Aux environs de Nîmes

Le P. d'Alzon a souvent eu l'occasion de sillonner les routes du Gard. Comme vicaire général, il accompagna plus d'une fois ses évêques en tournée pastorale dans tous les coins et recoins d'un diocèse, parfois difficiles d'accès en son temps, surtout l'hiver. Quelques lieux particuliers des environs de Nîmes méritent pleinement de figurer au programme d'un pèlerinage sur ses pas, même s'ils n'ont pas fait nécessairement l'objet d'une description détaillée de sa part. Pensons bien sûr au fameux Pont du Gard proche de Remoulins qui figura plus d'une fois au nombre des excursions des collégiens de Nîmes, au village de Saint-Gervasy pays natal du P. François Picard où vécut jusqu'en 1890 le valeureux père du religieux, aux Saintes-Marie de la Mer dont le pèlerinage attirait déjà les gens du voyage, au Mas Boulbon dans la proche campagne de Nîmes où Mgr Cart aimait être surpris dans une solitude reposante, à Aigues-Mortes où l'on aimait rappeler le souvenir de saint Louis et des croisades, à Notre-Dame de Rochefort qui offrait le cadre idéal d'une journée de retraite ou encore à la Chartreuse de Valbonne où le P. d'Alzon entraînait collégiens et professeurs pour un temps de reprise spirituelle.

 

Le Pont du Gard

Les Romains ne s'étaient pas trompés en choisissant la source d'Eure à Uzès pour alimenter l'agglomération nîmoise en eau potable. Ils construisirent 50 km d'aqueduc et le fameux Pont qui enjambe le Gardon pour faire glisser l'eau par gravité naturelle et selon le procédé des siphons de chasse. Le Pont, en pierres taillées, reste l'ouvrage le plus spectaculaire et le mieux conservé d'un aqueduc magistral qui sur ces 50 km contournait les collines et franchissait les vallons depuis les sources d'Eure près d'Uzès jusqu'à Nîmes la romaine. Il fut construit sur l'ordre d'Agrippa, gendre d'Auguste, de la 2ème moitié du 1er siècle, à trois étages superposés d'arcades à plein cintre. A 400 mètres du monument, une grande Exposition rend hommage à l'ingéniosité de ceux qui ont pensé et construit l'ouvrage et invite le touriste à découvrir la vie à l'époque romaine ainsi que les techniques mises en ouvre pour édifier de telles constructions. Au XVIIlème siècle, en 1743, le pont a été doublé par une voie carrossable d'où les amoureux de la nature prendront l'idée de quelques excursions pédestres à travers la garrigue ou, selon les goûts, piqueront une tête dans les eaux fraîches du Gardon en évitant les plaques rocheuses des fonds en fonction du niveau de l'eau. Au coucher du soleil, les lignes hardies du Pont, sa couleur dorée s'enlèvent superbement de la masse vert sombre des arbres sur le bleu profond du ciel, comme l'a dessiné Hubert Robert dans son célèbre tableau du Louvre. Tél. 08 2090 33 30.

« Après le dîner, le signal est donné : au Pont-du Gard ! Le temps était assez beau, mais on était encore plus gai que lui. Les exclamations les plus diverses accueillent l'apparition du vieux monument romain. On se répand à droite, à gauche, sous les arches, sur les rochers, sur les pelouses, comme une fourmilière. Chacun s'amuse à son aise, et c'est en chantant qu'on remonte dans les voitures pour revenir à l'Assomption ». L'Assomption de Nîmes, 1875, n° 13, p. 116.

Le village de Saint-Gervasy

Dominé au Nord par le Puech Icard (30 minutes à pied) qui porte toujours sur son sommet un oratoire du XVIIème d'où la vue s'étend fort loin sur la garrigue, et sur ses pentes un chemin de croix qu'un vandalisme aveugle a endommagé, ce petit village bien assoupi aujourd'hui a vu naître en 1831 François Picard, le successeur du P. d'Alzon à la tête de l'Assomption de 1880 à 1903. La maison natale existe toujours, à côté de la petite église et du presbytère où le jeune François reçut ses premières leçons de latin du curé de l'époque. Pour le premier centenaire de la naissance du P. Picard (1831-1931), une plaque a été apposée sur une des façades, encore visible de nos jours même si les lettres de l'inscription auraient besoin d'être repeintes pour une lecture aisée :

« Ici est né le 1er octobre 1831 le T. R. P. François Picard, successeur du T R.P. d'Alzon, Supérieur Général de l'Assomption, Fondateur de nombreuses ouvres d'action catholique 1831-1931 ».

