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A Nîmes, les logements successifs du P. d'Alzon
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Les logements du P. d'Alzon à Nîmes (1835-1880)
L'abbé d'Alzon, avant d'être le P. d'Alzon, n'a pas toujours résidé à la même adresse à Nîmes. Son collège devint à partir de 1845 d'une façon générale sa résidence de choix, au milieu de la jeunesse scolaire qu'il aimait, même s'il connut à l'intérieur de l'Assomption divers changements occasionnels, pour des raisons pratiques ou d'opportunité (Arche de Noé, près de la bibliothèque, au-dessus de la porte d'entrée) Ses lettres et souvenirs en font foi directement. 11 recevait les parents dans un salon ou parloir, faisant fonction de Bureau du Directeur. Quand il voulut reprendre en main l'Oeuvre de la Jeunesse en 1872, dite Oeuvre Argaud, il jugea mê me préférable un temps d'aller s'installer sur les hauteurs de Nîmes avant de retrouver le berceau de l'Assomption dans la plaine. Entre 1835 et 1845, le jeune vicaire général élut domicile dans divers logements d'emprunt qu'il plaira au pèlerin de retrouver au cour des ruelles de la vieille ville de Nîmes. Une visite complète ne peut éluder un passage au cimetiè re Saint-Baudile où reposent après le Fondateur (entre 1880 et 1892) tant de membres du Collège de l'Assomption (religieux, professeurs et élèves) et des différentes communautés assomptionnistes depuis lors. Ce pèlerinage aux sources s'avérera plus fructueux si l'on garde sous les yeux pendant ces visites sur ces lieux quelques pages des Ecrits Spirituels dont la lecture permet de goûter un esprit toujours vivant par-delà le temps.
Rue de l'Aspic n° 16 (1835)
L'abbé d'Alzon est arrivé à Nîmes le dimanche 14 novembre 1835 à 5 heures du matin et s'installa chez son grand-oncle, l'abbé Xavier Liron d'Ayrolles, tout en refusant carosse et livrée avec armoiries que sa mère, la Vicomtesse, avait prévus pour que son fils tienne son rang. L'immeuble existe toujours. La façade sur rue ne présente pas grand caractère, excepté le fronton triangulaire au-dessus de la porte d'entrée. Si l'occasion se présente de façon favorable, on peut demander à être autorisé à jeter un oil sur la cour intérieure qui, selon les apparences extérieures, n'a pas subi de grandes transformations depuis 1835 !
E. d'Alzon a été nommé chanoine honoraire avec l'Abbé de Tessan, son compatriote, et vicaire général honoraire le 8 novembre 1835. Son projet de s'adonner à la conversion des protestants n'a pas été accepté par l'évêque, Mgr de Chaffoy. Liberté lui est laissée de fréquenter le séminaire de la ville et de travailler dans les bibliothèques. Il est autorisé également à aider son grand-oncle à l'animation spirituelle de l'Association des Dames de la Miséricorde, ouvre catholique de bienfaisance. L'avantage qu'il en retira fut de nouer de nombreux liens et relations avec la société aisée de Nîmes.
Rue de l'Arc-du-Gras n° 9 (1836 -1839)
E. d'Alzon ne tarda pas à se mettre dans ses meubles, la cohabitation avec un vieux grand-oncle, vicaire général de surcroît, ne pouvant se révéler heureuse à l'usage pour deux personnes d'âge aussi différent. L'appartement trouvé, pour un loyer annuel de 900 francs, dans un quartier peu reluisant mais proche de la cathédrale, rue étroite, appartenait à un certain Garcin qui y logeait déjà un prêtre, Bernard Rode et sa gouvernante, Marguerite Rode, une parente sans doute. TI était situé à l'angle impair de la rue Arc-du-Gras et rue des Orangers au n° 9 (actuel n° 7). L'abbé d'Alzon avait à son service une gouvernante Suzon qui céda vite la place à un autre serviteur venu de Lavagnac, Alexis. Suzon vida prestement les lieux devant les taquineries que ne lui ménageaient pas les enfants, hôtes habituels du jeune abbé. Alexis, fort dévoué, était très indiscret d'où ce portrait bien troussé adressé à Augustine d'Alzon : « C'est un bavard impitoyable ; je l'entends dire de tout côté. Il a le caractère gouvernante. Je crois qu'il a oublié de mettre une coiffe et un jupon ». II vécut là de façon très simple et même austère. II fit disparaître les belles glaces venues de Lavagnac, coucha sur un lit de planches et une paillasse. Comme décoration, un tableau de pénitence Madeleine pleurant ses péchés, une tête de mort sur la cheminée, un crucifix donné par Mgr de Chaffoy, décor si dépouillé que la Vicomtesse pour visiter son fils le rencontrait soit à l'Hôtel du Midi soit chez une parente, Mme de Bouillargues.
