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A Nîmes, Les Familles religieuses de l'Assomption |
Les Familles religieuses de l'Assomption à Nîmes (1845-1880)
Nîmes a été au cours des derniers 150 ans de l'histoire l'une des rares villes de France avec Paris et Bordeaux à posséder toutes les composantes des familles religieuses de l'Assomption: les Assomptionnistes dès 1845, les Religieuses de l'Assomption à partir de 1855, les Oblates de l'Assomption lors de leur prise de service au Collège de l'Assomption (août 1866), les Petites Sœurs de l'Assomption (rue Briçonnet, en 1883) et, par extension géographique, les Orantes de l'Assomption présentes au Vigan de 1939 à 2004.
Cette concentration nîmoise et gardoise de l'Assomption des origines peut très bien s'expliquer par l'histoire et par les liens de famille que les Fondateurs et Fondatrices ont tenu à manifester dans ce haut lieu symbolique qu'est Nîmes, berceau des Assomptionnistes. Passons en revue les différents lieux de la topographie nîmoise propres à chaque famille religieuse de l'Assomption.
Nîmes et les Assomptionnistes
Nous avons mentionné plus haut les principales étapes de l'histoire du Collège de l'Assomption (1843-1909). Ajoutons juste un mot sur la période 1880-1909. Une société civile a été constituée pour parer aux menaces d'expropriation ; en furent présidents : Numa Baragnon (1881-1883), Paul de Pèlerin (1883-1905), Edgard de Balincourt (à partir de 1905). Cette précaution juridique ne suffit pas à préserver le berceau de l'Assomption, surtout après 1900 lorsque la Congrégation fut condamnée à la dissolution et contrainte à l'exil. Procès, appels, pourvoi en cassation de 1901 à 1909 sur place à Nîmes : rien n'y fit pour sauver les lieux. Après Louis Allemand, directeur du Collège de 1880 à 1881, se succédèrent à ce poste le P.Charles Laurent (1881-1882), le P. Alexis Dumazer (1882-1894), le P. Joseph Maubon (1894-1899) et le P. Stéphane Chaboud (1899-1909), le dernier d'une liste inaugurée par le P. d'Alzon.
Boulevard de la République n° 15 (1919-1929)
Durant l'été 1909, le Collège se transporta, sous la direction du P. Timothée Falgueyrette (1909-1919), au Boulevard de la République n° 15 dans le local de l'ancien pensionnat Jeanne d'Arc, tenu par des Sœurs Maristes, et spolié en 1903. Ce modeste local, fort incommode, put être loué jusqu'à ce que son propriétaire légal voulut en reprendre possession en1929. Cette situation d'inconfort dura vingt ans pour l'Assomption (P. Matthieu Lombard, directeur entre 1919 et 1923). Quant à l'ancien Collège historique de l'Avenue Feuchères, il faisait l'objet de nombreux projets de liquidation. Le mobilier fut vendu aux enchères publiques, première forme de démantèlement. Pendant la grande guerre de 1914-1918, il servit d'abri à des réfugiés, de foyer pour soldats permissionnaires, de local pour l'Oeuvre du trousseau aux prisonniers et même d'hôpital. En 1920, le maire radical de Nîmes, Josias Paut, y fit transférer le lycée de jeunes filles de la ville de Nîmes, en vertu d'un acte d'expropriation et d'une indemnité.
L'ancien Collège restait un lieu de pèlerinage pour l'Assomption comme en témoigne ce souvenir du P. Lombard, du 28 septembre 1924 :
« J'ai eu l'occasion, l'autre jour, d'entrer dans l'ancien collège et j'ai pu connaître le plan du nouvel aménagement. La partie qui longe la rue Pradier sera au rez-de-chaussée comme au premier réservé aux classes. Ces dernières se prolongeront dans la chapelle dont la tribune a déjà disparu. .En plus de l'emplacement et du dessous de cette tribune, elles prendront encore une travée de la chapelle. Le reste de celle-ci, séparée par un mur, sera réservé à la tombe du P. d'Alzon et, croit-on ou espère-t-on, aux exercices du culte. Le pavillon qui fait le coin de la rue Pradier et de la rue du Pont de la Servie est destinée à Mme la Directrice et à l'Economat. La partie des bâtiments longeant la même rue de la Servie qui avançait dans la cour est démolie pour ménager une entrée. L'appartement du P. d'Alzon deviendra l'infirmerie. La bibliothèque et ce qui est au dessous sera habité par la Sous-Directrice. L'arche de Noé, agrandie du côté de la porte de la chapelle, sera le pensionnat. Les fenêtres de la chapelle, bouchées au rez-de-chaussée, ont été ouvertes. Ai-je besoin de dire que cette visite m'a été pénible au-delà de tout et que c'est avec piété et pitié tout ensemble que j'ai prié sur la tombe du P. d'Alzon que l'on a protégée par des planches contre les accidents possibles ».