Pour l'occasion à Saint-Gervasy, on chanta une messe solennelle dont les officiants furent le P. Provincial de Paris [Aymard Faugère] et deux Pères du Collège. Le discours de circonstance fut prononcé par le P. Daniel Vaneecke. De la messe nous dirons seulement qu'elle a été exécutée avec une réelle perfection par la schola du Collège, les parties propres étant interprétées par les voix réunies des PP. Danset, Benjamin et Delaplace, tandis que le P. Louis de Gonzague tenait l'harmonium et que le P. Delesalle dirigeait le chour. L'assistance très nombreuse remplissait la belle petite église de Saint-Gervasy. Au premier rang, les neveux du P. Picard, MM. Laurent et Lucien Gazagne (ce dernier maire de Lourdes), avec ce qui reste de la famille Picard ; Dans ce sanctuaire, des représentants de toutes les communautés du Midi (Montpellier, Marseille, Poussan, Davézieux, Javel sans compter tous les religieux du Collège. La nef principale était occupée par environ deux cents élèves du Collège et une dizaine de professeurs. La tribune avait été réservée à une quarantaine d'élèves de l'Institut d'Alzon, conduites par les Oblates. Quant à la population de Saint-Gervasy, tout entière accourue, et aux délégations des ouvres de Notre-Dame de Salut, du Noël, elles remplissaient les bas-côtés. Ce n'avait pas été une petite affaire d'amener tout ce monde et nous avions dû affréter toute une longue théorie d'autobus départementaux ou de flèches-cars qui, de Nîmes à Saint-Gervasy, firent un pittoresque cortège à l'auto du Collège marchant en tête. Après la messe fut dévoilée la plaque commémorative apposée sur la maison natale. D'après La Lettre à la Dispersion, 1931, n° 419, p. 369.

 

Le Mas Boulbon, aux environs de Nîmes.

Le Mas Boulbon est un mas de la plaine de Nîmes qui servit de lieu de promenade pour les collégiens de l'Assomption et les séminaristes. Il appartenait au XIXème siècle à la mense épiscopale et a été le cadre au XXème siècle d'un lycée agricole. Son état actuel est proche de l'abandon. Dès ses débuts à Nîmes, l'abbé d'Alzon emmenait au Mas Boulbon les jeunes du patronage qu'il rassemblait dans son appartement à la Rue de l'Arc du-Gras, le lieu ayant l'avantage d'être vaste et approprié pour des jeux en plein air.

« Quelquefois, surtout le jeudi, l'abbé d'Alzon nous conduisait au Mas Boulbon, propriété de l'évêché, à 2 ou 3 km de la ville. Une fois sur la route, il relevait sa soutane et courait en avant. C'était à qui le suivrait ou le rattraperait. Il donnait ainsi un élan incroyable. Il nous faisait goûter là-bas. Bien des vocations sont sorties de ces ouvres... ». D'après E. Bailly, Notes et Documents, t II, p. 193.

 

Les Saintes Marie de la Mer

En Camargue, sur la côte méditerranéenne, cette petite ville [Villo de la Mar] conserve une église romane fortifiée, station balnéaire et lieu de pèlerinage traditionnel des Gitans. La tradition rapporte que Marie Jacobé, sour la Ste Vierge, Marie Salomé, mère des apôtres Jacques le Majeur et Jean, leur servante Sara, Lazare et Marthe de Béthanie, Marie-Madeleine et Maximin, tous chassés de la Judée par la persécution, auraient débarqué en ce lieu. Marie Jacobé, Sara et Salomé y auraient été ensevelies. Des ossements furent découverts en 1448 à l'époque du roi René ; de là depuis le culte et l'affluence des pèlerins. Deux pèlerinages attirent en ce lieu des foules considérables, les 24 et 25 mai (pèlerinage des Gitans autour du tombeau et de la statue de Sara) et les 22-23 octobre, fêtes liturgiques suivies de courses de chevaux, de taureaux, de farandoles et de ferrades. L'église romane fut construite de 1140 à 1180 en remplacement d'un oratoire élevé sur les débris d'un temple païen. L'abside a été surélevée d'une tour de guet du XIllème siècle avec clocher-arcade du XVème siècle. La tour abrite une chapelle Saint-Michel où ont été déposés depuis 1448 les reliques des saintes. C'est là que Mistral a fait mourir Mireille frappée d'insolation.