En septembre 1837, Mgr de Chaffoy, hémiplégique depuis novembre 1835, est mort à 86 ans. L'Abbé d'Alzon prononça l'éloge funèbre du défunt, ce qui provoqua quelques éclats. En juillet 1838 arriva à Nîmes son successeur, Mgr Cart.
Les activités de l'abbé d'Alzon se sont multipliées : à la cathédrale il assura confessions, prédications, conférences. Il participait déjà au Conseil diocésain, toutes les semaines (lettre à Adolphe de Fournas, 10 mai 1836, t. XIV, p. 81-83), mais surtout il développait un apostolat d'enseignement et de patronage auprès de la jeunesse nîmoise : cours de catéchisme et de persévérance à la chapelle du Collège Royal le dimanche après les Vêpres, Société Saint-Louis de Gonzague et Société Saint-Stanislas (instructions, jeux), Conférences aux jeunes gens de la 'bonne' société (selon le principe de celles des Bonnes Etudes de M. Bailly à Paris), direction spirituelle auprès de professeurs du Collège Royal (Monnier, Germer-Durand), apostolat du Refuge (jeunes filles en danger moral) organisé avec les Sours de Marie-Thérèse et établi à Nîmes en 1837.
Un témoignage concernant cette période nous en a été gardé par Peyries :
« Le plan de M. d'Alzon était d'attirer les enfants et la jeunesse. Dès lors, il loua un local avec une grande terrasse qui pouvait tenir lieu de cour ; à cette terrasse était contiguïté une salle ou un salon avec bibliothèque où il prenait ses repas. De la sorte, il pensait que, soit en cas de pluie soit pour les réunions plus sérieuses, il aurait un abri facile. Il nous attirait donc en ce local où il constitua le premier groupe de la Société de Saint-Louis de Gonzague : elle s'adressait plutôt aux enfants de la bourgeoisie et de la haute société. Il nous réunissait plutôt le soir, quelquefois à d'autres moments, mais souvent. Il était accueillant, bon, agréable au possible. La société avait un double but : préparer les plus jeunes à la première Communion et aider les plus avancés à persévérer... M. d'Alzon nous prépara même de ses deniers des jeux multiples. Un jour il nous ménagea un billard qui ne chôma pas souvent. Etendu un jour sur le tapis du billard et causant simplement avec nous, il nous raconta des traits de jeunesse : il disait humblement avec abandon des choses à son désavantage, entre autres qu'il avait eu la faiblesse ou la bêtise de pas une fois deux heures à mettre sa cravate... Il nous réunissait encore en cet appartement du deuxième, dans une chapelle ou oratoire. Là, il nous faisait des instructions si agréables et si pleines de vie que personne ne trouvait le temps long. La Société Saint Stanislas avait le même but et faisait appel aux enfants d'une classe plus ouvrière... »
Relation d'une journée ordinaire de l'abbé d'Alzon :
« Il était toujours levé de très grand matin, disait à la cathédrale la première messe (autel du Saint-Sacrement) vers 5 heures ordinairement. Il disait en riant que sa messe était celle des cuisinières et des ouvrières ; d'autres personnes pourtant trouvaient le moyen d'y assister, car de temps en temps il y faisait une instruction. Après sa messe, il se mettait au confessionnal. Souvent, il y retournait dans la journée et, le soir, il y était encore, quelquefois jusqu'à 10 ou 11 heures. Toutes les heures qui lui restaient étaient consacrées à l'étude et, comme il se privait beaucoup de sommeil, il prenait encore le soir ou la nuit des