gardé de son passé que des postes de douane, des croix de pierre et une chapelle dédiée à Saint-Roch. L'église paroissiale, dédiée à saint Maurice, a été reconstruite en 1880. Une curiosité naturelle à Pierre-Chave a permis l'installation d'une route en tourniquet (XIXème siècle).
Les bâtiments de l'alumnat, aujourd'hui Centre Médical, forment un alignement en bordure de la route Miribel-Entre-Deux-Guiers, derrière un mur de soutènement élevé, construit à l'époque du P. Paul Curioz (1868-1939). A l'origine, on trouvait sur un terre-plein central une maisonnette appartenant à l'abbé Joseph Buissière et à sa sour, Marie Brizard, épouse du notaire du lieu. En 1890, le P. Gunfrid Darbois, ( sup. de 18891892), après le P. Vincent Chaîne (1887-1889), fit construire une première aile. Mais c'est le P. Alype Pétrement (sup. de 1892 à 1922), qui avec l'aide du P. Paul Curioz fit donner à la maison sa véritable extension avec chapelle, tourelle-escalier, surélévation d'un étage, immeuble supérieur séparé pour l'imprimerie, la buanderie et le logement d'une communauté religieuse féminine. De 1897 à 1926 sont acquis terrains et propriétés divers : local de la poste, remise-atelier de menuiserie, prairie de la Folliat, champ de Séverine Vivier, terrain d'Allegret-Bourdon, garage, champ Tatavin en bordure de la Combette. En 1927, le P. Zéphyrin Sollier fit construire une aile en équerre (ancien réfectoire) et en 1965 la Province de Lyon achète le bâtiment dit des philosophes (villa).
L'alumnat de Notre-Dame de Miribel a été fondé le 6 décembre 1887. Le futur Père Général, Gervais Quenard (1875-1961), était du nombre des huit jeunes venus de Notre-Dame des Châteaux qui escaladèrent, bannière en tête, la colline qui porte depuis 1866 une statue à Notre-Dame sur le site d'un ancien château féodal. Les protecteurs, amis et donateurs sont nombreux : les Pères Chartreux tout proches, l'évêque de Grenoble Mgr Fava le pourfendeur de la franc-maçonnerie, le curé de la paroisse l'abbé Meyer qui est constitué directeur académique, l'abbé Buissière donateur et très vite un réseau de 'zélatrices' qui diffusent le petit bulletin mis en route par les PP. Alype Pétrement et Paul Curioz, 'Le Petit Alumniste'. Ces deux derniers furent les véritables artisans du développement de Miribel. Ils firent en particulier élever une grande chapelle, sorte de réplique format réduit, en pleine campagne, de la basilique de Fourvière. Au départ alumnat de grammaire, Miribel devint alumnat d'humanités pour la Province de l'Est, après la première guerre mondiale lors de la division de la Congrégation en provinces (1923).
Miribel a réussi, grâce à l'habileté procédurière de son supérieur, le P. Pétrement, à passer le cap difficile des premières années du XXème siècle. Alors que comme toutes les maisons de la Congrégation, l'alumnat avait été perquisitionné le 11 novembre 1899, il évita le séquestre et la liquidation en 1901. Le Procureur de la République à Grenoble, pressé sans doute de mettre à la porte les religieux, anticipa un document en le prédatant. Ce faux n'échappa pas à la sagacité du P. Pétrement. Pour éviter des ennuis, l'affaire, évoquée à la Chambre des députés, fut étouffée. Miribel fut ainsi la seule maison de la Congrégation en France à échapper aux liquidations, à charge pour les religieux de se séculariser et de ne pas manifester les liens qui l'unissaient à une Congrégation dissoute. Les abbés Charrat, prêtres séculiers natifs de Miribel, en furent nommés directeurs académiques.
Déjà isolé sur son piton, l'alumnat y gagna une réputation de discrétion que ne démentirent pas les événements ultérieurs et que ne troubla pas le corps professoral, adonné à un travail de formation cléricale en profondeur. De nombreux prêtres et religieux sont sortis de Miribel dont deux eurent quelque célébrité, Jean-Baptiste Mégnin (1883-1965) comme évêque d'Angoulême (1934-1965) et Mgr Deyrieu, de la propagation de la Foi et des Missions catholiques de Lyon. En 1940, du fait de la mobilisation et des difficultés des alumnats de Scherwiller (Bas-Rhin) et Scy-Chazelles (Moselle) en zone occupée, Miribel accueillit une section spéciale de vocations tardives et même un noviciat de guerre. Une partie des jeunes purent être accueillis à proximité dans le château de Saint-Albin de Vaulserre, en contrebas de la colline de Miribel face aux gorges de Chailles. Dans la discrétion, l'alumnat sut également cacher et sauver quelques enfants juifs qui avaient fui Lyon.