Le P. d'Alzon ne pouvait ignorer ce lieu saint du Gard. On trouve dans une lettre à Juliette Combié du 9 août 1856 (Lettres t. II, p. 121) : « Je voudrais faire avec vous le pèlerinage des Saintes-Maries dont j'avais fait le vou pour votre sour et que je n'ai pas encore acquitté » relation suivie d'une autre mention explicite (Lettres t. II, p. 121) : « A l'instant de partir pour les Saintes-Maries...)} du 25 mai 1857 (1. II, p. 239). Une seconde visite est attestée en avril 1861 à l'intention de Mère Marie-Eugénie de Jésus (Lettres III, p. 438, 447) : « Après-demain je vais aux Saintes-Maries où je prierai tout spécialement pour vous, je vous le promets ».

Aigues-Mortes

Cette petite ville, située à 6 km de la Méditerranée, au nord d'un étang, dans un curieux passage de lagunes et à un carrefour de canaux, doit sa notoriété à saint Louis. Bâtie sur le plan régulier des bastides, elle est encore enfermée dans une enceinte de remparts du XIIIème siècle, qui font avec la célèbre tour de Constance un des plus importants ensembles d'architecture militaire qu'ait laissé le Moyen Age. En partant pour la VIIème croisade, Louis IX acheta aux moines de Psalmody cet emplacement occupé alors par des cabanes de pêcheurs. Il fit creuser un bassin, élever la tour de Constance et relier le bassin à la Méditerranée par un chenal de 8 à 9 km. Après avoir descendu le Rhône, le roi s'embarqua le 28 juillet 1248 pour la croisade d'Egypte et une seconde fois le 1er juillet 1270 pour la fatale expédition de Tunis où il mourut. Le fils de saint Louis, Philippe le Hardi, signa en 1272 avec le gênois Boccanegra un marché qui prévoyait la construction de remparts autour de la ville d'Aigues-Mortes. A partir du XIVème siècle les canaux s'envasèrent rapidement malgré les travaux de 1363 par Jean le Bon. En 1421 les Bourguignons s'emparaient de la cité alors en pleine décadence grâce à la trahison du gouverneur Louis de Malepue, mais les troupes royales reprirent la ville après un grand massacre de la garnison. En 1538 François 1er y rencontra Charles-Quint. Elle devint en 1576 une place forte pour les Calvinistes. La tour de Constance servit de prison d'Etat. On y enferma notamment les protestants qui après la Révocation de l'Edit de Nantes étaient poursuivis pour faits de la prétendue religion réformée. C'est pourquoi ce lieu est toujours aussi le but d'un pèlerinage pour les protestants du Midi, en souvenir notamment d'une prisonnière ardèchoise, Marie Durand qui y fut enfermée pendant 38 ans et qui a gravé sur la margelle de l'orifice central les mots : Au ciel. Résistez . Sur la place Saint-Louis, devant l'église, une statue en bronze du roi a été érigée au XIXème, due au ciseau de Pradier. Une autre église, Notre-Darne-desSablons, a été restaurée en 1968. On y conserve dans une chapelle des reliques du saint roi. Des chapelles de Pénitents renferment des sculptures de Sabatier, une toile attribuée à Mignard et des peintures de Sigalon et de Glaize.

« J'étais absent , écrit le P. d'Alzon le 13 février 1847 (C, p. 202). J'étais allé faire une course à Aigues-Mortes, ville qui n'a pas d'égale dans son genre » et le 13 janvier 1875 (XI, p. 22 ) : « L'air de la mer m'a toujours été très mauvais. Quatre ou cinq bains de mer m'ont rendu malade pour deux mois. Et comme l'expérience s'est répétée rien que pour avoir été ou prendre un seul bain ou respirer le soir sur la plage d'Aigues-Mortes, par de belles soirées d'été, je crains que cette crispation nerveuse ne vienne de là ». Ces seules attestations prouvent que le lieu lui était familier, malgré les craintes que lui inspirait son état de santé à la fin de ses jours.