heures pour travailler. Le chemin assez court qui menait du logis de l'Abbé à la cathédrale était d'habitude parcouru à la course, parfois la montre à la main. Cette allure ultrarapide ne cessait pas toujours à l'entrée de l'église ; il la traversait quelquefois comme un ouragan, au risque de déranger les chaises qui se trouvaient sur son passage. Le bon Abbé de Tessan ne pouvait s'accommoder de cette précipitation, mais il comprit assez tôt que le pas de tortue ne sied pas à tout le monde. Cette démarche rapide était commandée chez l'Abbé d'Alzon par le souci de la ponctualité. Toute sa vie il fut un modèle d'exactitude militaire. Il commençait à la minute précise. Il était inflexible sur ce point comme sur la propreté, la bonne tenue extérieure et la parfaite observance des règles liturgiques.
Sa journée était fort chargée. Il prélevait sur le sommeil une part pour le travail, d'où son activité proverbiale. Il semble qu'il se contentait de 5 heures de sommeil. Pour les repas, il les expédiait en quelques minutes, s'attirant ainsi des maux d'estomac et des migraines. A part la tasse de chocolat le soir, il ne prenait qu'un repas, au milieu du jour. Le soir il se contentait d'une légère collation qui consistait souvent en une tisane ou une salade... ».
Rue des Lombards n° 10 ou rue Marguerite (1839-1845)
En janvier 1839, l 'évêque demanda au Roi l'agrément d'Emmanuel d'Alzon comme vicaire général en titre. En mars 1839, ce fut chose faite. Il lui fallait donc une nouvelle demeure, en conséquence. Mgr Cart aurait aimé attirer l'abbé d'Alzon au palais épiscopal, à deux pas de la cathédrale. Mais Emmanuel a toujours préféré garder sa liberté de manouvre. Il fut choix d'un appartement de belle apparence, à la rue des Lombards, dans l'hôtel particulier d'amis, les Grandgent. Ce n° 10 rue des Lombards n'existe plus de nos jours, on passe directement du n° 8 au n° 12, car au XIXème siècle la rue fut percée à cette hauteur pour tracer celle du Général Perrier.
On sait seulement que l'Abbé d'Alzon partagea cet appartement de qualité avec un autre prêtre, l'Abbé Daudet, sans doute un parent d'Alphonse, l'homme de lettres auteur du Petit Chose. Cet Abbé le secondait dans la direction des ouvres de jeunesse. Plus spacieuse, mais aussi plus démonstrative, cette troisième résidence nîmoise allait servir jusqu'en 1845, c'est-à-dire jusqu'à l'aventure du Collège de l'Assomption, berceau de la Congrégation. Là aussi se trouvait un salon où d'Alzon pouvait réunir les jeunes gens, leur faire lire livres et revues. Là se tinrent des réunions pour adultes où d'Alzon fréquenta le 'tout Nîmes catholique' de l'époque, le Recteur de l'Académie M. Nicot, le célèbre pharmacien M. Boyer, le médecin membre du Conseil municipal M. Pleindoux dont il sera à nouveau question avec Mère Correnson, l'avocat homme politique M. Chapot et le futur évêque de Digne et futur archevêque de Paris Dominique Sibour qui l'avait initié au ministère.
Nous avons malheureusement assez peu d'échos sur la vie personnelle d'Emmanuel d'Alzon, de 1839 à 1843. Par contre sont mieux connus ses projets apostoliques mis en ouvre à cette époque: la fondation d'un Carmel à Nîmes (décembre 1843), le soutien à une jeune Congrégation parisienne (depuis 1838), les Religieuses de l'Assomption et la reprise d'un collège catholique en déclin, le futur Collège de l'Assomption (1844).
