Lamalou-Les- Bains

Nul n'ignore que Lamalou compta parmi ses hôtes illustres Alphonse Daudet, Sully Prudhomme ou le maréchal Joffre. Mais qui se souvient encore de celui qui apparaît comme l'un des plus brillants maîtres spirituels du XIXème siècle et demeura longtemps un fidèle curiste du pays des sources, le Père Emmanuel d'Alzon ?

Curieusement, c'est de Rome d'où a été éditée, parallèlement à son procès en cours de béatification, toute sa correspondance conservée, que nous reviennent les précisions oubliées sur son existence à Lamalou. Le P. d'Alzon a séjourné au moins 13 fois dans cette station thermale, d'après la Chronologie établie par le P. Siméon Vailhé : du 22 mai 1856 au 21 juin, du 14 septembre au 2 octobre 1856, du 4 au 25 juin 1857 (lettre sur le crucifix), du 21 septembre au 6 octobre 1857, du 28 avril au 17 mai 1858, du 6 au 23 septembre 1858, du 2 au 13 mai 1859 (composition du Directoire), du 29 août au 15 septembre 1859, du 18 au 25 avril 1860, du 30 août au 10 septembre 1860, du 15 au 22 septembre 1860, du 24 septembre au 7 octobre 1864, du 30 juillet au 19 août 1879 . Il fréquenta aussi d'autres lieux de cure : Eaux-Bonnes dans les Pyrénées (11 juillet-13 août 1847), Vichy dans l'Allier (juillet 1854), Bagnères de Bigorre dans les Pyrénées (2-31 août 1868 et août 1874). Son médecin traitant, le Dr Combal, le recommanda au médecin des eaux de Lamalou (sources Capui, Usclade et Bourgès) le Dr Privat qui dirigeait l'Hôtel-des-Bains, et qu'Emmanuel avait rencontré pour la première fois, tout à fait occasionnellement, dans la diligence de Montagnac à Montpellier en mars 1832.

 

Un 'Apôtre des temps modernes'

Languedocien, né au Vigan en 1810, Emmanuel d'Alzon eut une vie d'une prodigieuse fécondité. Séminariste à l'époque où il se lia d'amitié avec le futur docteur Privat, le bienfaiteur de Lamalou, il fut ordonné prêtre à Rome (décembre 1834), puis nommé vicaire général de Nîmes en titre à 29 ans (1839). Promis à la plus éclatante carrière, il choisit la voie de l'austérité et devint très vite le refondateur d'un collège de Nîmes (1844) et de deux congrégations religieuses, les Assomptionnistes (1845) et les Oblates de l'Assomption (1865), membres d'une famille plus large répandue dans le monde entier de nos jours. Promoteur de missions en Orient, il se fit également missionnaire en France en créant toute une organisation de presse catholique avec ses religieux de Paris, ce qui permit au docteur Privat d'écrire qu'il était un véritable 'apôtre des temps modernes'. Son prestige était universel et s'exerçait aussi bien sur les grands personnages de son époque que sur les plus humbles. Il est admirable que son plus saisissant portrait ait été tracé par une pauvre femme de Nîmes : 'Quand je vois passer M. d'Alzon, disait-elle, il me semble que c'est l'Eglise qui passe'. L'Eglise passa en particulier dans cette bonne ville de Lamalou avec laquelle E. d'Alzon tissa des liens durables qu'il suffit maintenant de redécouvrir.

 