Après la seconde guerre mondiale, une communauté de religieuses Augustines du Pont-de-Beauvoisin vinrent prendre la relève, pour les services de la maison, des religieuses espagnoles qui avaient quitté leur pays du fait de la guerre civile en 1936. En dehors. des Sours, l'alumnat de Miribel compta d'ailleurs peu de personnel laïc salarié. Il y eut un couple breton dans les années 1930, les Bécam connus sans doute par relation avec le P. Cécilien Le Berre alors professeur, Mme Veuve Angèle Terpend (1928)", Mme Tatavin, Mlle Marthe Girard ou encore Mme Marguerite Michallat pour les gros travaux de lessive ou la cuisine. Les alumnistes participaient aux travaux quotidiens (ménage ; services matériels). Les lois scolaires de la IVème République s'assouplissant (lois Barangé-Barrachin et Marie), l'établissement fut habilité dès octobre 1952 comme institution scolaire de second degré à recevoir des élèves boursiers, moyennant un examen d'admission (arrêté du 29 mai 1952 publié au Journal Officiel du 31 mai 1952). Miribel, alumnat d'humanités, recevait en internat à cette époque pour les études du second degré des alumnistes fInissants de quatre alumnats de grammaire : Scy-Chazelles (Moselle), Saint-Sigismond (Savoie), Scherwiller (Bas-Rhin) et Vellexon (Haute-Saône) pour les trois classes de 3ème, seconde et première. La formule en place ne s'inquiéta pas outre mesure des lois qui à partir de 1966 allaient révolutionner la carte scolaire en France avec la création et la multiplication des C.E.G. et des C.E.S., externats de proximité avec possibilités de plusieurs filières de formation. Déjà en décembre 1959, la loi Debré qui créait un nouveau cadre pour les établissements d'enseignement libre avec le régime des contrats simples et des contrats d'association, menaçait à terme la formule alumnat-internat par les facilités financières qu'elles offraient aux familles catholiques et aux structures de l'enseignement confessionnel type collèges.
Miribel s'offrit même le luxe en 1965 d'ouvrir une classe de philosophie pour couronner son enseignement de second degré. L'institution connut un certain renouveau sous le supériorat du P. Morand Kleiber : des travaux de rénovation et d'entretien furent entrepris (crépissage de la façade, peinture des couloirs) ; le règlement intérieur fut assoupli : introduction de la télévision, projection ciné-club commentée par le P. Vaccani [en fait le ciné-club semble avoir été introduit déjà du temps du P. Rémi Munsch, dans les années 1950], groupes d'animation pour la liturgie, les jeux, les sports et soirées détente, auto-surveillance, passage au français pour le chant liturgique. Mais en 1969, il fallut se rendre à l'évidence. Les familles acceptaient mal l'éloignement de leurs enfants pour fait de scolarité alors qu'elles trouvaient à proximité des structures de substitution. D'autre part les motivations en faveur d'une préparation au sacerdoce et la perspective de la seule filière de formation classique ne mobilisaient plus les consciences et ne faisaient plus recette. Des traditions étaient restées vivaces jusqu'au bout, celle des promenades trimestrielles à pied sur les sommets de Chartreuse. On connut un drame en septembre 1961 quand le jeune Christian Vasseur (La Rochette) dévissa et se tua à la descente du Grand Som. Autre festivité célébrée régulièrement, les séances théâtrales récréatives préparées deux fois par an, pour Noël et pour la fête du Supérieur, avec un répertoire plutôt classique. Qui ne se souviendrait de la Cuisine des Anges, d'Andromaque ou des Fourberies de Scapin ?
Miribel ferma ses portes après 82 années de bons et loyaux services, alors qu'avait été fêté avec enthousiasme son cinquantenaire en 1937, prélude espéré à un futur centenaire. Le P. Jean de la Croix Galland (1905-1991), économe sur place, fut chargé de liquider les biens et de trouver acquéreur. Par le biais du département propriétaire, l'hôpital de Saint-Laurent du Pont devint gestionnaire et transféra, après travaux et mises en conformité, une partie de sa section médicalisée pour personnes âgées, un essai pour enfants handicapés moteurs et mentaux profonds n'ayant pu être pérennisé (I.M.P.). Le pavillon des philosophes fut adapté pour loger des membres du personnel.