« Préoccupé de consacrer ma vie à la défense de l'Eglise et du Saint-Siège qui en est le centre, je crus devoir me dévouer à la conversion des protestants. Outre que je n'y réussis que très peu, je m'aperçus bientôt que le protestantisme comme doctrine n'est plus rien et que, dans notre pays de France, ce n'est qu'un parti politique. Mais je vis très clairement qu'en Occident, Rome est attaquée par la Révolution, la Libre Pensée et les Sociétés secrètes. Depuis longtemps la pensée de fonder un collège me préoccupait. J'étais frappé de la nécessité d'une éducation chrétienne ; d'autre part j'avais puisé dans la lecture méditée des ouvres de saint Jean de la Croix une grande affection pour les filles de sainte Thérèse. J'arrivai à Nîmes avec la pensée de fonder un pensionnat et un couvent de Carmélites. Mais je fus entraîné loin de mon but par bien d'autres idées. Dieu ne voulait pas encore que je pusse réaliser des desseins pour lesquels je ne comprenais pas assez mon incapacité. Cependant M. Vermot réalisait l'idée d'un collège (1838) et, lui se consacrant à cette ouvre, je n'avais plus à m'en occuper. Mgr de Nîmes n'avait aucun attrait pour les Carmélites ; y songer eût été, ce semble, imprudent ... ».
Mgr Cart était un homme froid et timide. Les rapports avec l'abbé d'Alzon furent assez gênés pendant les 16 ans que dura leur collaboration (1839-1855). Coïncidence frappante, le jour même où Mgr Cart signait la lettre de nomination de l'Abbé d'Alzon comme vicaire général (29 ans), il y eut à Nîmes l'essai d'une locomotive sur la ligne en construction. Même dans l'administration diocésaine, la vapeur allait remplacer le chariot mérovingien ! On a de leurs relations contrastées une correspondance amusée du P. d'Alzon :
«J'avais espéré un peu de repos après Pâques. Au lieu de cela, il m'a fallu partir le lundi de la fête, à 6 heures du matin, pour accompagner Mgr dans une tournée... Je partis avec un rhume épouvantable, faisant blanc de mon épée tant que je pouvais et fumant, à part moi, de la plus merveilleuse manière. J'ai été bon, posé, attentif on ne peut plus, sauf une fois où l'on voulait me faire prêcher et où je décampai pour qu'on ne m'y forçât point. Comme il faisait un vent affreux et que les fenêtres de l'église étaient passablement brisées, l'évêque forcé de monter en chaire s'enrhuma à son tour, ce qui le mit de mauvaise humeur pendant une heure ou deux, ce qui divertit prodigieusement mon amour-propre. Après quoi, ayant pris ainsi ma revanche, nous sommes redevenus les meilleurs amis du monde, lui me donnant de la gomme sucrée et moi lui offrant de la pâte de jujube. Pour cimenter le traité de paix, j'acceptai hier de prêcher aujourd'hui, malgré les quintes de toux que je faisais venir avec à-propos...» On sait que de 1839 à 1845, l 'abbé d'Alzon fit de nombreuses prédications, sauf l'année 1842 où la fatigue de sa gorge lui permit rarement de parler en public. En 1841 il prêcha le Carême à Saint-Baudile et l'Avent à la cathédrale n n'en poursuivit pas moins assidûment ses lectures, sachant lire très vite. Il écrivait le 23 janvier 1845 : « Ainsi hier, par exemple, malgré plusieurs malades à voir et plusieurs visites à recevoir et à faire, j'ai trouvé le moyen de lire tout le volume publié par M. Lacordaire, sauf les deux derniers discours...». L'Abbé d'Alzon a par ailleurs laissé des notes manuscrites de ses lectures, sous forme d'analyse des ouvrages. II publia même quelques articles dans des revues dont en février 1839 celle parue dans les Annales de philosophie chrétienne .