 

Notre-Dame de Rochefort

L'église Notre-Dame-de-Grâce est doublement historique si l'on en croit le chroniqueur Bovis : « Charles Martel, ayant chassé les Sarrasins d'Avignon, leur donna la charge si forte depuis le lieu à présent dict Rochefort jusqu'au pont du Gard que furent tués plus de quarante mille Sarrasins. En mémoire de quoy le roy Charlemagne, son petit-fils, étant à son imitation venu chasser les infidèles du Languedoc, l'année 798, fist bastir une église sur un petit costeau prosche de Rochefort, à l'honneur de la Vierge Mère de Dieu » . Le sanctuaire jouit toujours de la protection spéciale des papes, notamment d'Urbain II et de Gélase II qui le placèrent sous la tutelle du siège apostolique. Les papes d'Avignon le visitèrent souvent. Mais en 1567 les huguenots devinrent maîtres de la région. Les troupes du baron des Adrets détruisirent la chapelle et massacrèrent ses desservants. Un siècle plus tard, un ermite rendit vie à la dévotion perdue. Une nouvelle statue fut bénite en 1634. Chapelle et bâtiments furent confiés aux Bénédictins de Saint-Maur. Les bâtiments fortement dégradés sont reconstruits en 1696. En mars 1791 les religieux durent évacuer les lieux, la chapelle fut fermée, le pèlerinage aboli, le sanctuaire pillé. Un ancien jésuite, le P. Sicard devint administrateur des lieux en 1799. Des réparations furent faites, les pèlerinages rétablis. Mgr de Chaffoy racheta le tout à l'Hospice d'Uzès, propriétaire au nom de l'Etat en 1807. Le sanctuaire passa des mains des Pères Gardistes aux Maristes (1846). Une hôtellerie fut élevée entre 1855 et 1860. Une route remplaça le chemin rocailleux. La statue fut solennellement couronnée le 11 mai 1869, un calvaire et un chemin de croix furent construits. En 1964 les Pères Maristes durent se retirer et le sanctuaire fut confié aux Foyers de Charité fondés par Marthe Robin qui y organisent depuis accueil, retraites, récollections, pèlerinages et sessions. Le visiteur ne manquera pas après la prière dans le sanctuaire de bénéficier de la salle d'ex-voto (plus de 100 tableaux) qui évoquent avec fraîcheur et naïveté de nombreux miracles obtenus grâce à l'intercession de la Vierge et de la fameuse salle acoustique qui servit, dit-on, à entendre les confessions des lépreux. D'après Maurice Colinon, Guide de la France religieuse et mystique, Le Centurion, 1969, p. 600-601. Sanctuaire Notre-Dame-de-Grâce. Foyer de Charité 30650 Rochefort-du-Gard : tél. 04 90 31 72 01.

Ce lieu de pèlerinage a tenu une place de choix dans la tradition spirituelle de l'Assomption. Le Père d'Alzon en fut un ardent pèlerin. II avait coutume de terminer la route en escaladant pieds nus la colline et d'en revenir les pieds en sang pour obtenir une faveur de la Vierge. Dans une lettre du 23 septembre 1846 il nous apprend : « Ce soir, à neuf heures, nous partons en masse pour un pèlerinage à N.-D. de Rochefort ; nous marcherons toute la nuit, nous arriverons demain matin [37 km de Nîmes], mais nous prendrons des voitures pour une partie du retour. Nous mettons l'année scolaire qui va commencer sous la protection de la Sainte Vierge » (C, p. 133). Le 21 août 1848 au soir, Rochefort servit d'étape au même P. d'Alzon et à ses compagnons pour aller à la chartreuse de Valbonne pour une retraite de huit jours (C, p. 366). Le 30 juin 1852, avec deux maîtres, il y conduit vingt-cinq de ses élèves. Nouveau pèlerinage les 23 et 24 avril 1853 avec de nombreux élèves. Comme à l'ordinaire, l'escouade quittait les murs de l'Assomption, vers quatre heures du soir pour franchir les 20 km qui séparent Nîmes de Remoulins. On passait la nuit à l'auberge de Lafoux et le lendemain, avant le lever du jour, pour éviter la grosse chaleur, on partait pour Rochefort où le R. d'Alzon célébrait la messe. Dans la journée, toujours à pied, on gagnait Avignon pour revenir en train à Nîmes. Une lettre du 4 mai 1854 raconte le trajet des 1er et 2 mai : « Après une heure de marche, je fus pris par des cloches [ampoules] sous les pieds et pendant six heures et demie qu'il fallut continuer à marcher, je souffris passablement. Je montais la montagne pieds nus. Il est vrai que je trouvais un peu d'herbe, j'en profitais ; bref, je n'ai pas grande chance » (t. I, p. 422). Le P. d'Alzon confiait ses intentions et ses soucis à la Vierge (lettres du 8 mars 1855, 16 juin 1859. Le pèlerinage du 1er juin 1864 lui donna un peu de tracas de la part des Enfants de Marie des Religieuses de l'Assomption : «Hier les Enfants de Marie sont allées à Rochefort. Elles ont poussé des cris qui me révoltaient comme mauvaise éducation » . Et d'ajouter que Sour Marie-Augustine Bévier criait au moins aussi fort ; espérons que c'était pour calmer les enfants...