La chapelle Notre-Dame de Pitié

L'une des initiatives les plus méconnues du fondateur des Assomptionnistes est sans doute celle de la chapelle Notre-Dame de Lamalou, dite chapelle de l'hôpital Privat. Remarquablement entretenue par Mlle Elisabeth Ménard et sa famille, elle constitue l'un des monuments les plus précieux du patrimoine local. Succédant à un oratoire attenant à l'Hôtel-des-Bains, elle surgit en 1878 en tant que première église de la vallée de Lamalou avant l'érection de la paroisse. Construite par le célèbre architecte Révoil, le sanctuaire a été homologué par M. Gilles Bellan comme un remarquable et unique exemple d'architecture néo-romane de la région. Or c'est en effet le P. d'Alzon qui, en accord avec son ami Privat, détermina l'emplacement de la chapelle. En outre le recrutement de Révoil, architecte d'établissements religieux et diocésains à Nîmes, peut être attribué au P. d'Alzon qui le présenta au Dr Privat. Sa correspondance établit enfin d'intéressantes précisions sur les conditions de la construction: «Elle n'aura coûté que 30 000 ou 35 000 francs » et « On a fait venir la pierre de Beaucaire ». Mais surtout on ne saurait oublier l'ultime hommage que, quelques mois avant sa mort en 1880, le saint religieux rendit à la chapelle Notre-Dame : heureux de voir achevé ce sanctuaire qu'il avait tant souhaité pour le service spirituel des curistes, une grosse larme s'échappa de ses paupières, rappelle avec émotion Jean-Léon Privat. Bien que très appauvri, d'Alzon offrit une somme d'argent à son ami pour la réalisation d'un autel à saint Joseph qui, sobre et modeste, orne toujours l'abside nord de la chapelle . A entendre sur place, Evocation sonore en 5 tableaux due à André Favard, Emmanuel d'Alzon à Lamalou, chapelle Notre-Dame de Pitié ( juin 1991).

 

Le bienfait des eaux de Lamalou

C'est à quelques pas de là, à l'Hôtel des Bains, au cours des douze ou treize cures qui s'échelonnèrent de 1856 à 1879, que le P. d'Alzon a vécu, a prié, mais aussi a beaucoup écrit Durant ses six premières cures, il a daté de Lamalou 102 lettres qui sont aujourd'hui en 1987 publiées, lettres essentiellement de direction spirituelle mais qui nous renseignent exactement sur les bienfaits de ses séjours dans la station. Le début de son traitement thermal remonte au 22 mai 1856 où il fut envoyé aux eaux à la suite d'un syndrome de nervosisme douloureux, consécutif à son surmenage et relaté dans une observation détaillée du Dr Privat. Mais très vite, sous l'effet des bains, le patient se rétablit, et, dès le dixième bain, Privat enregistre une amélioration certaine. Avec un enthousiasme reconnaissant, Emmanuel d'Alzon se fait alors le propagandiste des eaux de Lamalou et en multiplie les éloges auprès de ses divers correspondants : « Les eaux où je suis produisent réellement des prodiges, quoiqu'elles soient peu connues ». Mais outre ces témoignages de gratitude, Lamalou doit au P. d'Alzon une analyse de clinicien extrêmement pénétrant : « Ce qu'il y a de particulier, c'est que certains symptômes ennuyeux reparaissent, mais sont en quelque sorte repoussés par une force, une sorte d'énergie vitale qui si elle durait, dompterait à la fin le mal ».

'L'Ami de tous les jours'

Heureux de sa guérison physique qu'il maintint grâce à la répétition de ses cures dans la station, le P. d'Alzon célèbre également le profit spirituel de l'épreuve de santé qui le contraignit à se soigner : « Dieu ne nous ôte les forces que pour mieux nous forcer à prier ». Et assurément son séjour médical à Lamalou devint une occasion de vie spirituelle intense, de la plus haute portée sur son apostolat. C'est alors que pendant sa troisième cure (juin 1857) il adressa aux Adoratrices du Saint-Sacrement, groupe qu'il venait de fonder, une méditation sur le crucifix, tout à la fois sublime et familière, véritable chef d'ouvre littéraire et mystique. Reproduite à des millions d'exemplaires, cette lettre ( texte dans Lettres, t. II, pp. 266-268 ou extrait dans Ecrits Spirituels, p. 1229-1232), cette lettre connue sous le titre de l'Ami de tous les jours, a fait le tour du monde. Elle a ému hommes et femmes, réconforté malheureux et malades et raffermi d'innombrables cours. Mais savait-on que ce best-seller avait été écrit, comme d'ailleurs le texte du Directoire et de l'Examen raisonné, dans un petit vallon du Languedoc, le 21 juin 1857 - il a donc eu 130 ans en 1987 - à Lamalou-les-bains ? D'après André Favard, paru dans le Midi Libre le 4 juillet 1987, reproduit dans A.T.L.P., 1987, nO52, pp.8-9.