Rue du Pont de la Servie, au Collège de l'Assomption (entre 1845 et 1880)
La pension de l'Abbé Vermot, prêtre bisontin venu s'établir à Nîmes, ouverte en 1838, n'avait cessé de décliner par la suite et était devenue 'la honte des catholiques de Nîmes'. Lors d'un voyage en Franche-Comté avec son évêque en juillet 1843, l 'Abbé d'Alzon apprit que son ami et confrère, curé de Sainte-Perpétue, l'Abbé Goubier, avait en son nom et au sien racheté l'ouvre scolaire. De retour de Turin en juillet 1844, d'Alzon prit en main le pensionnat, bien décidé à y organiser un collège digne de ce nom. Il commença par recruter des professeurs qualifiés dont deux agrégés, MM. Monnier et Germer-Durand, établit un règlement scolaire, posa les principes d'une éducation chrétienne forte, s'inscrivit dans le combat en faveur de la reconnaissance légale de la liberté de l'enseignement pour le secondaire et, de fil en aiguille, après avoir fait le siège des ministères, finit par obtenir deux ans avant le vote de la loi Falloux (1850) le plein exercice pour la Maison de l'Assomption (1848).
Il partagea ses idées sur l'éducation avec Mère Marie-Eugénie de Jésus qui posait alors aussi les bases de sa Congrégation fondée en 1839. En 1845, malgré l'opposition de Mgr Cart, le P. d'Alzon passait outre, fondant l'Association de l'Assomption où travailleraient ensemble laïcs, prêtres diocésains et religieux. A Noël 1845, avec quatre compagnons, il commença un noviciat religieux qui devait durer jusqu'en 1850. En 1849, il posa la première pierre pour la construction d'une nouvelle chapelle ; à Noël 1850, la Congrégation sortit des limbes avec les premières professions publiques, toujours dans le cadre du Collège. En 1852 il lança la Revue de l'Enseignement chrétien et l'édition de textes d'auteurs chrétiens. En 1854, pour fêter le dogme de l'Immaculée-Conception, il organisa des fêtes et processions grandioses au point d'en émouvoir la communauté protestante qui décrira l'Assomption à Napoléon III comme une citadelle d'où l'homme terrible du Midi livrait une guerre implacable aux ennemis de l'Eglise . En mars 1859, l 'auteur provençal de Mireille, alors en pleine ascension, fut accueilli triomphalement dans les murs du Collège. Les élèves s'engageaient aussi dans des conférences de Saint-Vincent de Paul, finançant un patronage de jeunes, alphabétisant des illettrés, secourant les miséreux de l'Enclos-Rey.
Le Collège connut aussi des heures difficiles pour des raisons multiples, notamment financières. En 1848, l 'aristocratie et la bourgeoisie nîmoise firent payer cher au P. d'Alzon son choix de l'heure (exprimé dans les colonnes du journal La Liberté pour tous ) en faveur d'une République modérée assise sur le suffrage universel, retirant par sanction leurs enfants du Collège. A partir de 1854, des problèmes de santé éloignèrent un peu le P. d'Alzon de sa direction effective. Une grave crise financière s'ensuivit entre 1855 et 1857, mettant en délicatesse le P. d'Alzon avec sa famille, effrayée des sommes englouties. Le P. d'Alzon n'utilisa pas seulement une image quand il parla à ce sujet du martyre des écus. En proposant la création d'une Société d'actionnaires, le frère Hippolyte Saugrain sauva l'ouvre et le renom de son refondateur d'une faillite éclaboussante. Un grand projet anima le P. d'Alzon qui aurait aimé couronner son Collège du titre d'Université Saint-Augustin déjà en 1852 et encore en 1871, aux lendemains de Vatican 1er. En 1875, il eut la satisfaction de voir votée la loi de la liberté de l'enseignement supérieur, qui allait permettre l'ouverture de cinq Facultés catholiques en France (Angers, Lille, Lyon, Paris, Toulouse). C'est en ce sens qu'avait été relancée en 1871 la seconde série de la Revue de l'Enseignement chrétien . Malgré ses voux, Nîmes n'avait pas été retenue au nombre des villes à pourvoir, autre illustration du caractère désintéressé que le P. d'Alzon savait imprimer à ses propres projets.