Après 1870, le mouvement pèlerin prit de l'ampleur. Le P. d'Alzon, le 30 septembre 1872, y prépara un grand déplacement par une homélie qu'il donna à la cathédrale de Nîmes. Ce fut une réussite. Le 6 octobre, il y conduisit selon ses statistiques 5 000 pèlerins dont 4 000 communièrent. Désormais le pli était pris. L'année suivante, le 17 août, ce fut un véritable pèlerinage diocésain avec 5. 800 hommes et, d'après lui, quelques femmes étrangères. On trouve à partir de 1875 dans la Revue L'Assomption de Nîmes des compte-rendus assez précis : «Le même jour [15 juillet 1875J, à dix heures, les voitures des collégiens arrivèrent devant la porte de l'Assomption. La première bande du petit collège s'y installa ; le tftmps ne permettait pas d'occuper l'impériale. Alors on se serra et on s'entassa à l'intérieur. On rit comme des fous et on chanta tout le long de la route, ici des cantiques, là des refrais habituels de nos fêtes. Arrivés au sanctuaire à la faveur d'une éclaircie, on fit une bonne prière à la Madone, et après avoir soupé, on redescendit en bas de la montagne pour la remonter en procession et en chantant les litanies de la Sainte Vierge. Le Père Poncelet donna la bénédiction du Saint-Sacrement, on se confessa et puis l'on se rendit dans les dortoirs improvisés par les soins des bons Pères Maristes. Ici c'étaient des matelas, là des paillasses ; on donna à chacun sa couverture, et peu à peu les 80 pèlerins se trouvèrent couchés dans les salles et les corridors du couvent. C'était un vrai campement, une garde montée auprès de Notre-Dame. On dormait si bien qu'on ne s'aperçut ni de la pluie ni du vent ».

Le Père d'Alzon et les Religieux de l'Assomption ont été les véritables champions du pèlerinage. Ils avaient parfaitement compris que ce déplacement accompli pour prier était le symbole physique d'une marche spirituelle vers Dieu. En 1873 avait été créé Le Pèlerin, après le premier pèlerinage national de Lourdes (pèlerinage des bannières). Notre-Dame de Rochefort représente bien l'un de ces creusets dans lesquels se sont perpétués ces mouvements caractéristiques de la dévotion mariale de tous les temps. D'après Notre-Dame-de-Rochefort, édit. Foyer de Charité, 1981.

On aimera se rappeler que Rochefort fut aussi le lieu où s'affermit la vocation d'Etienne Pernet, comme le rappelle sa biographie éditée par les Petites Sours de l'Assomption en 1901. Il Y vint en septembre 1849, à pied, avec un jeune élève du Collège de l'Assomption (Galeran). Comme le P. d'Alzon, il se déchaussa au bas de la colline et voulut monter pieds nus malgré sa fatigue. Son but, connu du P. d'Alzon, était de demander à Dieu par l'intercession de la Vierge la grâce de la vocation religieuse à l'Assomption. En 1850, il signa avec Henri Brun, Victor Cardenne et Hippolyte Saugrain l'acte par lequel il promettait de s'engager à suivre les futures Constitutions de l'Assomption et à entreprendre le chemin de vie religieuse dessiné par le P. d'Alzon.