Bien des stations thermales sont connues depuis la plus haute Antiquité. Cependant leur mode se popularisa énormément au XIXème siècle, tant en France qu'à l'étranger (Spa, Ems) depuis la Monarchie de Juillet (Amélie-Ies-Bains) et surtout sous le Second Empire, en priorité au bénéfice des élites sociales, la cour impériale et la République des lettres. Cette géographie thermale entraîna un réveil touristique certain pour nombre de régions à l'époque désertées (Massif Central, Pyrénées, Alpes, Vosges), attrait lié aussi parfois avec certains lieux de pèlerinages en vogue (Lourdes notamment). Les lettres du P. d'Alzon offrent le témoignage d'une spiritualité de la souffrance dont certains traits ont sans nul doute vieilli, mais elles attestent aussi qu'il ne s'enferma pas dans son épreuve, mais qu'à partir d'elle il sut compatir à la souffrance des autres et trouver la force de leur proposer l'appui des énergies spirituelles . Anthologie Lamalou-les-bains, le P. d'Alzon par lui-même, chap. 21, pp. 119-122.

 

Excursion à Saint-Michel de Mercoirol (chapelle castrale du XIIème s.)

De Larnalou, prendre la route en direction de Bédarieux jusqu'au pont sur le Bitoulet, puis à droite la route qui longe la rive droite de cette rivière jusqu'à son confluent avec l'Orb que l'on franchit. A 1 Km environ en amont du pont, sur la rive gauche de l'Orb, on arrive au parc de la Venière (lotissement de pavillons rustiques, rafraîchissements, jeux). De là en 45 minutes à pied, on peut atteindre sans difficulté l'ermitage Saint-Michel (448 m. d'altitude), aujourd'hui inhabité, reste d'une forteresse dont la destruction est attribuée selon la tradition à Simon de Montfort De la.plate-forme, le point de vue est admirable. La chapelle castrale maintenue en bon état est de toute beauté dans sa sobriété romane.

« ... Hier je reçus votre lettre au moment du déjeuner. Vite je regardai ce que vous me dites de Juliette, et quand je fus rassuré, je mis votre lettre dans ma poche, je déjeunai (affaire des plus importantes aux eaux) et je partis pour une course solitaire. J'avais marché depuis près de trois heures, je voulais arriver au sommet d'une montagne et je n'étais qu'au bas. Je demandai à des bûcherons le plus court chemin. Ils m'indiquèrent une espèce d'allée taillée au milieu des bois sur une montagne à pic. Je commençai une véritable escalade. Je ne pouvais guère faire vingt-cinq pas sans me reposer ; mes bas se perçaient : il était plus difficile de descendre que de monter. Or, je tirai la langue et les forces m'abandonnaient pour aller plus avant. Je m'assis, comme je pus, derrière un petit chêne vert et je lus votre lettre.

Ce chemin où je m'arrêtais si souvent, où je faisais si fort la grimace pour avancer, me fit faire des réflexions, et je ne puis vous dire quelle immense compassion j'eus de vos hésitations passées. Je me mis à offrir les pierres qui roulaient sous mes pas, le soleil qui me brûlait, pour votre persévérance. Si vous saviez toutes les bonnes résolutions que je pris à votre endroit, et la patience que je me promis de vous inspirer, quand vous ne vous trouveriez pas en train ! Je pris bien quelque chose de mes fatigues à l'intention de Juliette et de nos deux saintes Hélènes, et, en aussi bonne compagnie, je finis mon excursion, avec l'aide de Dieu et de saint Michel, dont je visitai un ermitage... ». P. d'Alzon à Clémentine Chassanis, vers 23 mai 1856, Lettres, L II, p. 84.

 

Promenades autour de Lamalou.