Pour autant, le Collège n'en avait pas terminé avec les heurs et les malheurs de son histoire. En 1880, les décrets de Jules Ferry provoquaient la dispersion des Jésuites et obligeaient les Congrégations religieuses non autorisées par la loi à cesser leur mission d'éducation. Le P. d'Alzon mourut en son collège assiégé par les forces de police réquisitionnées et défendu par l'Association des Anciens Elèves. Des tractations avec .l'évêché de Nîmes permirent au Collège de poursuivre son existence sous direction diocésaine. Quatre religieux fictivement sécularisés pouvaient rester à leur poste. La menace s'estompa deux ans plus tard. En 1892, les restes du P. d'Alzon, inhumés en 1880 dans la tombe de l'Assomption au cimetière Saint-Baudile, revenaient dans la chapelle du Collège, au pied de l'autel. Une statue lui était érigée dans la cour et, pour marquer ce premier cinquantenaire (1843-1893), une nouvelle façade était inaugurée sur l'Avenue Feuchères. Après la condamnation et la dissolution de la Congrégation en France (mars 1900), le Collège allait entamer une bataille de procédures d'une dizaine d'années. En 1909, le Collège, berceau de la Congrégation, était spolié, la chapelle où reposait la dépouille du Fondateur fermée au public et désaffectée. En 1921 un point final était mis à toute tentative de récupération possible des lieux, l'Etat organisant sur place un lycée de jeunes filles. La demeure où avait vécu et lutté le P. d'Alzon pendant 35 ans toujours au contact de la jeunesse, restait fermée à ses fils et à ses filles, comme pour les inviter à de nouveaux départs et à une autre jeunesse.
Un intermède, le Mont-Duplan (1872-1875)
Le P. d'Alzon prit momentanément congé de son Collège et de la jeunesse scolaire pour reprendre l'Ouvre de la Jeunesse, dite Ouvre Argaud. En octobre 1872, après des tractations avec l'évêché propriétaire des lieux (maison Prophète), le P. d'Alzon voulut s'y installer en compagnie d'un ou deux religieux novices, sur les hauteurs de Nîmes. En décembre 1872 il rêvait même d'en faire un scolasticat et n'hésitait pas à lui donner le nom de 'maison-mère'. C'est peut-être pour cela que la tradition a retenu l'anecdote de collégiens de Nîmes faisant la chaîne pour y transporter la bibliothèque du P. d'Alzon. Quoi qu'il en fût, le P. d'Alzon ne put y demeurer que par intermittence, même s'il formulait encore en août et en octobre 1875 le vou d'y élire définitivement domicile. Le local fut cédé ensuite par Mgr Besson aux Frères des Ecoles chrétiennes qui avaient été chassés de leur maison en 1880.
Il est clair en tout cas que le P. d'Alzon en 1880 se trouvait proche de sa dernière demeure sur cette terre. Ses restes mortels ne connurent pas non plus l'immobilité promise au Requiescat in pace . Transférés en 1892 du cimetière Saint-Baudile à la chapelle du Collège de l'Assomption, ils le furent à nouveau en 1942, cette fois dans la chapelle de la rue Séguier, au pied des marches du chour et aux côtés des restes de Mère Correnson, dans un caveau qu'il avait lui-même fait creuser. En 1964, par suite des procédures canoniques prévues par le procès de sa cause, sa tombe fut une nouvelle fois ouverte. Une manière peut-être de rappeler que toute existence n'est qu'itinérance : n'avoir ici-bas que des demeures provisoires et devoir franchir même après sa mort quelques étapes pour gagner les demeures éternelles.