Le lieu est tout à fait propice à Rochefort pour reprendre les passages essentiels du Directoire et de la Règle de Vie qui soulignent la dévotion à Marie dans l'esprit de l'Assomption : la prière mariale, l'intention pour demander l'éveil de vocations et la force des moyens à mettre en ouvre pour sa réalisation.

 

Chartreuse de Valbonne

En février 1204, l'Ordre Cartusien obtint de Guillaume 1er de Vénéjean, évêque d'Uzès, le territoire de Bondilhon. Avant de poser les assises de leur demeure, les Chartreux assainirent la vallée et la rendirent cultivable. On appela le lieu Valbonne (Vallis bona, vallée fertile), au cour d'une forêt domaniale de hêtres et de chênes (1 500 hectares). La vie contemplative s'écoula selon la règle et les coutumes codifiées par Guiges pendant les siècles qui suivirent la fondation. Les Chartreux furent Seigneurs justiciers de domaines qui s'agrandirent constamment Le monastère fut dévasté par les huguenots à la Réforme et fut entièrement rebâti au XVIIème siècle. Le 13 février 1790 vit la suppression des Ordres religieux en France. Malgré leur désir de rester, les moines durent s'exiler Le monastère que l'on voulait transformer en établissement d'instruction publique échut aux administrateurs des hospices de Pont-Saint-Esprit. C'est ce bâtiment rendu en fort mauvais état que la Commission des Hospices vendit aux Chartreux à leur retour en 1836. En 1903, les moines furent de nouveau contraints à l'exil en raison des lois anti-congréganistes. Tout ne serait aujourd'hui, que ruines si en 1925 le Pasteur Ph. Delord n'avait acheté les bâtiments pour y établir un centre de traitement des maladies tropicales. C'est un exemple remarquable de monastère édifié à l'époque classique sur le modèle des établissements cartusiens du Moyen Age. II est entouré d'une enceinte sommairement fortifiée. De l'extérieur on remarque surtout les jolis toits de tuiles vernissées. On peut en demandant à l'accueil pénétrer dans l'église dont la voûte presque plate, en pierre, est d'un bel effet. Les boiseries des stalles sont bien conservées. La tradition veut que dans l'ancien réfectoire des moines, un ancien religieux assomptionniste devenu chartreux et maître des novices, le P. Athanase Malassigné, a dessiné une grande fresque de la Cène.

Pour l'accès en voiture pour Valbonne, depuis Nîmes, prendre la direction Remoulins, Bagnols-sur-Cèze par la RN 86 ; après Bagnols, prendre la direction Barjac par la D 980 et la D 23.

D'après la chronologie du P. Siméon Vailhé, le P. d'Alzon s'est rendu au moins onze fois à la chartreuse de Valbonne où il connaissait bien et estimait les prieurs successifs Dom Augustin Dussap et Louis-Joseph de Vaulchier. En 1848, le 23 août il partit à pied de Rochefort pour Val bonne ( Lettres d'Alzon, 1. III, p. 366 ) ; en octobre de la même année, il fit sa retraite annuelle à Val bonne en compagnie de religieux et de maîtres du collège de l'Assomption, temps nécessaire pour une reprise assez générale de l'Oeuvre de l'Assomption (enseignement, mais aussi direction spirituelle de 'l'Ordre'). Le 22 avril 1851, avec deux maîtres et onze jeunes, le P. d'Alzon commença à Val bonne une retraite pour ne revenir à Nîmes que le 30 suivant (Lettres d'Alzon, 1. 1, p. 567,571,617 ; 1. l, p. 31) . Le 31 août de la même année, dans la nuit, il partit de Nîmes avec cinq maîtres et leur prêcha une retraite (Lettres d'Alzon, 1. l, p. 76-80). Du 12 au 18 avril 1852, il s'y rendit avec un groupe d'élèves et du 9 au 14 novembre il y prêcha une retraite ( Lettres d'Alzon, t l, p. 154, p. 210 ). Du 28 mars au. 3 avril 1853, c'est-à-dire pendant la semaine de Pâques de cette année-là, le P. d'Alzon prêcha à Valbonne une retraite à 21 élèves (Lettres d'Alzon, t l, p. 253-254), de même du 17 au 21 avril 1854 pour 14 jeunes du collège. II s'y rendit encore du 9 au 16 avril 1855 pour un séjour avec quelques retraitants composés de religieux et d'élèves (Lettres d'Alzon, t. II, p. 536) . Les 10-17 novembre 1861 (Lettres d'Alzon, t III, p. 537, 539 nn. 1, 1) il Y fit sa retraite personnelle, de même qu'en 1880, du 13 au 18 septembre, ce qui devait constituer sa dernière sortie de Nîmes. Citons un témoignage de sa main, écrit depuis Valbonne à une de ses dirigées, Angélina Chaudordy (sept. 1880) :