Carnet d'adresses
Pour un accueil à Notre-Dame des Châteaux, il est recommandé de passer par les responsables de la communauté assomptionniste de Saint-Sigismond :
Maison de l'Assomption 106, rue Suarez B.P. 63 73 203 Albertville Cedex. Tél.: 04 79 32 02 80. Fax : 04 79 32 55 07. @: Assomptionnistesalbertville@wanadoo.fr
Notre-Dame des Châteaux 73 270 Beaufort-sur-Doron. Tél.: 04 79 38 39 14.
Le site du château de Thorens ( 20 km d'Annecy par la RN. 203 direction La Roche-sur-Foron, puis la vallée de l'Usillon), comme l'église de la ville (vasque du baptême de saint François de Sales), est accessible au public en été. Pour la visite du château, se conformer aux horaires affichés (du 1er juillet au 31 août, tous les jours, de 14 h à 19 h). Le petit oratoire Saint-François de Sales, à proximité, est libre d'accès. Famille Roussy de Sales, Château de Sales 74 570 Thorens-Glières. Tél./Fax : 04 50 22 42 02 et 00 33 45 0 2 42 02.
Le monastère de la Grande-Chartreuse ne se visite pas, sauf à pied et en extérieur : Monastère de la Grande-Chartreuse 38 380 Saint-Pierre-de-Chartreuse. Tél.: 04 76 88 60 30. Fax : 04 76 88 61 08. @: ljc@chartreux.org
Par contre a été aménagé pour les visiteurs et pèlerins le Musée de la Correrie, accessible en voiture, à 1, 5 km du monastère. Horaires des visites en été : ouverture de Pâques à la Toussaint La célèbre liqueur Chartreuse est fabriquée et peut être achetée à la distillerie de Voiron.
On peut profiter du déplacement pour se rendre également dans le même massif au monastère de l'Assomption Notre-Dame dans l'ancienne Chartreuse de Currières, 38 308 Saint-Laurent-du-Pont. Tél. : 04 76 55 14 97 (moines de Bethléem) et à côté le monastère des moniales (Notre-Dame Buisson Ardent), même adresse. Tél. : 04 76 55 40 55.
Monastère Notre-Dame de Chalais, B.P.128, 38343 Voreppe Cedex. Tél. : 04 76 50 02 16. @: monastère.chalaiS@worldonline.fr
La Salette : Basilique Notre-Dame de La Salette 38 970 Corps. Tél. : 04 76 30 00 11. Servie hôtellerie/hébergement tél. : 04 76 30 32 90. Fax : 04 76 30 03 65. E-mail : reception@nd-la-salette.com
Palais épiscopal de Grenoble du XIXème siècle, aujourd'hui Musée Départemental de l'ancien évêché, rue Très-Cloîtres, n° 2 (tél. : 04 46 03 15 25 ; fax : 04 76 03 34 65). L'administration diocésaine actuelle, depuis 1905 Place des Tilleuls, est passée à la Maison diocésaine, 12 place de Lavalette 38 028 Grenoble Cedex 1.
Secretariatlouisdufafaux@mageos.com
Pour obtenir des informations actualisées sur la Congrégation des Religieuses Victimes du Sacré-Cour de Mère Lioger, dites aujourd'hui Religieuses du Cour de Jésus, s'adresser au monastère, 73 rue du Maréchal Juin 85 000 La Roche-sur-Yon. Tél. : 02 51 37 09 88. Après l'exil de la maison-mère à Namur elles avaient fait choix de Draveil qu'elles ont aussi quitté au profit de la Roche-sur-Yon.
Pour l'ex-alumnat Notre-Dame du Rosaire de Miribel-les-Echelles, aujourd'hui Centre Médical, il suffit de prendre contact par téléphone : Centre hospitalier Saint-Laurent du Pont, rue Alumnat n° 70, 38380 Miribel-les-Echelles. Tél.: 04.76.55.28.28. Le personnel administratif médical accepte facilement de laisser visiter les lieux dont la chapelle de l'alumnat, inusitée mais intacte.
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