Mireman
Le Clos Mireman, lieu assomptionniste entre 1852 et 1857 (colonie agricole et noviciat de frères convers), se trouve dans la proche banlieue de Nîmes. Cité à plusieurs reprises par le P. d'Alzon sans être jamais clairement par la suite localisé, il est répertorié sur les cartes géographiques à proximité de l'actuel croisement de la ligne de chemin de fer et de la Languedocienne A 9, près de l'aérodrome de Nîmes-Courbessac et du cimetière du Pont de Justice, matrices cadastrales n° 346-350. On le connaît aujourd'hui sous le nom de Mas Miramand, à 2 km à l'Est de Nîmes, une bâtisse rectangulaire comportant 4 tours carrées. Cette propriété a appartenu à une certaine Mme Henriette Labesmeraye, née de Roure, avant de passer en 1856, par héritage, au chanoine Félix-Adrien de Couderc de Latour-Lisside, prêtre bisontin incorporé à Nîmes, auteur d'une biographie de Mgr de Chaffoy. Le P. d'Alzon eut l'idée, éphémère, d'y transférer son collège ; il loua les lieux qui comprenaient terrains cultivables et clos d'habitation pour y implanter, sous la direction du P. Henri Brun, une colonie agricole servant également de vivier pour un noviciat de Frères Convers. Ces essais ne furent guère concluants. Le P. d'Alzon proposa le lot par la suite à Mère Marie--Eugénie de Jésus pour les Religieuses, qui le déclina.

Carnet d’Adresses pour Nîmes

Communauté des Religieux de l’Assomption (A.A.) :
2 rue Sainte-Perpétue.
Tél. 04 66 84 95 16. Fax 04 66 854
@: michel.zabe @wanadoo.fr
Communauté des Oblates de l’Assomption (O.A.) :
30 rue Séguier
Tél 04 66 76 08 94.
Fax0466762447
Communauté des Petites Sœurs de l’Assomption (P.S.A.) :
465 avenue de Brunswick.
Tél. 04 66 27 53 56.
Office du tourisme de la ville de Nîmes :
6 rue Auguste.
Tél. 04 66 67 29 Il.
Fax. 04 66 21 81 04
www.ot-nimes.fretinfo@ot-nimes.fr
1ère adresse nîmoise de l’Abbé d’Alzon :
16 Rue de l’Aspic (entre la rue de la Madeleine et rue de l’Hôtel de Ville).
2ème adresse nîmoise de l’Abbé d’Alzon :
9 Rue de l’Arc-du-Gras (actuel n° 7, au chevet de la cathédrale, sur la gauche, à l’intersection avec la rue des Orangers).
3ème adresse nîmoise de l’Abbé d’Alzon :
10 Rue des Lombards (à l’intersection avec la rue Général Per¬rier). Le numéro 10 n’existe plus.
4ème adresse nîmoise du P. d’Alzon :
Collège historique de l’Assomption, ex-lycée de jeunes filles, C.E.S. Feuchères, au 3 Avenue Feuchères. On peut éventuelle¬ment sur demande préalable être autorisé à pénétrer, hors période scolaire
5ème adresse nîmoise du P. d’Alzon :
Le Mont Duplan est au Nord-Ouest de la ville, sur la hauteur.
Cimetière Saint-Baudile, tombe de l’Assomption (route d’Avignon).
Oeuvre Argaud (Œuvre de Jeunesse fondée en 1837 par l’abbé d’Alzon, confiée au Chanoine Argaud en 1954, dirigée par les Pères de Timon-David, 3 avenue du Général Leclerc (à côté de la commu¬nauté assomptionniste, rue Sainte-Perpétue).
Il existe à Nîmes une petite rue dédiée au P. d’Alzon (vers le cimetière Saint ¬Baudile, de l’autre côté de la route d’Avignon). A notre connaissance, deux autres cités en France se sont honorées en donnant le nom d’une de leurs rues au P. d’Alzon : Le Vigan et Bordeaux. Davézieux en Ardèche a l’originalité d’avoir donné le nom d’une de ses rues aux Assomptionnistes, longue de 1.200 m selon les précisions du P. Joannès Dufaud que nous remercions au passage.
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