Troisième collège nîmois de l'Assomption, Route d'Arles, 3 av. du Maréchal Leclerc (1930-1967).
La décision de construire un nouveau collège à Nîmes était dans toutes les têtes. Un terrain fut acheté près de la Gare des voyageurs à Nîmes, sur la route d'Arles, sous le couvert d'une Société civile anonyme La Vigilante, derrière les arcades de la ligne de chemin de fer que longe le boulevard Talabot. Les maîtres d'œuvre en furent les PP. Arthur Déprez, supérieur de la communauté, et Delmas, économe. L'ouverture se fit à la rentrée scolaire 1930 ; les Oblates quant à elles reprenaient la direction du cours d'Alzon (Institut d'Alzon, rue Séguier). L'histoire a consigné la liste des supérieurs de ce collège bâti à neuf, après la seconde guerre mondiale: les PP. Jude Verstaen (1945-1946), Herbland Bisson (19461949), Guy Finaert (1949-1952), Bernardin Bal-Fontaine (1952-1958), Vincent de Paul Grimonpont (1958-1963) et le dernier de cette troisième série, le P. Tharcisius Sylvestre (1963-1967). Au chapitre général de 1964, le P. Paul Charpentier, alors Provincial de Paris, attira l'attention sur les difficultés de recrutement du corps professoral. En 1960 déjà, le nombre de religieux enseignants de la Province de Paris n'était plus en mesure de couvrir les besoins minima de ses trois établissements scolaires secondaires (Nîmes, Perpignan, Soisy) et de ses trois alumnats de grammaire (Chanac, Davézieux, Lambersart). L'emploi de professeurs civils, dans les conditions nouvelles du contrat simple facilitées par la loi Debré, ne parut pas une mesure suffisante. On décida de réduire les activités du collège aux classes du premier cycle du secondaire, malgré l'appoint de quelques religieux enseignants demandés aux Provinces de Lyon et de Bordeaux. En 1966, deux terrains furent vendus, amputation qui sonnait le glas d'une présence enseignante plus que centenaire. La décision de fermer le collège fut prise en 1965. Les bâtiments furent vendus à la Chambre de Commerce de la ville de Nîmes pour devenir l'école de Commerce (1967). Les quelques souvenirs entreposés dans la chambre dite du P. d'Alzon furent dispersés. Des ouvrages furent répartis entre Rome et Valpré (notamment la Patrologie de Migne), d'autres gagnèrent la maison du Vigan alors couvent d'Alzon pour les Orantes. Une communauté réduite à quelques unités se replia au n° 2 rue Sainte-Perpétue, l'ex Petit-Collège. La maison fut inaugurée le 21 novembre 1969 comme résidence des religieux à Nîmes, héritiers de ce long passé. La communauté a beaucoup souffert comme le reste de la ville des terribles inondations qui ont désolé le centre le 3 octobre 1988, faisant de nombreux morts et occasionnant d'innombrables dégâts.
Nîmes et les Religieuses de l'Assomption
C'est en octobre 1855 qu'un groupe de Religieuses vint de Paris à Nîmes, à la demande expresse du P. d'Alzon. Elles logèrent d'abord dans une famille amie (Baronne de Lisleroy, grand'mère de Sœur Marie-Elisabeth de Balincourt), puis dans une petite maison louée rue de Roussy. Leur activité apostolique avait été définie par les trois termes de prière, d'adoration du Saint-Sacrement et de retraites spirituelles.
En octobre 1856, ce fut l'ouverture d'un pensionnat dans une nouvelle maison louée, attenante à la première, avec l'espace d'un plus grand jardin.