Lamalou peut être le point de départ de nombreuses excursions et promenades dans les environs de cette belle arrière région montagneuse (Monts de l'Espinouse et Massif du descendre » : le village d'Olargues qui a conservé quelques restes de son vieux château féodal, les gorges d'Héric ou encore des vestiges de remparts à Poujol-sur-Orb. A Hérépian, on admire l'église gothique du XIVème siècle à nef unique et abside à sept pans. Bédarieux, patrie du romancier cévenol Ferdinand Fabre. Sur la route de Bédarieux à Clermont-l'Hérault, on recommande quelques arrêts, notamment au beau cirque de Mourèze où naît la Dourbie et à Villeneuvette, ancien village manufacturier de draps à l'époque de Colbert (1677).

 

Saint-Pierre-de-Rhèdes.

Cette église est le reste d'un bel édifice roman, le prieuré roman Saint-Pierre-de-Rhèdes, sur le flanc d'une colline portant le cimetière de Lamalou. L'abside semi-circulaire est décorée de bandes lombardes. De l'extérieur on peut admirer deux beaux portails, celui du Sud encadré de deux colonnes de marbre antiques avec tympan orné d'incrustations basaltiques. Les archivoltes extérieures des fenêtres sont également en basalte. La nef unique de cinq travées est voûtée d'un berceau brisé dont les doubleaux retombent sur des colonnes jumelées. Les matériaux sont tous issus de la région : le grès ocre des murs, les lauzes grises du toit, le basalte du décor. Ce pur joyau de l'art roman rural de France évoque ainsi les 1600 ans de son existence qui, depuis sa fondation à la fin du IVème siècle jusqu'aux XI-XIIème siècles, dominent son architecture. Ecoutons le chant des pierres, cette véritable hymne cosmique au Créateur et cette psalmodie du nom de Dieu en caractères arabes couliques, et sachons admirer sur la décoration du retable le visage du Christ au nimbe crucifère ou encore l'adoration de Pierre, et la belle statue de la Vierge à l'Oiseau (XVème siècle).

 

Notre-Dame-de-Capimont.

A peu de distance de Lamalou, le site de la chapelle Notre-Dame de-Capimont (XIIème siècle), offre une vue admirable sur toute la vallée. Cette chapelle est le but d'un pèlerinage fréquenté en mai, ce qui explique sa décoration intérieure (ex-voto, peintures d'Auguste Cot). On peut évoquer la description faite de sa chambre d'hôtel par Emmanuel d'Alzon : Lettres, t. III, p. 147.

«... Figurez-vous que j'ai là, en face de ma petite fenêtre, à travers un tilleul un peu desséché, au bout d'un vallon encore tout frais un joli village, admirablement posé sur la croupe d'une colline et qui s'encadre entre deux branches agitées par le vent, de sorte que j'en vois successivement les diverses maisons rien qu'en levant la tête. Je me dis quelquefois : si ma fille eût été bergère, elle eût aimé, à coup sûr, une maison blanche, bien proprette et qui se détache d'un bouquet d'oliviers (l'olivier est le symbole de la paix). Enfin, je me figure que vous êtes là, pour vous avoir plus près de moi, et, à travers mon tilleul, je vous dis: bonjour, ma fille, la paix soit avec vous'... ». A Mère Marie-Eugénie de Jésus, 6 sept. 1859.

 

Carnet d'Adresses.

Le meilleur guide des lieux est un habitant de Lalamou qui travaille au Syndicat d1nitiative de la commune, M. André Favard, fervent admirateur du P. d'Alzon, ami de l'Assomption et propagandiste infatigable des curiosités touristiques, artistiques et littéraires de sa région, qui depuis 1991 reçoit volontiers novices assomptionnistes et oblates de passage dans sa commune :

Syndicat d'Initiative de Lamalou et du Haut Pays d'Oc, 5 rue Duchenne-de-Boulogne 34240 Lamalou-les-Bains, tél.: 04 679564 17 ou 06 73 75 29 83. Fax: 04 67 95 23 63.

Famille André Favard, La Cévenole, 9 av. Charcot, 34 240 Lamalou-les-bains. Tél.: 04 67 95 62 20.

 Webmestre: D. Remiot
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