« Cela vous est écrit d'une Chartreuse où l'on fait maigre toute l'année, où l'on chante une partie de la nuit, où l'on vit seul, où l'on se prépare à l'éternité par la prière et la pénitence. Je ne me sens pas fait pour vivre avec les Chartreux, mais leur voisinage fait du bien, presse à rentrer en soi-même et à se préparer à son jugement. On s'apaise dans le silence et l'on se sent petit en mérites, en face de cette vie si forte dans la solitude» (Lettres, t XIII, p. 407).

Le P. de Vaulchier écrivit le 23 mai 1884 au P. Emmanuel Bailly au sujet du P. d'Alzon :

« J'étais si heureux de l'amitié bienveillante qu'il me témoignait, mais ma vie n'avait pas été mêlée à la sienne, je n'avais pas été témoin de ses ouvres et je ne pouvais pas être autre chose que le témoin de la sainte résignation avec laquelle cette grande âme fatiguée, sinon épuisée par la lutte, s'acheminait vers son éternité. Il aimait cette maison de prière qui lui rappelait le souvenir de son âge mûr. Il avait contribué de sa bourse et de celle de ses élèves à restaurer le bâtiment des hôtes dans lequel il venait prendre un peu de repos. De ses relations avec les anciens Prieurs, il n'est resté aucun vestige. je sais seulement que pendant les 25 années que le P. Augustin [Dussap] a été prieur, il conduisait ici ses novices et ses élèves et qu'il édifiait les Chartreux en assistant à leurs offices et en priant avec eux ». D'après la lettre ACR DY 28.

Le touriste-pèlerin pourra prendre occasion d'une visite à Valbonne pour relire tranquillement quelques textes du Fondateur sur la vie d'oraison et de recueillement dans ce cadre tout à fait approprié : Directoire chap. II d'après l'édition des Ecrits Spirituels pp. 61-63 et 622-624 ; la 14ème Méditation : E.S., pp. 419-426, la Retraite annuelle : E.S., p. 88. Quelques principes sur l'oraison, 15ème Circulaire : E.S. pp. 215-224. Il y retrouvera les grands axes de la prière à l'Assomption : une prière christocentrique (aimer Jésus-Christ, Le connaître et l'étudier dans les Ecritures), une prière apostolique (grandes intentions de l'Eglise et du monde), une prière liturgique (Eucharistie, Office et Sacrements).

Sur les autres lieux de pèlerinage dans le Gard (Prime-Combe, Saint-Gilles-du-Gard, Notre-Dame du Mont-Bouquet) et le souvenir du P. d'Alzon, se reporter à l'article plus complet de Jean-Paul Périer-Muzet publié dans le bulletin de la Province de Belgique-Sud , Le P. d'Alzon et les pèlerinages, septembre 2000, n° 273, p. 4003-4026).

 

 

Carnet d'Adresses

Pont-du-Gard :
le Pont-du-Gard : tél.: 08 20 90 33 30
Le château de Saint-Privat : tél.: 04 66 37 36 36
Musée de la Provence d'autrefois, 19 av. du Pont du Gard à Remoulins : tél.: 04 66 37 05 22

Saint-Gilles-du-Gard :
Abbatiale de Saint-Gilles, Place de la République : tél.: 04 87 41 31
Musée de Saint-Gilles, Place de la Maison Romane : tél.: 04 66 87 40 42
Maison à huile des Costières, Route de Nîmes : tél.: 04 66 87 42 43