Le Prieuré de l'Assomption (1858-1911), rue de Bouillargues
Une œuvre d'éducation demandait de plus vastes locaux et surtout une organisation plus appropriée. On trouva au-delà du viaduc - surélévation d'arcades à Nîmes qui portent la ligne de chemin de fer, un terrain propice pour y bâtir un véritable monastère en fer à cheval, avec aile centrale (couvent), des cloîtres donnant accès aux salles de classes et à une grande salle qui servit longtemps de chapelle ‘provisoire'. Deux ailes étaient terminées aux vacances de 1859. Mgr Plantier les bénit le 25 septembre de cette année. Une troisième aile pour dames en retraite fut construite en 1862, bénite et habitée en juin 1864, de même un nouveau bâtiment pour le pensionnat en 1875. En 1886, Mgr Besson, évêque de Nîmes, le dernier que connut le P. d'Alzon, bénissait solennellement la première pierre de la future chapelle dont les plans avaient été conçus par l'architecte diocésain, Révoil. C'est en 1890 que le successeur de Mgr Besson, Mgr Gilly, consacrait enfin la chapelle achevée et si longtemps souhaitée. Les documents de l'époque évoquent à son sujet ‘ une vraie petite basilique, l'harmonie de ses lignes, la vigoureuse souplesse de ses arceaux, la hardiesse majestueuse de ses voûtes, la richesse variée de ses sculptures ; vraie rose mystique' . Sur la façade, dominant le fronton, un ange déployait ses ailes.
Cette institution scolaire eut un grand renom dans la bonne société de Nîmes. Des difficultés surgirent en 1873 avec l'ouverture d'un pensionnat par les Oblates de Marie Correnson. Le P. d'Alzon s'entremit pour faire prévaloir un compromis de sagesse et apaiser les angoisses de la supérieure locale, Mère Marie-Gabrielle de Courcy. Mais en juillet 1904, les lois anti-congréganistes obligèrent les Religieuses à fermer leur pensionnat, bien qu'elles aient, elles, obtenu au XIXème siècle un décret de reconnaissance impériale en bonne et due forme. La rentrée scolaire n'eut pas lieu en octobre, mais les Sœurs purent rester à Nîmes où elles s'occupèrent d'un patronage pour les jeunes ouvrières. Le 23 août 1911, cette fois en application des lois qui non seulement s'en prenaient aux œuvres scolaires congréganistes mais aux communautés religieuses elles-mêmes, les Religieuses de l'Assomption furent expulsées par la police. Elles quittèrent le monastère par la rue des Jardins, le quai Roussy jusqu'à l'église Sainte-Perpétue. Sur le boulevard Talabot, des gendarmes à cheval étaient chargés de contenir la foule d'amis et de sympathisants qui voulaient les accompagner. Des anciennes élèves du pensionnat écrivirent des articles dans la presse locale pour protester contre cette expulsion. Là non plus rien n'y fit. Après quelques jours passés dans une famille hospitalière, les Sœurs, quittèrent Nîmes avec une profonde tristesse et avec l'espoir d'y revenir un jour, ce qui ne s'est pas réalisé depuis.
(D'après des notes de Sœur Thérèse-Maylis, R.A.).
Du Prieuré au lycée d'Alzon
L'ironie de l'histoire a voulu que le Prieuré de l'Assomption, après avoir accueilli des personnes âgées dans le cadre d'une maison médicalisée, le Centre Villemin, retrouva progressivement à partir de 1991 sa vocation première de lieu d'éducation. Le lycée d'Alzon flambant neuf a été inauguré sur le site en 1994, en présence de son directeur de l'époque, M. Yvan Lachaud, et de Sœur Claire de la Croix Rabitz, supérieur générale des Oblates qui en ont la tutelle. Cette création a permis de donner une nouvelle extension à l'Institut d'Alzon, rue Séguier, trop à l'étroit dans ses vieux murs. Les religieux de la Communauté rue Sainte-Perpétue ont accepté de prêter pour un temps indéterminé la statue du P. d'Alzon qui se trouvait autrefois à Livry, puis à la rue François 1er, statue due au ciseau de Mère Myriam Franck. Le 28 février 2001 était encore inauguré le Prieuré entièrement rénové, comprenant la chapelle de Révoil, un foyer d'étudiants, l'internat et l'aumônerie. Une façon d'assurer pour le lIIème millénaire une présence tangible de l'Assomption dans sa mission historique d'éducation à Nîmes.
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