Aigues-Mortes et sa région (Camargue) :
Les Salines du Midi, Aigues-Mortes, tél. : 04 66 53 85 20
Les domaines du Listel, Route d' Aigues- Mortes : tél.: 04 66 51 17 00
Les remparts et la tour de Constance à Aigues-Mortes : tél.: 04 66 53 61 55
La chapelle des Pénitents Gris et l'église Notre-Dame des Sablons à Aigues-Mortes : tél.: 04 66 53 70 00
Le petit train d'Aigues-Mortes : tél.: 04 66 53 85 20
L'Observatoire des Oiseaux de Camargue, Route de l'Espiguette : tél.: 04 66 38 07 79
Maison des Vins et des Produits régionaux, Route de 1'Espiguette : tél. 04 66 53 07 52
Maison de la faune et de la flore camarguaise, Mas de Saint-Jean-La-Pinède à Saint-Laurent d'Aigouze : tél.: 04 66 53 72 03
Musée de la mer et Seaquarium, avenue du Palais de la Mer, Le Grau-du-Roi : tél.: 04 66 51 57 57.

Le Sanctuaire de Notre-Dame de Grâce à Rochefort-du-Gard :
Foyer de Charité 30650 Rochefort-du-Gard : tél. 04 90 26 62 57.
L'Ermitage et la grotte de la Saint Baume à Lirac : tél.: 04 66 50 47 70.
Notre-Dame de la Consolation : Curé 30 126 Saint Laurent les Arbres.
La chapelle romane Saint-Jean-Baptiste à Venejan : tél.: 04 66 79 39 08
Le Moulin à vent à Venejan : tél.: 04 66 79 39 08

La Chartreuse de Valbonne, Saint-Paulet de Caisson :
Tél.: 04 66 90 41 24
Sur la route :
La Collégiale à Roquemaure : tél.: 04 66 90 21 01
Le Camp de César à Laudun : tél. 04 66 50 55 79
Le Musée d'Art Sacré du Gard 12 rue Saint-Jacques au Pont-Saint-Esprit : tél.: 04 66 39 17 61
Le Musée Paul Raymond au Pont-Saint-Esprit : tél.: 04 66 39 09 98

 

Beaucaire et les environs :
L'abbaye de Saint Roman, route de Nîmes à Beaucaire : tél.: 04 66 59 52 26
Le Musée Auguste Jacquet, jardins du château à Beaucaire : té :.: 04 66 59 47 61 Centre historique de Beaucaire : tél. 04 66 59 26 57 (Office de tourisme)
Musée Le Monde Merveilleux de Daudet à Beaucaire : téI.: 04 66 59 30 06
Mas gallo-romain.des Tourelles Route de Bellegarde à Beaucaire : té:.: 04 66 59 19 72
Le Vieux Mas de Végère Route de Fourques à Beaucaire : tél.: 04 66 59 60 13
A Tarascon (de l'autre côté du Rhône) : Monastère de la Visitation, église Sainte Marthe.

 

Maisons d'accueil - Temps spirituels (Nîmes et Gard)

Maison Diocésaine 6 rue Salomon Reinach 30000 Nîmes. Tél.: 04 66 84 95 11. Fax: 04 66 84 27 68.

Sanctuaire Notre-Dame de Prime Combe 30250 Fontanès (Bénédictins Notre-Dame d'Espérance) : Tél.: 04 66 80 12 22. (Lazaristes) : Tél.: 04 66 80 14 72).

Accueil Monfortain. Notre-Dame de la Gardiole 30170 Conqueyrac. Tél.: 04 66 77 20 95. Fax: 04 66 77 29 40.

Cisterciennes du Monastère de la Paix-Dieu 1064 chemin de Cabanoule 30140 Anduze. Tél. 04 66 61 7344. Fax: 04 66 61 87 94.

Couvent Saint-Dominique. Mas Vianès TM7 30300 Beaucaire. Tél.: 04 66 74 50 65. Fax: 04 66 74 43 99.

Ermitage de la Dormition 30160 Peyremale (Sours de l'Epiphanie). Tél.: 04 66 25 30 68.

Communauté des Béatitudes. Monastère de la Visitation, 30 av. du Général de Gaulle 30130 Pont-Saint-Esprit . Tél.: 04 66 39 0513. Fax: 04 66 39 03 85.

Foyer de Charité. Sanctuaire Notre-Dame de Grâce 30650 Rochefortdu-Gard. Tél.: 04 90 26 62 57.

 Webmestre: D. Remiot
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